Kawa
Et si la croute était brûlée, son pain était chaud et moelleux au-dedans (
) tu te laisse tomber à genoux et tu déchires le sac. Lodeur de pain frais te monte aux narines.
La première bouchée te colle à la gorge, et tu manques de tétrangler. Il va falloir que tu prennes ton temps. Il te faut tout réapprendre depuis le commencement.
[ Jay McInerney - Bright lights, Big city / Journal de vol d'un oiseau de nuit ]
_________________
[ changement de RP en cours ]
La première bouchée te colle à la gorge, et tu manques de tétrangler. Il va falloir que tu prennes ton temps. Il te faut tout réapprendre depuis le commencement.
[ Jay McInerney - Bright lights, Big city / Journal de vol d'un oiseau de nuit ]
- Quelque part en Bourgogne
Chambre confortable de prime abord. Dinconfort déçue, dun confort inconfortable. Les draps nétaient pas seulement rêches, loreiller nétait pas seulement commun, la désuétude lattitude était celle de celle qui nattend plus. Qui nattend plus rien. Qui a déjà trop attendu.
Il y avait dans ces chambres dauberge toujours la même odeur qui flottait, même les fenêtres ouvertes, laissant à la brune la même impression surannée.
De ce temps suspendu, elle a tiré une à une les cordes, et quen est-il tombé ?
Une meurtrissure. Une déchirure, un mur.
Le mur quelle a elle-même dressé, ce sont ses barricades, les barricades qui la protègent, les barricades qui se dressent haut, mais qui se fissurent parfois. Lusure, lusure du temps
Pourquoi avaient-ils fait ce choix ?
Voilà limmonde question quelle se posait depuis quelle savait. Retrouver ce frère, cet autre soi, ce miroir que lon a brisé. Avoir choisi le fils, avoir abandonné la fille. Toujours le bien pour le mâle, et pourtant, ne pas pouvoir len blâmer. Etre heureuse, être heureuse, quil eut été épargné. Une vie heureuse, une vie gâchée. Le choix
Mais quand, déjà, avait-elle été sereine ? Cest vrai, cette atmosphère doucerette, intime et sans faste rappelait peut-être, sans doute, aux voyageurs à lâme vagabonde les souvenirs chers dune enfance passée dans une maisonnette chaleureuse, au milieu de conversations patoisantes et bruyantes. Elle, cétait un autre sentiment qui résonnait à ses oreilles quand elle cherchait lécho dune enfance. Pour elle cétait les coups, le travail forcé dans cette ferme paysanne, ce couple quelle avait du il avait bien fallu les faire taire, il avait bien fallu quils arrêtent, il avait bien fallu et ce chien qui venait lui voler son pain, même le chien même le chien. Lui, elle lavait épargné.
A lombre du voile, noir, sombre, désespéré ; la lumière, la joie, le partage.
Tout ce quelle aurait voulu avoir, il lavait eu ; tout ce quelle avait eu, personne naurait souhaité le recevoir. Ne pas connaître son passé était si confortable que lorsque celui ci avait éclaté, elle avait alors retrouvé le néant. Lanéantissement.
Séchapper. Vite. Ne pas se retourner, se terrer dans le mutisme, sy lover, sy endormir avec le seul vu de ne jamais se réveiller.
Si là au fond de son cur, il y avait toujours eu ce vide, ce creux, ce trou béant, elle pouvait désormais le nommer. Là, cétait la place dAimelin, ce frère, plus quun frère, un jumeau, cette moitié arrachée à son enfance. Ce frère, cette moitié delle était bien trop loin, depuis bien trop longtemps.
Il lui manquait.
Les pieds fins furent déposés sur le plancher chaud, réchauffés par un soleil aveuglant, les volets comme souvent avaient oublié de se fermer, la jeune femme ferma les yeux un instant éblouie.
Encore une nuit sans sommeil maugréa-t-elle
Lécritoire de voyage était posé là, à quelques pas, mais comment écrire, comment dire tout ce que les années auraient du remplir ? Et comment combler cet abîme qui séparait ces deux êtres aux vies si différentes ? Quels mots lui souffler ? Cela faisait si longtemps longtemps quelle cherchait, et ses maux à elle, cela faisait longtemps quelle les avait tus. Alors partager, échanger est ce quelle savait encore ? Est ce quelle pouvait encore ?
Elle passa ses doigts sur le vélin tendu, esquissa un geste vers lencrier, se ravisa, regarda par la fenêtre, journée dété bien claire, touches ombrées, ambrées de promesses dorées. Encaisser, chercher, se perdre pour se retrouver.
Peut-être quil était temps de refaire le chemin à lenvers. Alors elle trempa la plume dans une encre fraiche et intense, noire, profonde, en entama lépître qui, depuis tout se temps se profilait dans son esprit
- A Aimelin de Millelieues Seigneur de
Bon, laissons,
Cher Aimelin,
Il y a de ces moments qui nont que trop tardé, et dont lurgence enjoint à laction, dont le besoin enjoint à la plume, dont lâme elle-même se doit répondre.
Un de ces moments, tu las compris, est celui de cette lettre.
Cela fait bien longtemps que nous nen avons plus échangées, vagabonder, sourire, retrouver le vent sur mon visage, retrouver la sensation familière de ne rien avoir de familier. Peut-être quil faut ça. Il fallait ça.
Tu le sais.
Il fallait parcourir un chemin, celui de lacceptation peut-être, dun passé tronqué, dune vie gâchée, dune enfance commune que lon nous a volée. Digérer une amertume anonyme sans plus de vengeance, digérer davoir eu à perdre sans combattre.
Prendre, on ma pris ma vie Aimelin, on me la prise comme ça, sans me consulter, plus rien nest à prendre chez moi, je ne laisserai plus jamais qui que ce soit semparer dune part de moi, fût-elle infime, il faudra attendre, attendre que je veuille ou que je puisse donner.
Un besoin, un oubli pour accepter de ne pas avoir de souvenirs. Et pour se préparer, pour pouvoir, en créer de nouveaux.
Vois-tu ce cur blessé et durci qui est le mien sest ouvert à toi. Et cette faille qui lentaille a cessé de saigner, de battre, de cogner, pour sapaiser enfin.
Une marque, une trace. Une attache, que jai cru pouvoir estomper. Un mode dêtre, que jai cru pouvoir sauvegarder. Une habitude, enfin, quil me faut te céder car depuis le jour où jai su, plus rien, au fond, na été pareil.
Car enfin malgré lamputation dont nous avons été, chacun à notre façon, les victimes, le lien était indéfectible et le demeure. Et cest ce lien aujourdhui, qui distendu par une absence que je reconnais trop longue, mappelle à te revenir.
Et ce lien qui nous unit na cessé de maccompagner, nen doute pas une seconde, pas une des mille lieues que jai parcourues na été franchie sans ton nom, sans ton souci, que fait-il ? Que se passe-t-il ? Comment vont-ils ?
Ne te méprends pas, mon frère. Je ne te parle pas dune malédiction, dune douleur, dun fardeau, ou que sais-je encore ?
Je te parle de cette sensation douce-amère qui accompagne et pèse à chaque pas, de savoir que quelque part, ailleurs ou tout près, il y a cet être pour lequel on compte et qui compte pour nous. Que cette liberté, conquise dans la douleur et dans la peine, et chérie depuis comme le meilleur des biens, le plus sûr et le seul, est désormais ténue, tenue sous le joug des liens dun sang que lon découvre avec plaisir.
Ce sentiment, tu le connais, tu las toujours connu, A moi, il a fallu lapprendre.
Je te parle surtout de ma hâte et de la chaleur avec laquelle je tenvoie ces quelques mots, car je prends la route.
Encore une nouvelle fois, avec la destination la moins incertaine que jaie pu choisir ces derniers temps. C'est-à-dire vers toi. Il me tarde de revoir ton visage, même sil est gravé dans mon esprit, serti des plus beaux sentiments. Les effusions daffections, les grands gestes, ne sont toujours pas cependant inscrits parmi mes usages. Il y a de ces penchants indécrottables, je suppose, qui malgré mes efforts, ne se gommeront pas.
Je devine ton sourire. Tu ne me demandes pas cela. Je le sais.
Alors instruis-moi. Je menquiers de tes nouvelles. Des tiennes et de la belle Aliénor, de ta terre aussi, de tout ce qui fait ta vie, et de tout ce qui fera lobjet de discussions que je sais que nous poursuivrons jusque dans les ténèbres moites des nuits dété.
K.
_________________
[ changement de RP en cours ]




