Aimelin

[hrp : RP sans prétention juste le plaisir d'écrire, réservé à la famille et invités]
[Sézanne, aout 62]
"Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi,
comme ça, dans l'herbe.
Je te regarderai du coin de l'oeil et tu ne diras rien.
Le langage est source de malentendus.
Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près... "
(St Exupéry - Le Petit Prince)
Le frison semblait ne point toucher terre et chacun de ses gestes tandis qu'il galopait dans le vaste pré bordant les écuries, soutirait au jeune maitre des lieux un sourire qui faisait briller de fierté quelque éclat dans son regard acier, à moins que ça ne soit quelques larmes qui secondes après secondes embuaient son regard sans doute sous un courant d'air capricieux.
La petite Angelle assise à ses côtés, à même le sol sur le tapis d'herbe qu'abritait le bel arbre qui gardait l'entrée du champ, n'avait d'yeux elle aussi que pour l'animal qui dépensait son énergie au gré de sa folie.
Abandonnant quelques secondes sa contemplation, Aimelin repensa à ce velin un peu vieilli que sa soeur lui avait fait parvenir il y a une année et qu'il avait du lire des centaines de fois.
" Ne te méprends pas, mon frère. Je ne te parle pas dune malédiction, dune douleur, dun fardeau, ou que sais-je encore ?
Je te parle de cette sensation douce-amère qui accompagne et pèse à chaque pas, de savoir que quelque part, ailleurs ou tout près, il y a cet être pour lequel on compte et qui compte pour nous. Que cette liberté, conquise dans la douleur et dans la peine, et chérie depuis comme le meilleur des biens, le plus sûr et le seul, est désormais ténue, tenue sous le joug des liens dun sang que lon découvre avec plaisir. Ce sentiment, tu le connais, tu las toujours connu, A moi, il a fallu lapprendre.
Je te parle surtout de ma hâte et de la chaleur avec laquelle je tenvoie ces quelques mots, car je prends la route.
Encore une nouvelle fois, avec la destination la moins incertaine que jaie pu choisir ces derniers temps. C'est-à-dire vers toi. Il me tarde de revoir ton visage, même sil est gravé dans mon esprit, serti des plus beaux sentiments. Je devine ton sourire. "
Il était des moments où l'on devait savoir suivre la course d'une étoile, sans la déranger, sans que notre souffle n'en dévie sa trajectoire. Le regard la suivait, amusé, étonné, parfois admiratif ou émerveillé, et puis l'on se penchait pour tenter de la voir s'enfuir jusqu'à ne devenir qu'un minuscule point qui disparaissait avec les premières lueurs du jour. Et le soir venu, on se surprenait à la guetter et à la suivre à nouveau lorsqu'elle réapparaissait au regard pour continuer à nouveau sa course, libre, et revenir à la tombée du jour.
Kawa faisait partie de ces étoiles dorénavant, celles que l'on ne devait pas déranger dans leur course, et qu'il fallait laisser scintiller pour qu'elles se sentent libres. Elle était partie sur les chemins mais cette fois elle ne tiendrait plus ses promesses de retour. Un paysan lui avait ramené Nomade un matin des derniers jours d'octobre, un de ces sales matins où l'on maudissait la journée jusqu'à ce que le sommeil nous la fasse oublier. Cette discussion avec elle revenue dans sa mémoire lorsqu'il avait vu le frison.. " il marrivera certainement quelque chose avant toi jen suis certaine et tu nauras personne à Si Nomade il faudra prendre soin de Nomade !"
Sa précieuse. Certains lui avaient demandé les raisons de ce nom pour sa liste ducale, et lui avait juste répondu que c'était en hommage à sa soeur. Parler d'elle était encore difficile comme à chaque fois qu'il perdait quelqu'un de son entourage et seules Aliénor et Shan recevaient ses confidences.
En pensant à elle il ne pouvait s'empêcher de penser aux mots de l'homme, abrupts, les derniers mots de sa soeur avant qu'ils ne la laisse reposer sous ce chêne, dernière couche dans la nature, surmontée d'un tas de cailloux et d'une croix de bois. Le frison qui l'accompagnait n'avait laissé aucun doute à Aimelin. Alors il était parti la retrouver sur ce bord de chemin après Troyes, sous cet arbre à l'écart du passage où ces pierres entassées qu'il avait pris soin de remodeler veilleraient sur elle à tout jamais, ici sur l'un de ces chemins qu'elle aimait tant arpenter. Il avait solidement planté la croix qu'il avait faite fabriquer, une croix digne de ce nom à la seule lettre gravée "K". Elle lui manquait cruellement et la rage de sa disparition, qui sétait nichée en lui se terrait pour ressurgir aussitôt que quelque chose lévoquait.
c'est vrai qu'il est magnifique laissa t il échapper en se levant et se dirigeant vers l'étalon qui s'était doucement approché d'eux.
Il avait fini par l'apprivoiser, même si à son arrivée à Etampes l'étalon se montrait nerveux aussitôt que le jeune seigneur l'approchait. Peut être ressentait il cette ressemblance avec sa cavalière disparue et au fil des semaines, l'animal avait été en totale confiance et le jeune brun lui avait même fait foulé une fois le sable de la lice.
Chassant ses pensées il jeta un coup d'oeil à la fillette.
viens suis moi vers la salle d'armes.
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