Fazzino
[ ANGOULEME]
Le temps était maussade. L’humeur de Fazzino aussi.
Pourtant il aimait les voyages. Les départs aussi. Surtout quand on s’était ennuyé un peu. Enfin ce séjour à Angoulême lui avait permis de rencontrer pas mal de gens…..oui des sympas aussi !
L’ennui c’était les départs en compagnie d’Isa.
Sa marraine ! Oui la prévôte comme tout le monde l’appelait maintenant.
Fazz lui, lui préférait le surnom de « La Cheffe ».
Et elle savait justifier cette appelation !
Justement ! Le charpentier bergeracquois hâletait, souflait et suait à qui mieux mieux – on pourrait dire pire pire dans ce cas là .
Son dos courbé sous les dizaines de malle, de la belle. Il chargeait la charrette de toutes les affaires d’Isabel.
Elle lui avait dit d’un air désinvolte : Tiens Lapinou ! Veux tu bien te charger de mon baluchon je te prie ! Tout est dans ma chambrée !
Un BALUCHON !!!!
Ne rechignant pas , malgré tout à la tâche, Fazz allait et venait entre le logement et la charrette, portant malles, sacs et autres coffres.
Il avait voulu commencer par le plus petit coffret. Il adorait s’échauffer avant tout exercice.
Mal lui en avait pris, comme d’habitude…il avait raté la dernière marche de l’escalier et s’était applati par terre, le coffret sous lui.
Complétement éclaté celui-ci , éventré, avait laissé échapper ce qui semblait être les produits de beauté de la belle.
Crème en tous genres, j’en passe et des meilleures.
Un truc bizarre sauta aux yeux du charpentier-arpette-esclave et serviteurentousgenres…..Les menottes en fourrures roses.
Fourguant tout ce bric-à-brac dans une grande besace, jetant dans un fourré quelques pots d’onguent et crème qui n’avaient pas résisté au choc, il s’attaqua à une grosse malle.
Elle faisait un poids énorme.
Mais qu’est-ce qu’elle a pu bien mettre la dedans. Si Fazzino ne connaissait pas sa marraine comme il la connaissait, il l’aurait suspecté de mettre a gauche une partie de la production de la mine d’or !
Enfin, tant bien que mal, tirant poussant, laissant la malle glisser jusqu’en bas des escaliers, il parvint à charger le coffre sur la charrette et finit d’empiler tout le reste, dans un savant équilibre, précaire somme toute, et ils prirent la route vers Perigueux.
Fazzino aimait les mots, les vers – oui les verres aussi – épuisé par l’éreintant départ, il cheminait en arrière, rêvant, baillant aux corneilles, n’oubliant pas de soupirer longuement – ça c’est pour mieux respirer pendan un effort – et bioudant quelque peu.
Sortez-moi d’iciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
Au secourssssssssssssssssssssssssss
Epuisé et las , Fazz ne prêta guère attention à ces cris, sachant très bien qu’un cortége comtale ne se faisait pas sans heurts.
Il vit Isabel accourir longuement – ben pour faire 6 mètres avec ses jambes , ça prend un paquet de temps- , et appeler :
Fazzino, Myrmille en avant…Exécution !!!!
Comme au garde à vous, mais soupirant un peu, il s’approcha rapidement et vit messire Myrrmille qui lui avait mis plus de temps pour arriver, boitillant et couvert de poussière, l’air pas content du tout et grommelant dans sa barbe.
D’un geste Isabel les fit se mettre en rempart devant un coffre, dégainant son épee, soulevant le couvercle du coffre aboyeur.
Celui-ci ouvert, ils se penchèrent pour scruter à l’intérieur……peu rassurés……..
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Liberté et Amour, voilà ce qui régit ma vie....
Fazzino
[ QUAND ON A PAS DE TETE, ON A DES JAMBES ! ]
La découverte de la petite blonde dans la malle d’Isa avait rompu le monotone du cortège comtale.
Quand il avait fallu reprendre la route, évidemment tout était retombé dans le train train habituel.
Le Cam – il voulait qu’on l’appelle Jean, ainsi en sera fait dorénavant – qui avait pris Orka en croupe maugréait toujours.
Le Comte paradait en avant, sous les vivats – quelques quolibets et vieux légumes aussi, tiens ! – de la foule.
La « Cheffe », elle allait et venait le long de la parade, l’œil aux aguets , pour la sécurité et le bien de tous.
Enfin, elle savait penser à son bien à elle aussi.
Dès qu’elle croisait le regard baissé de Fazzino, elle n’hésitait pas à le mettre à contribution.
Fazz, tu penseras à m’amener un coussin, cette selle est bien dure.
Fazz, ma liqueur de gland, fais bien attention qu’elle ne soit pas trop secouée par les cahots du chemin hein !
Fazz ! Fazz ! Je me suis fait attaqué par une cocinelle !!!
La méprise du Comte à son sujet , l’avait apparament mise de mauvaise humeur.
Fazz en riait encore..la Prévôte Catalane !! Quelle insulte noundédiou !!
Il avait accueilli cette arrivée en Perigueux avec soulagement, même si la vue des remparts de la ville , lui avait fait monter les larmes aux yeux, mais ceci est une autre histoire.
Savoir qu’il allait bientôt retrouver la galerie Foulque, du sieur Têtedefer, où il pourrait déposer ces poèmes, lui donnait du vague à l’âme, et c’est perdu dans ses rêveries, les mots dansant dans sa tête qu’il fut surpris par le cri d’Isabel :
EN TAUUUUUUUUUUUULLLLLLLLLLLLLLLLLEEEEEEEE LA BLONNNNNNNNNNNNNNNNNNDDDDDEEEEEEEEEEEEEE
Fazzino jeta un œil à la petite p’tite prévôte, qui était rouge de colère, et montait sur ses grands chevaux – bon faut dire que pour sa taille, même un poney serait grand.
Il le savait, les affaires d’Isa , c’est sacré.
Il murmura doucement :
Pauvre Orka ! Elle va passer un mauvais quart d’heure !
Regardant la petite blonde toute depenaillée, couverte de poussière aux cotés de Jean – ah oui j’avais averti hein – Le CAM, à la mine désolée, Fazzino se tapa le front.
Oups ! Les robes, et tissus de grandes valeurs !
Oups du coffre sculpté d’une rose – et c’est moi qui l’ai fait !
Oups ces affaires là, qu’il avait oublié en Angoulesme au lavoir !
Oups ! Oups ! Oups !
Il avait heureusement mis les bijoux et quolifichets dans sa propre besace.
Il s’avança, hésitant, courbant un peu le dos, les yeux baissés vers sa marraine.
Il ouvrit grand son sac, et dévoila les objets du contentieux.
Hum Isa ! Les bijoux sont tous là ! Oui oui tes sceaux aussi ! Oui même ce collier horrible en dents de castor !
Par contre pour les robes…euh….ben….je les ai laissés chez le teinturier à Angoulême mais il fait suivre promis.
Se tournant vers la belle Orka :
Euh pour le logement, la prison de Périgueux est réputée 3 étoiles. Paille fraiche, Vue sur le gibet. Petit dejeuner servi en chambrée. Et animaux de compagnie tolérés et même fournis !
S’éclipsant le plus discrétement possible, Fazz rejoignit son cheval, avec le but d’aller rapidemment récupérer les divines affaires de la naine, euh la belle, restées à la ville précédente !!
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