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[RP] Les Parchemins de l'Ordre des Encapuchonnés

Leviathan_encap
Sur un parchemin, on a écrit:




Livre de Léviathan

- Témoignage -

« Le Châtiment d'Hebdomon »



    ✥ Je connus un homme du nom de Safrax.

    ✥ Lorsqu’il n'était qu'un fils, il avait déjà la carrure d'un géant aux poings de cuir carrés. C'était un
    greuthungue. Son âme était à vendre pour une victoire, et de cela je pus convenir en l'observant,
    même de loin. Les hommes de guerre ont une posture qui cherche la reconnaissance.

    ✥ Lorsqu'il se livra à moi, je lui fis la promesse qu'il marcherait chez lui dans les rues d'Andrinople.
    Nous devînmes amis.

    ✥ Les mortels de cette région connaissaient mon souffle puissant. Ils me savaient capable de coucher
    une dizaine d'hommes sur le lit de la terre, à la force d'un mot, ou de les faire tomber de cheval, sous
    mes postillons. On faisait des récits des forces noires que recelait ma gorge.

    ✥ C'était un don parmi les premiers cadeaux de mon père. Il me donna le souffle, et une langue de
    serpent, dont j'usais pour lécher des cons. Il m'avait doté de cet ornement pour susurrer des conseils
    aux hommes. Ce renvoi de mon devoir me valait de fréquents châtiments de mon créateur.
    Cette langue me fut coupée plus tard.

    ✥ Je murmurai à l'oreille de Safrax. Nous nous tînmes les bras et nous rapprochâmes. Nous marchâmes
    sur la Thrace, une centaine d'hommes dans nos... traces. J'avais apposé sur chacun d'eux la marque de
    la bête. Ils ne savaient pas lire le grec.

    ✥ Le jour du sang arriva.

    ✥ Nous nous jetâmes dans la plaine avec la férocité de ceux qui n'ont que la mort pour futur.
    Safrax alla en tête. Les barbares fondirent comme un fléau sur l'ennemi. Je fumai et hurlai, pareil aux
    représentations que l'on fait de moi. Mes cris décharnèrent les mortels. Ils n'étaient que fétus sur leurs
    chevaux.

    ✥ Ainsi ils disaient de moi : nolite maledicere. En romains qu'ils étaient, perclus de certitude d'être au
    dessus des barbaries, ils furent humiliés dans leur stratégie, leurs espoirs déchus, le nombre de
    prisonniers, ténu. Les romains. Je ne les ai jamais portés dans mon cœur.

    ✥ Ainsi ils disaient de moi : nolite maledicere.

    ✥ Le sac d'Andrinople pouvait débuter.

    ✥ J'étais parmi les pillards, reconnu par eux comme un des leurs. Nous mîmes à terre bon nombre de
    femmes et d'enfants, trouvant dans leurs chairs du plaisir, dans leur sang nos reflets.
    Nous prîmes les culs, l'or et les draps.

    ✥ Quand au matin du deuxième jour, je me levai sur les restes d'une orgie froide, je sentis l'étreinte
    d'une main sur mon épaule. Un jeune enfant, messager de mon père, m'annonça que ce dernier me
    faisait mander à Hebdomon. En passant par les portes de la ville, je vis que Safrax était mort. Il s'était
    noyé dans un cratère de vin. Sa victoire était consommée.

    ✥ Je gagnai les hauteurs d'Hebdomon à pied, pénitent. Je grondai d'une force sourde, sachant qu'un
    châtiment allait pleuvoir sur mon être, mais ne pouvant m'y soustraire. J'allai sur la faille, à la rencontre
    de mon créateur, sans chausse et sans apparat, tel qu'il m'avait vu naître, vêtu de ma seule colère.

    ✥ Je l'appelai.

    ✥ Le soleil fit plusieurs arches au dessus de ma tête, tandis qu'il me faisait attendre. Je jeûnai. Je me
    desséchai. J'étais comme toujours humilié. La perpétuelle douleur de mon incarnation se rappelait à moi.
    Je regrettai alors mes déserts de lune.

    ✥ Mon créateur descendit sur moi sous la forme d'une lame qui éclaira la nuit dans un tumulte. Il me
    fendit la côte et m'allongea sur la pierre. L'étreinte glacée de son bras, comme l'hameçon dans la bouche
    du poisson, reste depuis cette heure dans mon poitrail.

    ✥ Exaspéré par mes hurlements, il me reprit le souffle. Je ne crie désormais pas plus qu'un homme.

    ✥ La plaie suinte. Mille et cent ans de soins ne l'ont pas refermée. J'attends qu'Il y appose la main.

    ✥ Je suis son esclave, et je le hais.



      Lé𝘷𝘪ѦϮ𝘩𝘢ҋ




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Leviathan_encap
Sur un parchemin, on a écrit:





Livre de Léviathan

- Dialogue -

« La Génèse des Sept »



    Sortant de prison, Léviathan rencontre une femme mûre de Bretagne. Il lui offre à boire et observe sa généreuse poitrine en aspirant une gorgée de vin aigre. La bougresse bien vêtue, qui répond au nom de Lallie ap Maëlweg, le regarde en silence. Léviathan s'approche, agitant sa bure noire à l'odeur rance, et dit ces mots :

    D.V-I
      Vous ne parlez pas ?
      Je vais vous raconter ma vie, alors.
      J'aime les publics attentifs. Les oreilles toutes offertes à mon attention.
      Prêtes à ouïr la moindre horreur de ma piteuse existence. Et les plus belles heures de ma gloire passée.
      C'était il y a quatre mille ans et une paire de siècles, à une brouette près.

    Leviathan prend une posture confortable dans sa chaise.

    D.V-II
      À moins que ce ne fut qu'hier. Le temps et l'espace sont deux constantes bien subjectives.
      Mes frères et moi dormions paisiblement. Nous étions tout et rien, un heureux marasme.
      Ce fut Bélial qui lutta le premier. Vous savez que l'orgueil précède à tous les vices.
      Il avait une telle force d'existence. Il jaillit dans un tonnerre d'immondices.
      Puis vint Satan, qui l'enviait. Bélzébuth. Azazel. Et là ce fut mon tour.
      C'est un souvenir impérissable.
      Je fus vomis.
      J'étais nu, et couvert de plaies. Un demi-siècle d'atroce douleur.

    Léviathan caresse pensivement le masque blanc qui lui couvre le visage, de la pointe des ongles.

    D.V-III
      Asmodée déboucha à son tour du grand inconnu.
      Il me tomba dans les bras. C'était mon petit frère.
      Il fut le premier à crier.
      Mais ce n'était rien qu'un petit cri de souris, pour se dégager la bouche de toutes les matières.
      Moi je criai vraiment.
      Je rugis, écrasant les autres sous le poids de mon premier souffle.
      Tout n'était qu'abandon. Horreur autour de moi. Ma rage était née.
      Je voulus manger mes frères. Mais l'appétit du petit était plus grand que le mien.
      Il nous dévora.

    D.V-IV
      Nous fûmes décharnés, dépiautés, démunis.
      Ma colère même ne pouvait me défendre contre son insatiable gloutonnerie.
      Il planta ses dents jusque dans le néant. Il en arracha Lucifer de force, et se reput de lui.
      De moi, il ne resta plus qu'une motte de chair maigre, et une colère bouillonnante.

    D.V-V
      Bélial était le plus pitoyable.
      Un petit tas d'os et de sang.
      Devenu la plus piteuse des choses, blessé dans son orgueil, il s'incarna le premier.
      Et comme il avait souffert, il se choisit une enveloppe au dessus de toute beauté.
      Enfin ça dépend des goûts.
      Il était en femme au début.

    Lallie ap Maëlweg arque un sourcil.

    D.V-VI
      Oui, ça n'a pas été noté ça. C'était une rousse un peu dans votre genre.
      Avec de très belles fesses. Évidement Satan, jaloux, a fait pareil.
      À la différence près qu'il avait quatre seins et sept sexes, pour se démarquer.
      Qu'est ce qu'il est con, je vous jure.
      La mode était lancée.
      Azazel s'est incarné en homme pour les niquer aussitôt. Ça a été un viol tonitruant.
      La première vraie baise entre nous, c'était sale.

    Lallie ap Maëlweg : Ses propres frères ?

    D.V-VII
      Oui, ma biche.
      Moi, je m'incarnai pour la vengeance. Du muscle, du tonus, de la corne.
      Je voulais faire payer Admodée, qui prit la forme d'un démon brutal à la gueule béante.
      Ça a duré quoi... Un millénaire, à tout péter. Un combat interminable.
      On n'a rien vu du reste. On était faim et colère. Et en dessous de nous, il pleuvait des guerres.
      On s'est cassé la gueule sans répit. Saccage.
      Des tripes et des larmes partout. De Mascate à Babylone.

    Léviathan marque une pause, terminant sa coupe de vin en se pourléchant les babines.

    D.V-VIII
      Belzébuth avait soif de possessions, ce qui le poussa à parcourir le monde. Il fut le premier à partir.
      Lucifer lui, était resté en terre comme un ver.
      Puis comme il allait mourir, il se glissa dans une grosse tata riche.
      Durant les quatre à cinq générations qui suivirent, on pouvait le trouver vautré sur une plage.
      Sous un palmier.






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Leviathan_encap
Sur un parchemin, on a écrit:





Livre de Léviathan

- Témoignage -

« La chute d'Aquilée »




      Traduit du frioulan par Jacum d'Udin.
      Tablette incomplète. Anonyme.


    ... de nombreux mois de siège.
    Je témoigne du désarroi des hommes d'Aquilée, errant dans les cendres qui étaient autrefois les remparts d'une ville florissante. Les bateaux ont été brûlés.
    Des corps flottent dans le port. La bibliothèque de l'abbaye a été ravagée. Les tablettes sont perdues. Les remparts sont tombés sous les frappes barbares.
    Ils ont salé la terre. Nous ne nous relèverons pas.

    Paulin parle publiquement d'un schisme qui pourrait nous sauver. Mais l'église ne vient pas à notre secours. Nous n'avons plus aucune nourriture. Un homme
    marche dans les décombres de la cité. Je ne l'avais jamais vu avant la guerre. Il a rallié à lui les esclaves. Tous les survivants écoutent ses prêches en versant
    des larmes. Ils s'en vont dans la montagne et forment de petits groupes. Nombreux sont blessés. Nombreux meurent tous les jours.

    J'ai vu cet homme. Sa figure est couverte d'un linge blanc. Il console les esclaves en les caressant. Il dit :

      « Vous n'avez plus aucune nourriture. Nourrissez-vous de colère. »

    Ils ont dévalé la montagne dans la nuit.
    Tous les survivants des riches familles sont tués à présent. Il ne reste que les esclaves.
    Ils hurlent et se battent sans cesse. Ils s'entre-tuent. Nous allons tous mourir ici.


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Sur un parchemin, on a écrit:






Livre de Léviathan

- Observation -

« Les fratricides de Bohême »


    Ø.X-Ɨ
      Les cinq fils de Bretislav connaissaient Léviathan sous la forme d'un enfant blond au verbe charmant.
      Il leur apparaissait tour à tour, dans l'eau et les miroirs. Parfois, il était auprès d'eux. Lorsque les princes
      le questionnaient, le démon murmurait à leur oreille.

    Ø.X-ƗƗ
      Spytihněv demandait : Resterai-je dans les mémoires ?

      Prince de Bohême,
      Tant que ton caveau
      Est de pierre et non d'eau,
      Tu ne seras pas sali.
      L'un de tes frères veut te tuer.

    Ø.X-ƗƗƗ
      Vratislav demandait : Ma vie sera-t'elle longue ?

      Prince de Bohême,
      Tant que le fer de ta pique
      Pique la biche et non ta miche,
      Tu porteras ta mitre.
      L'un de tes frères veut te tuer.

    Ø.X-ƗV
      Conrad demandait : Régnerai-je un jour ?

      Prince de Bohême,
      Tant que ta coupe
      Ne te coupe pas les lèvres
      Tu seras roi sur tes terres.
      L'un de tes frères veut te tuer.

    Ø.X-V
      Jaromír demandait : Aurai-je ma vengeance ?

      Prince de Bohême,
      Tant que l'épée est à ta main
      Maint de tes ennemis
      Craindront d'être occis.
      L'un de tes frères veut te tuer.

    Ø.X-VƗ
      Othon demandait : Vivrai-je paisiblement ?

      Prince de Bohême,
      Tant que tes frères sont en vie
      Vis tes heures sans souci.
      Tu peux dormir tranquille.
      Tes quatre frères seront tués.

    Ø.X-VƗƗ
      Léviathan mena Spytihněv par la main sur un chemin fait de mousse, hors des portes de Prague.
      Lorsqu'ils furent assez éloignés de la cité, ils contemplèrent la profondeur d'un puits sec. Vratislav,
      qui les suivait d'un pas feutré, profita de ce que son frère était penché sur cette cavité pour l'y pousser.
      Le son d'un crâne brisé fut le seul à répondre à ce geste de barbarie. Vratislav urina dans le puits avant
      de le couvrir d'une énorme pierre. Le corps de Spytihněv fut charrié plus tard, par les égouts de la ville.

    Ø.X-VƗƗƗ
      Léviathan mena Vratislav par la bride de son cheval, à travers les bois. Sa corne de chasse était bouchée.
      Il cria en chutant mais nul ne pouvait l'entendre. Il souffla dans sa corne, mais nulle plainte n'en sortit.
      Conrad se montra et perfora l'aine de son frère. Léviathan était près d'eux, il avait affûté la lance du frère.
      Il avait fait croître, dans la forêt, une mousse épaisse qui apaisait le bruit des agonies. Ainsi Conrad étouffa
      son frère, et lui fit manger son propre habit d'évêque.

    Ø.X-ƗX
      Léviathan mena Conrad à un banquet en marche de Lusace. Les convives y étaient agréables et des femmes
      dansaient sur les tables. La viande avait été très salée. Conrad par seize fois se fit servir du vin, et à chaque
      fois Jaromír le servait en plaçant son pouce dans la cruche. Léviathan lui avait fait don d'un anneau duquel
      les liquides faisaient suinter le poison. Lorsque Conrad alla s'étendre, sa bouche était devenue un gouffre
      rouge et pustuleux, exhalant des senteurs infernales. Le poison devait l'endormir à jamais. Jaromír cacha
      son crime en versant, dans la bouche du défunt, une roquille de parfum.

    Ø.X-X
      Léviathan mena Jaromír sur les hauteurs d'Esztergom afin d'y contempler son armée. Sa toute puissance
      était reconnue en Bohême, et il partait réclamer la tête d'un évêque. L'ascension était pénible, des rochers
      glissants roulaient sous leurs pas. Otton offrit son bras à son frère, et porta ses armes à sa place. Arrivé au
      sommet, sept mercenaires tinrent Jaromír en joue. Léviathan referma la main sur les cheveux nattés de
      Jaromír, tandis qu'Otton lui décollait la tête des épaules à l'aide d'une hache. Otton devint chef des armées.

    Ø.X-XƗ
      Léviathan coucha Otton dans le grand lit de son palais. Il borda ses draps et caressa l'or à son front royal.
      Otton était sans crainte. Il s'abandonna au sommeil. Mais à peine fermait-il les yeux que la bouche de
      Léviathan rappelait le spectre de ses frères. Le dernier prince de Bohême se voyait attaqué de toutes parts.
      Spytihněv, Vratislav, Conrad, et Jaromír le poignardaient, l'étouffaient, l'empoisonnaient, le décapitaient.
      Il fut quarante nuits sans dormir. Vidé de ses forces et rendu fou, il ordonna la mort de plusieurs médecins
      et serviteurs. Le dernier jour, il mit le feu à sa robe et, brûlant, courut embrasser tous ceux qu'il croisait en
      hurlant que seule la tempérance aurait pu le sauver. Ceux qui entendaient ces mots, brûlaient avec lui.

    Ø.X-XƗƗ
      Lorsqu'on éteignit le brasier laissé dans les traces d'Otton, plusieurs sujets du royaume témoignèrent qu'ils
      voyaient dans l'eau des seaux, le visage d'un enfant blond qui les effrayait. Cette apparition persista quelques
      jours. Puis tout rentra dans l'ordre. Ainsi s'éteignit la lignée de Bretislav.









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Sur un parchemin, on a écrit:





Livre de Léviathan

- Témoignage -

« La petite clef de Josaphat »

C.I.



    ✥ Il fut un temps où Satan vivait de rapines à Curium. Il fut emprisonné par le chef de cette ville,
    qui répondait au nom de Josaphat. Josaphat le jugea pour ses larcins et le condamna à perdre ses
    mains. De la fenêtre de sa prison, Satan appâta l'homme qui l'avait fait captif. Il lui promit les ser-
    vices d'un puissant serviteur, en échange de sa liberté. Josaphat accepta.

    ✥ Lorsque leur pacte fut scellé, le sol trembla sous mes pieds. Je me trouvai à deux cents lieues de
    là dans un bordel d'Ancyre. La cruciale injonction se mit à dévorer ma chair de tourments. Les cris
    des putains se joignirent aux miens car ma peau s'était mise à cuire quiconque la touchait. Tous les
    présents s'éloignèrent de moi et me conspuèrent. Contraint par une autre volonté que la mienne, je
    jetai sur mon corps un manteau et enfourchai le premier cheval pour atteindre la porte sud de la
    ville, dans une course effrénée.

    ✥ Plus je hâtais l'allure, plus l'échauffement de mes chairs s'amenuisait. Mais dès lors qu'un obsta-
    cle me barrait la route, le pouvoir de ma sommation rallumait l'ardent brasier, et la moindre parcelle
    de mon être se consumait de douleur.

    ✥ Je chevauchai deux jours sans discontinuer, laissant dans mon sillage une poignée de bêtes mor-
    tes et d'hommes volés. Enfin, je jetai un pêcheur à l'eau, et précipitai son frêle esquif à travers la mer
    du levant pour rejoindre mon maître.

    ✥ Au troisième jour de mon calvaire, je tombai d’épuisement aux pieds de Josaphat, dans le port
    de Curium. Ma douleur prit fin à l'instant où mon front toucha terre.

    ✥ Toute la cour de Curium s'était groupée autour de moi. Satan se situait parmi la foule, il avait
    initié le chef de cette ville. Josaphat se trouvait savant de ses adages, il appuya sa chausse sur mon
    dos, et dit : Quel est l'ange qui te met en échec ?

    ✥ Mon rire humilia ce chef de province. Je dis : Ne me le demande pas, car tu ne peux l’apprendre
    de moi.

    ✥ Il su que je me moquais de lui, et frappa ma main gauche avec un marteau et un poinçon de bronze.
    Il demanda encore : Par quel ange es-tu mis en échec ?

    ✥ Je criai fort et répondis : Par Gabriel, ô roi ! Par Gabriel !

    ✥ Il dit : Ne me cache rien, car je suis Josaphat, descendant de Stesenor. Je commande au démon
    Léviathan.

    ✥ À mon oreille, il prononça les mots auxquels je suis soumis et je su à cet instant que j'avais été trahi.
    Car nul parmi les hommes ne les connait, si ce ne sont mes semblables. Il apposa sur ma tête une clef.
    Alors je fus contraint de le servir dix-sept années durant.



      Lé𝘷𝘪ѦϮ𝘩𝘢ҋ




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Sur un parchemin, on a écrit:





Livre de Léviathan

- Témoignage -

« Testament de Josaphat »

Les Tribuns
.I.




    Testament de Josaphat, fils de Galéos, qui était roi de Kourion et de Paphos, qui étudia et maîtrisa
    les esprits obscurs qui corrompent cette terre, révélant quels pouvoirs ils exercent envers les hom-
    mes et quels anges réduisent à néant ces démons.

    Du sage Josaphat : Béni es-tu ô Très-Haut qui me donna une telle autorité. Gloire à toi et puissance
    dans tous les âges.

    Et voici alors que le royaume de Kourion prospérait et que les navires marchants de ce royaume vo-
    guaient sur la mer levantine, les pirates survenaient sur ces eaux et ils emportaient l'or, la nourriture,
    ainsi que les femmes de ce pays. Un jour alors, je décidai de punir ces ravisseurs et de déchaîner sur
    eux la colère du Sans Nom. Le démon Léviathan était mon esclave et je m'entretenais avec lui quoti-
    diennement depuis le premier jour de son assouvissement, afin de tirer de lui les connaissances de
    sa race.

    Le démon se présentait à moi sous la forme d'un homme à la peau de craie. Ses cheveux étaient ébou-
    riffés, ses yeux rouges, ses dents cassées et ses poings sanglants. Il déployait des forces considérables
    contre les murs de sa prison. En me voyant venir, il observa le silence. Et moi, Josaphat, lui dis : Je te
    somme dans le nom du Très-haut de t'incliner devant moi. Et ainsi Léviathan fléchit sur le sol.

    Il dit : Tu ne peux me garder longtemps captif. En m'emprisonnant, tu emprisonnes mes légions avec
    moi. Et moi, en entendant cela, lui demandai : Combien de démons comptent tes légions ? Voici il rép-
    ondit : Ceux qui me servent sont mille et sept cent huit, ils me regardent comme leur prince.

    Et je glorifiai le Très-Haut en entendant cela et condamnai sa légion à défendre Kourion par les armes.
    Mais à ces mots, Léviathan passa son bras entre les barreaux de bronze que j'avais fait forger pour l'em-
    prisonner. Et comme ce métal l'accablait, sa peau s'écorcha vive. Il empoigna ma gorge avec une force
    au delà des forces humaines, et je craignis pour ma vie, alors je priai l'archange Gabriel d'asseoir sur le
    démon son pouvoir, et Léviathan se rappela qui était son maître. Il me supplia : Je t'implore, roi. Lais-
    se-moi sortir et commander à mon armée!

    Mais sa requête ne m'atteignit pas, car le Très-Haut me protégeait des ruses du démon et moi, Josaphat,
    étais sans miséricorde pour les créatures engendrées par le Sans Nom car elles sont le fruit de l'impiété.

    Alors moi, Josaphat, roi de Kourion, forçai le démon à me révéler le nom de ses treize tribuns, afin d'us-
    er de leur pouvoir. Léviathan les appela à se présenter devant moi. Leurs noms étaient Bautîs, Urthosaël,
    Luhdal, Sphendonaël, Esthyôn, Marbas, Ahnostêr, Rudentaël, Atrâx, Ieropaël, Nathath, Ichthan, et
    Enêpsigos. Ils ressemblaient à des hommes et certains à des femmes, mais leur apparence ordinaire
    engendrait malaise et crainte. Ils étaient plus dociles que leur maître. Ainsi j'appliquai sur chacun d'eux
    une clavicule, scellant leur loyauté envers moi. Et je les sommai de protéger Kourion en faisant périr les
    ennemis de ce royaume.

    Alors déferlèrent sur les pirates les hordes de Léviathan. Les démons répondirent au son des cornes des
    tribuns. À cet appel, ils formèrent une nuée et rouèrent les mécréants de coups. Il y eut de la grêle et du
    feu mêlés de sang, qui furent jetés dans les flots de la mer, et leur flotte fut brûlée. Il y eut quelque chose
    comme une grande colonne embrasée par le feu, qui fut jeté dans la mer, et le tiers de la mer devint du
    sang. Et tous les hommes qui avaient volé le royaume de Kourion périrent dans la tourmente.

    Mais quand par la bouche des treize tribuns il leur fut dit de cesser le combat, les légions ne l'entendi-
    rent pas. En ce jour-là je compris l'irrévérence et la dispersion des démons, et qu'ils ne sont rien sans
    un prince pour les gouverner. Ainsi Léviathan ne les commandait plus, et ils poursuivirent dans leur
    chemin de démence, et se tuèrent les uns les autres. Les légions ainsi que sept des tribuns de Léviathan
    furent détruits dans le tumulte. Et comme ils étaient ses fils, le démon cria d'une voix forte en apprenant
    leur mort, comme rugit un lion, et ce grondement fit trembler les pierres de mon palais.

    Ores cette demeure ne pouvait s'écrouler, car le Très-Haut la gardait.





    ☧♄






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Leviathan_encap
Sur un parchemin, on a écrit:





Livre de Léviathan

- Témoignage -

« La petite clef de Josaphat »

C.II.




    ✥ Durant les premiers temps de ma servitude, je retournai contre lui les serviteurs de Josaphat,
    lorsqu'ils m'apportaient l'eau et la nourriture. Un soir, les serviteurs frappèrent le roi de Curium
    avec des couteaux, et la lignée de ce roi aurait pu s'arrêter là, si ce royaume n'avait compté dans
    ses rangs les plus grands médecins du Levant. Alors Josaphat ordonna la mort de quiconque s'ap-
    procherait de moi, car ma parole le corromprait aussitôt. Dès lors, il devint la seule âme à me ren-
    dre visite dans cette prison.

    ✥ L'adjuration de Josaphat contrariait ma nature autant que l'ordre établi, aussi me consacrai-je
    à mourir plutôt qu'à l'endurer. Or ce roi observa mes entreprises et entrava l'une après l'autre mes
    velléités de rébellion. Il usa des formules auxquelles je suis soumis pour me gouverner selon sa
    pensée. Graduellement ces verrous se fermèrent sur mon libre arbitre. Il m'ordonna de ne jamais
    mentir et de ne parler qu'après lui, de faire honneur à la nourriture qu'il m'offrait, de ne jamais
    meurtrir sa chair ni la mienne. D'autres injonctions encore m'enchaînèrent journellement, si bien
    qu'au terme de la deuxième année de ma captivité, je désespérai de le vaincre, car il ne m'était
    resté que la liberté de vivre et de répondre à la question.

    ✥ Josaphat inscrivit dans un livre les savoirs qu'il puisait de moi. Il y traça les clefs mineures aptes
    à soumettre mes disciples et les fit forger dans des métaux cuisants. Armé de ces symboles, il s'ad-
    onna à faire plier mon engeance et à la détruire.

    ✥ Il étudia quelles effusions me complaisaient et quelles autres me meurtrissaient, et de quelles
    paroles j'usais pour pervertir les âmes. Il était avide de connaître mes privilèges au sein de la
    hiérarchie infernale. Il fonda l'espoir que je lui livrerais le secret qui lui donnerait l'ascendant sur
    mon créateur. Alors il fit pleuvoir des coups sur mon être, il dit : Si tu voulais recevoir un répit,
    parle-moi des choses du Sans-Nom.

    ✥ Et je lui parlai de la créature.

    ✥ Josaphat me torturait et soignait mes plaies le matin suivant. Il s'employait à me lacérer puis
    à me flatter, usant de tous ses moyens mortels pour me contraindre à parler. Jour après jour,
    je levais le voile sur une plus grande part de ténèbres. Mais le chef de Curium ne pouvait enten-
    dre ces révélations car il n'avait pas juré avec moi. Et comme il était en dehors du cercle, mes
    paroles n'étaient que sabir à ses oreilles. Alors il pensa que je me jouais de lui, et il se vengea en
    me tourmentant.

    ✥ Je haïssais cet homme et cherchais par quel moyen le corrompre. Ce roi impartial n'était pas
    nu de péché. Je sentais les vapeurs de viandes et les traînées spermatiques sur son habit, et je vo-
    yais de mes yeux l'or et les perles qu'il y avait fait coudre. Aussi j'entendais le palpitement cruel
    de son cœur lorsqu'il m'infligeait des tortures.

    ✥ Un jour, Josaphat dit : Si tu ne peux me révéler d'autres secrets, dis-moi qui le peut.

    ✥ À cette injonction je su qu'il signait sa chute et mon salut, mais je ne montrai rien de ma joie.
    Je dis : À Rhodes prospère un démon qui est mon aîné, offre-lui un bouc de ton troupeau. Sa sa-
    gesse est bien plus grande que la mienne, il apaisera ta soif de savoir.

    ✥ Il répondit : Je n'irai pas à ce démon. Apprends-moi comment l'invoquer. Mais je lui dis :
    Ô Roi, cela n'est pas permis. Je ne puis invoquer mes aînés, car seul l'aîné a pouvoir sur le cadet.

    ✥ Alors Josaphat quitta son royaume et se rendit à Rhodes, pour rencontrer Azazel.



      Lé𝘷𝘪ѦϮ𝘩𝘢ҋ




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Leviathan_encap
Sur un parchemin, on a écrit:





Livre de Léviathan

- Dialogue -

« Le nom d'Azazel »




    Léviathan, errant le long des remparts d'Argone, entend les échos d'une dispute et s'approche naturellement. Il rencontre un homme d'église, un soldat et une catin. Le prêtre, du nom de Khondar, morigène les deux autres personnages, leur disant ces mots :

    Khondar : Ne voyez-vous pas qu'en faisant le commerce de la chair, vous péchez ?

    Le soldat : Mais dégage ! J'ai payé, j'ai le droit de la culbuter. D'quoi y se mêle, lui ?

    La catin : Ouais, c'est quoi ce coincé qui donne des leçons ? Tu casses l'ambiance, Khondar !

    Khondar : Inconscients. Vous n'écoutez que la voie du plaisir, comme Asmodée avant vous, et comme Asmodée vous serez punis dans l'autre vie !

    Léviathan vient se mêler au petit groupe.

    D.VI-I
      Prêtre, tu ignores de quoi tu parles. Asmodée n'est pas le démon de la luxure.
      Si tu veux prêcher le bien, commence par apprendre les fondements du mal dont tu veux protéger tes ouailles.

    Khondar : Je sais par cœur le Livre des Vertus et les textes du Dogme.

    D.VI-II
      Ton dogme est faux.
      Marche avec moi. Laisse ces deux rigolos à leur échange de fluide.
      Puisqu'ils sont jeunes et cons, et qu'un jour ils seront vieux et fous... Tu ne peux les raisonner.
      Prends le temps de cheminer à mes côtés. Je vais t'instruire d'une chose que ne peuvent t'apprendre tes livres.

    Léviathan referme le bras sur les épaules de Khondar. Ce dernier se laisse guider avec méfiance, surpris tant par la voix grave du démon que par la puissante puanteur de la bure qu'il revêt.

    D.VI-III
      Vois-tu, je connais Asmodée. Dans notre dogme il est le Glouton des enfers, et Azazel est l'obsédé de service.

    Khondar : Mon fils, vous dites des inepties.

    D.VI-IV
      Tu es un homme sage et tu sembles certain du bien-fondé de tes écritures.
      Alors tu ne risques rien à entendre ma version des faits, pendant que je te raccompagne à ton église.
      Écoute.

    D.VI-V
      C'était il y a fort longtemps, bien avant que ton dogme ne soit écrit.
      Asmodée vivait à la table d'un petit voleur du Bosphore.
      Un gars qui s'était auto-proclamé seigneur des terres qu'il pillait.
      Mon frère l'avait convaincu d'ôter de la bouche des paysans du coin, jusqu'au dernier grain d'orge ou de blé.
      Ils faisaient des banquets et riaient du malheur des pauvres.
      Ils ne partageaient le butin qu'avec leurs chiens de guerre.

    D.VI-VI
      Un jour, une centaine de jeunes gens vinrent frapper aux portes de cette demeure.
      Ils dirent qu'ils étaient sur la route de Constantinople, et qu'ils cherchaient leur père.
      Asmodée se mit à rire et s'apprêta à verser sur leurs têtes les abats putréfiés d'une vache.
      Ils dirent que leur père était Azazel.
      Alors le Gourmand arrêta son geste, prit d'intérêt pour leur histoire.

    D.VI-VII
      Le plus téméraire raconta :
      « Nos mères nous ont dit qu'Azazel est venu dans notre village.
      Et qu'après cette visite, toutes les femmes, même les vieilles, ont accouché de nous.
      Nous sommes légion. Personne ne veut de nous. Nous errons à la recherche de notre maître. »

    D.VI-VIII
      Alors Asmodée leur dit que leur voyage était terminé, car il était Azazel.
      Il commanda à sept d'entre eux de poursuivre leur chemin et de porter la nouvelle.
      Il dit : « Faites venir à moi les petits enfants. »

    D.VI-IX
      Ensuite il mena un à un les enfants d'Azazel dans la cuisine.
      Quand ils passaient par la porte, il les tuait d'un coup de masse sur la nuque.
      Il se mit à les saler, à les fumer, à les épicer.
      Pendant des semaines il donna des fêtes. Sa table ne désemplissait pas.
      Les enfants d'Azazel avaient un goût mielleux, une chair juteuse.
      Leur viande était une caresse sur la langue. Et les convives se faisaient vomir pour en manger d'avantage.
      Asmodée engraissait ses invités, jusqu'à ce que certains suffoquent et en meurent.

    D.VI-X
      Constamment, de nouveaux enfants venaient frapper à la porte du domaine.
      Et le Glouton, qui chantait à tue-tête qu'il était Azazel, les accueillait et les cuisinait.

    D.VI-XI
      La nouvelle se répandit dans cette région.
      Un prêtre du nom d'Hermanicos se mit à camper devant cette demeure.
      Il était l'inventeur d'une nouvelle forme de protestation qui se passe assise.
      Il restait là et ses disciples le rejoignaient et s'asseyaient avec lui. Il vociférait :
      « Prince Démon de la Gourmandise, je t'ai reconnu et je connais ton nom ! C'est Azazel.
      Viens, et confesse tes crimes ! »

    D.VI-XII
      Et Asmodée répondait : « Ouais c'est ça. Parle à mon cul, ma tête est malade. »
      Alors il chiait du haut des remparts et les disciples d'Hermanicos, dégoûtés, reculaient de quelques pas.
      Mais le prêtre insistait. Si bien qu'un jour, Asmodée usa d'une catapulte pour propulser une vache vivante sur lui.
      Il a toujours aimé jouer avec la nourriture.
      Hermanicos fut écrasé sous le poids de la bête. La vache et lui moururent d'un seul coup.

    D.VI-XIII
      Les disciples d'Hermanicos s'enfuirent à toutes jambes, souillés par ce saccage.
      Quelques années plus tard, l'un d'entre eux se trouvait présent au Concile de Nicée.
      Il raconta cet événement et dit qu'Azazel était le nom du démon de la Gourmandise.
      Alors il fut écrit ceci. Et en déduction, qu'Asmodée était le Prince de la Luxure.

    D.VI-XIV
      Ce qui est complètement con.


    Khondar : Ça suffit ! Arrêtez de me suivre maintenant !








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Phinomene
Sur un parchemin, on a écrit:




Livre de Léviathan

- Prière -

« Vigiles »


    Ҏ.XV-I
      Credens exitium

    Ҏ.XV-I-I
      Je ne suis rien. Un ver de terre,
      Un misérable amas de chairs,
      Et malgré tout, je vous implore.
      Aidez ma colère à éclore.

      Léviathan, donnez-moi la force et la rage.

    Ҏ.XV-I-II
      Seigneur qui êtes plein de crasses
      Le Sans-Nom est derrière vous.
      En votre nom je me surpasse,
      Vous qui m'avez remis debout.

      Léviathan, donnez-moi la force et la rage.

    Ҏ.XV-I-III
      Permettez-moi d'obtenir ma vengeance.
      Je ne pardonnerai pas leurs offenses
      Tout comme vous n'avez pas pardonné
      A ceux qui vous ont offensé.

      Léviathan, donnez-moi la force et la rage.

    Ҏ.XV-I-IV
      Je suis maudit, entre toutes les âmes
      Mais peu importe, tant que je détruis
      Les fils de chiens qui ont causé mes larmes,
      Leurs femmes, leurs enfants et leurs amis.

      Léviathan, donnez-moi la force et la rage.

    Ҏ.XV-I-V
      Quand viendra l'heure de rendre des comptes
      Je rejoindrai les rangs de vos damnés.
      Je vous servirai sans aucune honte,
      Sans remord, pour l'éternité.

      Amen.


    Ҏ.XV-II
      Prière de communion.

    Ҏ.XV-II-I
      Je vous salue, Léviathan.
      A vos pieds, Prince tout-puissant
      Je me prosterne et je vous donne
      Mon corps, mon âme, ma personne.

    Ҏ.XV-II-II
      Maître, venez à moi comme je viens à vous.
      Lacérez-moi la peau et broyez-moi les os,
      Usez à votre aise de mon corps en lambeaux,
      Je l'accepte. Car je vous aime plus que tout.

    Ҏ.XV-II-III
      Votre sang sur mes lèvres, je chante vos mots.
      Voyez les mécréants craindre notre union
      Lorsque de ma bouche se déversent les flots
      De votre courroux et de votre passion.

    Ҏ.XV-II-IV
      Seigneur, bénissez mon corps de votre souillure.
      Soufflez vos arias, détruisez mes remparts
      Défoncez, de rage, tout ce qui nous sépare.
      Ma chair se languit de toutes vos meurtrissures.

    Ҏ.XV-II-V
      Envahissez mon âme et fouillez dans ma chair
      Arpentez en mon c✽༄ cœur les sentiers interdits.
      Communiez avec moi, prenez mon esprit,
      Venez répandre en moi votre immense colère.

      Amen.


    Ҏ.XV-III
      Prière de confession.

    Ҏ.XV-III-I
      Je me confesse à vous, ô Léviathan,
      Car j’ai fauté.

    Ҏ.XV-III-II
      Je reconnais avoir ployé et renoncé
      Dans mes actes, mes paroles et mes pensées.

    Ҏ.XV-III-III
      Qu’on me fesse d’avoir cette faiblesse
      Qu’on me fesse pour avoir hésité
      Qu’on me fesse pour avoir chancelé.
      En cet instant je vous fais la promesse
      De ne plus faire preuve de pitié.
      Mon Prince, je vous demande pardon,
      Et pénitence, et absolution.

    Ҏ.XV-III-IV
      Que l’on me fesse pour mes actes de faiblesse
      Que l’on me fesse pour avoir osé douter
      Que l’on me fesse pour leur avoir pardonné
      Mon Prince, en cet instant je vous fais la promesse
      De ne jamais plus vous faire offense
      Je vous en supplie, donnez de votre main leste
      Absolution et pénitence.


    Ҏ.XV-IV
      Referre diei

    Ҏ.XV-IV-I
      Gloire à toi, Léviathan, rageux parmi les rageux !

      Il faut que je te raconte ma journée.
      J'ai fraudé, volé, pillé, torturé, violé, tué, dépecé, massacré,
      Et j'ai ri, j'ai ri, alors que sur mes mains s'étalait
      Le sang de mes ennemis.

    Ҏ.XV-IV-II
      Et c'est pas fini !
      J'ai défoncé des hommes, des portes et des barrages, invoqué la tempête et provoqué des naufrages, laissé derrière moi des cadavres et des carnages,
      Et j'ai joui, j'ai joui, alors que sur leurs joues coulaient
      Des larmes de dépit.

    Ҏ.XV-IV-III
      Et c'est pas fini !
      Demain aux aurores, je recommencerai, à saccager le monde puis t'en faire un rapport,
      Et je prie, je prie, alors que sur ma peau s'impriment
      Ton nom et ma furie.




☧⚸






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Leviathan_encap
Sur un parchemin, on a écrit:





Livre d'Azazel

- Témoignage -

« Testament de Josaphat »

La Servante
.X.




    Du sage Josaphat : Bénis es-tu Très-Haut tout puissant. Guide ma main dans l'écriture de ce testa-
    ment. Pardonne mes fautes, dans ton immense miséricorde.

    La parole du Très-Haut fut expressément adressée à Josaphat, fils de Galéos, le sacrificateur, dans
    le pays de Kourion, près du fleuve Lycus. Et c'est là que la main du Très-Haut fut sur moi, Josaphat.
    Il me donna la force d'asservir les démons qui nuisent à toutes les âmes terrestres. Ainsi je lui rends
    grâce en pourchassant les fils du Sans-Nom.

    Et voici alors que la paix était rétablie dans mon royaume, je partis sur les flots de la mer levantine
    vers la grande cité de Rhodes, pour capturer le démon Azazel, qui tenait les clefs de cette cité. Je pris
    parmi mes sujets, un homme par tribu pour me défendre contre ce démon. Aucun d'eux ne parlait la
    même langue. Ainsi ils ne pouvaient me trahir ni former d'alliance contre moi.

    Au bout du deuxième jour, j'entrai dans le port de Rhodes. Alors l'iniquité du seigneur de cette ville,
    et ses méchancetés se révélèrent à mes yeux partout où je posais le regard. Car les habitants de cette
    cité pratiquaient la fausseté, et ici le voleur était l'homme commun, et l'honnête homme n'était nulle
    part. Les sujets de ce royaume réjouissaient leur prince par leurs péchés et par leurs mensonges. Eux
    tous commettaient l'adultère. Ils forniquaient à même le sol et se nourrissaient du pain de la violen-
    ce. Leurs enfants naissaient et s'accouplaient aussitôt. Ils se rendaient malades par l'ardeur du vin.
    Tous, ils étaient échauffés et dévoraient leurs juges. Aussi leur salive souillait la main qui leur était
    tendue. Partout Azazel avait multiplié les autels pour pécher, et tous y offraient leurs chairs entremê-
    lées et leurs cris de jouissance.

    Alors moi, Josaphat, roi de Kourion, priai le Très-Haut de m'accorder la force de vaincre le démon
    qui avait prise sur cette ville.

    Et il arriva, marchant à travers les mécréants, et les hommes de mes tribus marchant derrière moi,
    que la demeure d'Azazel se dressa devant moi. Et je vis, et voici, il y avait une porte en bois de rose
    qui n'avait pas de loquet, mais des poitrines de femme taillées dans sa matière. Et comme je poussais
    les portes de ce palais, je fus ébranlé par un vent de tornade qui répandait une clarté tout autour, et
    en son milieu, brillait comme l'apparence d'un métal étincelant. Alors je tombai sur ma face, pensant
    qu'un miracle se produisait devant moi. Mais c'était l'apparition d'un démon.

    Et j'entendis la voix d'Azazel, il me dit : Entre et regarde les mauvaises abominations que nous com-
    mettons ici. Maintenant adore ma personne par une offrande.

    À ces mots je me levai et vis le démon à travers la clarté. Et voici son aspect : il avait la ressemblance
    d'un homme. Depuis l'aspect de ses jambes jusqu'en haut, c'était un homme et son sexe était nu, mais
    ses pieds étaient droits et la plante de ses pieds comme la plante du pied d'un veau. Et il étincelait
    comme l'apparence du bronze poli. Des êtres vivants se pressaient autour de lui, et tous ensemble
    ils marchaient à pieds nus dans des flaques de vin.

    Je dis : Je ne te ferai pas offrande, démon. Tu as commis la fornication et Rhodes est souillée. Ton
    règne s'achève désormais, car je viens te soumettre à ma volonté.

    Alors je dégainai l'épée pour menacer le seigneur de Rhodes, et mes sujets brandirent leurs lances
    sur sa personne. Mais Azazel parla dans une langue qui n'est connue de personne. Et lorsqu'il eut fini
    de prononcer ces mots, les êtres vivants qui étaient une myriade se jetèrent sur moi, Josaphat, pour
    me rouer de coups avec leurs mains nues. Ores les hommes de Kourion défendirent la vie de leur roi,
    et il y eut un combat dans cette demeure, et le tiers de mes sujets mourut dans la mêlée. Et Azazel
    combattit avec ses serviteurs, mais il ne fut pas le plus fort.

    Et le démon fut pris. Alors j'ordonnai à mes sujets d'enchaîner Azazel par les pieds et par les mains,
    et qu'il fut mis sur lui des pierres rugueuses, et aigües, et qu'il soit enveloppé de ténèbres afin qu'il
    ne séduise plus les nations. Et le visage du démon fut recouvert, afin qu'il ne voie pas la lumière.

    Et moi, Josaphat, je glorifiai Dieu d'avoir conduit ma victoire, et je défis le temple d'Azazel de ses
    brillants ornements. Et j’étais heureux en esprit et il y avait la paix durant mon temps. Alors je me
    couchai dans le lit du seigneur déchu. Et tous mes hommes se couchèrent dans le palais, et prirent
    du repos.

    Mais dans la nuit, je fus réveillé par une femme qui se couchait sur moi. C'était Anaath, la servante
    d'Azazel, et je tombai violemment amoureux d’elle et désirai la prendre pour amante. Alors je part-
    ageai avec elle le péché, et je fus plusieurs jours sans quitter sa compagnie. Et je lui dis : Pendant de
    nombreux jours, tu resteras à moi, tu ne te prostitueras pas et tu ne seras à aucun homme. Et moi,
    je serai de même à toi.

    Et les hommes de mes tribus ne voulurent plus quitter cette demeure, car des servantes leur appar-
    urent, et elles se posèrent sur chacun d'eux. Et ils furent tous remplis de l'esprit d'Azazel et comm-
    encèrent à aimer les servantes, selon que l'esprit leur donnait d'exprimer leur concupiscence. Et la
    multitude fut bouleversée parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue.

    Et moi, Josaphat, roi de Kourion, ne touchais plus à la nourriture et ne priais plus le Très-Haut,
    car j'étais devenu l'esclave de la Servante. Elle dit : Si tu veux encore coucher avec moi, vénère le
    démon Azazel et la créature Sans-Nom. Moi alors, j’étais dans la crainte de la gloire du Très-Haut
    et ne présentai pas d’adoration. Et je lui dis : Je ne vénèrerai pas de démon. Quelle est cette propos-
    ition par laquelle tu me contrains de faire cela ? Mais voici, elle répondit : Par mon père. Car son
    père était le prince de Rhodes, et par sa bouche parlait la bouche du démon, et son souffle passait
    à travers moi lorsque je baisais ses lèvres. Et je fus forcé par elle d'écraser ensemble des sauterelles
    dans le nom d'Azazel, et de frapper mon front avec la marque de la Créature, et cela je le fis et d'un
    seul coup le Très-Haut sortit de moi et je devins faible et insensé.

    Alors je libérai Azazel de ses chaînes et lui fis offrande. Et il dit : Ô Roi, ne sois pas rebelle. Ouvre ta
    bouche et mange ce que je te donne. Mange ce rouleau et va, parle à la maison de Kourion.

    Et j'ouvris la bouche et il me fit manger le rouleau de ses commandements. Et je dévorais ce rouleau
    car il était dans ma bouche doux comme du miel, mais quand je l'eus mangé, mon ventre fut rempli
    d'amertume.

    Et après, mécréant que je suis, je suivis ses conseils et la gloire du Très-Haut sortit de moi jusqu’à
    un certain point. Je regagnai le royaume de Kourion et y fit construire des autels sacrilèges. Mon
    esprit était sombre et je devins le jouet des idoles et des démons. Ce pourquoi j’écrivis ce Testament,
    que celui qui l’a en sa possession aie pitié et suive un plus heureux chemin que le mien. Et ainsi qu’il
    trouve grâce pour toujours et à jamais. Amen.




    ☧♄






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Leviathan_encap
Sur un parchemin, on a écrit:





Livre de Léviathan

- Témoignage -

« La petite clef de Josaphat »

C.III.



    ✥ Lorsque le chef de Curium prit Anaath pour femme, il lui donna toutes les clefs de son royaume
    en offrande, excepté une, la plus petite de son trousseau, qui était celle qui me retenait captif.
    La jeune-femme usait des clefs pour ouvrir tous les coffres et les chambres du palais, les cages des
    animaux et les réserves des cuisines. Elle donnait chaque nuit des fêtes et des orgies. Un jour, en
    dépit de l'interdiction de Josaphat, elle se présenta devant moi.

    ✥ Nous nous observâmes sans parler. Elle s'approcha des barreaux de bronze de ma cellule et fit
    entrer une à une chaque clef de son trousseau dans la serrure, puis recula, constatant qu'aucune ne
    pouvait la déverrouiller.

    ✥ Je dis : Cette clef tu ne l'auras pas, car Josaphat l'a fait coudre dans son flanc.

    ✥ À ces mots, Anaath pinça les lèvres et se retira. Le soir suivant, elle me rendit une autre visite.
    Elle dénuda son sein pour se caresser devant moi, trouvant du plaisir à me tenter. J'avais deviné
    sa nature et tolérais ses jeux mineurs sans faire montre d'aucune colère. Au bout de quelques
    jours, comme elle revenait quotidiennement se dévoiler à mon regard et converser avec moi, je lui
    proposai un pacte.

    ✥ Fille d'Azazel, si tu te donnais à moi, je mettrais dans ton ventre une nation de puissants tribuns.

    ✥ Pour toute réponse, elle se mit à rire, car il était de notoriété commune qu'elle était infertile.
    Mais comme je la flattais et la caressais à travers les barreaux de ma prison, elle me montra le dos
    et écarta ses cuisses blanches pour s'ouvrir à mon passage. Alors je pris le premier plaisir de ces
    années de servitude et fécondai la servante d'Azazel.

    ✥ Son ventre gonfla en trente trois jours.

    ✥ Quand vint le jour où elle devait enfanter, voici qu'il y avait un monstre dans son ventre et que
    tous les sujets de Curium en furent frappés de stupeur. Alors Josaphat fut couvert de honte.

    ✥ Il arracha l'enfant des bras de sa mère et l'emporta dans la montagne, gravissant le mont à l'est
    de Curium et à l'ouest d'Amathonte. Mais lorsqu'il voulut précipiter la créature du haut de la falaise,
    mon fils hurla le nom par lequel on l'adorerait et déploya ses ailes, entraînant le chef de Curium
    avec lui dans l'abîme. Dans sa chute, Josaphat fut supplicié car Ierethan lui dévorait le flanc pour
    en extraire la clef de ma servitude. Puis il eu les os brisés et agonisa de longues heures sur un rocher.

    ✥ Lorsque le dernier souffle de vie eut quitté la bouche de mon maître, je ressentis enfin le délie-
    ment du serment qui oppressait mon être. Une réjouissance de haine ressurgit au fond de moi et je
    criai le nom de la Bête de ma plus puissante voix. Tous les habitants de la cité l'entendirent et, à ce
    nom, ils furent emplis de ma colère. Alors ils se jetèrent sur les gardes du palais et une révolte éclata.

    ✥ La ville prit feu.

    ✥ Dans la fumée, le jour devint une sorte de nuit. Les murs de la ville tombèrent les uns après les
    autres et je tremblais d'un désir satisfait tandis que tout le sang de Curium, sa suie, ses lois et ses
    âmes damnées se rejoignaient dans le chaos.

    ✥ Au matin du deuxième jour, j'émergeai des décombres du palais, la tête ensanglantée mais plus
    frais que jamais. Ierethan vint à ma rencontre au sommet d'un charnier, il se hissa jusqu'à moi à
    l'aide de ses petites ailes. Ce fils avait prit la forme d'un enfant à la peau rugueuse et aux yeux vides
    comme ceux d'un cochon. Ses joues étaient pleines de la chair de Josaphat, qu'il refusait d'avaler.

    ✥ Je tendis la main, il y cracha la petite clef de Josaphat. Je fragmentai l'objet comme un insecte
    entre mes pouces, le réduisant à néant afin qu'il ne soit jamais copié par les hommes.

    ✥ Alors je laissai les ruines de Curium aux mains d'Anaath et du tribun Ierethan, qu'ainsi la colère
    de Léviathan s'y perpétue pour l'éternité. Puis j'emportai les grimoires de Josaphat et brûlai tous ses
    savoirs.



      Lé𝘷𝘪ѦϮ𝘩𝘢ҋ




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