Le trône vorace encor ose réclamer.
Patience, aux jours consumés, l'aurore brûle ;
Puissent ses griffes à ma roche s'agripper,
Que le sort ainsi s'émousse et un temps recule.__________________________________
Il ny a pas damour, il y a des moments damour Île de Marie (Béhuard), Anjou
Je lève le nez sur le ciel qui nous surplombe de sa grisaille, dubitative. Point tant sur l'affirmation que sur mon appréciation de celle-ci : c'est froid. Pas de cette sensation de fraîcheur qui nous oblige à nous revêtir chaudement et à apprécier de bonnes flammes dans l'âtre le soir venu, non c'eut été trop simple. La neige me ramène irrémédiablement sur les eaux flamandes dont la surface se craquelait sous nos pas, à nos rires légers, trop abreuvés de liberté et d'espoir. Est-ce que, s'il venait à décéder, vous supporteriez l'idée de n'avoir rien dit pardi ? Les Flandres et leurs flocons, dont le souvenir s'insinue encore trop souvent malgré l'année écoulée, et cette glace au-dedans qu'aucun brasero na su dissoudre. Léonie, il est mort. Mes doigts saccrochent aux revers de mon manteau, je le réajuste sur mes épaules en opinant vers la borgne, comme si mon derme n'était pas parcouru de ce frisson devenu familier, et je m'efforce de revenir au présent :
Vous savez Léonie quun roi a failli se noyer à plusieurs kilomètres dici, il a imploré Notre Dame de lui laisser la vie sauve. Précisément la Notre Dame que lon voit là
Je l'ignorais, Majesté.
Là, un sourire mine de rien, et une découverte de plus : lArchiduché dAnjou mest encore étranger ; ce nest que la troisième fois que mes pas en foulent les frontières et la seule qui ait duré plus dune journée. Jécoute donc la Reyne avec intérêt, marrêtant à ses côtés et suivant ses indications du regard tandis quelle me conte lhistoire dun Roy frôlant la mort, fort à propos en cette période. Ironie, quand tu nous tiens. Mes réflexions intérieures ne mempêchent pas de profiter de sa bonhomie sans la moindre vergogne, le semblant de solitude retrouvée ces dernières semaines y est sans nul doute pour beaucoup et les choses seront bien différentes lorsque nous regagnerons le Louvre ou la guerre. Jai ainsi acquiescé sans surprise au choix du village, trop habituée à ses élans et partageant son affection pour la simplicité, en me réjouissant secrètement à lidée de partager un même logis. Je ne suis certes plus Garde Royale, mais nous avons dépassé ce cadre depuis longtemps et il m'est difficile de me considérer autrement que comme sa garde, quelles que soient mes fonctions officielles. Présomptueuse ? Si je devais ladmettre à voix haute, je concéderais peut-être un doute par acquit de conscience, mais au fond, je nen éprouve aucun. C'est ainsi, voilà tout : Reflet & Antireflet, un lien étrange né d'un premier sourire de juin, consolidé dans la boue, puis dans la mort. Jobserve donc léglise incrustée dans la roche, satisfaite de savoir que je serai assez proche pour la protéger s'il devait advenir un malheur même si je naurai sans doute pas à lever le petit doigt, pas avec la Bannière Brune et la Garde qui veilleront aux alentours. Agnès goûte peu à tout cela ; je parierais qu'elle se maudit chaque jour d'avoir accepté cet emploi, avant doublier ses regrets à la vue de la bourse hebdomadaire. Une nourrice qui se formerait aux armes pour protéger les enfants dont elle a la charge pourrait-elle être considérée comme une mercenaire ? La question me taraude un instant, et je ne manque ni son expression, ni le regard royal posé sur elle.
Hmmf
vous verrez, cest simple mais confortable. Et notre arrivée à été annoncée, nous allons pouvoir aller nous réchauffer devant un bon feu.
Je souffle un rire, mais ne lui emboîte pas le pas, cédant plutôt la place à son Écuyère pour m'enquérir de ma nourrice, qui n'a guère besoin d'ouvrir la bouche pour exprimer ses pensées. Elle le fait tout de même, et je dresse un sourcil un peu plus haut à chaque question - excellentes au demeurant, j'ai toujours préféré la compagnie desprits vifs et volubiles à celle des sots.
Cessez vos inquiétudes, Agnès. L'endroit est tout à fait convenable, Sa Majesté n'aurait pas choisi un tel lieu autrement. Pour la nuit, faites comme en Bretagne d'accord ? Si l'île est attaquée, nos assaillants auront affaire au Commandant, au Capitaine, et leurs hommes. Nous serons rapidement informées, et vous aurez tout le loisir de vous enfuir avec Almeria pour aller retrouver Vaudalm. Ou Sorensen oui, si vous ne la trouvez point. Tout ira.
Après tout, comment une si belle journée pourrait-elle mal tourner ? LArchiduché devenu allié, la Garde et la Bannière au complet, Lucidie toujours attentive, et Le Chien
fait son office. Les dangers sont réduits ; la Reyne est au mieux de sa forme, nul ici na de grief à son encontre, et fol serait celui qui tenterait une attaque en pareille configuration. Par précaution, je m'en vais toutefois glisser quelques mots au Guerin afin qu'il s'assure que la borgne soit suivie de loin s'il lui venait l'idée d'une baignade hivernale, puis je lance un coup d'il à Notre Dame et maventure à mon tour dans le logis.
Vous qui avez ouï la supplique dun Roy,
Entendez à présent la voix qui vous implore ;
Gardez ma Reyne de périls et d'effrois
Veillez ses jours, quelle ait maintes aubes encor.
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Et à ce moment-là, je jure que nous étions infinies
Soirée au logis royal
Écuyère et Reyne discutent et jécoute dune oreille en souriant tandis que ma plume gratte le vélin ; sauf lorsque je bute sur une rime et plisse le nez. Je me suis écartée pour me consacrer à ma tâche secrète, prétextant quelques plis urgents à traiter afin de nêtre point dérangée, comptant discrètement jusquà douze sur mes doigts exercice moins aisé quil ny paraît lorsquon nen possède que huit. Labsence du Sidjéno me pèse un peu, mais il saura bien m'apporter quelques conseils lorsque nous reprendrons la route, car qui mieux quun poète pour juger dun poème ? Wycaert dispose d'écus et des meilleurs artisans du Royaume pour forger lames et armures ; c'est en y songeant que l'idée m'est venue. Reste que l'exercice ne mest guère naturel : les mots ne sont pas un présent que j'aurais instinctivement choisi, néanmoins une première année de règne s'honore et je veux la surprendre. Je crois que le trône de France est le Siège Périlleux. Il viendra un jour quelqu'un qui répondra à ses attentes et qui ne périra point. Et si Cerbère avait eu raison ? Si cette femme était celle quil attendait ? Jinspire et mefforce denfouir cet espoir dangereux, trouvant enfin la rime qui me résistait. Ciel
écrire de la poésie est une chose incroyablement peu satisfaisante, je ne sais comment Eddwyn parvient à y prendre plaisir ; mes vers me paraissent dun ridicule absolu. Par chance, la voix royale se fait plus forte et me déconcentre ; jesquisse un sourire et ne relève la tête quà lentendre sinterrompre. Là, je dresse un sourcil sans comprendre, mes azurins vont dAgnès à Zulma, puis se posent sur Almeria qui donne raison à la seconde et me retient dintervenir. À la place, je fais jouer lextrémité douce de ma plume contre mon menton et observe la scène, lâchant au deuxième couplet un rire qui sétrangle dans ma gorge : le geste de ma nourrice, cette fois, ne méchappe pas. Je souffle sur le vélin pour faire sécher lencre plus vite tout en me levant, puis ferme le pot dencre et abandonne lensemble sur le rebord de la fenêtre, bien décidée à avoir une discussion avec elle. Ou pas.
Allez donc la coucher que je vous plume aux cartes, Agnès. Léonie aussi, vous ny échapperez pas. Luce ?
Laissez Agnès, je m'en occupe et je vous rejoins ensuite.
Remettant la discussion à plus tard, je mapproche de la nourrice et tends les bras pour récupérer ma fille, enveloppée dans sa couverture mauve où le jasmin se mêle à lasphodèle. Je disparais ensuite dans la chambre attenante afin de la coucher comme souhaité, gardant toutefois en main le Zulmochet confectionné par sa tante. Je le rapporte avec moi pour mattabler aux côtés des trois femmes, le pose sur mes cuisses une fois assise, puis attrape prestement les cartes déjà distribuées afin de découvrir mon jeu.
Je suis là, je suis là. Quelle est la mise ?
Reyne hardie entre heaumes et armures.
Sous la toile battue par le vent des tourments,
Elle mange debout, loin des palais mouvants,
Femme d'armes entière en dépit des dorures.
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On rencontre sa destinée souvent par les chemins quon prend pour léviter
Milieu de la nuit, logis royal
Sont-ce les insomnies récurrentes de ce mois de février, lendroit fort agréable, la présence des gardes et soldats aux alentours ? Nul ne saurait le certifier, toujours est-il quune fois déplumée, et la revanche reportée au lendemain, chose rare, je dors. La borgne ne peuple jamais mes nuits, l'onirique sy trouve tout entier dévolu à mes craintes et à mes cauchemars. Et quest-il de plus terrifiant que lespoir ? Cest à une autre table, perchée au sommet dune tour trop haute, que je prends place. Et, une fois encore, ce nest point à moi de tirer les cartes.
Je ferais bien une soirée cul de chouette avec la Dauphine, je suis certaine qu'on pourrait bien s'amuser.
Vous devrez vous contenter de moi Elyria ! Allez, expliquez-nous les règles de votre jeu. Majesté, vous jouez ?
N'est-ce pas en quittant le chemin tracé qu'on fait les plus belles découvertes ?
Ce que roi veut, roi obtient : nous jouons donc, règles acquises ou contournées sur le tas, ninterrompant la partie que pour tendre loreille aux pleurs qui se font entendre. Agnès doit la nourrir. Ou peut-être nest-ce que le vent qui sengouffre le long des pierres. Je fronce les sourcils en portant ma main à ma poitrine, troublée par une gêne sourde, puis inspire en secouant la tête pour me reconcentrer. Fichtre, il va gagner. Mais la partie continue, et je me concentre davantage, bien décidée à ne pas la perdre.
Fatalement, elle se tiendra au seuil sombre.
Las, je ne suis plus ombre, pour autant je veille
Sur ses aubes, prête à mon ultime pénombre,
Par lévidence crue dun serment sans sommeil.__________________________________
Aimer, c'est perdre le contrôle Perdue
Je me redresse dans un sursaut, encore engourdie, et lutte un instant avec les draps rêches, aveugle en l'absence de lumière. Les braises dans l'âtre sont presque cendres, mes doigts glissent dans mes cheveux lâches tandis que j'essaie de discerner les formes, celles des meubles, celles des gens. Le Chien ronfle, une seule respiration. Hmmf ? Peut-être nétait-ce quun mauvais rêve : ils sont récurrents, la période est propice aux souvenirs que lon voudrait tout à la fois garder et oublier. Celui-ci sefface déjà, pourtant la gêne revient, et je fronce les sourcils, pressentiment que je ne puis nommer. Je me lève et traverse la pièce sur la pointe des pieds, pour trouver la couche de la borgne et m'y pencher sans trop oser. Une seule respiration. Me redressant, jinspire pour apaiser la pointe de panique qui fend mes côtes, respire. Il n'y a aucune raison de s'inquiéter, nous sommes en sécurité, alors pourquoi je pressens que ça ne va pas, que ça ne va même pas du tout ? Hmmf ? Je pénètre tout aussi discrètement dans la chambre attenante, déçue de découvrir l'absence de la silhouette royale dans le fauteuil. Combien de fois la Wycaert a-t-elle profité de la nuit pour veiller sur la petite ces derniers mois ? Rien de surprenant, pas en ce début dannée, pas avec ce qui est arrivé lan passé, et mes yeux grands ouverts maintenant habitués à la luminosité, je frôle le berceau, aussi vide que le siège. Hmmf ? Retournant à lentrée, jattrape mes bottes et interpelle Lucidie sans plus de manière, même si Le Chien râle d'être ainsi dérangé et que je risque de réveiller Agnès. Entend-elle la tension dans ma voix ? Nous néchangeons guère plus, je me chausse et cherche ma cape pour me couvrir, mais dans lobscurité devenue coutumière, force est de constater qu'elle nest pas là. Un instant étonnée , je songe que je vais bêtement sortir en chemise de nuit et croiser la Wycaert qui moquera mon affolement. Cette pensée n'éloigne pourtant pas cet instinct qui me dicte qu'il a gagné, que les cartes étaient battues en avance et les dés pipés. Léguant la raison au diable, mes doigts trouvent mon épée lorsque je tire le battant et l'air hivernal me gifle le visage, ma prise blanchit sur la fusée, le tissu que je porte ne m'étant d'aucune protection contre le froid. Je peste de méconnaître ces rues que je parcoure avec une hâte qui saccentue de minutes en minutes, ayant à peine conscience de l'Écuyère et du chien qui m'accompagnent, mon monde finalement réduit à un enchaînement de pierre et de neige sans trace de vie. Nous ne croisons personne ; je ne sais quelle chance nous évite de tomber sur la Garde ou la Bannière dans leurs rondes, et je grimace à lidée quil puisse sagir dune malchance folle. Non. Elle a forcément rencontré lune ou lautre, qui laura suivie en la découvrant seule. Hmmf ? La neige me mord les mollets, saccroche à ma peau nue et remonte lentement, pour se ficher au creux de ma poitrine, où la gêne et lurgence ont trouvé place.
Je vous en veux, vous le savez n'est-ce pas ? Parce que vous étiez avec lui, lorsque c'est arrivé. Parce que vous ne m'avez pas laissé être là, l'un comme l'autre, alors que j'aurais pu agir là où vous en étiez incapable. Ce que je vais dire ne changera rien aux ressentis que je devine dans vos silences, mais vous n'êtes pas responsable de ce qui est arrivé. Vous étiez plus que sa protectrice, vous étiez son bras, son pilier, son amie la plus fidèle et dévouée.
Idiote.
Parce qu'au fil des mois, elle a cessé d'être la Dauphine, elle a cessé d'être la Reyne, pour n'être que Wycaert.
Parce qu'elle est devenue mon pilier, et qu'elle a gardé le bras que je lui avais déjà abandonné depuis long.
Parce qu'elle est devenue une amie.
Incapable.
Vous nêtes pas dupe, vous savez quà choisir entre ma vie et la vôtre, vous lemporteriez haut la main, et vous savez également ce quune telle chose impliquerait pour lenfant qui croît dans mon ventre. Il nest pas raisonnable de continuer à vous protéger, pas en sacrifiant deux vies et non juste la mienne, et si mon instinct de femme et de garde me pousserait à me positionner entre vous et la lame qui vous menacerait, qui sait ce que me dicterait mon instinct de mère ?
La question rhétorique, posée à la mi-septembre, trouve ainsi réponse peu glorieuse, une part de mon esprit martelant que la borgne n'est pas en sécurité, l'autre murmurant seulement que ma fille est avec elle. La femme et la garde, la garde et la mère, la mère et la femme. L'Antireflet occupe toute la place alors que j'avance, ma peau gelée tiraillant. L'aube est proche, cela se ressent à l'agitation naissante derrière les portes fermées, devant lesquelles nous ne faisons que passer. Je me dépêche, profitant du calme relatif du village, guettant les sons et les voix qui pourraient nous parvenir, au milieu de nos pas étouffés et de nos souffles courts. Pauvre Écuyère, qui ne doit pas bien comprendre, mais comment lui expliquer l'intangible ? Je sais. L'on cherche et l'on s'interroge, en vain. Peut-être qu'elle est allée visiter ceux qui ne sont pas en service, peut-être qu'elle a profité d'une soirée avec la Josselinière, ou avec le Sidjéno ? Si quiconque s'est aventuré ici dans la nuit, les traces ont été recouvertes, et peu à peu se mêle l'espoir au désespoir. Espérer est dangereux et la chute d'autant plus brutale lorsque l'on se laisse à croire au possible plutôt qu'au probable ou au certain, mais que faire quand l'incertitude est provoquée par un instinct trop souvent éprouvé ? Nous approchons de l'église, seul point d'ancrage dans cet océan blanc et gris, mon épaule heurte l'angle d'une masure et j'expire sous le choc. Le Chien bronche et renifle, je le discerne à peine alors qu'il nous devance, mes azurins posés sur le vermeil qui teinte la neige. Combien de temps ? J'avale ma salive en balayant les lieux sans trouver le moindre signe de vie. Quand ? La brise hivernale frôle mon derme qui se hérisse et je reviens au corps inerte, maculé de flocons qui ne fondent pas, ma roche se fendant juste assez pour me laisser franchir les quelques pas qui nous séparent. Elle doit avoir froid. Il fait froid, non ? Mes jambes ploient et je sens la neige carmine imprégner le tissu à mes genoux, mes bras se tendent et se figent. Vide. Froide.
C'était pourtant un ordre clair Wycaert : ne soyez pas morte et ne mourrez pas.
Murmure trop pragmatique, trop froid, trop tout. Seule. Où est ma fille ? Je ne parviens pourtant pas à détourner mon regard du corps. Vide. Le Chien geint et s'allonge entre le bras mort et le buste immobile, tandis que ma main droite cherche un appui au sol, humide et tiède. Une chaleur résiduelle, à peine perceptible, j'en ressens malgré tout la brûlure alors que je nettoie délicatement les joues blêmes de la neige accumulée, ignorant mes tremblements et les fissures, la voix qui hurle en silence dans mon crâne et mon souffle qui se noie dans ma gorge. Méfiez-vous, vous allez devenir atrocement sentimentale. Je penche la tête en venant caresser la capeline de l'index, ajoutant une tâche supplémentaire au tissu, sourcils froncés. Ma capeline. Chance ou Malchance ? J'oscille et inspire profondément, puis passe ma main sous la nuque royale, la soulevant juste assez pour rabattre la capuche sur le visage inexpressif. Chance ou Malchance ? Je reste ainsi quelques secondes supplémentaires, incapable de relâcher cette nuque, de quitter cet il qui fixe un monde mort. Les villageois vont bientôt affluer, mais je ne m'en inquiète guère : la neige a brouillé toutes les pistes avant même notre arrivée. Trop tard. Elle ne peut pas rester là. Mes doigts cherchent les plaies à soigner, quand bien même il n'y a rien à faire : nul souffle ne séchappe des lèvres royales. La seule buée naît de ma bouche, la seule chaleur émane de mon corps glacé et du reliquat de sang qui sécoule. Fol serait celui qui tenterait une attaque en pareille configuration. Mes pensées vont au poète, à sa folie et à sa lame que je ne connais que trop bien, et je sens cette colère devenue trop familière s'agiter à l'intérieur. Non, ce ne peut être lui. Il se porte mieux depuis des mois, il n'est pas de raison que... Mes iris vont d'allées en allées, ruelles et rues s'éveillant aux lueurs de l'aube noire. L'absence de traces, le tissu. Almeria. Si le Sidjéno était...s'il avait... pourquoi me prendre ma fille ? Cela ne fait pas sens, les voix qui l'habitent ne l'auraient pas laissé partir sans qu'il ne termine sa tâche, alors pourquoi ? Il nétait pas visé
cétait moi
Et si elle avait tort, depuis le début ? Je me résous à la logique et ravale ma question, à laquelle nul ici ne peut répondre. Je dois trouver ma fille. Cette capeline est la mienne, et cette enfant est la sienne. Dans lobscurité, avec quelques mèches blondes échappées de la capuche, Almeria dans les bras
est-il possible que ce ne soit pas la Reyne qui repose là ? Qu'il ne s'agisse que d'un terrible jeu de hasards ? Je ne dis rien de mes pensées à Lucidie, l'ascendance d'Almeria restant un secret qu'il me faut garder, et mes azurins reviennent à la borgne. Elle ne peut pas rester là. Vous fûtes sa main gauche avant de devenir celle qui reste, vous êtes tout ce qui me reste et je ne suis pas prête à vous laisser partir encore, pas sans avoir tout tenté pour l'empêcher. Non, je nai pas le droit de culpabiliser. De protectrice à protectrice, je naurais pas agi différemment, et elle le sait. Savait. Il ny a plus rien à empêcher. Almeria. Ceux qui l'ont emportée peuvent être n'importe où, courir seule à sa recherche me paraît bien inutile. Et peut-être qu'au fond, l'idée me soulage un peu. Peut-être que la chute est inévitable dès lors qu'un pilier s'écroule. J'aurais bien assez de culpabilité, plus tard, lorsque la mère-cenaire ramènera mon enfant et que je me refuserais à lui accorder un regard. Ce devrait être mon corps, inerte et glacé, non le sien. Ne l'est-il pas déjà ? J'ignore mes lèvres bleuies, ma peau rendue insensible et mon âme trop sensible, tandis que l'aube darde son crépuscule sur la neige maculée. Reflet & Antireflet. Je me décale et ajuste mes appuis, un bras sous sa nuque et lautre sous ses genoux ; je la ramène contre mon buste et la soulève, ignorant les mouvements alentours comme mes épaules qui tirent et mes cuisses qui protestent. Elle est plus lourde que je ne laurais cru, ce qui est idiot : cest une guerrière après tout. Ma langue claque, appelant Le Chien, et mon regard survole Son Ecuyère en un échange muet, lui signifiant qu'il est temps de rentrer. Chez nous.
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Vous savez Léonie quun roi a failli se noyer à plusieurs kilomètres dici, il a imploré Notre Dame de lui laisser la vie sauve. Précisément la Notre Dame que lon voit là
Je m'en détourne et reviens sur mes pas, le sol craquelant sous mes bottes, mon épée abandonnée dans la neige vermeille. Notre Dame peut bien aller se faire cuire le cul.
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Guerrière borgne, digne dancienne geste,
Elle affronte le trône et l'épée du destin,
Couronnée d'or, et de boue fragrance jasmin,
Wycaert fut Sa Main Gauche, et celle qui reste.__________________________________
Merci JD Zulma, pour tout.
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Il ny a pas damour, il y a des moments damour A. Ferney
Et à ce moment-là, je jure que nous étions infinis S.Chbosky
On rencontre sa destinée souvent par les chemins quon prend pour léviter La fontaine
Aimer, c'est perdre le contrôle Paul Coelho
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