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[RP] Les chiens ne font pas des chats

Aimelin
[Reims, fin décembre]

"A la limite de la lumière et de l'ombre
Je remue un trésor plus fuyant que le sable
Je cherche ma chanson parmi les bruits du monde..."

(O.J. Périer - A la limite de la lumière et de l'ombre)


La noël… un jour comme un autre, à rédiger des réponses, à essayer d’être agréable tout en restant ferme. La Champagne n’était pas à l’abri et il veillait du mieux qu’il le pouvait sur les voyageurs imprudents ou pas qui s’aventuraient sur les terres que la neige avait recouvert doucement au fil des jours.
La deuxième journée qui avait suivi la noel avait été animée et tendue. Des courriers pour répondre à quelques malotrus profitant d’être dans l’entourage royal pour malmener de leurs mots et leur mépris l’’une de ses douanières. Une colère pour un bien, puisqu’il avait pu échanger à nouveau avec l’Amirale de France dont il avait croisé la plume quelques semaines avant. Mieux valait s’adresser au Très Haut plutôt qu’à ses saints, il l’appliquait bien souvent.

Tempête et calme revenu et avec lui, une lanterne.

Un sourire en pensant à celle qu’il avait faite porter à Terwagne et Dotch et un air amusé en constatant que si l’idée l’avait effleurée pour sa blondinette, il l’avait remplacée par des fleurs.

Et ses pensées qui s’envolèrent vers celle qui lui avait fait parvenir ce petit objet. "Merci d'être pour moi comme cette lumière"… éclairer ma route. Par combien de doutes était il passé depuis ce mois de mai, où quelque chose d’étrange le préoccupait. Cet étrange sentiment qui le liait à la fille de Magdeleine et celui qui le liait à Terry. Des jours et des nuits à se persuader qu’il n’était plus fait pour aimer depuis Dance et sa disparition, pour fuir cette nuit qui fonçait sur lui comme un orage en plein été, crevant son ciel d’éclairs et nuages sombres.
Avait il choisi la facilité en ne donnant plus son cœur ni de promesse ? Pourtant.. tout ce qu’il avait ressenti pour la Vicomtesse et ce qu’il ressentait pour Alie se mélangeait sans cesse. Pouvait on aimer deux femmes et ne pas le dire pour ne pas avoir ce fameux choix à faire, ce choix que la brune présidente de cours d’appel voulait lui éviter en s’effaçant, et avait fait pour lui.
Serait il plus heureux s’il partait ? non.. il savait que quoi qu’il fasse elles étaient là au fond de lui, et il savait qu’elle avait raison de ne pas lui imposer ce choix que de toute façon il ne saurait faire sans blesser l’une des deux, et sans se perdre lui aussi.
Sa rencontre avec la vicomtesse et cette discussion dans cette salle d’archives, un lien bien trop fort pour qu’il le néglige. Et puis leurs chemins qui s’étaient séparés, elle repartant vers sa vie, et lui vers ce qu’il ne connaissait pas, entretenant ce lien par des missives parsemées de non dits. Et puis cette rencontre à ces joutes des Grandes Ecuries avec celle qu’il était allé retrouver en Champagne et avec qui il vivait cette relation à laquelle il tenait, même sans promesses. Peut être que c’était ça tout simplement, aimer. Ne rien promettre, ne rien dire et laisser la vie nous emporter au gré de ses caprices.
Au fond de lui il était persuadé qu’elle partirait un jour, quand elle aurait suffisamment grandie pour désirer voir autre chose. Bien sûr qu’il appréhendait ce jour, mais il n’en parlait jamais. Et c'est peut être pour cela qu'il laissait des portes ouvertes, pour ne pas finir enfermé dans du vide. Pas de je t’aime, pas de mots qui finissaient de fixer des liens, juste des regards et des non dits sans doute bien plus forts. Lui qui aimait à prononcer ces mots ne se rendait même plus compte de leur absence. Et pourtant combien de fois s’était il surpris à avoir envie de les dire à l’une et à l’autre comme pour se persuader qu’il était encore vivant.

Au fil des mois, il s’était installé dans cette étrange relation à trois. Heureux près d’Aliénor, heureux de voir Terwagne, essayant de ne lui donner que ce qu’elle désirait, son amitié et sa tendresse à elle pour la vie. Prenait elle ce respect pour de l'éloignement ? il espérait que non.
Elle était venue à Etampes, discussions, confidences et promesses leur avaient tenu compagnie, sans qu’ils ne franchissent ce pas et ne se mêlent l’un à l’autre. Retenue, désir, respect. Il avait déposé un anneau dans le creux de sa main, celui qui était retourné dormir dans son coffret de bois, depuis le jour où il avait mis celui de sa blonde sénéchal autour de son cou…cet anneau qu’il tenait dans sa main ce jour là en audience à la cour d’appel, cet anneau qui avait attiré le regard de la juge… "il a créé notre rencontre et pour ça je le remercie et je vous l'offre, c'est un bout de moi".

Un léger froncement de sourcils en observant la lanterne posée sur le bureau devant lui, et mirettes grises qui parcouraient la moindre partie… "il y a, dans le fond de cette lanterne, un petit compartiment secret qui contient une autre petite chose."


un compartiment secret… moui…

Il avait attrapé la lanterne, l'avait regardé sous toutes ses faces, passant ses doigts et guettant un quelconque défaut, s'était arrêté moultes fois pour réceptionner des parchemins, avant de reprendre son exploration.
Une petite aspérité avait attirée son regard mais nulle petite cachette n’était apparue, comme si la lanterne voulait garder jalousement son petit secret. Et c’est avec une mine perplexe et résignée qu’il avait continué son travail, non sans jeter de temps à autre à la rebelle quelques regards emplis de reproches.


tu es belle mais comme toutes les femmes… tu aimes à garder tes mystères

Parce qu'il était persuadé que cette lanterne était une femme qui se jouait de lui et le narguerait jusqu'à ce qu'Aliénor vienne le délivrer de sa curiosité.
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Merci aux merveilleuses rpistes avec qui je joue
Alienor_vastel
[Reims, fin décembre]

"Ce sont les choses qu'on ne dit pas
Parce que les mots, les mots n'existent pas.
Et c'est souvent dans ce qui reste à dire
Que sont cachés les plus beaux souvenirs.
(...)
Et c'est parfois dans un regard, dans un sourire
Que sont cachés les mots qu'on n'a jamais su dire,
Toutes les choses qu'on ne dit pas
Et dont les mots, les mots n'existent pas,
Toutes les choses qu'on ne dit pas,
Mais que l'on garde pour toujours au fond de soi."
Y. Duteil - "les choses qu'on ne dit pas"



Le petit caillou roulait entre ses doigts, de ce même geste machinal qu'elle faisait auparavant avec son médaillon. Son médaillon, son passé ; ce petit caillou, son présent. Le passé, ce qu'elle avait été, ce qu'elle avait connu, ce qu'elle avait vécu, toutes ces choses qui faisaient que son présent était ce qu'il était.
"Il est inutile de ressasser ce qui a été et qui n'est plus, nous n'y pouvons plus rien, de toute façon. Profiter de la vie, en revanche... c'est la meilleure chose à faire, après tout elle est trop courte et trop fragile pour s'empêcher de mettre à profit ce qu'elle nous propose..." * Quand avait-elle prononcé ces mots, déjà ? Un regard vers le caillou avant que les souvenirs ne lui reviennent. Une taverne troyenne, une discussion autour d'une table, avant d'aller chevaucher vers la forêt. Les premiers mots d'une conversation où elle s'était livrée à coeur ouvert, au moins autant par les silences et les regards que par les paroles.
Qui avait commencé à porter la discussion sur ce sujet, d'ailleurs, elle ne s'en rappelait plus très bien. Elle, en prononçant ces mots, ou Aimelin, lorsqu'il lui avait dit qu'après la disparition de sa blonde soldat, il avait décidé de ne vivre que l'instant, de garder le passé précieusement, et prendre ce que lui offrait la vie ? Ce dont elle se souvenait en revanche, c'est que ces quelques phrases échangées avaient été le prélude à d'autres, à des confidences à mi mots, des non-dits que l'autre comprenait. Les premières phrases couchées sur la première page du livre qu'ils écrivaient ensemble depuis ce mois d'avril.

Le petit caillou roulait entre ses doigts, et Aliénor se dirigea vers la croisée, balayant du regard le paysage de Reims où elle était revenue quelques heures auparavant après ces quelques jours passés au couvent.
De retour, et reposée de son séjour, puisque c'en était le but. Après tant de mois partagés entre son travail à l'hérauderie champenoise, son rôle de courrier, et l'armée, puis les gardes à Reims, ne rien faire durant quelques jours lui avait fait le plus grand bien. Du moins physiquement. Fatigue envolée, de même que les cernes sous les yeux ou le teint pâle. Elle avait retrouvé des couleurs, les malaises avaient disparu. Bonne mine et entrain retrouvés, à passer ses journées à ne rien faire... en apparence.
Ne rien faire... Un bienfait, mais un piège aussi. Au moins, lorsque l'on est occupé, le temps fait défaut pour penser. Mais lorsqu'au contraire les minutes, les heures s'étirent comme la laine filée sur un rouet, alors les pensées reviennent, insidieuses, et les doutes aussi.

Le petit caillou roulait entre ses doigts, et ses pervenches s'arrêtèrent sur la Vesle qui traversait la capitale champenoise. Elle avait toujours aimé la vue de l'eau, du ruisseau calme ou de la rivière débordante. Il y avait eu l'Oise à Compiègne, la Marne à Pomponne, le Lez à Montpellier, et lorsque la duchesse de Brienne lui avait proposé une terre, le choix de Lesmont n'avait pas été anodin, en raison de l'Aube qui courait à travers le domaine. L'eau, cette eau qui coule et ne s'arrête jamais, calme et limpide, ou au contraire agitée et houleuse.
Un retour en arrière, au bord de cette petite rivière de la forêt de Troyes, alors que les doigts se resserrent sur le petit caillou. Un petit caillou comme ceux qu'ils avaient fait voler sur l'onde, les regardant rebondir jusqu'à atteindre l'autre rive, comparant la vie, leur vie à ces galets qui repartaient plus loin en laissant derrière eux des ronds dans l'eau avant d'aller se poser sur l'autre rive, à l'abri du courant.
"Je veux moi aussi me poser et prendre ce que la vie me présente. Des belles rencontres, des moments agréables, des amitiés précieuses, des instants volés... Sans me questionner de savoir si demain, une forte pluie ne fera pas déborder le ruisseau qui engloutira à nouveau ces cailloux. Ou si au contraire, ils resteront ainsi, au calme, sous la chaleur bienfaisante du soleil."
Ils s'étaient si bien compris alors, dans leurs regards, leurs silences. Ne pas s'engager, ne pas promettre un demain dont on ne savait ce qu'il serait. Mais cela ne voulait pas dire ne pas s'attacher, ne rien ressentir, et peu à peu, l'amitié et la complicité du début avaient fait place à d'autres sentiments, depuis ce jour de mai où leurs lèvres s'étaient goûtées, depuis cette nuit, peu de temps après, où leurs corps s'étaient découverts et mêlés.
D'autres sentiments, ce besoin de lui, de sa présence, de savoir qu'elle avait une place auprès de lui, même si elle ne savait pas vraiment laquelle. Et sans vouloir y mettre un nom. Sans le dire. Sans le lui dire.

Qu'est-ce qui avait changé, depuis ce jour d'avril ?
Où en était-elle, que voulait-elle vraiment au final, au fond d'elle-même. Elle ne le savait pas, elle ne le savait plus.
Des promesses ? Non, sans promesses de demain, c'était même la base de leur relation. Mais des mots, peut-être... Elle qui avait toujours considéré que les actes étaient plus profonds et significatifs que les mots, s'était surprise plus d'une fois à vouloir remplacer le prénom, le "mon preux chevalier" qui la faisait sourire en même temps qu'elle le prononçait, ou encore le taquin "m'sieur l'connétable" par d'autres mots, plus personnels, plus doux, plus tendres. Et autant de fois elle s'était retenue juste avant qu'ils ne franchissent ses lèvres, ne suffisait-il pas de montrer combien elle tenait à lui par ses actes, rester, repousser encore et encore ses envies de voyage pour rester avec lui, près de lui, n'était-ce pas la preuve qu'elle tenait à lui bien plus qu'à ses propres envies et projets ?
Et puis surtout, voulait-il les entendre, ces mots ? Quand il restait les silences, les sourires et les regards pour se comprendre...

Et puis il y avait Terwagne, et l'étrange relation qui les reliait, Aimelin, la jeune femme et elle. Un trio, un triangle, fragile équilibre dans lequel chacun se gardait bien d'intervenir et d'interférer dans le lien qui unissait les deux autres. Et parce qu'Aliénor savait combien Terwagne comptait pour Aimelin, elle ne posait pas de questions, se faisant discrète pour préserver cette relation entre eux deux, si nécessaire pour eux. Et sans jalousie aucune, au contraire même, elle appréciait et respectait Terwagne. Mais avec le malaise, parfois, d'être celle qui les empêchait de vivre ce qu'ils avaient à vivre, au delà de la complicité, de la tendresse, et peut-être davantage, qui les liait, d'être celle de trop, mais de rester, égoïstement, même s'il tentait de la rassurer en lui disant qu'il était heureux avec elle, tout comme elle l'était avec lui
Alors peut-être aussi à cause de ça, elle retenait ses mots.

Le petit caillou quitta les doigts pour retrouver sa place dans l'aumônière accrochée à la ceinture de la blondinette. Un dernier regard vers la ville que la nuit peu à peu recouvrait de son voile ombré, avant de porter ses pas vers le fauteuil qui trônait à côté de la cheminée. S'y installant, profitant de la douce chaleur que le feu flambant dans l'âtre répandait dans la pièce, en même temps que les yeux se fermaient doucement.
Le bruit de la porte qui s'ouvrait les fit se rouvrir, et un sourire vint illuminer son visage alors qu'Aimelin la rejoignait et qu'un baiser venait sceller leurs retrouvailles. Son absence n'avait pas duré longtemps, mais Dieu qu'il lui avait manqué !

Et un regard amusé à la lanterne qu'il venait de poser sur la table. Une fois de plus, elle avait usé de métaphore dans la missive qui avait accompagné le présent, avait-il compris ce qu'elle avait tenté de lui dire à mi-mots ? Combien il était important pour elle, combien sa présence lui était nécessaire ; la place qu'il avait peu à peu pris auprès d'elle et dans son coeur ? Et qu'elle n'avait pas envie que cette lumière s'éteigne ?...

Il n'avait pas réussi à percer le secret de la lanterne, pas faute d'avoir cherché pourtant, et Aliénor plongea ses pervenches dans les mirettes grises, y faisant briller une lueur espiègle.


Peut être parce qu'elle est comme certaines personnes, il faut chercher, aller au delà des apparences pour en découvrir les secrets...

Pensait-elle à elle en disant cela ? Surement. Certains ne voyaient en elle qu'une blonde frivole et insouciante, le masque qu'elle mettait pour cacher ses blessures, ses doutes, ses questions...
L'adolescente porta ses doigts à la base de la lanterne, frolant les éléments de décor qui l'ornaient jusqu'à s'arrêter sur deux d'entre eux, les faisant bouger simultanément ce qui provoqua une ouverture à la base, et laissa apparaître le fameux petit tiroir qu'elle avait évoqué dans sa missive. Puis elle fit glisser la lanterne vers lui, pour qu'il puisse ouvrir le petit compartiment et découvrir par lui même la boucle de ceinturon qui y était rangée dans un petit écrin.
Une boucle de ceinturon... Elle avait aimé l'objet dès qu'elle l'avait vu. La finesse de l'ouvrage, bien sûr, et puis surtout, la forme, un cercle. Sans le quitter des yeux, sa voix se fit alors songeuse.


J'ai parfois l'impression que la vie prend un malin plaisir à vouloir nous faire boucler des boucles... Elle posa l'index sur la boucle... c'est aussi un peu notre histoire... tu as connu ma mère... le doigt suivit les contours de l'objet jusqu'à revenir au point de départ... et maintenant tu es avec moi... toi comme moi avons vécu en Champagne puis l'avons quittée... refaisant un tour avec son doigt... puis nous y sommes revenus...
Aliénor releva alors son regard pour le plonger dans celui d'Aimelin je suis sure qu'en cherchant, on en trouverait d'autres comme ça. Mais à chaque tour, on avance, on change, on évolue, c'est ça aussi que j'ai aimé dans cet objet.

Et d'aller chercher ses lèvres dans un baiser, lui murmurant d'une voix étouffée... et c'est aussi une façon de te dire combien je suis attachée à toi.

Et pour la première fois, des mots étaient venus exprimer ses silences et ses regards...


* RP ici
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"Vis comme si tu devais mourir demain, apprends comme si tu devais vivre toujours" (Gandhi)
Aimelin
[Reims, un soir de fin décembre]

Juste un peu de silence
Rien d'important
Que l'essentiel
Une mesure absente
Un rien laissé
A la portée
D'une vie impuissante
(Calogero – juste un peu de silence]



L’année tirait à sa fin, et étirait avec elle les derniers jours, égrainant lentement son compte à rebours vers cette année au chiffre rond, rond comme ces flocons de neige qui formaient un rideau et venaient intrépides se poser sur le rebord de sa capuche qu’il avait rabattu le plus possible sur ses yeux, rond comme ces galets dansant joyeusement à la surface de l’eau aujourd’hui engourdie par le froid.
Le crissement des sabots d’Altaïr dans la neige n’était interrompu que par quelques bonsoirs que le jeune Etampes distribuait à ceux ou celles le saluant, chacun emmitouflé et se protégeant du froid comme d’un ennemi se frayant un chemin tout autour de vous, essayant de s’infiltrer sous les vêtements pour vous dérober le peu de chaleur qui se nichait en dessous. Ses mirettes s’attardèrent quelques instants sur l’Hôtel particulier de son amie la Duchesse de Brienne et sa main gantée salua les gardes, habitués depuis longtemps à le voir et le croiser.

Il prit quelques minutes pour déharnacher son étalon et le bouchonner avec de la paille avant de s’assurer qu’il avait de quoi boire et manger et l’abandonna aux bons soins des palefreniers non sans ses éternelles recommandations. Altaïr était son joyaux et dans quelques semaines ils fêteraient leurs cinq ans ensemble.

Tout en se dirigeant d’un pas rapide vers la demeure afin de se mettre à l’abri du froid de plus en plus mordant de cette fin de journée, il repensait à ce jour de février 55 où l’étalon avait fait son entrée dans sa vie.. ce jour même où cette fameuse missive avait investi sa poche pour ensuite reposer dans ce coffret de bois aujourd’hui à Etampes. Il y pensait souvent, n’en avait jamais parlé à personne sauf à Dance un soir alors qu’ils parlaient de famille et de passé.
Depuis ce jour de juillet, sa famille était morte avec sa blonde sénéchal aux yeux gris, et il n’avait pas eu le courage de chercher toutes ces réponses aux questions qu’avait soulevées la lettre écrite pourtant par une main si chère même si inconnue. Et puis Aliénor avait ouvert la lettre de sa mère Magd, et les pensées d’Aimelin étaient revenues vers sa propre lettre qui dormait depuis le Béarn. Aurait il un jour le courage de faire face à ce futur dont le passé lui avait fermé les portes.

Un regard dans le grand salon encore vide, la Duchesse étant toujours à Compiègne, et il se dirigea vers les escaliers qu’il gravit avant de rejoindre les appartements qu’il occupait avec Aliénor. En fait ils avaient chacun leur appartement, mais Champagne avait beau râler gentiment, les deux jeunes gens occupaient l’un ou l’autre avec insouciance. La jeune Vastel lui avait annoncé son retour pour aujourd’hui, et c’était impatient qu’il avait ouvert la porte.

Un sourire en la voyant assise à sa place habituelle tandis qu’il posait sa précieuse lanterne sur la table et se débarrassait de sa cape et ses gants avant d’aller saluer d’un baiser sa blondinette et un murmure...
tu m’as manqué et regard vers la lanterneet elle n’a pas voulu me révéler son secret, et ce n’est pas faute d’avoir cherché.

Un regard complice… m’offrirais tu une bonne tisane chaude ? la neige a redoublé et il ne fait pas bon traîner dehors le soir.

Tout en la suivant des yeux il souriait à sa taquinerie.

moui.. je ne suis déjà pas très doué pour deviner les gens alors les lanternes.

Aller au-delà des apparences, il le faisait, il essayait de lire, parfois il y voyait des choses et parfois il fuyait, comme avec elle, comme avec Terry, comme il avait fui à une certaine époque avec Malt, avant de réagir lorsque ce mou du chapeau de Sainte, la lui avait volé et voulait l’épouser.

Ses mirettes n’avaient pas quitté la blondinette, tandis qu’elle posait devant lui un breuvage fumant, s’échappant juste vers la lanterne, tandis qu’il sourcillait, suivant les moindres gestes d’Aliénor, haussant les sourcils lorsqu’elle fit jouer deux éléments qui semblèrent libérer la fameuse cachette.
Pourquoi n’avait il pas pensé à ça ? pourtant ça sautait aux yeux et il était passé à côté.

Regard amusé et curieux lorqu’elle poussa la lampe vers lui et qu’il ouvrit précautionneusement le compartement, avant de sortir de sa cachette un petit écrin qu’il ouvrit laissant tomber dans le creux de sa main, une boucle de ceinturon toute ronde. S’il était touché il ne le montra guère se contentant d’un …
merci… elle est très belle.

Ah ça il n’avait jamais été doué pour les mots l’ébouriffé et même s’il avait pu écrire un roman sur parchemin, souvent deux mots s’échappaient de sa bouche, quand encore ils n’étaient pas dans le désordre... elle est.. c’est.. merci ma blondinette.

Et pendant qu’elle parlait il suivait ses doigts faisant le tour de l’anneau. Magdeleine, la Champagne, son passé, ses rencontres. La tête lui tournait autant que la boucle était ronde. Ses prunelles se posèrent sur les pervenches de la jeune femme.

Oui on change… la vie nous fait changer qu’on le veuille ou pas.

Il y avait des choses si difficiles à dire pour lui. Pourquoi avant Dance arrivait il à dire tous ces mots nécessaires. C’était comme si avec elle, était parti tout ce qu’il avait en lui, toutes ces choses qui rendaient plus faibles et creusaient de petites fissures au fil du temps.

Il ne bougea pas lorsqu’elle lui déposa un baiser et se laissa envelopper de son souffle et de sa tendresse, tout ce qui lui avait manqué pendant ces peu de jours sans elle et dont il ne se rendait compte qu’en sa présence. Baiser qu’il lui rendit dans un murmure…
moi aussi je suis attaché à toi, même si je ne le dis pas ou ne le montre pas … par peur.

Par peur de quoi ? lui-même ne le savait paspar peur que tout s’arrête sans que je n’ai le temps de m’en rendre comptecomme tout s’était arrêté avec Dance le laissant au bord du gouffre.
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Merci aux merveilleuses rpistes avec qui je joue
Alienor_vastel
[Reims, fin décembre, toujours]

"Les petits riens qui font les grands moments
Qui vont, qui viennent, quand ils ont le temps
Les atomes de vie qu'on attrape en rêvant.
Ces petits riens ont tous quelque chose
Quelque chose en commun qui nous métamorphose
Ces éclairs de vie qui courent entre les choses."
J.L. Aubert - "Les petits riens"



Un regard inquiet lorsque l'écrin fut ouvert, le présent lui plairait-il ? La tasse fumante d'où s'échappaient des volutes de fumée tournait entre ses doigts, machinalement, en même temps que la blondinette suivait du regard les gestes d'Aimelin, et la boucle de ceinturon qui glissa dans la main du jeune homme.
Et un sourire amusé à sa réaction première, ces quelques mots murmurés, en se souvenant de ces moments au début de leur relation, où elle s'amusait, par ses gestes ou ses attitudes, à le troubler, ce qui avait en général pour effet de le faire bafouiller. Elle n'espérait pas un long discours, loin de là, et, plus que les quelques mots qu'il prononça, ce fut la façon dont il les exprima, entrecoupés de ces infimes fractions de silence, qui la rassura sur le fait que le cadeau le touchait bien plus qu'il ne pouvait ou voulait le dire.
Et de lui répondre, pensive


La vie nous fait changer, souvent bien malgré nous... On n'a pas d'autre choix que de s'adapter pour ne pas sombrer, ou alors... sa voix se perdit un instant alors qu'elle songeait à sa mère, qui n'avait pas réussi à trouver la force de s'adapter et avait préféré la mort, avant de reprendre Il faut prendre chaque tour comme il vient, en tirer les leçons qui s'imposent et n'en garder que le meilleur, c'est ce qui fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui.

Un regard étonné à son dernier murmure.
Étonnée de son aveu. Non, c'était vrai qu'il ne lui avait jamais dit qu'il était attaché à elle, pas directement comme ça en tout cas, mais si parfois elle doutait de la place qu'elle pouvait avoir auprès de lui, il le lui montrait par ses actes. Ne serait-ce que ce petit caillou qu'il lui avait offert pour son anniversaire. Un cadeau qui aurait pu paraître anodin pour certains, mais pour eux, le symbole de tant de choses. Auraient-ils maintenant cette relation qu'ils vivaient s'ils n'avaient pas fait voler ces galets, ce jour-là, sur cette petite rivière ? Peut-être, ou peut-être pas, mais il était certain que cette discussion d'alors resterait à jamais gravée en eux.
Et de lui répondre sur le même ton.


Il n'y a parfois pas besoin de mots pour montrer à quelqu'un qu'on tient à lui, ou pas de grands actes, les petites choses suffisent bien souvent. Un présent qui pourrait sembler dérisoire et qui pourtant représente tant, une présence, une oreille, une épaule, la tendresse des moments passés ensemble...

Étonnée aussi qu'il lui exprime sa peur, la même que celle qu'elle éprouvait. Cette peur que le bonheur qu'elle vivait auprès de lui prenne fin, que la vie qu'elle avait réussi à reconstruire, avec son aide, par sa présence, sa complicité, sa compréhension et tout ce qu'ils partageaient, ne s'écroule brusquement une nouvelle fois, comme tout ce qu'elle avait connu avant la mort de ses parents avait été balayé d'un coup, soudainement, subitement. Cette peur qui la faisait se refuser à mettre un nom sur les sentiments qu'elle ressentait pour lui et qui lui faisait retenir les mots qu'elle avait envie de lui dire. Comme si les prononcer, les entendre exprimés par sa bouche, pouvait ouvrir la voie à ces promesses de toujours dont on ne savait si on pourrait les tenir

Un silence, que lui répondre. Lui promettre que cela ne s'arrêtera pas ? Mais on ne peut pas promettre ce qu'on ne sait pas. Leurs routes s'étaient croisés, se mêlaient, et même sans ces promesses, cela durait. Mais qu'en sera t'il à l'avenir ? Ni lui ni elle ne pouvaient le dire, même si à l'instant présent ils n'avaient pas envie qu'elles se séparent.
Ils avaient tous les deux connu des choses similaires quoique différentes, la perte d'être aimés, brutale et implacable. Et même si l'on n'aime pas de la même façon, des parents ou l'être qui partage sa vie et avec qui l'on avait des projets, ils avaient ressenti tous les deux au fond deux le vide, ce vide profond, la seule chose qu'il reste quand il n'y a plus rien.

Des promesses... "Je te promets de t'apprendre à manier l'épée", "je te promets qu'on fera le jardin des simples ensemble", "je te promets..." Combien de promesses sa mère lui avait-elle faites, et qu'elle n'avait pas pu tenir parce qu'elle n'avait plus la force de vivre ?
"Je te promets de tout t'expliquer... un jour", la seule promesse qu'elle avait tenu, en définitive, et encore, il avait fallu des années avant qu'Aliénor ne comprenne. Il avait fallu cette lettre, qu'elle avait retrouvée dans la chaumière familiale de Compiègne, pour que ces explications soient enfin révélées. Des années à combler le vide laissé par son absence, le manque de sa vie d'avant, avec de la colère, cette colère qui n'avait trouvé d'apaisement qu'à la lecture de cette missive rédigée de la main maternelle juste avant son départ vers son destin, vers sa fin.

La blonde adolescente jeta un regard vers le coffret en bois marqueté qui trônait sur une de ses malles, et dont elle ne se séparait jamais. Ce petit coffret qui avait appartenu à sa mère, et dans lequel sa fille déposait ses trésors. De nombreuses lettres, quelques fleurs séchées... Et cette missive, la dernière missive de sa mère, celle qui lui avait expliquée tout ce qu'elle ne comprenait pas jusqu'alors.
Pervenches qui regardèrent le coffret sans le voir, en même temps qu'elle murmurait...
Vis, avec honneur et courage, fais tes propres choix, apprends de tes erreurs...

Un instant de silence avant de continuer Ses derniers mots couchés par écrit... Inutile de lui préciser de qui elle parlait, il le savait, elle avait déjà prononcé ces paroles en sa présence... Elle se leva alors, et lui tournant le dos, se dirigea vers la cheminée, plongeant son regard dans les flammes qui dansaient devant ses yeux. Élevant un peu la voix pour couvrir le crépitement du feu, le bruit du bois qui éclatait sous la chaleur, elle continua

J'avoue que parfois, le courage me manque, parce que moi aussi, j'ai peur...

Quand tu as été blessé, début octobre, que j'ai cru te perdre et qu'à nouveau ma vie allait s'écrouler comme un courant d'air fait s'affaisser un château de carte, j'ai vraiment pris conscience de l'importance que tu avais pour moi, combien ta présence était devenue nécessaire.


Trois mois, presque trois mois qu'elle gardait ça pour elle, et c'est presque soulagée qu'elle enchaîna Cette peur, je crois que c'est normal que nous la ressentions, parce qu'on a déjà vécu ça, ce sentiment que tout s’interrompt, ce vide immense, cette impression que notre vie n'a plus de sens. Mais moi, lorsque j'arrive à la dépasser, elle me pousse, profiter de chaque instant comme s'il était le dernier. Ajoutant à mi voix Même si je n'ai pas envie qu'il soit le dernier...

Un demi-tour sur elle-même dans le bruissement d'étoffe de sa robe pour lui faire face, et elle vint le rejoindre, s'asseyant à califourchon sur ses genoux, cette position qu'elle affectionnait car elle lui permettait de profiter de sa proximité, de la chaleur de ses bras, de plonger dans son regard.

Ni toi ni moi ne pouvons savoir de quoi demain sera fait, et pour l'instant, je n'ai pas envie de parier dessus. Là aussi le courage me manque... "Pour l"instant"... ça lui avait échappé sans qu'elle ne s'en aperçoive, reflétant ce qu'elle pressentait au fond d'elle-même sans se l'avouer, qu'elle n'était plus aussi catégorique qu'avant, aussi fermée à l'idée de vouloir un jour peut-être envisager un demain. Un jour peut-être...

Et d'ajouter dans un murmure, alors qu'elle jouait nonchalamment avec les lacets de la chemise du jeune homme
Mais ce que je sais, c'est que c'est justement ça qui me fait savourer chaque moment avec toi, qui me fait accepter de repousser ce voyage que nous voulions faire, parce que je ne veux pas regretter plus tard d'être partie sans toi et d'avoir peut-être manqué quelque chose.

Une façon de lui dire qu'elle tenait bien plus à lui qu'à ce voyage dont pourtant elle rêvait depuis plusieurs mois maintenant, mais qui n'aurait pas de sens sans lui.
Seize ans et la vie devant elle. Et la ferme intention de ne pas la laisser filer entre ses doigts.

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"Vis comme si tu devais mourir demain, apprends comme si tu devais vivre toujours" (Gandhi)
Alienor_vastel
[Sainte-Ménéhould, aube du 28 février]

"Si on partait prendre l'air
Là juste le temps d'apprendre
Que notre liberté se perd
Dans trop de peurs immenses"
Calogero - "Prendre l'air"



Et pourtant, la vie lui filait entre les doigts. Doucement, imperceptiblement. Entre quotidien et habitude, entre Sainte et Reims où la blondinette accompagnait Aimelin lorsqu'il devait effectuer ses gardes en la capitale.
Patiente, face au retard pris dans ses envies de voyage, et face à Aimelin dont l'humeur avait changé depuis ce début d'année. Il s'était comme refermé sur lui-même, les longs silences dans lesquels il se réfugiait avaient pris la place de leurs discussions complices d'avant. S'en était-il aperçu, au moins? Aliénor ne disait rien, se persuadant que ça ne durerait pas, que ce n'était que la conséquence de ses responsabilités qui l'accaparaient et dans lesquelles il s'investissait, parfois trop à son goût. Ou encore le soucis qu'il se faisait pour Marine. Ou les questions et les doutes qui s'étaient fait jour en lui depuis qu'il avait croisé le regard de Kawa sur cette place enneigée, et dont il s'était un peu ouvert à elle.
Et ce sentiment d'être impuissante, de ne plus parvenir à l'apaiser ou le rassurer, des discussions qui se faisaient plus rares... Ne plus avoir sa place auprès de lui, ne plus réussir à lui soutirer un sourire... Ces doutes qui la rongeaient et qu'elle taisait, les enfouissant au plus profond d'elle même.

Et puis cette nuit, quelques jours auparavant, où il n'était pas rentré. Aliénor s'était endormie dans le fauteuil à bascule qui trônait à côté de la cheminée dans laquelle un feu crépitait. En vain, la nuit était passée, le feu s'était doucement éteint, mais Aimelin ne l'avait pas rejointe. La journée suivante avait montré que le moulin était fermé, l'auberge vide, et la blondinette avait passé les heures à guetter un message. Un message qui n'était pas venu.
Et avec les doutes, étaient revenues les peurs. Il était parti, elle ne savait où ni pourquoi, mais sans l'en avertir. Qu'avait-elle fait, ou que n'avait-elle pas fait pour qu'il agisse ainsi ? Cela signifiait-il ce qu'elle craignait, la fin de leur histoire ?

Le soleil levant qui dardait ses premiers rayons à travers la fenêtre la sortit d'une nouvelle nuit sans sommeil. Aliénor tendit le bras pour saisir le petit miroir en étain posé sur la table de chevet et s'assit sur son lit. Un regard, et une petite moue en observant les cernes sous ses yeux, traces de ses insomnies.
Et le souffle qui s'arrête un instant devant l'image que lui renvoit le miroir, la lueur qui brille dans ses pervenches. De la tristesse, comptait-elle donc si peu, avait-elle si peu d'importance, qu'il parte ainsi sans un mot ?
De la tristesse et... La blonde adolescente envoya d'un geste rageur le miroir se fracasser contre le mur en pierre. Car ce qu'elle avait vu aussi, c'était le même regard que sa mère. Tristesse et résignation. Non ! Elle n'était pas Magdeleine, elle était Aliénor, et elle ne laisserait pas la résignation la faire s'éteindre et se fâner comme cela avait été pour sa mère !

Un mouvement vif pour se lever et se diriger vers le coffre d'où elle sortit quelques affaires qu'elle fourra en boule dans ses fontes posées près de la fenêtre, ainsi que le petit coffret dans lequel elle rangeait précieusement ses lettres, avant de revêtir sa tenue de monte. Et de sortir de la chambre en claquant la porte.
Quelques pas encore vers l'huis principal avant de se raviser et de poser ses fontes à terre avant d'aller s'asseoir devant son bureau. Elle au moins ne partirait pas sans en expliquer les raisons.
La plume, trempée dans l'encrier, courut ensuite sur un vélin.


Citation:
Quelque part, qu'importe quand

Aime,

Je quitte Sainte aujourd'hui, pour quelques jours ou plus, je ne sais pas. Tout comme je ne sais pas quand tu rentreras, si tu rentreras.
Et comme mes silences et mes regards sont impuissants à te dire ce que je tais depuis trop longtemps, je te l'écris ce jour

Je pars, parce que je t'aime. Je t'aime, Aimelin. Moi qui ne voulais pas entendre parler d'amour pour ne pas souffrir, je me suis trouvée prise à mon propre piège. J'ai continué à te laisser croire que je n'attendais rien, que je n'espérais rien, j'ai continué à taire mes sentiments, mais je ne peux plus.
Mais aimer, c'est sentir qu'on compte pour l'autre, c'est aussi vouloir qu'il soit heureux. Et je ne sais plus quelle est ma place, puisque tu peux partir sans dire un mot, sans te soucier de ce que je pourrais penser, de ce que je pourrais m'inquiéter. Et si tu fais ça, c'est que je ne peux t'apporter le bonheur que je veux pour toi, de tout mon cœur.

Alors, face à l'absence et au silence, il vaut mieux que je m'éloigne, pour l'instant, même si cela me coûte.

Prends soin de toi, tu restes malgré tout dans mes pensées et dans mon cœur.

Alie

La missive fut scellée, sans qu'elle ne la relise, de peur de la déchirer. Missive d'une femme blessée dans son amour-propre, dans son amour surtout. Folle qu'elle avait été de croire que ça aurait pu durer, folle d'ouvrir son cœur et de commencer à croire à un demain ensemble ! Car oui, elle ne pouvait plus se le cacher plus longtemps, l'idée s'était faite jour peu à peu, et encore dernièrement, en voyant le ventre de Lanna s'arrondir, elle s'était prise à penser pourquoi pas elle...

Aliénor se leva, missive à la main, et se dirigea vers la porte. Une hésitation, la déposer au moulin ou à l'auberge ? Mais elle ne savait quand il l'aurait, aussi elle opta pour la confier à un volatile à destination du castel de Reims.
Un tour dans la serrure avant de glisser la clé dans son aumônière où elle rejoignit dans un cliquetis le petit caillou qui y était soigneusement rangé. Et un sourire amer vint s'afficher sur ses lèvres. Elle était à une étape de sa vie où le caillou volant sur l'eau venait de toucher l'onde. Rebondirait-il pour continuer à ricocher, ou s'enfoncerait-il au plus profond du ruisseau ?

Étoile sellée, fontes accrochées, la blondinette mis le pied à l'étrier pour se hisser sur sa monture. Un regard pour sa maison, puis qui balaye les environs. Par où aller ? Lesmont ? Non, c'était encore trop récent, elle ne s'y sentait pas encore chez elle. Chez elle... Sa destination s'imposa alors à son esprit.
Si Aimelin ne voulait pas écrire le mot "fin" à leur histoire, si elle s'était trompée en pensant qu'il ne tenait plus à elle, alors il saurait où la trouver, puisqu'il recevait quotidiennement les rapports de douane. Dans le cas contraire... il faudrait à l'adolescente toute sa force de caractère et son courage pour réussir à tourner une page qu'elle aurait pourtant tant voulu continuer à écrire.
Et c'est à cette pensée qu'elle talonna sa frisone, tournant le dos au soleil levant.

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