Kye


Ça avait commencé par une simple toux. Une fois de temps en temps et ça ne durait jamais. Au début, il mettait ça sur le compte d'une atmosphère poussiéreuse ou d'avoir avalé de travers. Puis les toux étaient devenues de plus en plus fréquentes, alors pour éviter qu'on ne s'inquiète pour lui, il disait que ça allait, qu'il n'était pas malade et que tout allait bien, que ça finirait par passer. Kÿe dans tout sa splendeur en somme.
Ça avait commencé par une simple toux. Progressivement la toux évolua et il finit par faire usage de la médecine. Evidemment, c'était contre la volonté du Noircastel. Pour lui, tout allait bien et il s'efforçait de le dire, mais pour qu'on le laisse tranquille il avait fini par accepter de se soigner.
Ça avait commencé par une simple toux. Rapidement, il avait cessé de dire que ça allait quant on lui demandait comment il se sentait. Eludant à chaque fois la réponse, changeant de sujet ou tout simplement en faisant mine de ne pas entendre. Les différentes médecines n'avaient rien changé à sa toux qui s'était aggravée à mesure que les semaines progressaient. Des charlatans comme il aimait bien se moquer.
Et nous voilà à aujourd'hui. Petit matin d'avril où même un sourd pourrait se rendre compte que quelque chose ne va pas avec l'appareil respirateur du vieux loup. Il respire bruyamment, il tousse régulièrement à en cracher ses poumons et il s’essouffle très vite. Les seuls moments où il trouve un peu de répit, c'est quand il est allongé et encore...ça, c'était au début.
Pour la première fois depuis des semaines, Kÿe a quitté l'étage de la maison où la famille séjourne depuis leur arrivé en Savoie. Il est assis dans le jardin et il regarde au loin. Entre deux longues respirations il lâche à demi-mot:
- Je sais que tu m'observes...Vieille pie.
Cette phrase, elle est à l'attention d'Eli qui l'observe ou plutôt le surveille depuis l'encadrement de la porte. Elle fait un pas pour atterrir dehors à son tour et vient s'installer à côté de lui, sur le banc de pierre juste devant un parterre de coquelicot sur le point de fleurir. La vieille dame ne dit rien et ne répond pas à la pique du Noircastel. Lui non plus d'ailleurs ne surenchéris pas, pour une fois. Ces quelques mots l'ont essoufflé encore plus que d'habitude et il cherche à retrouver une respiration.
Après quelques longues minutes, le vieux reprend.
- Je me demande... si j'aurai le temps de les voir fleurir...
Les coquelicots qui sont plantés devant eux sont les premières fleurs à faire apparaître leur pétales en cette période de l'année. Enfin, c'est ce qu'on lui a dit. L'éclosion est imminente et devrait arriver d'une journée à l'autre. Eli lui répond sagement :
Je ne te pensais pas herboriste.
Une manière détournée de lui dire qu'elle ne s'attendait pas à le voir ici. Il faut dire que depuis quelques temps maintenant le moindre déplacement du Noircastel est compliqué. Après les toux, il s'était retrouvé à avoir des problèmes de souffle. Au début, il disait que c'était parce que les enfants l'avaient plus fatigué que d'habitude. Et puis avec le temps, il s'est mis à être essoufflé par des escaliers et aujourd'hui c'est tout juste s'il peut tenir dans ses bras la petite Margaux, la dernière. Alors le voir dehors, ça tenait presque du miracle, lui qui maintenant se déplaçait difficilement avec une canne.
La remarque d'Eli ne manqua pas de faire rire Kye. Un début de rire franc qui se transforma presque aussi vite en une quinte de toux. Elle était si forte qu'elle l'obligea à se recroqueviller sur lui-même, si forte qu'à la fin il continuait de tousser alors que plus rien ne pouvait être expirer. La gouvernante détourna le regard et aurait aimé pouvoir fermer ses oreilles pour ne pas entendre tout ce bruit, mais elle du tout subir.
Il s'essuya quelques larmes qui étaient apparues suite à la tousserie et reprit son souffle autant que faire se peut. Il soupira enfin :
- Je suis désolé...
Il aurait aimé lui dire plus, mais il ne s'en sentait pas capable. Il aurait aimé lui dire, qu'il aurait préféré lui offrir une meilleure vie que celle qu'elle avait vécu jusqu'à maintenant. Il aurait aimé qu'elle vive sa vie dans son coin, qu'elle ait des enfants, une famille, qu'elle ne vive pas par procuration à travers lui. Mais surtout, surtout, il voulait lui dire qu'il était désolé parce qu'elle l'avait toujours vu comme son propre fils et selon lui, un parent ne devrait pas avoir à enterrer son enfant. D'une certaine manière, il acceptait de la voir maintenant comme sa mère, car au final c'était elle qui avait surtout pris soin de lui pendant tout ce temps.
Elle aurait pu lui répondre, mais sa gorge, serrée comme elle ne l'avait jamais été, l'en empêcha. Tout juste pu-t-elle murmurer :
- Rentrons, tu vas attraper froid.
Comme si ça pouvait changer quelque chose maintenant. Il montra la petite couverture qu'il avait pris avec lui sur les épaules et rétorqua faiblement.
- Encore un instant...
Une petite dizaine de minutes plus tard, les deux rentrèrent à l'intérieur, non sans difficulté pour Kÿe.
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Ça avait commencé par une simple toux. Progressivement la toux évolua et il finit par faire usage de la médecine. Evidemment, c'était contre la volonté du Noircastel. Pour lui, tout allait bien et il s'efforçait de le dire, mais pour qu'on le laisse tranquille il avait fini par accepter de se soigner.
Ça avait commencé par une simple toux. Rapidement, il avait cessé de dire que ça allait quant on lui demandait comment il se sentait. Eludant à chaque fois la réponse, changeant de sujet ou tout simplement en faisant mine de ne pas entendre. Les différentes médecines n'avaient rien changé à sa toux qui s'était aggravée à mesure que les semaines progressaient. Des charlatans comme il aimait bien se moquer.
Et nous voilà à aujourd'hui. Petit matin d'avril où même un sourd pourrait se rendre compte que quelque chose ne va pas avec l'appareil respirateur du vieux loup. Il respire bruyamment, il tousse régulièrement à en cracher ses poumons et il s’essouffle très vite. Les seuls moments où il trouve un peu de répit, c'est quand il est allongé et encore...ça, c'était au début.
Pour la première fois depuis des semaines, Kÿe a quitté l'étage de la maison où la famille séjourne depuis leur arrivé en Savoie. Il est assis dans le jardin et il regarde au loin. Entre deux longues respirations il lâche à demi-mot:
- Je sais que tu m'observes...Vieille pie.
Cette phrase, elle est à l'attention d'Eli qui l'observe ou plutôt le surveille depuis l'encadrement de la porte. Elle fait un pas pour atterrir dehors à son tour et vient s'installer à côté de lui, sur le banc de pierre juste devant un parterre de coquelicot sur le point de fleurir. La vieille dame ne dit rien et ne répond pas à la pique du Noircastel. Lui non plus d'ailleurs ne surenchéris pas, pour une fois. Ces quelques mots l'ont essoufflé encore plus que d'habitude et il cherche à retrouver une respiration.
Après quelques longues minutes, le vieux reprend.
- Je me demande... si j'aurai le temps de les voir fleurir...
Les coquelicots qui sont plantés devant eux sont les premières fleurs à faire apparaître leur pétales en cette période de l'année. Enfin, c'est ce qu'on lui a dit. L'éclosion est imminente et devrait arriver d'une journée à l'autre. Eli lui répond sagement :
Je ne te pensais pas herboriste.
Une manière détournée de lui dire qu'elle ne s'attendait pas à le voir ici. Il faut dire que depuis quelques temps maintenant le moindre déplacement du Noircastel est compliqué. Après les toux, il s'était retrouvé à avoir des problèmes de souffle. Au début, il disait que c'était parce que les enfants l'avaient plus fatigué que d'habitude. Et puis avec le temps, il s'est mis à être essoufflé par des escaliers et aujourd'hui c'est tout juste s'il peut tenir dans ses bras la petite Margaux, la dernière. Alors le voir dehors, ça tenait presque du miracle, lui qui maintenant se déplaçait difficilement avec une canne.
La remarque d'Eli ne manqua pas de faire rire Kye. Un début de rire franc qui se transforma presque aussi vite en une quinte de toux. Elle était si forte qu'elle l'obligea à se recroqueviller sur lui-même, si forte qu'à la fin il continuait de tousser alors que plus rien ne pouvait être expirer. La gouvernante détourna le regard et aurait aimé pouvoir fermer ses oreilles pour ne pas entendre tout ce bruit, mais elle du tout subir.
Il s'essuya quelques larmes qui étaient apparues suite à la tousserie et reprit son souffle autant que faire se peut. Il soupira enfin :
- Je suis désolé...
Il aurait aimé lui dire plus, mais il ne s'en sentait pas capable. Il aurait aimé lui dire, qu'il aurait préféré lui offrir une meilleure vie que celle qu'elle avait vécu jusqu'à maintenant. Il aurait aimé qu'elle vive sa vie dans son coin, qu'elle ait des enfants, une famille, qu'elle ne vive pas par procuration à travers lui. Mais surtout, surtout, il voulait lui dire qu'il était désolé parce qu'elle l'avait toujours vu comme son propre fils et selon lui, un parent ne devrait pas avoir à enterrer son enfant. D'une certaine manière, il acceptait de la voir maintenant comme sa mère, car au final c'était elle qui avait surtout pris soin de lui pendant tout ce temps.
Elle aurait pu lui répondre, mais sa gorge, serrée comme elle ne l'avait jamais été, l'en empêcha. Tout juste pu-t-elle murmurer :
- Rentrons, tu vas attraper froid.
Comme si ça pouvait changer quelque chose maintenant. Il montra la petite couverture qu'il avait pris avec lui sur les épaules et rétorqua faiblement.
- Encore un instant...
Une petite dizaine de minutes plus tard, les deux rentrèrent à l'intérieur, non sans difficulté pour Kÿe.
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