Leviathan_encap

Sur un parchemin, on a écrit:
Livre de Léviathan
- Témoignage -
« Le Châtiment d'Hebdomon »
- Témoignage -
« Le Châtiment d'Hebdomon »
- ✥ Je connus un homme du nom de Safrax.
✥ Lorsquil n'était qu'un fils, il avait déjà la carrure d'un géant aux poings de cuir carrés. C'était un
greuthungue. Son âme était à vendre pour une victoire, et de cela je pus convenir en l'observant,
même de loin. Les hommes de guerre ont une posture qui cherche la reconnaissance.
✥ Lorsqu'il se livra à moi, je lui fis la promesse qu'il marcherait chez lui dans les rues d'Andrinople.
Nous devînmes amis.
✥ Les mortels de cette région connaissaient mon souffle puissant. Ils me savaient capable de coucher
une dizaine d'hommes sur le lit de la terre, à la force d'un mot, ou de les faire tomber de cheval, sous
mes postillons. On faisait des récits des forces noires que recelait ma gorge.
✥ C'était un don parmi les premiers cadeaux de mon père. Il me donna le souffle, et une langue de
serpent, dont j'usais pour lécher des cons. Il m'avait doté de cet ornement pour susurrer des conseils
aux hommes. Ce renvoi de mon devoir me valait de fréquents châtiments de mon créateur.
Cette langue me fut coupée plus tard.
✥ Je murmurai à l'oreille de Safrax. Nous nous tînmes les bras et nous rapprochâmes. Nous marchâmes
sur la Thrace, une centaine d'hommes dans nos... traces. J'avais apposé sur chacun d'eux la marque de
la bête. Ils ne savaient pas lire le grec.
✥ Le jour du sang arriva.
✥ Nous nous jetâmes dans la plaine avec la férocité de ceux qui n'ont que la mort pour futur.
Safrax alla en tête. Les barbares fondirent comme un fléau sur l'ennemi. Je fumai et hurlai, pareil aux
représentations que l'on fait de moi. Mes cris décharnèrent les mortels. Ils n'étaient que fétus sur leurs
chevaux.
✥ Ainsi ils disaient de moi : nolite maledicere. En romains qu'ils étaient, perclus de certitude d'être au
dessus des barbaries, ils furent humiliés dans leur stratégie, leurs espoirs déchus, le nombre de
prisonniers, ténu. Les romains. Je ne les ai jamais portés dans mon cur.
✥ Ainsi ils disaient de moi : nolite maledicere.
✥ Le sac d'Andrinople pouvait débuter.
✥ J'étais parmi les pillards, reconnu par eux comme un des leurs. Nous mîmes à terre bon nombre de
femmes et d'enfants, trouvant dans leurs chairs du plaisir, dans leur sang nos reflets.
Nous prîmes les culs, l'or et les draps.
✥ Quand au matin du deuxième jour, je me levai sur les restes d'une orgie froide, je sentis l'étreinte
d'une main sur mon épaule. Un jeune enfant, messager de mon père, m'annonça que ce dernier me
faisait mander à Hebdomon. En passant par les portes de la ville, je vis que Safrax était mort. Il s'était
noyé dans un cratère de vin. Sa victoire était consommée.
✥ Je gagnai les hauteurs d'Hebdomon à pied, pénitent. Je grondai d'une force sourde, sachant qu'un
châtiment allait pleuvoir sur mon être, mais ne pouvant m'y soustraire. J'allai sur la faille, à la rencontre
de mon créateur, sans chausse et sans apparat, tel qu'il m'avait vu naître, vêtu de ma seule colère.
✥ Je l'appelai.
✥ Le soleil fit plusieurs arches au dessus de ma tête, tandis qu'il me faisait attendre. Je jeûnai. Je me
desséchai. J'étais comme toujours humilié. La perpétuelle douleur de mon incarnation se rappelait à moi.
Je regrettai alors mes déserts de lune.
✥ Mon créateur descendit sur moi sous la forme d'une lame qui éclaira la nuit dans un tumulte. Il me
fendit la côte et m'allongea sur la pierre. L'étreinte glacée de son bras, comme l'hameçon dans la bouche
du poisson, reste depuis cette heure dans mon poitrail.
✥ Exaspéré par mes hurlements, il me reprit le souffle. Je ne crie désormais pas plus qu'un homme.
✥ La plaie suinte. Mille et cent ans de soins ne l'ont pas refermée. J'attends qu'Il y appose la main.
✥ Je suis son esclave, et je le hais.
- Lé𝘷𝘪ѦϮ𝘩𝘢ҋ
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