Mahelya


Et voilà ... Même pas encore une journée que Kylian était parti que Marie était au plus mal.
- Bonjour, je suis Marie-Amélya Deschenaux-Kierkegaard. J'aimerai s'il vous plait rencontrer la Vicomtesse Sofja. Ne vous inquiétez pas, je n'en aurais pas pour longtemps, je n'ai trois fois rien. Je veux juste son avis.
Et d'attendre patiemment.
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- La veille, ils avaient passé la soirée, et le début de la nuit, tous les deux. Rien qu'eux deux. Un détour par la maison pour que le Beau Ténébreux puisse embrasser sa fille comme il se devait. Cela avait été émouvant. Kylian en avait les larmes accrochées au bord des cils alors que Marie, dans l'intimité de leur demeure ne retenait plus les perles d'eau salée ... Debout, légèrement tremblant, Le Deschenaux tenait à bout de bras, ému, ce tout petit paquet de chiffon rose, réveillé pour l'occasion. Plus qu'à l'accoutumé, il avait rechigner à la réinstallée dans son lit. Plus à l'accoutumé, celui lui avait fait mal de la lâcher. Et le cri déchirant qu'avait poussé Heliana, confiée aux bons soins de Bertille pour le reste de la nuit, comme si elle se doutait de quelque chose, comme si du haut de ces dix mois elle comprenait, n'avait en rien facilité le départ des jeunes mariés. Ceux-ci, morose, le cur envahi par la tristesse, lappréhension et une pointe de colère pour la Rousselote avaient décidé de s'accorder un peu de temps rien que pour eux, alors que plus tard, avant que le soleil ne darde ses premiers rayons Kylian aurait déjà pris la route pour un ailleurs, en ligne de front.
Enlacés, ils avaient entamé une longue promenade dans les rues désertés de Limoges. C'était leur nuit. Peut-être la dernière. L'ardeur qui les animait habituellement avait fait place à une tendresse non dénuée de passion. Juste eux et l'astre nocturne dans une volonté de faire de cet instant douleureux : la séparation, un souvenir agréable, inaliénable, inaltérable, immuable. Un cadeau réciproque, comme une marque au fer rouge, pour qu'aucun des deux, quoi qu'il arrive, quoi qu'il se passe ici ou là-bas face aux lignes ennemies, n'oublie cet instant. Un cadeau pour l'éternité, si jamais la faucheuse devait les séparer.
Mais le temps des douceurs touchait à sa fin et le groupe s'en allait déjà ... lÉtincelle incapable maintenant de retenir ses larmes, avait préféré, pour ne pas être un fardeau pour son Époux, ne pas assister aux embrassades des familles et amis, venus saluer le courage de ceux qui s'en allaient en guerre. Elle avait eu son moment avec lui et c'était tout ce qui importait. Elle s'était alors prostrée dans son jardin, pupilles étincelantes de larmes tournées vers la lune. La nuit été agréable ... Pas trop fraîche ... Un légère bise ... Et pourtant ...
- Bonjour, je suis Marie-Amélya Deschenaux-Kierkegaard. J'aimerai s'il vous plait rencontrer la Vicomtesse Sofja. Ne vous inquiétez pas, je n'en aurais pas pour longtemps, je n'ai trois fois rien. Je veux juste son avis.
Et d'attendre patiemment.
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