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[RP ouvert à qui voudra] Pigeons volent.

Kachina
Bonjour jds. Je suis en manque d'écrire et si certains en sont au même point, pourquoi ne pas partager quelques lignes sur ce topic ? Il suffit d'imaginer votre perso trouvant par hasard une missive écrite par Kachi en plusieurs exemplaires et envoyée au hasard.
Libre à vous d'imaginer ce que votre pantin en ferait. La jeter au feu, aux latrines , en faire une cocote en papier, l'ignorer, se perdre en mille conjonctures à propos de l'expéditrice . Y répondre, à vous de jouer. Peu importe, ce qui compte c'est l'effet papillon et le plaisir de l'échange. . Merci d'avance à ceux ou celles que ça inspirera et bon jeu à tous.
Ps acceptés. Ce serait sympa de situer le lieu et le nom du perso concerné.


Une après midi d'automne comme octobre offre souvent. Ensoleillée, fraiche et belle .
Une simple promenade le long du rivage qui l'avait au final menée jusqu'à ce vieux pigeonnier abandonné.
Murs et toît éventrés , tout comme les sacs de graines oubliés là.
Et parmi ces ruines, des dizaines de pigeons revenus là, par habitude ou parce qu'ils ne savaient pas où aller.... Elle les avait tout d'abord interpellés, mains sur les hanches, tignasse sombre que le vent ramenait sur ses joues. Un monologue à haute voix qui disait en gros : Espèces de crétins, vous ne pouvez pas quitter ce coin qui fut si longtemps pour vous une prison ? Volez par le diable et ne revenez plus... Conjurez ce sort qu'on a jeté sur votre race....


Et puis, elle s'en était allée, après un léger haussement d'épaules fataliste.

Une auberge et quelques chopes plus tard de ce breuvage grisant qu'on servait en cette contrée. Le tout accompagné de quelques échanges entre filles.
Le sujet principal étant ce soir là, la correspondance. Ces lettres de prétendants, ces missives d'amis auxquels on devait répondre, ces parchemins garnis d'un sceau de la prévôté ou d'un tribun accueillant.

Et une réfléxion de Kachi :
Plus grand monde ne m'écrit à moi !!!!

La soirée avançant, l'alcool aidant, cette simple phrase avait dégénéré en un pari stupide. Les paris sont souvent stupides de toute façon. Elle avait déclaré avec ce petit air de défi au fond de ses prunelles claires : J'vais envoyer plein de pigeons au hasard et voir qui trouvera mes mots....

C'est pour toutes ces raisons là, qu'on pouvait la voir, assise sur une pierre plate, sa planche d'écriture sur les genoux, écrivant à se filer des crampes au poignet... usant des dizaines de parchemins....vidant une ou deux cornes d'encre...
Et remettant au boulot sans aucun étât d'âme les pigeons désoeuvrés....


Elle les regarda longtemps, s'envoler dans toutes les directions, la nuque cambrée, visage tourné vers le ciel... mains retenant ces jupes que la brise marine forçait.

Avec un petit sourire en bouche.
Après tout, n'avait-elle pas toute sa vie fait confiance au hasard et au destin ?

Vaille que vaille, le jeu était lancé... Qui répondrait ? Elle risquait peu au final. La déception qu'aucun pigeon ne lui revienne...
Ou le plaisir de se laisser surprendre par une ou un inconnu(e) en mal d'écrire.
Joueuse elle resterait... C'est comme ça.

Celui ou celle qui trouverait une des missives... toutes semblables, pourrait y lire :





A vous Inconnue, Inconnu qui trouverez ce pli

Un léger parfum de jasmin, une écriture ronde et déliée, vous avez déjà deviné que je suis une femme. Une femme qui a voulu en cette année de grâce 1473 provoquer le hasard.
J'ai envoyé moultes lettres et le sort s'est chargé du reste.
Vous avez trouvé un de mes écrits.... Je vous imagine râlant pour ces fientes laissées sur le rebord de votre fenêtre.
Distraite en pleine messe, effrayée par cette bestiole venue se poser sur votre épaule ronde.
Dérangé au moment d'entamer un duel, ou distrait à l'instant de bander votre arc au stand de tir.
Relisant deux fois , l'esprit embrumé par l'alcool , attablé dans un bouge sordide.
Chassant le chat qui tenait en gueule un pauvre pigeon voyageur que vous auriez sauvé.
Pestant contre cet oiseau empêtré dans vos dentelles.

Surpris ou surprise, ravi ou enchantée . Dédaigneux, impatiente de lire...
Sous le charme ou indifférent. Captivée ou blasé....

Le plaisir pour moi est déjà d'imaginer.

Si la faim vous tenaille, mangez le pigeon. N'oubliez pas de le fourrer d'herbes aromatiques.
Si ce pli vous agace, torchez vous le séant avec... Peu m'importe, il aura été utile.
Si vous ne savez pas lire, faites vous lire ce pli et décidez d'apprendre dans la foulée.

Si l'ennui vous titille... prenez plume et venez à moi. Nous échangerons à propos du temps, de nos vies, de nos rêves, de nos défaites ou nous évoquerons les prix du marché... Vous me direz vos amours, vos enfants, vos secrets inavouables comme vos plus belles heures....

Oserez vous entamer le jeu Inconnue ou Inconnu ?

Je vous salue.

Kachina



_________________
Adrielle
    Quelques semaines qu'ils sillonnent les comtés et duchés du royaume de France.
    Le plaisir et l'amusement sont au rendez-vous.
    Soirée en taverne, journée à lézarder au pied d'un arbre ou un moment de travail minier ou autre histoire de se faire un peu d'écus.
    En ce dimanche ensoleillé et doux pour la saison, la brunette décide de se rendre au verger pour cueillir quelques fruits et par la même occasion sauter d'une branche à une autre, juste pour le plaisir.
    Evidemment, la meute est présente et Aloïs l'accompagne afin de pouvoir la taquiner comme il aime à le faire.
    Lui aussi aime se percher dans les arbres , comme elle se sentant libre , comme la brune appréciant les défis.
    Au départ, ils sont sages cueillant assez de pommes pour se faire une tarte aux pommes pour le prochain repas.
    Puis, le jeu est lancé vers le ciel, avant de regarder Adrielle.


    Dis Sa Majesté... Prête pour une course?

    Léger roumégage pour la forme, puis un large sourire étire ses lèvres.

    Hum oui, mais jusqu'où?

    L'arbre en face sur lequel se trouve une niche au sein du tronc.

    Aloïs indique de l'index l'arbre en question, un pommier plus vieux que les autres où doivent nicher hibou ou autres bêtes.
    Un signe de la tête, mais la jeune femme l'interpelle à nouveau.


    On parie quoi l'Affreux?

    Autant agrémenter la course et la rendre plus motivante en y liant un pari franc et sincère.
    Ce dernier est choisi et les deux se sont entendus sur le gain obtenu par le vainqueur.


    Ha la une ... Ha la deux.... Ha la TROIS partez!

    Déjà la brunette agile se crée un chemin en allant d'un bond sur la prochaine branche de l'arbre à proximité , ce qui engendre un grognement presque bestial de la part de Balafré.
    Un éclat de rire féminin , et l'élan et pros de part et d'autre, les deux sautent, se pendent d'un arbre à un autre en direction de la ligne d'arrivée.
    Deux gamins, voilà ce à quoi ils ressemblent mais ils s'en fichent comme de leurs premières braies. Depuis que l'homme a trouvé celle qu'il veille, il a retrouvé un côté enfantin tranchant avec les horreurs de la guerre connu auparavant.
    Ils arrivent pratiquement en même temps sur la même branche de l'arbre cible, Adrielle perd l'équilibre et aloïs la rattrape par la taille en riant.


    J'ai gagné! Admets ta défaite.

    Certes pas, j'ai posé le pied avant toi sur la branche.

    Une dispute amusée pour savoir qui a gagné se met en place mais très vite interrompu par une sorte de roucoulement provenant du creux de l'arbre.
    Curieux, les deux se dirigent vers la niche et fouille du regard avant que Aloïs y glisse sa paluche pour en sortir un piaf épuisé que leur querelle a du déranger.


    Pauvre bête, il doit avoir faim et soif....

    P'tain tu comptes pas l'adopter, tu trouves pas que tu as assez de bestioles? Sérieux !

    Elle rit en caressant la tête du voyageur, puis en douceur, le prenant dans ses mains , ils découvrent qu'il porte un message à sa patte.

    Emportons le au campement, là bas je lirai le mot...

    T'es bien curieuse, c'est pas pour toi ...

    Après une négociation brève, ils sautent au pied de l'arbre et entreprennent de retrouver l'endroit où ils se sont posé en arrivant en ville à l'aube.
    Plus tard dans la journée, le piaf se repose après avoir mangé, la brunette se met à lire le pli.
    Amusée , la jeune femme l'est.
    Deux choix se posent à elle, ignorer la missive qui est destinée à tous et à personne en particulier.
    Ou y répondre.
    Ceux qui connaissent la brunette savent déjà qu'elle choix elle a fait.
    C'est donc à la lueur d'une bougie qu'elle entame une des nombreuses réponses que l'expéditrice risque de recevoir.






        A vous,
        Kachina

        Salutations!

        Joli prénom qu'est le vôtre.
        Sachez Donà que vous me devez un pari!
        Votre piaf nous a empêché mon frère de coeur et moi-même de nous départager.
        Je ne manquerai pas de vous en dire plus, si vous m'écrivez en retour.

        Mais pour l'heure !
        Je vais répondre à vos interrogations.... Ou plutôt confirmer certaines de vos suppositions.
        Pas de rebord de fenêtre, votre volatile était planqué dans une niche d'arbre au beau milieu d'un verger.
        Croyez bien qu'on a pas imaginé le manger avec des petits pois, fatigué et affamé qu'il était, sincèrement y a rien à manger dessus !
        La messe, je n'y vais guère. Sauf pour boire du vin de messe, mais en vérité c'est bien rare.
        Je n'ai pas encore bu, mais vu l'heure ça ne saurait tarder!
        Pas de dentelles, en tous les cas au moment où nous l'avons découvert.
        Alors j'ose entreprendre un échange épistolaire avec une inconnue.
        Car vous m'êtes inconnue comme je le suis pour vous.
        Ce n'est pas l'ennui qui me pousse à vous écrire, sachez le, mais la curiosité.

        Je me prénomme Adrielle, actuellement en voyage.
        D'où est parti votre piaf pour être aussi las?
        Je serai enchantée de savoir combien d'inconnus vous auront répondu.
        Avez vous l'habitude de faire ce genre de choses?
        Ou l'ennui où vous vous trouvez est si puissant que vous avez besoin de vous divertir?

        Vous avez écrit, je vous cite " Nous échangerons à propos du temps, de nos vies, de nos rêves, de nos défaites ou nous évoquerons les prix du marché..."
        Alors le temps est doux pour la saison , ne trouvez vous pas?
        Quelle est votre vie? Décrivez vous en quelques mots s'il vous plait.
        Mes rêves... oula j'en ai tellement et vous?
        Les défaites... à voir...
        Les prix du marché, hé bien parfois dans certaines villes il n'y a rien à manger, les tenues sont chères ou inexistantes.

        Pour le reste cela faudrait un nouveau message il me semble.
        Kachina, sachez , que ce jeu lancé m'interpelle et me plaît assez, je suis joueuse dans l'âme.

        Je vis à Bayonne mais voyage presque tout le temps.
        Aimez vous voyager?

        Je dois vous laisser pour le moment, car il est l'heure pour moi d'aller partager un moment en taverne avec mes compagnons de route ou rencontrer un inconnu ou une bien entendu!

        Au plaisir de vous lire...
        Prenez soin de vous.

        Adrielle

        PS : êtes vous prête à recevoir autant de missives que de pigeon envoyé?




    Pas le temps de se relire, à côté on s'agite, on s'impatiente.
    LE pli est roulé, replacé à la patte du piaf, ce qui le réveille, quelques graines et elle le relâche en signifiant.


    Pigeon vole! Evite de te faire bouffer, va retrouver ta maîtresse....

    Doucement son regard délaisse l'animal et la brunette tourne les talons en direction de la taverne la plus proche.

_________________

♥Atelier Au Bonheur des Belles ♥
♥Merci Camomille♥
"Allez vous faire cuire le cul." emprunté à Zulma ♥
Leely
Assise sur ce tabouret avec deux bougies sur le bureau et le matériel pour tailler une Ambre, atelier de sculpteur cette fois, on range les vêtements pour un temps, on calme le feu de la forge pour deux temps et on ne valse plus depuis longtemps à trois temps et clac un coup trop fort et la pierre casse.

Et voilàààààààà, Bravoooooo !!!!


Je regarde mes mains et puis la bouteille et puis les morceaux de deux bonnes heures de travail pour rien...


Pourquoi est-ce que je m'ennuie à faire ça, pour fabriquer ceci et cela, au fond, qu'est ce que j'en ai à faire ?
Nannnnnn ne te pose pas la question sinon tu vas finir par reprendre la route à peine rentrée ! Mais !
Mais nan j'ai dit !!!


Je regarde mon chien Ulysse qui n' a pas fait un beau voyage mais qui ronfle devant la cheminée depuis, depuis quand ? Je ne sais pas...

Ma maison est située au bord d'un port, la vue est magnifique, je ne prends même plus le temps de l'admirer et puis, et puis, je ne prends plus beaucoup le temps d'aller en taverne non plus... La lassitude ?
Le ras le bol d'entendre toujours les refrains qui n'en sont plus, du moins qui ne sont plus audibles pour moi. La fatigue ?


Observer les étoiles et puis boire un bon coup de Rhum, non, ça ne va pas m'arranger, mais au moins je n'aurai pas perdu ma soirée.

Un pigeon qui se pose devant ma porte, pourquoi ? Qui a encore besoin de quoi ?
Pas ce soir, j'ai pas envie, non.
Et il insiste passe et repasse, bon, je vais prendre place sur le pas de ma porte et je déplie le message.
Oh, ça me fait sourire et même rire et pourquoi pas ?





Bonsoir chère inconnue,

Déjà pour l'odeur, bravo, j'adore le jasmin.
Alors juste après me parler de fientes ! Mais non ! Franchement, vous abusez.
Pour la messe je n'y vais pas et puis il est tard, trop tard, mais je ne dors pas, j'ai cassé une pierre et donc je suis en train de boire et en prime je fume ma pipe en faisant des ronds de fumées, oui, on s'amuse comme on peut !
Un duel non plus et l'arc encore moins, non, j'aime bien les armes, j'adore même.
Ma préférence va au couteaux, aux dagues, aux épées.
Mais le plaisir pour vous est d'imaginer, donc vous espérez que j'aurai mangé ce pauvre pigeon ?
L'esprit embrumé par l'alcool, toujours oui, attablée chez moi, pas dans le bouge sordide mais j'aurai pu.
Les dentelles, j'en porte parfois quand je suis d'humeur.

Oui c'est aussi une femme qui a pris la plume, j'ai imaginé un instant me faire passer pour un homme.
J'espère qu'ils seront nombreux à vous répondre.
Pourquoi cette idée ? Je ne sais pas.
Si, sous le charme, vous avez écrit.
Vous avez envoyé combien de lettres ?

Échanger à propos du temps et de nos vies, je suis un peu surprise qu'il existe encore quelques personnes qui veulent savoir, on est dans un monde étrange ou chaque personne passe et se retourne rarement.
Alors nos vies, nos rêves, nos défaites, oui, pourquoi pas ?
Les prix du marché, bof.
Pour les secrets mais c'est impossible puisque les secrets ne sont pas faits pour être divulgués, inavouables en prime !
Les plus belles heures, oui, ça sent les souvenirs heureux, mais ça va dépendre aussi de ce que vous allez me livrer à votre tour.

Alors j'entame le jeu. Je suis joueuse, curieuse.

Qui êtes-vous Kachina ? Se définir est si compliqué et ça ne peut être fait en si peu de mots, je suis dans le sud, Le Languedoc et vous ?

Au plaisir de vous lire.

Moi c'est Lee.

_________________
Kachina
Adrielle


Elle a déserté cette salle d'auberge et ses odeurs de chou et de lard et ses pas la mènent tout naturellement vers le vieux pigeonnier éventré.
Un simple châle de laine couvre ses épaules, tant la journée est douce encore.
Elle presse l'allure, impatiente comme une petite fille à une chasse au trésor... avec une seule idée en tête. Est ce qu'une missive l'attend ?

Et si personne n'avait répondu ? Et si ses quelques mots n'avaient suscité qu'indifférence ?

Un sourire ravi vient égayer le visage fin quand elle découvre, non pas une, mais deux missives... Et ses doigts fébriles déroulent le premier pli.

Elle garde le second fermé en épicurienne qu'elle est... Histoire de savourer comme il se doit tout ça. Une chose après l'autre.... Même si ses doigts lui démangent , elle veut prendre le temps.

Elle reprend sans tarder le chemin du retour, les deux plis soigneusement rangés dans sa besace.
Délaissant la grande salle, elle grimpe les marches qui la mènent à l'étage, ignorant les réflexions grivoises d'un groupe de miliciens jouant aux dés. Un tour de clé plus tard et elle retrouve cette chambre louée dans cette ville étrangère.

Et la plume ne tarde pas à griffer le parchemin, le noircissant de sa réponse.






A vous Adrielle de Bayonne,

Savez vous que je suis née à Lectoure en Armagnac et que j'ai été mairesse de Saint Bertrand en Comminges ? Nous avons déjà en commun cette terre du sud voyez vous ?

Je suis fille de paris, ce qui nous fait une chose à partager. J'ai toujours une paire de dés au fond des poches qui attend un défi ou un jeu à venir. J'ai joué aux dés un mariage il y a quelques années.... Vous me le raconterez ce pari ? Je suis curieuse, l'êtes vous autant que moi ?

Pour ce qui est de la messe, nous différons un peu. Alors que vous goutez le vin de messe, sachez que je vole parfois des cierges et que j'aime crocheter le tronc des pauvres pour en remettre le contenu aux mendiants sous le porche.... Et s'il n'y a pas de mendiants, bigre j'offre à boire à quelques amis dans la première taverne locale.

Je suis en voyage également en ce moment. On peut dire ça comme ça , vu que je n'ai pas mis les pieds sur les terres du Limousin depuis bientôt un an. Car c'est à Limoges que se trouvent la plupart de mes biens. Mais ce pigeon si peu dodu qui vous a porté ma missive vient d'une terre lointaine dont je tairai le nom pour moultes raisons que je vous conterai peut-être un jour.
Je suis fille des chemins. J'ai toujours aimé voyager, passer les portes d'une ville nouvelle, choisir une auberge par son enseigne accueillante et laisser la magie des rencontres éphémères opérer au gré de quelques chopes de bière échangées pour une soirée.

Je n'ai pas l'habitude d'envoyer courriers comme ça au hasard.... Et en réponse à votre question, votre missive est la première que j'ai lue. Une seconde m'attend encore. De ce que j'ai perçu de l'écriture il s'agit d'une femme également. Et je vais me régaler de sa lecture sitôt votre pli envoyé. Voyez, c'est preuve qu'il existe encore en nos royaumes décadents des personnes ouvertes à l'imprévu.

J'ai toujours aimé un peu défier le sort. Et possible que je recevrai des courriers haineux ou désagréables. J'aviserai si c'est le cas... Mais vos mots n'ont amené à ma bouche que des sourires. Merci pour ça.

Là où je suis, je ne m'ennuie pas. Je suis plutôt en bonne compagnie. Mais j'aime ces échanges par écrit. L'attente d'une réponse, la découverte aussi .

Je n'ai plus tant de rêves que ça. J'étais une femme comblée, insolente et bien trop fière. Sure que ça durerait toujours... Un Dieu colère a dû me remettre à ma juste place.

Mais est ce si important que nous nous ressemblions au final ? Je ne crois pas.

Je ne sais pas si j'ai répondu à toutes vos questions. Fichtre, il faut dire que vous n'avez pas été avare de points d'interrogations. Ce qui , vu la situation, est plutôt logique.

Je terminerai donc en vous parlant un peu de moi. Mais comment parler de soi à une parfaite inconnue ?
Je ne suis pas bien née , je n'ai ni fief, ni titres. J'ai cependant quelques coffres bien remplis dans mon appartement à Limoges. J'ai exercé bien des métiers. J'ai cuit le pain qu'on savoure au matinel, j'ai sculpté , orné de somptueux baldaquins de tentures de velours les plus riches. Je suis tisserande à ce jour, même si mon atelier reste fermé vu mon absence.
Il me reste bien peu d'amis. Mais de ceux là je suis sûre.
L'amour.. j'ai reçu tant d'amour que je ne sais plus en recevoir à ce jour. J'essaie simplement d'avancer.
J'ai passé la trentaine et j'ai parfois l'impression d'avoir vécu des dizaines de vies... L'instant suivant, je peux jouer à la marelle comme une petite fille.

Et puis je vais cesser là. Il me faut garder encore de quoi attiser votre curiosité si je veux que continuent nos échanges.
Prenons le temps.

Le jour décline. J'entends qu'on s'affaire en bas. Il sera bientôt temps pour moi de rejoindre mes amis pour le souper.

Ravie que ce jeu vous plaise.
On se dit à bientôt par la plume ?

Kachina.

PS/ Je ne pense pas recevoir autant de plis que de pigeons envoyés. Mais ma foi, je suis prête à offrir réponse à qui noircira un vélin pour moi.

Je ne vous pose pas de questions en retour. Dites moi de vous ce que vous aurez envie de me dire. Et bien plus encore....

_________________
Asphodelle
Elle est en train de pisser - non pas contre un arbre elle ne montre plus son cul elle a plus vingt ans à Rome la minette faut pas déconner.

Y à un pigeon qui passe au-dessus, au-dessus de ce pré aux hautes herbes où elle s'est isolée un instant bah pour pisser. En habits d'armes, elle grince et c'est dur de se relever ...
Par Dieu et tous les Saints de l'Enfer...la terre est basse...avant de se dire piteusement que c'est bien ce que disent les vieux quand ils se rapprochent du plancher des vaches.

Et se relaçant les braies, elle repart enjambant les graminées folles vers sa section de combat. Et là y a un truc par terre. Un pigeon. Il gît l'aile abimée par une flêche.


Bon sang de tous les diables du Paradis solaire on a dit "pas les pigeons" !!
Justement, celui-là a un pli à la patte.

Ben voilà. Voilà; voilà; voilà!
Maint'nant y a quelqu'un qui aura jamais sa réponse. Surtout qu'elle vient de jeter le cabochon pour examiner le volatile et voir à le réparer - non elle ne le mangera pas...

Bon mais alors qu'elle reprenait sa marche, elle culpabilise.
Et si c'était Roméo? Voilà comment il n'a jamais eu sa réponse et le drame qui s'ensuivit. C'est important les pigeons. Les pigeons c'est la vie - littéralement dans ce genre de cas.

Bon. Elle récupère la lettre, et après vingt plombes de doutes, finit par l'ouvrir et le lire, un peu embarassée. Mais après tout c'était peut-être une missive de l'ennemi! ah!

Bon et en fait rien de tout ça.

Un peu plus tard, elle réponds ceci :


Citation:
Dame Kachina.

Je pense que vous pouvez être une femme, mais j'y ai repensé et vous êtes peut-être un homme caché sous une signature de femme, car à vrai dire, ce serait vivement bien pensé de savoir ce que veulent les femmes qu'en se dissimulant parmis la foule comme l'une d'entre elles.

Adoncques, vous avez écrit partout. Je trouve que c'est chouette en tout cas ça permet de ratisser large et dans toutes les régions.

Alors dites-moi, K., homme ou femme, vous aimeriez connaître un de mes secrets ahah!

Vous avez écrit au hasard, je réponds, à votre tour d'en dire plus ou moins, comme vous le sentez. Mais si vous êtes un homme, je suis avec vous l'ami. Nous tenterons de dépatouiller le secret féminin à tous deux parce que moi je suis bien une fille mais bon sang de bonsoir je ne comprends parfois rien à rien.
Et si vous êtes vraiment une femme, je ne le saurai peut-être jamais après tout, mais dans ce cas là c'est vous qui m'éclairerez sur le point cité ci-dessus.

Renvoyez un pigeon avec armure à Bruges, celui que j'ai reçu quasi sur la tête s'appelle "Conciliabule" maintenant, et je vais en prendre grand soin.

Je m'appelle Asphodelle.
Je m'appelle Madame de Césari.
Je m'appelle Monclar.
Je m'appelle Rose.
Mais une seule personne peut m'appeler "Lilas".

_________________
Adrielle

    Bien entendu la brunette guette une arrivée des cieux plus ou moins bleu.
    Peu lui importe le temps car en son coeur le soleil est en place tout comme en ses pensées.
    C'est tard dans la nuit qu'elle a entendu un bruissement d'ailes.
    Alors l'attention s'est éveillée afin de vérifier si c'était le piaf attendu.
    C'était lui et ses lèvres s'étirent en un large sourire, il semble en meilleur forme que la fois dernière.
    Chacun des siens est parti se reposer, mais même si la fatigue est présente, Adrielle se cale sur le rebord d'une fenêtre de l'auberge pour lire à la lueur de la bougie le pli.
    Trop de mots envahissent son esprit pour répondre sur le champ , alors elle va se coucher afin de reposer ses yeux.
    Mais le sommeil n'arrive pas, ses idées sont fouillis pourtant l'envie de laisser ses doigts guider sa plume l'empêche de s'oublier aux rêves.

    Alors, quand l'aube approche mais n'est point encore aux portes de la nuit, la jeune femme s'étire et en silence, se retire pour pouvoir écrire à sa correspondante.
    Ses pensées sont en vrac, mais les mots s'écrivent sans qu'elle y songe réellement.
    Finalement, après avoir nourri l'oiseau, elle lie à sa petite patte le pli, et le libère sans le quitter du regard alors qu'il s'envole dans les premières lueurs de l'aube.






        De vous à moi,

        Chère Kachina,

        La nuit s'étire longuement, mais au loin à l'horizon des lueurs souhaitent percer l'obscurité.
        La sérénité régne, c'est presque poétique, ça me laisse pleinement penser à vos écrits.
        Je vous ai lu dès que votre piaf m'a éveillée, j'ai un peu roumégué mais sans plus car la curiosité de vous lire a pris le dessus sur tous mes états d'âme.

        Quel plaisir de vous lire à nouveau, avec des mots plus personnels.
        Plus vous, car oui, par vos écrits je vous imagine, du moins je le tente.
        Les terres du sud, voilà un bien joli point commun, nous en avons un autre au moins , j'ai un appartement à Limoges.
        De mon côté, j'envisage sérieusement de quitter les Terres du Sud, un autre point commun, n'est ce pas?

        Les voyages sont aussi quelque chose que nous partageons.
        Depuis que je l'ai pu, j'ai voyagé et j'adore ça.
        Nous sommes rentrés il y a peu de plusieurs mois en mer, nous avons pu découvrir des terres nouvelles, et explorer Alexandrie et ses alentours.J'ai adoré faire mes armes en navigation, après des mois d'apprentissage, c'était une excellente expérience.
        Je ne sais si vous aimez naviguer, mais il semblerait que j'ai le pied marin.
        Pourtant actuellement, mon déplacement se fait à terre!
        Il me plaît également, j'ai pu faire de jolies rencontres ce qui est impossible à bord de mon navire.
        Découvrir de nouvelles villes, de jolis marchés, des tavernes aux mets spécifiques, du bonheur pur que je ne compte pas me passer.

        Je passe du coq à l'âne, mais j'ai rit en lisant le passage sur le crochetage des troncs, mais ça me signifie également que vous devez être une femme au grandcoeur , altruiste peut-être même, l'idée me plaît assez.
        Je n'y avais jamais songé, mais vous me donnez l'idée et sûrement qu'à la prochaine église visitée j'en ferai tout autant en pensant à vous!
        Car, vous vous êtes invitée dans ma vie et désormais, je sais que je guetterai vos plis venus des airs!
        Et vous me voyez rassurée de vous savoir en bonne comagnie et que l'ennui n'occupe pas vos journées.
        Comme je suis ravie d'apprendre ne point être la seule à vous écrire.

        Les mots se bousculent en moi, et ma plume se montre indisciplinée comme si elle voguait sur une mer déchainnée, laissant mes pensées et envies aller et venir sans ordre chronologique cohérent, je crains que ma lettre soit décousue et vous use à la lecture.

        Je suis un peu plus jeune que vous, je n'ai ni fief ,ni titre, ni nom connu, mais pour moi la plus belle noblesse est celle du coeur.
        Je suis une amoureuse, de la vie, de mon Ténébreux, de la Nature, de ce qui m'entoure et je m'en sens chanceuse.
        Comme vous, une enfant sommeille en moi mais je peux vous garantir qu'elle s'éveille souvent, très souvent même ce qui amuse ceux qui m'entourent. J'ai peu d'amis , j'ai du mal à faire confiance, mais ceux que j'ai me sont chers.
        Connaître ou avoir connu l'amour, est chose rare, c'est si précieux que j'imagine que ça reste ancré en nous pour toute notre vie... Avancez... Avançons!

        Le jeu fait partie de ma vie, je ne joue jamais d'argent , mais nous ne cessons de nous essayer à différents jeux entre nous ou par le biais d'intermédiaires comme la CAMI.
        Les paris aussi, et nous avions parié un nouveau métier à tisser si je gagnais et mon frère de coeur voulait un poney à bascule pour sa fille de quelques mois...et comme vous, j'ai un peu touché à tous les métiers, aussi je me ferai un plaisir de lui en fabriquer un lorsque nous serons de retour à Bayonne.
        Finallement, je crois que j'aime assez avoir perdu ce pari, vous devez me trouver bien étrange...
        D'ailleurs, il va être l'heure de préparer le déjeuner pour tous mais surtout pour l'enfant qui ne sait retarder sa faim. L'aube ne va pas tarder et ils vont tous s'éveiller d'ici peu, j'aime ces moments de solitudes, où ma plume griffe à la lueur de la bougie, pas le genre de cierge que vous pouvez dérober...j'en souris.
        Je ne sais quand vous lirez ce pli, aussi je vous souhaite une excellente journée.
        J'espère vous lire bientôt !

        Adrielle en mode décousue à cette heure matinale.


        ps promis la prochaine je tente d'organiser mon écrit!
        PS encore: mes pensées vont vers vous



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♥Atelier Au Bonheur des Belles ♥
♥Merci Camomille♥
"Allez vous faire cuire le cul." emprunté à Zulma ♥
Kachina
Lee


Elle a terminé d'accrocher aux poutres ces bouquets de simples dans le grenier de Sab. L'amie s'en servira pour fabriquer quelques potions utiles en cas de coup dur. Par la lucarne poussiéreuse un rayon de soleil s'invite, timide mais insistant. Il vient un instant embraser la tignasse brune.
Elle colle le nez à la vitre, observe la ville en contrebas. Le port et ses navires, la mer qui a perdu son bleu d'été pour le troquer contre une robe argentée....

Qu'est ce que c'est beau vu d'en haut !!!! Elle reste là, un long moment , savourant le paysage qui s'offre à elle.

Bientôt elle reprendra la mer.
Mais pour l'instant, c'est à même les planches qu'elle pose ses fesses, calant son dos contre une malle qui doit contenir quelques effets démodés qui n'ont plus les faveurs de celle qu'elle nomme la Marquise.

Le regard clair balaie l'endroit. Histoire de se rassurer. Elle a une peur bleue des souris... ça date de son enfance et elle n'y peut rien. Elle, la bravache, la crâneuse, elle détalera au moindre couinement mais le coin parait désert de rongeurs et elle s'y sent bien. Et puis Chat Miteux qui joue à mordiller ses mollets, n'aura qu'à faire son boulot de chat si jamais....


Ici personne ne viendra la déranger. Et sans attendre, elle tire de sa besace son neccessaire d'écriture pour répondre à la seconde lettre.





Lee,

Tout d'abord un grand merci pour ne pas avoir mangé mon pigeon.
Oublions donc la messe et gardons le jasmin et le plaisir de travailler la pierre. J'ai jadis sculpté dans un atelier à Marseille. Je façonnais de petits personnages ressemblant à mes amis de l'époque. Des petits santons que j'offrais le soir à la veillée. Et si vous passez à Marseille, cette ville que j'ai bien connue, sachez que certaines pierres de ses contreforts sont mon oeuvre et j'en suis fière. Un comble pour une donzelle qui a en son temps forcé bien des villes....
Savez vous que j'ai un jour sculpté le séant d'un homme aimé pour l'offrir à mon frère qui me narguait en disant le désirer ?

Vous aimez donc les armes blanches. Et l'alcool... On dit que l'alcool aide à oublier ses infortunes. Etes vous une âme en peine Lee ? Si oui.. avez vous envie d'en parler ? On me dit très bavarde, mais vu que c'est vous qui tiendrez la plume, je saurai lire à travers vos mots.
Les secrets ne sont pas faits pour être divulgués. Mais ils peuvent être partagés et deviennent de ce fait un peu moins lourds à porter quand ils sont pesants comme un cheval mort.

Je n'ai pas compté les lettres envoyées. A vrai dire, j'avais du temps , de l'encre, des parchemins et ces pigeons désoeuvrés. J'ai écrit voilà tout.
Ce qui compte au final sera le nombre de réponses non ?
A l'heure où je vous écris, j'en suis à trois. Trois femmes que j'ai déjà très envie de connaitre. Les hommes seraient -ils timides pour ce qui est d'user de la plume autrement que pour des jeux amoureux ?
Je ne cherche pas à charmer un homme... Mais lier une amitié masculine, échanger à propos de nos différences de voir les choses de la vie, pourquoi pas ?

On oublie les prix du marché aussi. Je suis d'accord. Ils changent selon les villes. Et puis je n'en suis pas encore à vous avouer que j'ai toujours pris plaisir à spéculer. Que celui qui n'a jamais pèché me jette la première pierre ....

Qui je suis ? Fichtre, est ce que je le sais moi même. J'ai tellement de facettes... tellement d'humeurs différentes.. Femme.... voilà, je suis femme. Fille du sud à l'origine, le coeur toujours en Provence, même si je n'y vis plus.
Imaginez moi comme il vous plaira. C'est un des avantages de ne pas se connaitre.
Façonnez moi douce ou cruelle, rebelle ou docile, inconstante ou fidèle, jeune et belle, vieille et moche, jeune et moche, belle et vieille... A votre guise.
Ne sommes nous pas tous un jour un peu tout ça nous autres humains ?

Femme. Brune.(oui , oubliez l'âge , aucun cheveu blanc encore dans ma chevelure ) Voyageuse pour l'instant, même s'il m'est arrivé de passer de longs mois à Limoges, ma ville officielle à travailler velours et soieries dans mon atelier.
Moi je vais vous dire comme je vous imagine. Malicieuse et vive avec de la répartie, vous semblez avoir beaucoup d'humour. Mais l'humour cache aussi parfois de grandes peines. Alors je vous accorde un petit côté à fleur de peau, la preuve, vous avez besoin d'alcool au plus noir de la nuit.
Délicate et raffinée aussi, même si vous avez un esprit terre à terre. Travailler la pierre, ça ne trompe pas... Il vous faut créer, laisser une trace en ces royaumes.... Mais votre écriture déliée, soignée, prouve que vous aimez le beau.

Mais je vous imaginerai plus longtemps un autre jour. Ne gâchons pas le plaisir de la découverte. Revenons à moi par le Diable....

Je suis une femme. Je voyage. Et je pourrais écrire ma foi tout un roman de ce qui fut ma vie. Mais comme toues les femmes au final, j'ai ri, dansé, pleuré, chanté, aimé, hai... gagné, perdu... Choisissez dans tout ça le costume dont vous aimeriez me vêtir.

Et vous ? Heureuse ou malheureuse ? Désirée, convoitée ou solitaire ? Mère ou fille ? Je ne vous donne pas encore d'âge. Mais ça viendra. Vous êtes comme un joli jeu de piste que je débute et merci pour ça.

Bouffez pas ce pigeon là encore hum ? Renvoyez le moi.
A bientôt à coup de plumes ?

Kachina


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Alix_du_vivier
Le vent s’était levé ce matin-là, léger, joueur, presque moqueur. Alix, assise près de la fenêtre, observait les feuilles danser sur la pierre du rebord lorsqu’un feuillet s’y posa, voltigeant comme un papillon égaré.
Elle hésita un instant avant de le saisir. L’encre fine, le parfum discret de jasmin… Ce n’était point un écrit ordinaire, mais un message venu d’ailleurs, un murmure confié à l’air.
En le lisant, elle reconnut sans peine la main de son amie, celle dont les mots ont le don de troubler le silence et de charmer le hasard.

Alors, le sourire aux lèvres, Alix prit plume à son tour et répondit.




À toi, Kachina, souffle d’encre et de jasmin

Ton pli s’est posé comme une caresse, déposé par un vent joueur sur le coin de ma table. Aucun pigeon effrayé ni dentelle froissée, juste ce parfum discret et cette écriture que je reconnaîtrais entre mille.
J’ai souri, bien sûr. Toi seule pouvais mêler le hasard à la poésie et l’audace à la tendresse.

Tu dis provoquer le sort, je crois qu’il t’obéit avec docilité.
Car de tous ceux qui pouvaient recevoir ta lettre, il fallait que ce soit moi. Est-ce encore le hasard ou bien ce fil invisible qui relie les âmes qui se comprennent sans se dire ?

J’ai lu et relu tes mots. J’y ai trouvé ton rire, ton regard vif, ta liberté.
Et je n’ai pu m’empêcher de penser que si le destin se plaît à jouer, il a décidément bon goût.

Rassure-toi, je ne mangerai point ton pigeon. Il est devenu messager d’un doux moment et ses ailes portent désormais un peu de nous.
Quant à ton pli, je ne m’en servirai pas pour un usage trivial, mais pour parfumer ma journée d’un éclat de toi.

Alors oui, j’ose et j’entre dans ton jeu.
Parlons du vent, de nos folies, de nos victoires minuscules et de nos rêves trop grands.
Et si un jour l’ennui repointe le bout du nez, je saurai où le chasser, vers toi.

Avec toute mon affection
Alix

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Kachina
Asphodelle.


A l'heure où elle écrit ces mots-là, elle ne sait pas encore que demain, un raz de marée bousculera sa vie.
Elle a tout d'abord pesté contre cette table branlante qu'il lui avait fallu caler avec un petit morceau de cuir sous un de ses pieds.
Cette chambre d'auberge n'est pas du meilleur goût , et n'offre pas le meilleur confort, mais elle s'en contente.

Elle qui pourtant aime les baldaquins et les draps de percale fine, elle a souvent dormi à la dure,dans des lits improvisés au hasard de ses aventures.
Et puis après avoir passé des mois dans une cabine exigüe à dormir dans un hamac, ma foi, il y a pire que cette pièce mansardée sans cheminée...

Onze coups sonnent au clocher. La lueur d'une chandelle éclaire son parchemin. Non loin de là, des volets claquent se ferment pour la nuit. Le veilleur de nuit passe, allume les torchères et appelle à dormir...

Elle ne dort pas.
Elle aime la nuit.
Elle ne sait pas que celle ci sera meurtrière pour un ami qui lui est cher. Que le malheur approche lentement au gré des vents maudits. Qu'il a le visage d'un navire de guerre.
Qu'elle haîra demain à jamais cette ville espagnole qui lui aura pris un des siens....
Que la mer au matin lui semblera terne et grise... Et chienne....

Elle ne sait pas et c'est bien ma foi... que la vie lui offre au moins ce répit-là, encore.

En toute quiétude, visage détendu, en caraco et jupons, pieds nus, penchée sur cette table, elle écrit.... sourire aux lèvres






Asphodelle,

Ah si j'étais un homme... et que j'aie souhaité tromper mon monde, assurément, j'aurais aspergé de jasmin ce parchemin. Suis je un homme ? Une femme ? Il me plairait de semer le trouble dans votre esprit. Je tenterais la séduction, je vous demanderais de quelle couleur sont vos yeux, si vous êtes grande, gironde, blonde ou brune. Les hommes s'attachent à tous ces détails là parfois. Je glisserais lentement la conversation sur le fait que je vous souhaite sans attaches amoureuses et je vous donnerais rendez vous au fil de nos échanges.... Je jouerais les beaux ténébreux, les dominants ou allez savoir un homme au bord du gouffre, désabusé, blasé... Tout ce qui peut attirer une âme en quête d'attention. Bien que du peu que j'ai lu de vous, vous ne me sembliez pas ce genre de femmes.

Mais peut-être suis je une donzelle, ne croyez vous pas ? Que le parfum du jasmin m'entrainera toujours sur les terres du sud que j'affectionne. Et si je suis du genre féminin, je vous dirais que j'ai fréquenté assez d'hommes pour savoir qu'ils sont différents sur bien des points (ou oublie le physique hum ? ) Ils sont concis quand on aime louvoyer. Ils cachent leurs émotions tandis que nous aimons les exprimer de moultes façons. Mais je me souviendrais qu'un homme d'un temps passé refusait tous les stéréotypes du genre....
Quand au secret féminin, si secret il y a... J'ai rencontré également bien des femmes... toutes semblables et tellement différentes à la fois. Voyez.. je ne vous aide pas vraiment.
Peut-être que ce mystère là est ce qui les rend femmes... On garde ça ?

Je sais manier fil et aiguille, et je sais tisser... J'imagine sans peine ce rire à votre bouche quand vous verrez apparaitre mon pigeon affublé d'une jolie cotte de maille. Mais du coup je vous sais sur un champ de bataille. Vous pouvez m'en dire plus ? Je m'apprête moi aussi à aller combattre un ennemi sournois.
Pourquoi conciliabule ? Quels secrets cachez vous donc ?

De Cesari. C'est drôle comme le destin est joueur. J'ai connu un jour un De Cesari. C'était un tueur en série, je l'ai cotôyé de près... Il n'est plus je crois. Le Diable fait homme en personne.

Rose, c'est un joli prénom. Il évoque la fragilité et le satin de ses pétales, un parfum aussi tendre qu'envoutant... Et puis un homme que j'ai follement aimé, vous aurait dit que tout le charme d'une rose vient de ses épines. Je vous vois du coup, aussi douce et tendre que sauvage et dangereuse...

Lilas... décidément, ceux qui vous aiment sont romantiques. Mais ça fait venir à mon esprit l'image d'une femme séduisante, attrayante... Les fleurs sont toujours belles....
Laissez moi deviner ? C'est votre amant ? il vous a connue au printemps ? Votre première étreinte fut sous cet arbre si parfumé ?
Mais j'ai peut-être tout faux. Possible qu'il s'agisse de votre maman ou votre grand mère qui prisait ces fleurs-là... Je mise néanmoins sur l'amant. Ai je raison ? Vous me direz ?

Qu'aimeriez vous savoir de moi ?
Suis une femme ? un homme au final ? ça doit être follement amusant de jouer à être quelqu'un d'autre non ?
Et bon sang, vous me le confiez ce secret ?

Dans l'attente du retour de mon cuirassé volant... je vous salue.

Kachina



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Leely
Une matinée comme j'aime, me lever tôt et admirer le soleil qui s'élève, prendre le temps de déjeuner et terminer par ce plaisir coupable de plonger mon doigt dans le pot de miel tendre, j'entends encore ma Tzia qui crie à l'autre bout de la pièce.
Et laisse mon pot de miel tranquille !
Et cette petite fille qui éclate de rire en se jurant que oui, quand elle sera grande elle termina toujours par une touche de nos souvenirs.

M'occuper de mes chevaux, faire une longue balade le long de la plage, mesurer la chance qui est mienne, d'avoir pu me créer cette vie, de faire, d'aller et de me donner le temps de savourer, me le donner non, plutôt de le prendre.

Me plonger dans un bon bain et ne penser à rien, juste fermer les yeux et rêver à demain.

J'ai reçu le même pigeon, celui que j'ai voulu protéger cette nuit en lui accordant un peu du repos nécessaire à son prochain envol.

Se mettre à table et prendre la plume, sourire et l'observer glisser.





Bonjour Kachina, c'est joli votre prénom, un prénom inspirant.

Marseille, comme cette ville est belle, j'adore y passer, pas assez souvent à mon goût, les calanques et ses instants magiques, j'adore cet endroit particulier, j'irai donc la prochaine fois admirer les gestes de l'artiste.
L'idée de sculpter le séant de votre homme et de l'offrir à votre frère, j'avoue que j'aurai adoré voir sa tête à la réception de cet étrange cadeau.

J'aime les armes oui, blanche, le plus souvent, il se trouve que j’exerce plusieurs métiers, je ne saurai me définir plus ceci ou moins cela, j'ai commencé tisserande, un métier que je ne me voyais pas faire, je n'en avais aucun, je n'avais rien et j'allais de ville en ville et je ne voulais surtout ne rien posséder et puis j'ai franchi de cap, apprendre un métier et apprendre surtout la patience, à l'époque j'étais cet oiseau sauvage qui ne souhaitait aucune cage. Ce cheval fou qui saute les barrières de la vie sans ne se soucier de rien.
Je crois que l'un comme l'autre sont toujours là. Vous le voyez le cheval avec des ailes ?

Bon d'accord, je pars loin dans les images, je crois que j'adore ça, saurez-vous décrypter mes images ?
On dit que l'alcool aide, je ne sais pas trop ce que l'on dit, je vous rassure je n'en abuse pas, je sais apprécier un bon verre de vin plutôt que de bière, d'alcool fort plutôt que doux, il m'accompagne mais non, je ne suis pas en peine, la peine est trop triste pour s'y attarder, en ce moment non, la peine m'est étrangère.

Sur les secrets nos avis sont différents, je comprends ce que vous dites, le partage mais au sujet des secrets, j'aime à me garder mes jardins, ils sont de mes ronces et de mes épines, ils sont de mes broussailles et de mes labyrinthes, ils sont si précieux et à la fois si fragiles, oui me voilà partie sur d'autres chemins.
Sans doute que je suis une écorchée, j'adore ce mot qui peut tout dire et si peu à la fois, oui j'aime les mots et j'aime à les faire chanter, vivre se libérer ?
Non, on ne va pas imaginer des mots prisonniers ce serait trop difficile à supporter.

Trois femmes, trois univers à découvrir, trois domaines à explorer, vous allez avoir du travail, je pense à tous ces mots qui vont venir se coucher, ces parchemins précieux, une lettre c'est un peu un cadeau, en tout cas, je reçois le votre et sachez que je l'apprécie.

Oui, nous sommes si nombreuses en une seule personne qu'il est difficile de se faire une idée, je déteste les gens qui jugent ou qui collent des étiquettes, je déteste ceux qui écoutent les rumeurs sans vérifier leurs véracités.
J'aime pour ma part me faire mon idée sans ne rien écouter et surtout sans ne rien entendre.
Découvrir quelqu'un sans ne l'avoir jamais rencontré. Un sacré défis.
Vous vous faites déjà une petite idée, j'ai un humour souvent mal compris comme la plupart de mes images, on ne peut pas dire que je sois quelqu'un de simple, pourquoi être simple quand on a la possibilité d'être compliquée ?
En voilà une étrange question !

Alors et moi ? Heureuse, oui, je peux le dire sans trop de doutes, désirée et convoitée, je pense que ça m'arrive mais je ne le remarque pas toujours, pas encore mère, peut-être un jour, seule pour le moment, donc on peut dire solitaire, bien que je ne me sente pas vraiment seule, entourée que je suis de quelques amis, de quelques connaissances, de mes occupations nombreuses et variées, je suis certainement très seule pour les autres, moi j'aime ma vie et ma liberté, elle est celle que j'ai choisi de vivre.
Et pour le moment elle me convient parfaitement. Demain je peux changer d'avis, avoir un coup de cœur incroyable tout plaquer et changer de vie. Oui, je peux.

Et vous Kachina, je vous imagine entourée, curieuse, joueuse aussi, drôle également si vous avez noté ce petit détail chez moi, c'est important de pouvoir rire et surtout de pouvoir rire de nous, oui et de la répartie et donc ça nous fait pas mal de points communs !
C'est surprenant. Allez, je vais ajouter que je suis brune mais pas du sud, je suis d'une région terriblement agréable et folle, ingérable et critiquée mais si souvent enviée.
Mais d'où je pourrais bien venir ?

Donc à bientôt pour de plus jolies plumes jolie brune.
Oui il me plait de vous imaginer jolie, c'est mieux que moche, non ?

Lee

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Marjan

    La clé tourne à peine dans la porte. Le jour se lève à peine, mais Marjān, éreintée, n’est plus mue que par l’enthousiasme de retrouvailles avec son lit et celui qui l’occupe. Pourtant, un plumé porteur d’un message la trouve et retarde de quelques minutes le délice qu’elle anticipe dans sa tête. Qu’est-ce donc ? Lui ? Il aurait laissé le mot sur place. La Garde, des consignes ? La mairie pour lui dire « bienvenue chez nous » alors qu’elle y vit ?
    Elle déplie et son regard part directement au fond du mot pour découvrir l’expéditeur.


    – Hein ?

    Kachina, elle la connaît. Elle a failli se faire enlever sur un navire il y a quelques mois. En tout cas est-ce le souvenir qu’elle garde de son passage à Lyon, ainsi que de quelques discussions aussi informelles qu’agréables.
    À la lecture, elle sourit amusée.


    – Y’en a une qui s’ennuie…

    Le volatile est séquestré jusqu’au lendemain, où il pourra livrer sa réponse.
    Parce que pour le moment : retour au plan initial.


Citation:

    Salām belle inconnue,

    Ou pas si inconnue que ça.
    J’ai trouvé votre lettre en rentrant chez moi après quelques mois sur les routes dans le cortège royal. Ni duel ni dentelle, encore moins de messe pour ce qui me concerne.
    Je n’ai pas mangé votre pigeon, je préfère cuisiner de plus grosses bêtes.
    Mes amours, je viens de retrouver mon mari. Des semaines sans se voir, ça n’est jamais tenable très longtemps.

    Le temps… discutons-nous à propos du soleil et de la pluie ou du temps qui passe ? Pourquoi nous semble-t-il souvent à la fois si court et si long ? Dernièrement, je ne l’ai pas vu se dérouler, il me semble presque qu’il s’est déroulé sans moi. C’est assez étrange cette sensation d’être spectateur du temps qui passe sans n’avoir aucune prise dessus, vous ne trouvez pas ?

    Un secret inavouable ? La prochaine fois, peut-être. Il ne me semble pas en avoir beaucoup, je suis quelqu’un d’assez transparent quand je veux bien m’exprimer. Il ne me semble pas que je sois une bonne cliente de maître chanteur, il n’y a rien à savoir sur moi qui puisse me soutirer de l’argent. Tant mieux, je préfère le dépenser à ma guise, ne serait-ce qu’en robes. Et puis, un maître chanteur, ça se fait disparaître, ce qui engendre un nouveau secret inavouable : le crime en question. Et nous voilà dans un cercle vicieux de la ruine.

    Je digresse. Vous saurez me dire ce que vous en pensez, ou pas.
    Vous allez bien ?

    Marjān, de Lyon


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Kachina
Alix


Assise sur un muret qui délimite les quais, elle contemple sans vraiment les voir les débris flottants de ce qui fut une flottille portant haut les couleurs de l'audace et du courage.
Aucun sourire ne vient orner le visage aux traits fins. Les traits sont tirés, les yeux cernés encore brillants des larmes versées.

A ses pieds, deux tonnelets de rhum, échappés du massacre. Car massacre il y a eu. Ces sanguinaires des mers connus sous le nom de One ont frappé durant la nuit précédente. Et le regard clair, désabusé et las, cherche en vain parmi tous ceux qui s'affairent et fouillent dans les décombres la silhouette de l'ami disparu.
Un capitaine ne quitte pas son navire. Foutaises !! Quel est le fou qui a déclaré ça un jour, enchainant à jamais la fierté des hommes de guerre en mer.

Elle resserre autour de ses épaules ce châle de laine qui ne la quitte pas depuis hier. Elle a froid depuis hier... rien ne la réchauffe... Et machinalement, elle tire de sa poche la missive d'Alix... Il faut répondre, opposer à la prose amie si tendre et joueuse, des mots sombres et tristes....
Et ça lui coûte de faire ça, mais ça la réconforte aussi. Qui mieux qu'Alix pourrait comprendre ? Avec cette femme là, pas de faux semblants. Elle peut se montrer fragile, épancher sa peine.

Alors, elle s'isole dans un coin plus calme et la plume crisse sur le vélin.....





Alix,

Bien sûr j'ai été ravie que tu aies trouvé un de mes pigeons. Quel étrange et bienheureux hasard que cette bestiole qui nous réunit aujourd'hui.

J'aimerais te dire que la vie m'est douce, que le sort m'est favorable. Docile à mes envies comme tu l'écris. Mais ce bougre s'est rebellé hier et d'une bien cruelle manière.

Après la disparition d'Alan, j'ai trouvé de quoi tenir dans une recherche éperdue d'aventures en tous genres. Et depuis des mois je traque tout ce qui peut ressembler à un One... Sur les mers, t'imagines ? moi qui ai peur de l'eau depuis que les corsaires du roy nous avaient coulés en Normandie.

J'avais retrouvé un vieil ami. Un presque frère Kheldar qui fut un temps mon garde du corps, il y a bien longtemps de ça.
Avec une joyeuse troupe, nous avions des projets, de fiers navires. Nous avions des rêves de victoire à n'en plus finir, des chansons à boire dans les auberges locales, et des amitiés formées par la rude vie en mer... Je voyais mon amie retrouver le sourire au bras du beau capitaine. Je renaissais doucement de mes cendres grâce à la tendresse patiente d'un homme épris.

Mais il y a deux nuits à présent, tous nos navires ont été coulés. Et ma foi, les coups du sort sont faits pour être surmontés. Tu le sais aussi bien que moi ma belle amie. Et puis les bateaux étaient tous à quai et nous au chand dans les tavernes du coin. Mais Kheldar n'a pas voulu abandonner son navire, il a grimpé à bord, tenu tête, infligé quelques dégâts à l'ennemi, avant de disparaitre sous les décombres de ce qui fut un jour une magnifique caraque de guerre.

J'aurais aimé des mots plus gais. Plus joueurs pour nos retrouvailles de plumes Alix. Mais je pleure un ami et je vis des heures sombres.
Justinian m'a menacée. Il est tel un vautour qui attend son heure.
Mais je n'ai rien d'une agnelle qui attend d'être dévorée.

Prie pour moi si tu crois encore à un Dieu aimant.
Moi j'en appelle au diable à ce jour.

Ecris moi . Et parle moi de toi. Je n'ai parlé que de moi là. Raconte moi ce qu'est ta vie à ce jour.

Avec toute ma tendresse.

Kachi

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Alix_du_vivier
La nuit s’était installée sur le campement, ourlée d’un vent doux qui faisait danser les flammes du feu. Alix s’était tenue un moment à l’écart, observant les étincelles s’élever vers les étoiles comme autant de pensées envoyées à ceux qui lui manquaient.
Autour d’elle, les rires s’étaient peu à peu tus, remplacés par le crépitement apaisant du bois qui se consumait lentement.
Dans la chaleur vacillante du brasier, elle sortit de sa besace la lettre de Kachina, déjà lue tant de fois que les plis du parchemin en portaient la mémoire.

Elle la relut encore, les yeux brillants à la lueur du feu, puis prit sa plume. Un souffle d’air fit frémir les flammes au moment où elle commença à écrire, le cœur serré mais décidé à répondre à son amie.



Ma douce Kachina

Ton message m’a émue jusqu’au plus profond de l’âme. J’ai lu et relu tes mots, comme on relit les pages d’un livre qu’on ne veut pas refermer, de peur d’en perdre la chaleur. Ton pigeon s’est posé chez moi avec la grâce des messagers d’autrefois, et avec lui, un parfum de souvenirs, d’aventures et d’amitié.

J’aurais tant voulu te savoir apaisée, le cœur apaisé par les embruns et les rires, et non brisée par la fureur des flots. Tes mots résonnent comme un chant de courage, celui d’une femme qui, même dans la tourmente, se tient droite et fière. Kheldar… ce nom porte déjà la force. Que son âme vogue désormais vers les horizons que nul naufrage n’atteint.

Je sais combien ces pertes laissent un vide immense. Mais tu es de celles que la douleur ne détruit pas : elle te forge, te polit comme le vent polit la pierre. Et si quelqu'un croit pouvoir t’effrayer, qu’il sache qu’un vautour ne dévore pas le feu. Et toi, ma belle amie, tu brûles trop fort pour qu’on te consume.

Quant à moi, la vie poursuit son cours au rythme des saisons. Je cherche dans les lueurs d’automne des promesses de douceur, dans les rires partagés l’écho de ce que nous avons été. Parfois je doute, parfois je rêve encore. Il y a tant à faire, tant à espérer malgré les heures sombres.

Je prierai pour toi, oui, non pas un dieu lointain mais la lumière qui veille encore en chacun de nous. Et si tu en appelles au diable, qu’il te serve d’allié, non d’ennemi. Tu es trop vivante pour qu’on te fasse plier.

Écris-moi dès que tu le pourras. Tes lettres sont des phares dans mes nuits. Et n’oublie jamais : tant que nos mots voyagent, rien n’est vraiment perdu.

Avec tout mon cœur et ma tendresse,
Alix



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Kachina
Adrielle


Depuis quelques jours, le chaos a chamboulé sa vie et celle de ses amis. C'était à Valencia.. Espagne... Et les One ont coulé trois de leurs navires de guerre amarrés au port. Ils n'étaient pas à bord et sont tous sains et saufs.

Tous... sauf Kheldar, l'ami , le presque frère qui passait sur le quai au plus noir de la nuit alors que l'ennemi approchait. Homme de panache , il a tenté un baroud d'honneur mais ils étaient bien trop nombreux. Depuis, on recherche inlassablement son corps dans les décombres des bateaux dérivant sur les eaux du port.

Alors répondre à Adrielle en ce soir d'octobre offre un dérivatif à sa peine.
Elle s'est isolée dans le coin d'une salle d'auberge, pour ne plus croiser durant un instant le regard douloureux d'une Sabdel effondrée. Elle a mis de côté son propre chagrin, pour mieux épauler l'amie en deuil. Mais que dire et que faire face à une telle détresse.
Et alors que le soir tombe, c'est sa peine qu'elle confie à une presqu'inconnue après l'avoir confiée à Alix.





Adrielle,

Je crains que mon pigeon ne vous tire encore du lit demain matin, vu l'heure à laquelle je vous écris.
Ici la nuit s'étire... Une nuit froide d'automne qui réclame du feu dans les cheminées à l'heure de la veillée.

Vous songez à déménager. J'avoue que je ne sais pas encore quel sera mon avenir à ce jour. Depuis notre précédent échange, il s'est passé quelque chose de grave pour moi.
Nous étions une troupe de joyeux drilles, désireux de donner une leçon à ses malandrins des mers qu'on nomme One. Vous savez, ceux que tout le monde nomme, mais que peu ont déjà vu en face, tant ils attendent leur heure pour frapper dans l'ombre.
Ils ont frappé figurez vous. Et coulé nos navires à quai. Nous n'étions pas à bord. Mais notre capitaine, celui qu'on surnommait avec le plus grand respect, la plus tendre admiration "Le Cap" a péri ce jour là.
A croire que l'automne me vole les hommes qui marquent ma vie Adrielle.

Mais vous devez penser en me lisant : Mais cette donzelle que je ne connais pas me raconte ses déboires, alors que j'espérais un jeu bien plus joyeux.
Notez donc que nous avons aussi la mer en commun.
Je n'aime pas particulièrement naviguer. Je me sens vite prisonnière sur un bateau. De plus, je crains la mer depuis un certain naufrage qui m'avait vue échouée sur les côtes bretonnes. Elle me fascine autant qu'elle me fait peur. Pourtant j'ai passé la moitié de l'an passé à affronter vents et tempêtes à bord d'une caraque de guerre.
Avez vous le pied marin ? Mordillez vous, vous aussi ces racines de gingembre pour ne pas avoir le coeur au bord des lèvres quand les vagues se fâchent et malmènent le bateau ?

Je ne vais pas très bien, il est vrai. Mais je me relèverai. Je me relève toujours. Ce qui me pèse c'est le chagrin d'une amie chère. Et je me sens impuissante à adoucir sa peine. Avez vous déjà connu ça Adrielle ? Où sont les mots qui apaisent, qui guérissent ? Tous ceux qui me viennent à l'esprit me paraissent pures foutaises en ce moment.

Vous parlez d'un enfant. C'est celui de votre frère ? La petite fille au cheval à bascule ? ?
Je vous imagine d'après vos écrits, entourée, comblée et rieuse.
Et ce ténébreux qui vous parait si beau que vous l'avez paré d'une majuscule... vous me racontez ?

Parlez moi de jolies choses. Mettez des couleurs dans mes journées teintées de gris en ce moment. Faites ça pour moi.
Mais je cesse là. C'est moi qui vous envoie du sombre. Telle n'était pas mon intention, loin de là. Un autre jour, promis je ne vous parlerai que d'espoir.

Il y a quand même quelque chose d'étrange dans tout ça... Mes compagnons et moi gardons retenue face à notre peine. Nous ne sommes pas de ceux qui vont hurler à la lune leur chagrin. Bien trop fiers. Bien trop pudiques pour ce genre de choses....
Mais par le biais d'un pigeon perdu, c'est à une femme que je ne connais pas que je livre ma peine. Merci pour ça Adrielle.

Un homme que j'ai connu avait coutûme de dire que "Demain est un autre jour".
Ce soir, je veux y croire.

A vous lire.

Kachi
PS/ Pour me faire pardonner ces pleurnicheries à l'encre de chine, je joins à mon courrier un peu de sable fin ramassé sur la plage.

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Gerei


Donà Kachina,

je tenais à vous informer que l'un de vos volatiles est venu se poser sur la rambarde de la fenêtre de mon appartement de Tours.
Comme à l'habitude de cette engeance, il n'a pas manqué de laisser quelques déjections très probablement pour attirer mon attention. Il est vrai que sinon, n'attendant nul courrier, je l'aurais royalement ignoré.
Devant son impolitesse je me devais de réagir. Je l'ai donc attrapé dans le but de le jeter au loin et c'est ainsi que je me suis aperçu qu'il portait un message à la patte.

Franchement ! Quelle idée !
Non pas de leur attacher un message à la patte susceptible de les déséquilibrer. (Si ce n'était que moi je les lesterais bien d'une enclume), mais l'idée d'envahir l'espace avec ces affreuses bestioles m'est proprement incompréhensible.

Après, il faut bien le dire, ces pigeons sont les seules capables de transporter des messages à des vitesses incroyables (personnellement, je n'y crois toujours pas) et ce, où que nous soyons. Comment peuvent ils raisonnablement agir sans une intervention divine ?

Pour preuve, j'en veux que là, le message que vous lissez, vous l'avez reçu alors que je ne sais même pas où vous habitez. Votre lettre n'en fait pas mention. Seul votre volatile le sait et encore en a t il seulement conscience ?

Bon, on ne va pas commencer à discourir sur l'éventuelle conscience des volailles, laissons cela aux esprits chagrins en mal d'occupation, ce qui, n'est pas notre cas.

Vous remarquerez que je vous inclus de fait dans la catégorie des gens raisonnables, n'ayant pas de doute que vous avez mieux à faire que d'envoyer des pigeons en l'air dans l'espoir de les voir revenir avec un bout de papier griffonné.

Le mien, vous l'aurez constaté si vous lisez cette lettre, est en plus chargé d'un cailloux à chacune de ses pattes.
Oui, je ne suis pas cruel. Un seul caillou aurait été méchant. Il m'a en effet semblé nécessaire d'équilibrer les forces pour qu'il ne vienne pas à basculer sur le coté. (Ceci dit, je dois vous l'avouer, j'avais surtout peur qu'il tourne en rond et me revienne).

Faites lui donc bon accueil, si toutefois il ne meurt pas d’épuisement en route et nous verrons bien par cette expérience si le hasard que vous avez sollicité a reçu un écho favorable auprès du Grand Faiseur d’Opportunités, appelé communément Très Haut, en permettant à ce volatile de revenir jusqu'à vous.

Bien à vous, contre la pigeonnerie,

Gerei.

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