[En taverne]
Héloïse, arrivée à Marseille la veille, n’a pas trouvé le courage d’aller en taverne. Elle s’est contentée de mettre sa barque à la mer et de passer la journée à pêcher.
Elle se décide pourtant le lendemain et se rend au Valeque, où se trouvent deux jeunes femmes, Delta et Chacha, lui semble t-il.
L’arrivée de Kylah la trouble quelque peu. Elle sait combien il est difficile de cacher quelque chose à son amie, et elle lui raconte brièvement les dernières semaines.
Evoquer sa fille, Mara, est difficile et Héloïse est soulagée lorsque des échanges peu amènes ont lieu entre les deux marseillaises et la toulonnaise. Elle les écoute sans réellement entendre, plaquant un sourire ou une mimique d’étonnement sur son visage lorsque cela lui semble être le moment.
Cassure. Chopes bues.
Un homme entre, alors que ne restent plus dans la taverne que Delta et Héloïse. La jeune femme semble somnoler, tandis qu’Héloïse écrit.
L’homme parle, bavarde, importun. Mauvais moment pour une rencontre.
Elle reste calme, bien qu’exaspérée. Suggestion d’aller prendre l’air.
Delta s’anime, soulageant Héloïse qui tente désespérément de se réassembler une dernière fois, qui se lève, qui part.
Cassure. Complètement ivre.
[À la pêche]
Elle entasse dans sa barque le peu qu’il lui reste, houppelande, bottes, son épée et son bouclier, ainsi qu’un bon couteau, qu’elle a forgé elle-même.
Elle s’installe et rame longuement, sans penser à rien, jusqu’aux calanques.
Elle tire son embarcation jusqu’à la plage de galets, eau transparente, sort ses biens un à un, retraçant au toucher des moments choisis, ceux où n’existaient pour elle que les rires, la joie, l’amour et l’amitié.
Elle les étale, les regarde.
Puis les oublie.
Brisure. Pleurs.
Larme de gnôle tirée de sa gourde. Brève étincelle qui lui remet le rouge aux joues.
Gentil coquelicot, mes dames, gentil coquelicot. Nouveau.
Fêlure. Rêve éveillé.
L’après midi s’étire doucement dans le soleil encore chaud. Elle le fixe, l’astre, s’y aveuglant comme pour se donner un avant-goût.
Un avant-goût de sel, elle happe l’air pour s’y préparer.
Vide la gourde dans son gosier.
Brûlure.
Toux qui déchire.
Déchirure. Armanté est mort.
Trop vite. Un amour fulgurant. Ecrasant au passage tout ce qui existait auparavant.
Le rejoindre.
Absence.
La fiole mêlée à la gnôle fait son effet.
L’air se dissout. Distorsions.
Héloïse fait tourner sa bague au dragon autour de son annulaire aminci par le jeûne.
L’emblème Beogora.
La dragonne n’est plus qu’une flammèche ridicule qui sombrera bientôt dans l’oubli.
Tant mieux.
[Flux]
Elle abandonne ses effets sur la plage.
Ils serviront bien à quelqu’un.
Remonte dans sa barque, couteau en main, bagues aux doigts, dragon, alliance.
Morceaux de sa vie devenus inutiles.
Ne laisse aucun message d’explication.
L’amour ne s’explique pas. Le désespoir non plus.
Elle rame jusqu’au large, s’arrête.
Coups de couteau rageurs dans le fond de la barque, en piteux état déjà.
Lentement, l’eau s’infiltre dans l’embarcation fragile.
Elle la regarde monter, prendre possession de chaque centimètre, s’insinuer.
La barque s’enfonce, doucement.
Elle ferme les yeux à la vie.
Les ouvre sur la transparence de la mer.
Picotements salés.
Souffle qui s’éteint.
L’eau qui l’étreint.
Elle sombre.
[Reflux]
Petit matin.
Soleil levant.
Une masse légère s’échoue sur la plage.
Chevelure étalée.
Filet de pêcheur attrapant le malheur.
Rattrapé son amour. Passage obligé.
Marionnette sans fil...
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Roadie.