Alienor_marie
Aliénor y tenait absolument. Elle ne pouvait être demoiselle de compagnie de quelqu'un qui ne connaissait point la mirabelle. Impossible. Impensable. Aussi l'avait elle suppliée de faire un essai et, dans sa grande bonté, Eilinn avait accepté. Aliénor s'était donc rendue dans sa chambre, et en avait descendu une bouteille. Le breuvage ayant eu l'heur de plaire à l'auguste vicomtesse, elle en avait fait apporté d'autres. Non, la brune n'était pas une alcoolique ! Mais une lorraine sans mirabelle, c'est comme une Eilinn sans braie. ça n'existait pas.
Aliénor ferma les yeux un instant. C'était Erwan qui lui en avait servi pour la première fois. Instant béni d'une insouciance qui s'ouvrait, l'aube d'une nouvelle vie. Et là, elle tenait à la faire goûter à l'instigatrice de son renouveau. La jeune fille avait eu l'impression d'avoir 4 vies, et les deux dernières étaient très marquées par la mirabelle. Trop peut être. C'était certainement l'impression qu'elle aurait demain, l'alcool commençant à lui tourner la tête. Légèrement, mais quand même.
Citation:- "C'pas mauvais ce truc en fait..."
- Héhé, je ne transporte que des bonnes choses !
Et les demoiselles continuèrent à boire.
Citation:- "Et alors, t'envoies un truc à quelqu'un pour la Saint Valentin ?"
Etonnante question de la part d'Eilinn, mais au point où elle en était, la brune de Belrupt ne s'en étonna même pas. Répondant sur le même ton :
- Je ne sais pas.. J'ai rencontré quelqu'un mais... peut être que ce serait de mauvais goût ? Il aura peut être peur ? J'aimerai bien que lui m'envoie un truc. Une fleur, c'est chouette les fleurs !
Breandan lui ayant déjà proposé sur un ton très tendancieux de lui faire réciter ses prières, après tout, il ne s'en offusquerait sans doute pas. Il rirait, qui sait ? Enfin bref. Une gorgée supplémentaire.
- Et toi ? Envisages tu d'envoyer quelque chose à ton...futur mari ?
Aliénor ne put réprimer une grimace. Oui c'est mal. Mais en temps normal elle ne l'aurait pas fait. L'alcool la désinhibait.
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Alienor_marie
Du brouillard. Du brouillard et un sifflement insupportable. Voilà tout ce qui se passait dans le crâne d'Aliénor. Sa bouche était pâteuse, c'était... c'était la mort. Oui, voilà, la mort approchait. Son était ne pouvait signifier que cela. Peut être Eilinn ferait elle mander un des médecins qui avaient étudié à l'université de Belrupt ? Seuls l'un d'eux pourraient la sauver. S'ils arrivaient à temps. Bah, de toute façon, elle n'avait que peu de biens, et elle souhaitait que tout aille à Alice. Elle aimait bien la fille adoptive d'Eilinn, et c'était sûrement elle qui tirerait le meilleur parti du maigre patrimoine de la demoiselle de compagnie.
Soudain, un cri déchira les brumes qui l'entouraient.
Naaaaaan chuuuuuut ! Je veux mouriiiiiiir ! Petit à petit, elle compris que c'était Eilinn qui l'appelait. Finalement elle n'était pas morte. Bon, elle allait faire un effort pour se traîner jusque dans la chambre d'à côté. Aliénor se releva lentement, s'assit sur son lit, tangua, roula, et finit par atterrir par terre avec un bruit sourd, entraînant coussins et édredons. Elle voulut crier que tout allait bien, mais cette phrase ne sortit de sa gorge qu'en un son éraillé, comme si un tissu se déchirait. Et ce goût dans sa bouche...
Aliénor rassura la servante qui s'était précipitée au bruit d'un signe de main, et se releva tant bien que mal. S'agrippant aux meubles sur son passage, tirant son édredon derrière elle, elle arriva à la porte de communication, qu'elle ouvrit. Le grincement de la porte de bois lui sembla atroce, le doux visage grimaça.
S'avançant doucement, Aliénor finit par se laisser tomber sur le lit, à côté d'Eilinn, et s'enroula dans son édredon, cherchant à cacher cette lumière qui l'aveuglait. De sous son cocon, elle lui demanda :
- Quoi ?
Sa voix était rauque, il lui fallait du miel. Mais tout à l'heure. Pour l'instant, l'effort fait lui semblait bien trop intense pour qu'elle puisse avoir la moindre activité supplémentaire. Eilinn était elle aussi mal au point ? Pour cette fois, Aliénor ne pourrait préparer aucun remède. Vu son état, elle risquait plutôt de les empoisonner toutes les deux que les guérir.
Les jeunes filles avaient elles des activités prévues ce jour ? Car la seule chose qui enthousiasmerait actuellement Aliénor serait de se rendormir pour échapper au sifflement insoutenable.
Que nul ne lui demande la moindre petite chose aujourd'hui ! Ou sinon, ça allait... ça n'allait rien du tout puisque ça n'était même pas capable de rester debout plus de deux minutes d'affilée. _________________
Eilinn_melani
[Quelques jours plus tard...]
Les jours avaient passé, laissant l'espérance croissante à Eilinn qu'Arnault d'Azayes n'avait pas reçu la lettre. Fort heureusement, la migraine de St Valentin elle avait disparu, laissant les deux jeunes filles reprendre leurs activités habituelles, même si c'était une boule au ventre que la vicomtesse ouvrait son courrier après l'office de sexte.
Et ce jour-là, elle reconnut le cachet de la congrégation du Saint Office sur une des missives. Elle resta un long moment avant de se décider à l'ouvrir, se disant que ce que l'on ignorait ne nous blessait pas. Elle n'avait guère envie de se voir morigéner, ou moquer.
Un soupir, et la missive fut décachetée, et dès la première ligne, Eilinn grimaça.
Citation:
De nous, monseigneur Arnault dAzayes, tribun et diacre-sacristain, expert en miches,
À Eilinn Melani, vicomtesse dAvize, meilleure Première Maître dHôtel français de tout temps,
Salutations et bénédictions aristotéliciennes.
Votre Seigneurie,
Votre perspicacité et votre sagacité éclatent une fois de plus dans toute leur splendeur : je fus en effet surpris de recevoir une rose, que ce fût de votre part ou non. Qui en effet pourrait penser à un homme dÉglise certes non-ordonné portant la capuche le jour de la Saint-Valentin ? La surprise, déjà palpable à la simple réception de lenvoi, fut totale à la lecture du nom du destinateur. Le choix de la couleur de la fleur mapparaît des plus judicieux. Jespère que la grâce quévoque le blanc est tant matérielle que divine. En tous les cas, soyez vivement remerciée pour votre si surprenante et délicate attention. Je la garde bien précieusement mienne pour le moment.
Soyez en outre convaincue que je noublie nullement ma promesse. Les aléas étant ce quils sont, je me suis simplement éloigné de Noirlac ces derniers temps : Tibère nest plus tout à fait certain de me vouloir voir entreprendre ces études et, profitant de cette hésitation, jai préféré quitter ces lieux où jai, à ma grande confusion, croisé un nombre anormalement élevé de cisterciens.
QuAristote vous guide.
Prosé à Verneuil le dix-neuvième jour du mois de février de lan dHorace MCDLX, durant le pontificat de Sa Sainteté Innocent VIII.

Eilinn eut une moue dubitative. C'était à la fois trop et trop peu.
- "Aristote a été noyé dans la mirabelle ce jour-là...
ALIENOR !"
Cela devenait une habitude.
Il lui fallait l'avis de quelqu'un de "normal". Enfin autant qu'une jeune fille de quinze ans pouvait l'être._________________
Vicomtesse d'Avize, Diaconesse de Paris.
Alienor_marie
Une main émergea, en signe de remerciements adressés à Edwards. Quel brave homme, que feraient les jeunes filles sans lui ! Probablement tout plein de bêtises. D'ailleurs en parlant de sottises...
La lettre ? Quelle lettre ? Ah oui ! Un vague souvenir déchira les nuages environnants. Et la larve soupira de dessous son édredon. Qu'ajouter de plus ? Grand Mère aurait dit qu'il faut bien que jeunesse se passe. Mais Grand Mère aurait elle accepté l'envoi d'une telle lettre ? Aucune idée. Mais elle les aiderait ! Voilà, c'était la meilleure des solutions.
- J'demanderai à Grand Mère...
La larve se rendormit, l'autre larve à ses côtés. Quoi de plus mignon que deux larves ? De toute manière, ce n'était ni l'heure, ni l'état de réfléchir davantage. Si elles n'étaient pas mortes, cela irait bien mieux demain, ou après demain. Peut être directement après les potions d'Edwards ? Franchement, il faudrait écrire à Blanche. En première année d'étude de médecine, on devrait apprendre à fabriquer un breuvage anti ivresse. Voilà qui serait utile. Bien plus qu'apprendre à accoucher une femme. Il vaudrait mieux laisser ça aux étudiants plus âgés qu'à des petites jeunes filles impressionnables.
[Quelques jours plus tard...]
Aliénor sortait de sa chambre, toute émoustillée. Elle avait reçu une lettre de Breandan. Il comptait venir la voir ! Il fallait absolument qu'elle raconte ça à Eilinn. Evidemment, il ne s'agissait que d'une visite, et elle n'envisageait pas de rencontre entre eux deux pour le moment, mais c'était tellement...tellement tout ! Aliénor passa devant un miroir, devant lequel elle s'arrêta. Eilinn ne pourrait pas manquer les joues roses et les yeux pétillants de son amie. Pourvu que Breandan ne s'en rende pas compte quand il viendrait !
Donc, la brune cherchait l'autre brune, quand elle entendit un cri :
Ladite Aliénor fut ravie. Elle ne ressentait aucun mal de tête semblable à celui qui l'assaillait la dernière fois qu'Eilinn avait crié son nom. C'est toute guillerette qu'elle descendit la rejoindre, dévalant les escaliers de marbre comme une fleur légère. Oui, cette lettre l'avait décidément mise d'excellente humeur, comme si des papillons flottaient tout autour d'elle. Demain elle se trouverait bien bête d'avoir réagi ainsi, mais pour le moment, elle profitait de cet état de grâce.
Devant l'air sérieux d'Eilinn, le sourire de la Lorraine s'effaça.
- Que se passe t il ? Quelque chose de grave ?
La jeune vicomtesse tenait une lettre à la main. Pourvu qu'il ne s'agisse pas d'une mauvaise nouvelle... Une missive de son beau père sans doute. Aliénor grimaça. Elle ne l'avait encore jamais rencontré, mais ce qu'on lui avait raconté suffisait. D'ailleurs, était il au courant des épousailles prévues ? Peut être pas, et c'est ce qui justifierait ce bout de vélin. _________________