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[RP ouvert à qui voudra] Pigeons volent.

Adrielle

    Une nouvelle nuit s'étire, une de celle où le temps passe sans que le sommeil se place, quand elle s'endort enfin, c'est pour de courte durée. Du bruit en ville, certainement quelques fêtards tardifs, comme la brune attend que leur compagne de voyage les retrouve, elle ouvre un oeil et tend l'oreille. Probablement que quand cette dernière les aura rejointe , alors, ses nuits seront meilleures, mais pour l'heure encore elle se soucie pour l'amie.
    Aussi, quand le volatile qu'elle reconnaît immédiatement se pose sur le rebord de la fenêtre ouverte, la jeune femme s'extirpe en douceur de la couche pour aller à sa rencontre.
    Doucement, elle le caresse, lui donne quelques graines puis le laisse se reposer alors qu'elle scrute un instant le soleil qui cherche à se lever , offrant au ciel des couleurs rosés , un sourire avant de se poser à la table, d'allumer la bougie et se mettre à lire ce pli qu'elle attendait.






        De vous à moi,

        Chère Kachina,

        vos mots me touchent, nous sommes allés à Alexandrie il y a peu. Nous avons longé les côtes dont Valence. Je pensais pas que les ONE ne serait allés aussi loin de chez eux. Ces faux guerriers qui coulent les navires à quai ou en pleine eau en grand nombre quelque soit le navire, mais rarement à forces égales pour ne pas dire jamais. Les faits sont venus à mes oreilles, j'ai appris pour votre "cap" et j'avais eu beaucoup de tristesse et respect pour cet homme. Mon admiration également et tout cela est accru plus encore en sachant que vous faisiez partie de cet équipage.
        Je ne vous juge pas et mes pensées vous accompagnent dans cette épreuve ainsi que votre amie..
        Si l'automne vous vole les hommes qui marquent votre vie, les saisons suivantes seront faites de souvenirs heureux à leurs côtés et je suis certaine qu'ils vous enverront la force de poursuivre.

        Aucun mot ne paraît assez puissant, tendre, doux ou autres pour exprimer ce que l'on pense et moins encore pour remonter le moral d'autrui quand c'est déjà difficile pour soi. Mais votre présence vaut tous les mots du monde, vos regards, votre compréhension, intimement elle le ressent et partage avec vous sa grande tristesse. Mais je vous comprends et dans ces moments une forme de colère d'impuissance nous envahit... Mais je suis certaine que vous faites ce qu'il faut instinctivement.

        J'ai le pied marin, je suis capitaine d'une nave que nous avons acheté peu avant les menaces ONE. Après mes études, nous avons décidé de prendre la mer malgré les menaces, notre premier voyage, nous avons du faire attention, en étant en communication avec l'Amirauté car c'est la période où ils ont coulé tous les navires aux ports de la côte océanique. Nous sommes allés en Flandres avant de filer vers Alexandrie, nous avons croisé des navires, nous avons parfois du rester en pleine mer pour éviter ou tenter d'éviter, la chance a été avec nous et nous n'avons pas été coulé. Nous n'avons pas l'intention de nous faire intimider et nous empêcher de vivre à cause d'eux... Sachez que vous avez toute mon admiration !

        Aldara est née fin avril de cette année et a fait partie de tous nos déplacements malgré son jeune âge. Je suis fille unique, et son père Aloïs est mon frère de coeur, sa compagne Lison est devenue une bonne amie, comme la soeur que je n'ai jamais eu.
        Aldara est une enfant souriante, gaie, chaque jour nous émerveille de ses progrès, elle va avoir six mois , c'est mon rayon de Soleil. Je l'aime autant que si c'était mon enfant je le crois sincèrement. Sentiment étrange , mais cette enfant est comme un espoir positif sur le futur à venir.
        Mon Ténébreux est à mes yeux le plus bel homme, la perfection même, bien que ça n'existe pas et sans mentir les sentiments amoureux ont la force de ne voir que ce que l'on désire même si on connaît chacun de ses défauts également. Il est entré dans ma vie à un moment où je m'interrogeais même sur le sens de cette dernière, je venais fraîchement d'être veuve et si je remontais doucement la pente, il a été comme un accélérateur à tout ça.
        Vous avez raison je me sens entourée, aimée et oui j'ai tendance à être toujours guillertte et de bonne humeur, peut-être parce que j'ai touché le fond, si profond que je vois la vie autrement , ou tout simplement car c'est dans ma nature? Je ne saurai dire.
        Son plus gros défaut est de ne pas vouloir d'enfant, est ce idiot de dire que c'était une de mes envies profonde? J'ai accepté mais tous désirs maternels se faufilent vers Aldara.

        Sinon, nous voulions vivre à Honfleur, mais la Normandie ne veut pas de nous, alors je me dis "tant pis pour eux, ils ne savant pas ce qu'ils perdent!" c'est présomptueux n'est ce pas? Mais sur le ton de l'humour, alors nous cherchons un endroit où nous nous sentirons bien. Si possible proche de la mer et le sable que vous m'avez envoyé me fait sourire, car actuellement je suis loin des côtes et ça me manque.alors merci pour cette sensation qui ne me quitte jamais vraiment mais que je n'avais pas pu ainsi caresser des grains de sable.

        Je conserve précieusement vos plis, j'aime à les lire et relire, ils sont preuves que des morceaux de vie, que des inconnues au départ totalement différentes peuvent se joindre et s'offrir émotion, partage simple et pur sans avoir à se justifier ou juger.
        Il me semble vous l'avoir déjà dit, mais vous êtes entrée dans ma vie et vous n'en sortirez jamais, même si dans les temps futurs nos écrits se font plus rares. Kachina , je pense à vous chaque jour en me demandant ce que vous faites ou comment vous allez.

        Je ne sais pas si j'ai pu vous changer un peu les idées, si mes mots vous ont apporté un peu de sourire, mais à mon tour je vous joins un petit présent. Une violette séchée, c'est une fleur que j'apprécie, aussi bien pour son parfum que pour sa beauté, elle peut sembler fragile sans l'être vraiment. Je ne sais si vous aimez les fleurs, mais elle représente un peu comme je vous imagine, une femme discrète  , elle est aussi symbole de modestie et de délicatesse, elle évoque la douceur et la pureté. 

        Prenez soin de vous, "Demain est un autre jour" ,
        Je vous envoie mes sincères pensées vous accompagnent.
        Merci d'être celle que vous êtes et de vous livrer ainsi à moi.

        Adrielle admirative





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♥Atelier Au Bonheur des Belles ♥
♥Merci Camomille♥
"Allez vous faire cuire le cul." emprunté à Zulma ♥
Kachina
Lee


Les derniers jours, elle les a passés à arpenter la grève, à la recherche du corps de l'ami disparu. Difficile épreuve que de déblayer les débris de l'épave du Black Secret nageant dans les eaux du port.... Elle a laissé ça aux hommes, avec le fol espoir de trouver sur la grève, le corps échoué du Cap. Blessé mais vivant.. Amoché mais avec encore un peu de souffle de vie en bouche.
Hélas, c'est Ladz qui à l'aube à fait la macabre découverte, anéantissant tout espoir de retrouver leur chef vivant.

Ce soir, elle s'évade comme elle peut... Pour ne plus croiser le regard hanté de Sab... ou les mines dépitées de tous ceux là qui pleurent un homme d'honneur et de passion.
Elle s'évade vers ces plumes étrangères... Histoire de s'épancher un peu, d'honorer leur courrier aussi.

Un bol de jus de sureau brulant parfumé au miel et au rhum devant elle, indifférente au brouhaha de l'auberge où elle se trouve, elle répond à Lee. Regard las et cerné par les nuits sans sommeil, les traits tirés, chevelure qu'elle n'a pas pris la peine de tresser laisser libre frôlant le bois de la table quand elle se penche sur ses écrits...






Lee,

Il me faut tout d'abord m'excuser du temps pris à vous répondre. Mais ces derniers jours ont été tourmentés de mille façons.

Il faut que je vous dise, que depuis l'automne passé, je passais la plupart de mon temps sur un navire de guerre. Nous voulions croiser ces One qu'on ne voit jamais, mais qui causent parfois bien des dégâts dans les ports.
J'étais en Espagne, sous la bannière de Kheldar, un vieil ami. Et celui ci a péri la semaine passée, en tentant de défendre son navire à quai..

Seul.. alors que nous dormions, éblouis par nos rêves de victoire à venir. Inconscients du drame qui se jouait à quelques pas de nous dans la nuit noire.

Je ne vous conterai pas le désarroi des troupes, le chagrin de mon amie Sabdel qui partageait sa vie ces derniers temps... Ils étaient si beaux, si fous tous les deux ensembles.
Je ne vous dirai pas l'incertitude.. Les menaces ennemies . Les amis à prévenir , la dépouille à chercher inlassablement.. jusqu'à ce matin où nous l'avons retrouvée.
Pas plus que je ne vous conterai ma peine à moi... Cet homme fut un presque frère, un protecteur, un roc à ma vie malmenée par les vents maudits.

Ce soir je vous dirai la beauté d'un cheval fou , avec ou sans ailes. Je vous dirai comme j'ai l'image en tête et comment dans ma tête il chevauche au galop, l'écume au museau et la crinière au vent. Je vous dirai l'oiseau qu'on ne met pas en cage sous peine de le voir dépérir... Je suis de celle qui aime agrémenter la vie de ce genre d'images. Et à ceux qui raillent mon petit côté romantique, je dis que nos royaumes ont grand besoin de rêveurs à ce jour.

Je vous rejoins à propos du rire. Il est essentiel à nos vies. Et même en ces jours difficiles, il nous arrive encore parfois de laisser fuser un rire... Comme un pied de nez au malheur.

Pour votre contrée d'origine, je sèche un peu. Je vous verrais bien Bretonne... Même si Breizh aujourd'hui tend à se vendre au pouvoir des One... Et que je trouve ça dommage. J'ai failli vivre en Bretagne... Le sort en aura décidé autrement...
Vous êtes bretonne ? j'ai raison ?
Ou alors je vous vois vivre en Anjou. Adepte des canards et des doigts d'honneur. J'ai parfois guerroyé du côté des angevins... Il se dit là encore que l'Anjou a grandement perdu de son panache. Est ce vrai ?
Dites moi en plus...

Jolie ou moche... Ma foi je ne fais pas la grimace quand je me regarde dans la psyché.. même si le temps marque petit à petit son empreinte sur moi . J'ai 30 ans passés et j'aime me savoir belle dans le regard d'un homme aimé. Si je vous disais que je suis laide, je gage que vous m'écririez encore. Vous ne semblez pas femme à vous attarder sur les apparences non ?

Lee, la fatigue me gagne. J'ai si peu dormi les nuits précédentes. Ma chandelle va rendre l'âme et je vais cesser là mes écrits.

Désolée du ton tristounet de ce pli. Je ferai mieux au prochain , promis.

A vous lire.

Kachina




Désolée pour le temps de réponse. Je n'oublie personne, mais mon week end fut des plus occupés. Et ce topic est victime de son succès à ma plus grande joie, mais je peine parfois à suivre. Je tâche de répondre au plus vite à tous. En tout cas un grand merci d'y participer, ça fait plaisir )

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Kachina
Marjan


Des nuages sombres ont obscurci le ciel toute la journée. Et la mer a rugit sa hargne dans une danse furieuse, battant grève et rocher de ses vagues écumantes.
Aujourd'hui, en cette terre espagnole, une fosse a été creusée. Elle accueillera la dépouille de l'ami. Et elle reste là, plume en main, sans savoir vraiment quoi écrire. C'était pas ça l'idée première. Jamais elle n'a imaginée en lâchant tous ces pigeons désoeuvrés que la vie se jouerait d'elle à sa façon bien à elle de vous rappeler à votre humble condition humaine.
Elle a débuté son lancer de pigeons comme une galéjade, pour le plaisir, l'humour...

Mais les One ont frappé. Et le Cap n'est plus. Et le coeur n'y est plus du coup, de parler de tout, de rien , comme si tout allait bien. Elle ne sait pas faire ça...
Mais , tremper la plume dans l'encre et noircir le vélin de mots gris, de tristesse, est ce bien raisonnable.
Quoiqu'il en soit, elle se doit de répondre à Marjan. D'autant plus qu'elle se souvient bien de cette jeune femme croisée au printemps....
Et puis après tout ceux qui répondent l'ont bien voulu.. Qu'ils la prennent telle qu'elle est...
Réponse est donnée... alors qu'à ses côtés une mouette vient de se poser non loin. L'oiseau incline la tête dans sa direction , comme pour quémander quelque bon reste d'un repas. Mais voyant Kachi fort occupée à rédiger, elle bat des ailes, s'envolant dans un cri déçu. Et seul le bruit de la mer en colère vient bercer ses écrits par la suite.






Marjan,

Le hasard aime parfois à se jouer de nous. Je me souviens de vous. Une belle après midi, une salle d'auberge. Une femme brune, un regard d'un bleu si profond que chaque homme rêverait de se noyer dedans... Et cet accent venu d'une autre terre...

Je me souviens de vous. Du moins, du principal. De cette envie de faire un bout de chemin avec vous.. Enfin à défaut de chemin, un bout de houle et d'embruns partagés sur le pont d'un navire de guerre.

Vous aviez d'autres rêves. Et chacune a repris son chemin.
Je vous avais presqu'oubliée, n'en soyez pas vexée surtout. Je gage que vous aussi aviez relégué dans votre mémoire, l'image de la chipie insolente que je sais être parfois.

Ainsi donc, vous avez trouvé un de mes pigeons.
Ainsi donc, vous est venue l'envie d'y répondre.
J'en suis ravie et j'aurais aimé donner à ce pli un ton plus léger, mais je vis des heures difficiles....
Un ami cher git à présent sur cette terre espagnole où nous avions fait escale pour un temps. Ces sanguinaires dont tout le monde parle, mais que peu voient au final, tant ils louvoient entre vents et marées, ont mis à mal notre orgueil et nos espoirs fous d'en découdre enfin avec eux.

Je ne vous dirai pas les détails de l'histoire. Mais sachez simplement que nous avons perdu celui qu'on nommait le Cap. Avec un grand C....
Et moi j'ai perdu un ami de longue date... Oublié pour un temps, et retrouvé l'an passé pour mieux le perdre à présent définitivement.

Mais perd -on jamais ceux qu'on a aimés ? J'aime à penser qu'on garde en nous une petite parcelle de leur âme..

Cette missive vous paraitra bien décousue je le crains. J'aurais aimé vous décrire la beauté de l'endroit. Cette côte un peu sauvage, cette ville aux musiques de flamenco..
Mais ce jour nous a vu creuser une fosse pour y ensevelir l'ami. Alors ma plume est teintée d'amertume... contre cette vie qui donne et un jour nous reprend.

Je n'ai parlé que de moi. Et vous ? Cet homme , cet époux.. vous me direz ? Est ce qu'il aime la mer ? Est ce qu'il tente en vain de dompter la sauvageonne que j'ai cru lire en vous ou est ce qu'il sait qu'on ne met pas en cage l'oiseau libre qui nous a un jour émerveillé par son vol. Dites moi. Contez moi l'amour et ses nuits fauves... Ici depuis des jours, on ne parle que de la mort. Dites moi la vie....
Dites moi la cour, ses princes, ses fastes, ses bals, ses intrigues..... Les toilettes de ces dames.. La Reyne.. racontez moi...

Promis , mon prochain pli sera plus gai. J'y glisserai l'espoir, la vie qui continue... les souvenirs précieux et les nouveaux défis, les rêves à venir.

Le soir tombe. On me fait signe de loin. On me réclame.
Il me faut quitter ce rocher, fuir ces embruns qui viennent tremper mes jupons... et retrouver mes compagnons .

A vous lire Marjan.

Kachina

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Kachina
Alix


Jours étranges où chacun promène sa peine à sa façon. Désoeuvrés, déboussolés, sonnés, ainsi sont ceux qui suivaient le Cap. Certains chemins se séparent. Ainsi va la vie. Elle a appris à ne plus accorder d'importance à tout ça. Et puis à vrai dire, elle ne se soucie que de trouver de quoi aider Sab qui s'enfonce dans son chagrin de jours en jours.

Il pleut en ce jour d'octobre, une pluie dense et glacée qui la pousse à courir chercher abri dans la première auberge à l'enseigne accueillante pour y réclamer une boisson chaude.
Le dos à la cheminée qui vient réchauffer ses reins, une tasse fumante devant elle, elle s'affaire à traiter le retard de ses courriers. Et c'est vers l'amie que court en premier sa plume :





Alix,

Qu'il fut doux de te lire. Ta missive fut comme un baume sur une plaie à vif. Et me revient en ces temps difficiles cette terre d'Armagnac que nous avons un temps eu en commun.
J'ai senti à te lire, un peu de nostalgie de ta part. Je me trompe ? Et de la force aussi; Est ce cette contrée du sud qui a fait de nous des femmes fortes ? Où est ce que tu trouves la tienne Alix ? Raconte moi ?

Ici comment dire.... un seul homme avait su nous réunir et sa perte nous disperse... ça ne le rend que plus grand dans nos mémoires. Il en faut du talent, des efforts et du temps pour réunir sous une même bannière des hommes et des femmes si différents.
Mais je crois qu'il nous a laissés sa force et l'envie de lui faire honneur....
Nous surmonterons ça. De mille façons. Certains ne rêvent que d'en découdre toujours, d'autres ont besoin d'un peu de repos pour mieux rebondir, plus forts encore. Quelques uns hésitent. Et moi , tu me connais. Je ne cède rien au chagrin.

Dis moi comment va le royaume de France. Il parait qu'on se bat en Bretagne ? Avance tu toi aussi, lame battant ton flanc, guerrière toujours au fond des tripes ? Te tiens tu à l'écart de tous ces roulements de tambour ?

Je tairai dans cette missive ce que je vais faire les jours à venir. Ces pigeons sont un peu perturbés, laissés trop longtemps à eux mêmes et je ne voudrais pas qu'ils se perdent dans les mains d'une personne malveillante. Nos royaumes regorgent de traitres, tu le sais tout comme moi.

A te lire Alix. Raconte moi ton automne.

Kachi




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Kachina
Gerei


C'est l'heure de fin d'après midi. La porte de l'auberge où elle savoure une boisson chaude ne cesse de s'ouvrir et fermer. Celui là, sort dans la ruelle d'un pas titubant. Il a vraisemblablement abusé de l'alcool.
Un couple entre cherchant du regard un coin discret... pour finir par s'installer à l'abri des curieux. Elle imagine de suite des amours défendus.
Un mendiant vient quémander un morceau de pain et un chien efflanqué et sale erre de tables en tables pour trouver lui aussi pitance et réconfort.
Là, ce sont trois soldats qui s'agitent à jouer aux dés, parlant gras et fort, riant et trinquant entre complices de jeu.

Elle observe ce petit monde, plume en main, le courrier du nommé Gerei posé devant elle ...
Elle est l'étrangère du coin et tente de deviner à sa façon de quoi tous ceux là parlent.

Elle se lasse vite. De toute façon, elle ne voit là que d'éternels clichés... le pouvoir et l'argent, l'amour, la guerre.... la faim et la richesse.
Une dame richement vêtue de velours lisse repousse d'un coup de pied dégouté le chien errant... qu'un mioche des rues récupère et câline, avant qu'on ne lui confie à nouveau quelque tâche qui l'emmènera courir dans les venelles.

Quand elle est lasse de ce spectacle que lui offre la comédie humaine, elle se penche sur un vélin vierge et se concentre à sa réponse.






Messire Gerei

Les pigeons laissent des fientes sur les rebords des fenêtres. Ils aiment aussi réveiller les gens à l'aube ou dans leur premier sommeil.
C'est comme ça. Ces petites bestioles , qui semblent n'avoir que peu d'importance, peuvent en vous livrant leur pli, faire de vos heures à venir une journée faste ou parfois vous briser le coeur de quelques mots d'adieu. C'est important un pigeon, messire Gerei.

Je me suis moi aussi toujours étonnée comment ils parvenaient à trouver leur destinataire.
Mais là, j'ai envoyé ces bestioles aux 4 vents, il vous suffira de penser que cet emplumé vous aura choisi vous.

Pour quelle raison ? Est ce qu'il en faut une ? Le rebord de votre fenêtre lui a paru confortable ? A l'abri du vent et des pluies d'automne ?
Vous aviez chandelle allumée dans la pièce, ce qui l'aura attiré ? Une tarte à refroidir qui lui aura paru alléchante ?
Après tout peu importe non ?
Vous ne l'avez pas mangé , et vous me l'avez retourné... bien que lesté de ces deux pierres.. Foutre Dieu, quelle idée.... Quelle idée les pierres hum ? Pas de me l'avoir retourné.

Pour ce qui est de savoir où j'habite, sachez que j'ai un appartement à Limoges, mais il doit sentir le renfermé parce que depuis une année ou presque, c'est sur un navire de guerre que je passais mon temps.... Navire mis à quai en terre étrangère et coulé dans la foulée.. par ces affreux One que personne ne voit jamais, mais dont tout le monde parle. Dites moi que vous n'êtes pas un des leurs messire Gerai, Misère, il ne manquerait plus que ça.....

Je n'ai pas le coeur ici à vous conter mes déboires. Je ne vous connais pas assez. Mais sachez que j'ai connu de meilleures heures.

A vous lire j'en ai déduit que soit vous êtes homme d'humour, au tempérament farceur et joueur, soit vous êtes un vieux bougon râleur...
Je vais choisir de vous imaginer homme dl'humour puisque vous avez daigné prendre plume pour venir à moi.

S'il vous reste corne d'encre pleine et plume soigneusement taillée à portée de main, dites moi donc en plus sur vous. Quel genre d'homme êtes vous ? Où vivez vous ? Quels sont vos rêves ? De quoi vivez vous ? Etes vous homme comblé ou frustré ? Plein d'allant ou nonchalant et paresseux ?

Sachez que j'ai souri, quand j'ai lu que vous me jugiez raisonnable. Un sourire quelque peu chafouin, tant la raison n'a jamais menée vraiment mes actions. Du coup vous allez m'imaginer apte à être enfermée dans un asile ?

Vous ne trouvez pas l'idée amusante d'aller ainsi à la rencontre de parfaits étrangers ?

Je n'étais pas vraiment désoeuvrée ce jour là, quand j'ai malmené la croupe de tous ces pigeons pour qu'ils s'envolent au hasard. Si j'attendais de reprendre la mer, ce qui n'est jamais arrivé, vu ce que j'ai écrit plus haut.... je voulais simplement savoir s'il y avait encore en ces royaumes des hommes et femmes curieux et joueurs.

Aussi je vous dois un merci, pour avoir relevé le gant en quelque sorte.
Et puis je veux m'excuser aussi pour le temps pris à vous répondre. J'ai quelques bonnes raisons pour avoir tant tardé.
Il m'a fallu arpenter la grève des jours durant pour retrouver le corps d'un ami cher... Et puis ... et puis il faut du temps pour pleurer ceux qu'on a aimés non ?
Et puis me sont revenus aussi moultes pigeons.. Plus rapides que le vôtre.. La faute aux pierres , bon sang encore une fois, quelle idée vous avez eue là.

Je ne sais pas ce que vous aimeriez savoir de moi.
Et peut-être au final, n'aimeriez vous que parler de vous ? Vous foutre de moi comme de l'an mille et ne désirer qu'écoute de ma part pour me confier vos victoires ou vos tourments ?

Faites à votre guise messire Gerei. Je suis de celles qui aiment voir un pigeon se poser sur son épaule... ou sur le rebord de sa fenêtre....

Je vais juste poser un peu le décor, histoire que vous puissiez imaginer le coin d'où viennent ces messagers ailés.
Je suis au bord de la mer, en terre étrangère. Un port en Espagne...
Je crois qu'à défaut du Très Haut, c'est plutôt le Sans Nom qui était de la partie ces derniers temps en ce lieu.

D'ailleurs, tenez, ce bougre fait encore des siennes. L'encre me manque et l'apothicaire est fermé à cette heure... Vous n'en saurez pas plus. Désolée.

Encore une fois, je vous laisse le choix.. Cuisiner la bestiole... ou me la retourner.... Il vous reste des pierres convenables ?

J'espère que la vie vous semble belle.

A vous lire ?

Kachina



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Asphodelle
Le voyage est long, Asphodelle est toute à la préparation de son mariage, de ses projets, et elle profite du temps pour prêcher la parole des Anciens et le Livre des Vertus. La population manque de ce genre d'initiatives, et le début de son courant de Prêcheur Itinérant la cueille enfin apaisée d'avoir retrouvée une voie religieuse qui lui corresponde.

Citation:
Chère inconnue,

Je suis Fiancée, à un homme que je ne connais ni de Totote ni de Thothos. Et c'est pourtant bien lui qui me nomme Lilas. Je ne suis plus sous étendards mais je suis toujours de côtes et de mailles comme notre petit pigeon voyageur (belles mains que voilà).

Conciliabule est le premire nom qui me soit venu à l'esprit mais il est vrai que des secrets, j'en ai pas mal. Je pourrai bien vous en livrer un mais je ne prend pas trop de risques : je suis déjà frappée d'apostasie depuis des lustres mais pas pour cette raison, car Rome ne l'a jamais su.

Il y a bien des années en arrière, j'étais jeune et fougueuse. J'étais Vidame de Tarentaise et Haut Fonctionnaire de la Garde Episcopale. A l'époque, la bataille faisait rage avec le Lion de Judas et la Réforme helvétique.
Je suivais bien-sûr dans les rangs des combattants pour le Pape et la "vraie foi".
Mais je voulais e savoir plus.
A l'époque, bien que nous étions ennemis, nous ne nous empêchions nullement de prêcher chacun notre paroisse, entre Sanctus et moi.
Et je voulais savoir. Ce qu'était la Réforme, sur quoi ils reposaient leur passion dévorante contre Rome.
En tant que telle donc, j'ai été invitée à la Forêt du Lion, où je passais plusieurs jours à lire leur texte et à réfléchir, à méditer.

Je n'en suis pas sortie réformée, mais je m'en trouvais changée en ce que, plutôt que l'attaque, je préférais la défense, plutôt que les armes, je préférais la parole, plutôt que la division, je préférais la compréhension et l'unité.
Quelques temps plus tard, cette terre fit fleurir d'autres fleurs de rébellion. Il ne fut pourtant nullement question de trahison. Car Sanctus et moi faisions partie de ce métal qui lie dans le coeur le respect de son adversaire et la loyauté aux siens.

Voilà un second secret, bien que le premier qui m'adonne à l'incapacité de comprendre mes concitoyens vous ait été tôt dévoilé.

Comment allez-vous, Kachina?

Rose

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Alix_du_vivier
Sous la lueur vacillante d’une chandelle, Alix reprit la plume, un soupir léger glissant entre ses lèvres avant que l’encre ne se pose sur le parchemin. La pièce baignait dans une pénombre douce, un peu triste, où l’ombre semblait peser autant que les pensées. Le vent dehors gémissait contre les volets, comme pour rappeler à la solitude qu’elle n’était jamais loin.






Ma douce Kachina,


Qu’il fut doux, vraiment, de te lire. Tes mots ont trouvé en moi une place paisible, comme une main posée sur l’épaule après la tourmente. Oui, tu as raison, la lassitude s’invite parfois, discrète d’abord, puis tenace. Mais ne t’y trompe pas, je ne m’attarde pas dans la mélancolie. Elle passe, comme passent les saisons.

Non, je ne me mêle en rien des affaires de Bretagne, ni d'ailleurs du reste. D’autres y portent leurs armes et leurs convictions, pour ma part, je me consacre au voyage. J’arpente le royaume, de ville en ville, d’un vent à l’autre, observant, écoutant, apprenant.
Il me semble que c’est là, désormais, que réside ma force, dans le mouvement, dans le souffle du monde, plus que dans le fracas des batailles.

Tu évoques l’Armagnac, et soudain, je revois ces terres fauves, ces soirs d’été où le ciel paraissait retenir sa respiration. Peut-être est-ce là qu’est née une part de ce que nous sommes, fortes parce que forgées par la chaleur, la rudesse et la fidélité.

Quant à lui, celui qui sut vous unir, son souvenir ne s’éteindra pas. Il est ce feu tranquille qui brûle sans consumer, rappelant à chacun ce qu’il a éveillé en vous.

Mon automne, Kachina, s’habille d’ombres dorées et de chemins nouveaux. J’avance, sans hâte, mais sans détours.
Et toi ? Que te murmure ton horizon ?

Avec toute mon affection,

Alix




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Leely
La cheminée réclame une autre bûche, je lui offre sans attendre.

Quelques jours que j'ai la lettre sur moi, que c'est difficile de mettre des mots sur cette petite plaie qui refuse de parler.

Elle est passée voir ses chevaux, le réconfort qu'ils apportent l'aide à garder le sourire.

Les moments les plus compliqués sont ceux quand elle sort devant chez elle, avant elle y voyait sa Nave et aujourd'hui... Les voiles au loin lui tournent le dos.






Kachina, à mon tour de m'excuser pour le temps de ma réponse.

Je suis marin comme vous, je ne crois pas l'avoir déjà évoqué, j'aime la mer à la Foll Lee.
Et... C'est étrange de l'annoncer comme ça, je n'ai pas encore pu prononcer ces mots de vive voix, mon navire a été coulé le 22 octobre sur le quai de l'arsenal de Montpellier.

Seulement par six caraques en même temps, donc autant dire, qu'on ne lui a pas laissé beaucoup de chance de s'en sortir.
Ma maison donne sur le port et donc vers quatre heures du matin, j'ai entendu les coups de canon, je n'ai pu que constater les dégâts et l'acharnement.
Je ne comprends pas l’intérêt, où est le plaisir de la chasse dans ce cas ?

Couler un navire à quai c'est comme abattre un cerf dans une cage.
Ma nave s'est redressée, elle était fière, solide, elle a rendu son dernier souffle parmi d'autres navires.
La loi du plus fort, alors on s'incline, mais l'on ne peut que regretter de si piètres combattants, sans honneur, sans panache, sans aucun respect.
Abattre des naves appartenant à des civils, que dire ?

En tout premier vient la colère, puis la frustration, puis le désir de vengeance.
Pour ma part naviguer était une joie, une fête, un moment rien qu'à moi, à bord de mon navire, je me sentais être le capitaine de mes rêves, vous savez la conquérante des mers qui va affronter les tempêtes et les vaincre.
Fière d'avoir combattu cet Éole puis d'avoir su être cette petite chose qui a fait un temps partie de ce monde des eaux. Apprivoiser la mer et la remercier d'exister.

Je crois que je ne serai plus jamais capitaine de mon navire, cependant je ne renonce pas, je serai sans doute membre d'équipage si j'apprécie assez un autre capitaine, me mettre à son service comme vous avez pu le faire.
Il me faudra juste un peu de temps.
On dit qu'il répare tout, c'est une vaste connerie, une blessure reste une blessure et le temps n'efface rien, juste, on cache nos plaies et l'on continue d'avancer.
Enfin je fonctionne ainsi, les plaies ne sont jamais oubliées.

Vous ne saurez pas non plus Kachina oublier votre ami, il va vivre avec vous en vous, en votre cœur, en votre âme et vous accompagner, j'ai eu le bonheur de croiser votre capitaine plusieurs fois à Lyon, j'aurai aimé avoir plus de temps pour faire sa connaissance.

J'ai déjà entendu le nom de votre amie Sabdel que je n'ai pas eu la chance de croiser, enfin je ne crois pas, sans doute lors d'une conversation ou d'une autre, je connais pas mal de monde en Provence, en tout cas, je suis bien désolée pour elle, perdre un amour est pire que tout, pour les navires nous parlons de biens matériels et ils ne sont rien à côté des sentiments, j'imagine la peine que vous ressentez à cet instant.
Que dire dans ces moments si douloureux ? Nous sommes impuissants.

Je suis native d'Anjou que j'ai quitté il y a quelques longues années.
Je suis née à la flèche, non, non, ça ne s'invente pas et je suis donc une sacrée flèche.
Une flèche cassée, mais une flèche quand même.
Enfin les racines sont profondes, j'aime ma terre de naissance, elle fait partie de moi et à la fois je l'ai quitté pour tout un tas de bonnes et de mauvaises raisons, j'avoue que depuis, je ne suis pas vraiment devenue amoureuse d'une autre région, je suis à Montpellier pour son port qui n' a aujourd'hui plus d'importance, pour son marché qui me permet de travailler à mes différents métiers et l'attrait du paysage aussi, le soleil et la mer, quoi de mieux ?
Mais mes racines n'ont pas vraiment su retrouver un chemin, je me sens un peu partout chez moi depuis que je me suis déracinée.
Après tout la mauvaise herbe pousse partout.

J'ai souvent pensé rejoindre le pays des cigales, j'hésite encore, je ne sais pas trop que donner à la suite de mes aventures.
Poursuivre sans doute, trouver la force, toujours, je me dis que la vie peut changer si vite, je ne serai pas contre explorer d'autres territoires.
Donc je suis à Montpellier pour le moment, mais demain ?
Autant laisser sa chance à demain. Le destin me fera sans doute un signe.
Ne pas savoir est aussi bien, je vais sans doute voyager dans les prochaines semaines.
Et vous Kachina, qu'allez-vous faire après ce coup bas ?

Les apparences en effet ne sont que reflets et j'aime à passer outre en toutes circonstances.
Juste vous dire en peu de mots que j'aimerai être à vos côtés pour apaiser un peu de votre peine, même si nous ne nous connaissons pas.
Dites vous juste que je suis folle, ça aide souvent à faire passer mes étranges idées.

Soyez forte, soyez vous, rien n'est insurmontable Kachina.
Au prochain grand plaisir de croiser la plume avec vous, de canard ou pas, une plume reste une plume. Plein plein plein de courage pour vous et vos amis.

Lee

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Kachina
Adrielle


Elle a ces parchemins au fond de sa besace. Ils lui sont précieux. Et si elle tarde à répondre, ce n'est pas que l'envie n'y est pas oh non.
C'est que le temps lui manque bien souvent.
Juchée sur sa monture il lui arrive souvent, qu'elle égrène - en se laissant bercer par le balancement du pas du cheval - tous ces noms, ces réponses, ces nouvelles à donner... Venus, Kelig, Lys et d'autres, Leely, Alix, Asphodelle et Adrielle bien sûr.

Elle a fait siens les pigeons abandonnés en terre d'Espagne et les a entrainés avec elle dans son périple de retour. Il ne faudrait pas qu'ils s'ennuient à nouveau.

C'est dans une auberge du sud de la France qu'elle trouve enfin le temps de donner réponse à cette femme qu'elle ne connait pas mais qui n'est plus pour elle une étrangère.





Adrielle,

Tant de jours ont passé, et je me sens morveuse de ne pas avoir repris plume plus tôt.
Mais pour ma décharge, il faut que vous sachiez qu'après avoir mis en terre Kheldar, nous avons repris la route, pour oublier l'Espagne et ses déconvenues.
Et vous devez savoir ce qu'il en est de ces heures qui filent bien trop vite, de ces jours qui défilent à toute allure.

Je ne m'étendrai pas ici sur la difficulté d'un voyage en cette saison. Les feuilles mortes qui rendent les chemins glissants , cette pluie glacée qui s'infiltre parfois dans le moindre pli de nos vêtements Des sentiers détrempés nous obligent bien trop souvent à pousser l'attelage pour le sortir d'une ornière.

Il y a le froid, la pluie, les jours qui raccourcissent et le hurlement des loups lorsque nous nous aventurons au plus profond d'une forêt qui nous offre un raccourci appréciable.

Je préfère vous conter ce plaisir fou de fouler un matin notre terre de France. Imaginez l'effêt que ça fait d'arpenter les allées d'un marché et d'y entendre à nouveau la langue de chez nous et de ne plus se sentir en pays étranger.

Je vous dirai les soirs de lune pleine, la beauté des ciels étoilés quand on se réchauffe sous les couvertures, à la chaleur du feu.
Songez aux gardes dans la nuit, quand c'est à votre tour de veiller sur le sommeil de vos compagnons, cette impression d'être seule au monde et à la fois cette communion avec la nature qui vous fait vous sentir si vivante, tous les sens aux aguets.

Certains soirs nous voient nostalgiques à égrener moultes souvenirs, d'autres nous laissent plaisantins et rieurs à inventer de nouveaux rêves encore au rythme des chopes de bière. Tous un peu cabossés, blessés, mais foutrement décidés à ne rien cèder au chagrin.

Je ne sais pas comment je vais vraiment Adrielle. Mais je ne le sais plus depuis un an je crois tout ça.
Je m'étonne bien souvent d'être toujours debout. Je suis cette âme errante qui a vu bien trop de rêves s'écrouler. Celle qui ne sait pas aujourd'hui où elle devrait poser ses baluchons... Aucun de ceux qui me sont proches à ce jour ne viennent du même village. Il faudra bien un jour décider d'un lieu commun où nous établir. Je sais que mon amie Sabdel a la Provence chevillée au coeur. Mais je n'ai plus envie de Provence...

Nous étions il y a peu en Béarn, non loin de l'Armagnac qui m'a vue naitre. Il m'a été étrange de chevaucher à nouveau non loin des terres de mon enfance. Chaque sentier si familier et pourtant, tout ça me parait si lointain. J'ai parfois l'impression d'avoir vécu cent vies....

J'ai souri en vous lisant, à propos de cette vie que je devine heureuse à travers vos lignes. J'ai cru me revoir , retrouver un instant à travers vous cette femme comblée que j'étais . N'en perdez pas une miette de ce bonheur offert Adrielle. J'aime vous imaginer quelque part, rieuse et amoureuse.

Dites... comment avez vous su pour la violette ? J'ai toujours aimé ces fleurs si fragiles en apparence mais au parfum si puissant. C'est le parfum de mon enfance. Celle que je respirais au giron de la vieille Agathe qui prenait soin de moi. Merci. J'ai gardé précieusement cette petite fleur qui me mènera vers vous à présent.

Continuez de m'écrire Adrielle, même si je tarde parfois à répondre. Ce n'est pas toujours chose facile que de dénicher de l'encre quand nous passons tant de temps en forêt.

Je suis d'autant plus morveuse de cette réponse tardive que votre missive me fut d'un grand réconfort. C'est fou quand on y pense, nos échanges... Sans nous être jamais vues, nous avons ce lien au fil de nos plumes. Et ça me fait du bien Adrielle. Pour tout ça, pour tout ce qu'il me plait de deviner de vous à travers vos mots, merci.
Pensez vous que nous nous rencontrerons un jour ? Resterons là, comme deux idiotes à ne pas savoir quoi nous dire ? Nous étreindrons nous chaleureusement comme deux amies de longue date qui se retrouvent ?

Il me faut vous laisser. Déjà.
Je dois changer le cataplasme à l'argile de Forban. Je lui mène la vie dure en ce moment à ce cheval tant aimé et une de ses pattes arrière souffre des changements de temps. Nous nous poserons bientôt pour laisser souffler nos montures.

Savez vous quelque chose sur les troubles dont on parle en Bretagne ?

A vous lire. Et pardonnez encore si parfois le temps me manque à vous répondre vite.

Kachi


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Adrielle
    Perdue ou pas quelque part dans la campagne française, la brunette est ravie de recevoir un pli.
    Si au départ, elle se demande de qui il provient, elle reconnaît immédiatement l'écriture de la femme avec qui elle correspond depuis peu.
    Adrielle s'installe au coin du feu pour la lire, avec plaisir, le sourire aux lèvres.
    Elle lit et relit comme bien souvent, avant de se décider à répondre.
    Non qu'elle hésite mais trop de mots se bousculent en son esprit et elle criant d'être encore bordélique dans son écrit.
    Puis après que le piaf de Kachina se soit reposé, qu'il soit nourri, elle lui lie sa réponse, l'observe quitté l'endroit et sourit en pensant à la jeune femme.







        Chère Kachina,

        j'aime votre prénom alors je l'écris dans son entièreté.
        Je le trouve doux et chantant, je pense vous l'avoir déjà dit.
        Vous ne pouvez imaginer le plaisir de recevoir de vos nouvelles, je pense à vous souvent.
        Je me suis permise de faire encoyer des fleurs au dernier au revoir du Capitaine.

        Vous n'êtes pas ce que vous pensez, je connais le temps qui passe souvent tellement prestement que même avec la plus grande volonté on ne peut le rattraper... Je ne vous tiens pas rigueur pour l'attente de votre pli, au contraire il me soulage car je me souciais pour vous.
        En vérité, j'ai appris avant vos mots que vous avez commencé votre voyage, vous êtes passées dans ma ville et l'amie qui a mes affaires en vente vous a croisé sur le marché. Elle vous a trouvé fatiguée mais belle comme un coeur et elle n'a pas manqué de me l'écrire.

        Actuellement, nous sommes comme vous sur les routes ou en pleine campagne, comme vous nous regrettons l'humidité mais nous n'avons guère le choix n'est ce pas? Nous n'avons pas la main sur le cycle des saisons comme du temps d'ailleurs! Nous sommes allés en Flandres récupérer quelques affaires et nous poursuivons notre route.
        J'aime quand vous me parlez de ces nuits où la lune pleine vous faites vos gardes et vous sentez seule, non car vous êtes seule mais parce que songez que je suis quelque part comme vous à observer cet astre lunaire.
        Vous n'êtes pas seule, je vous imagine accompagnée d'amie mais plus encore, je pense à vous, je partage à un autre endroit les mêmes choses et je suis certaines que d'autres personnes songent à vous.La communion avec la Nature est essentielle et vous donne la force de vivre.

        Je vous sens forte et pleine de ressources, même si la vie est faîte de hauts et de bas, de sourires et de larmes, de bonheur et de peine. Si la mélancolie l'emporte parfois, un parfum, une violette ou tout autre simple chose peut offrir même un instant un sourire, cela aide à poursuivre vers l'inconnu.
        La Violette est la fleur qui pour moi vous représente le mieux, c'est un ravissement de savoir que vous l'appréciez, cela nous fait un point commun, un de plus peut-être.

        Je ne vous connais pas , mais j'ai le sentiment qu'il en est autrement. Et j'espère de tout coeur d'un jour pouvoir vous enlacer affectueusement comme on le fait à une amie proche, à une soeur, à une confidente. J'aimerai échanger avec vous de tout de rien, autour d'une binouze ou d'un verre de vin voire d'alcool fort. Je n'imagine pas qu'on ait rien à se dire voyez vous, et je pense que vous non plus.

        Concernant la Bretagne, je ne suis guère dans le secret des Dieux, ni ne fait partie d'un ordre ou autre, je n'entends que les rumeurs et les affiches que je me presse de lire.
        Il semblerait que des armées du Berry et D'anjou ce soit rendu là bas afin de faire revenir la Bretagne dans de meilleures conditions. D'après eux, le Grand Duc serait allié avec les ONE. Ces derniers qui étaient sur la terre bretonne pour une partie m'a t on dit un soir en taverne, ont filé peu avant l'arrivée des armées... Alors ils n'aident pas les bretons.. Mais ce sont les mots d'un breton , je n'ai point de preuve.
        La Bretagne semble divisée..
        S'ils coulent à quai ou en mer à dix voire plus contre un, sur terre, ils semblent encore plus sournois ou pleutres voire les deux... Voilà, je ne sais si ce qu'on m'a rapporté vous renseigne, mais je doute d'être une grande utilité en ce domaine.

        Ce jour, nous sommes en pleine campagne quelque part en France, le temps est froid et humide mais il ne pleut pas. Les rayons du soleil tentent de percer les gris nuages et ils viennent réchauffer notre peau. Je compte aller ramasser quelques baies, préparer des bicuits ou une tarte, j'aime ces moments privilégiés avec Dame Nature. Je ne sais où vous êtes mais j'espère que vous vous trouvez proche d'un bon feu.
        Comme j'espère que votre Forban se remette de ses douleurs, je suis certaine que vous savez prendre soin de lui.

        De notre côté, nous avons trouvé l'endroit où nous aimerions vivre. Nous avons choisi l'Orléanais pour diverses raisons, une ville portuaire évidemment! Même si nous serons un peu éloigné de l'océan nous n'en serons pas non plus si loin que cela. Mais avant nous avons quelques chemins à parcourir encore afin de finaliser ce projet qui nous tient à coeur. Car si nous aimons Bayonne, sa position, sa plage, nous ne pouvons être en harmonie avec la Gascogne, c'est dommage mais c'est ainsi et j'assume mes pensées concernant l'endroit.

        Je vais laisser là cet écrit qui me semble si long que vous aurez peut être pas le courage d'en venir à bout! L'idée m'amuse et j'en souris.
        Kachina, prenez soin de vous, quoi qu'il arrive, quelque soit vos intentions, prenez soin de vous.

        Ecrivez moi peu importe le temps que vous mettrez à le faire, j'attendrai le jour et la nuit, j'attendrai toujours de votre pli le retour.
        Je vous envoie mes sincères pensées et quand vous aurez trouvé un endroit pour vous poser un peu, prévenez moi, je vous ferai parvenir des bétises de Cambrai, du nougat de Montélimar et du vin de Champagne pour vous et vos amis. Ainsi je serai un peu avec vous avant d'avoir la chance de vous rencontrer !

        Au plaisir de vous lire

        Adrielle


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♥Atelier Au Bonheur des Belles ♥
♥Merci Camomille♥
"Allez vous faire cuire le cul." emprunté à Zulma ♥
Kachina
Asphodelle


Demain, elle sera à Limoges. Mais ce soir dans une auberge vide aux étagères vides de bouteilles, au sein d'une ville toute aussi vide.... elle tue le temps en triant ses missives...

C'est une sensation étrange de nouer ces liens avec ces correspondants inconnus. Elle imagine à travers les lignes, des visages, des vies.

Asphodelle elle a décidé que ça ne pouvait que rimer avec belle.
Et puis il y a les mots, l'écriture aussi qui trahissent, qui disent... Il lui a fallu aller voir un sage dans cette petite chapelle juchée au sein d'une colline pour lui demander qu'il lui explique ce que voulait dire " être frappée d'apostasie ". Elle n'en parlera pas à la jeune femme, de peur d'être perçue comme une ignorante. Orgueilleuse à ja...mais la Kachi.

Sa plume court sur le vélin, le noircit de mots, l'entrainant loin de cette ville de Rochechouart qui lui rappelle quelques souvenirs heureux. Le pénitentiel et Jeanine, la prise de la ville en représailles d'un brigandage qui avait vu leurs précieux dés passer de leurs poches à celles de vils malandrins du coin....

Elle a le cafard ce soir. Parce que demain, elle reverra Limoges... Et que Limoges fut le décor d'une histoire à jamais perdue. La belle qui recevra son pli ne saura jamais que lui écrire est un bienfaisant dérivatif en cette nuit froide de novembre....







Rochechouart, le 20 de novembre,

Rose, Asphodelle ou Lilas,

Vous peinez à comprendre les autres, et du coup, c'est vers les Dieux que vous portez votre intérêt. C'est un piètre et malhabile résumé, mais c'est ce qu'il ressort de votre dernière missive. Ainsi vous êtes femme curieuse pour tout ce qui a trait à la religion. Oserais je vous dire que j'ai volé des cierges dans les églises, que j'ai parfois engueulé le Très Haut, composé avec le Sans Nom, et crocheté le tronc des pauvres ?
Après ça peut-être n'aurais je plus de réponse de vous. Mais je me dois d'être honnête sur ce coup.

Les Lions de Juda.. Je me souviens encore de l'effroi que provoquait ce nom dans ma jeunesse en Armagnac. Et au delà de la peur, une étrange attirance pour tout ce qui sortait du cadre de la bienséance. Ainsi donc, vous les avez côtoyés , étudiés... Je vous envierais presque. Genève faisait tant rêver à l'époque. Je me souviens d'une église aussi, je crois que c'était à Montauban.... Mais c'est si loin tout ça...

Demain je retrouverai Limoges. C'est là que j'y ai ma maison. Je n'y suis pas retournée depuis plus d'un an... Mais je sais déjà que dès que les talons de mes bottes claqueront sur les pavés des ruelles familières, un flot de souvenirs viendra m'assaillir. J'y ai été follement heureuse....

J'aurai demain quelques démons à affronter... Une présence invisible mais encore si forte, quelques objets de Lui encore que je retrouverai au hasard d'une étagère, d'un rebord de fenêtre, d'un dossier de fauteuil.

Avez vous déjà souffert d'aimer Asphodelle ? Vous qui êtes fiancée à un inconnu.... entre parenthèses dites moi si ça vous pèse, s'il est beau ou laid, attirant ou repoussant, si c'est un mariage de convenances pour gagner des terres ou du pouvoir.... Vous qui semblez priser la rapière autant que les chants de messe....... Quel genre de femme êtes vous donc ?
Sachez que j'ai fait de vous une héroîne. Je vous vois presque prêchant sur les champs de bataille.

Loyale, curieuse donc... Et l'âme forgée dans le bronze. En d'autres temps si j'avais encore mon atelier de sculpture, je vous aurais façonnée en statue de marbre, épée au poing, à moins que je ne vous pare d'une jolie robe de bure fendue haut sur la cuisse pour le petit côté insolent que je devine chez vous.

Vous devez me juger bien folle Asphodelle. Mais j'ai - je crois ce soir- un peu abusé de cognac ?
Et puis n'est ce pas folie que de confier à des pigeons espagnols nos échanges. ?
Tout comme c'est tout de même peu commun avouez que de correspondre avec une parfaite inconnue.

Promis, juré, craché, foi de Kachi, je tairai vos secrets.

Comment je vais ? Je vais. L'automne aime à me prendre des êtres chers.
Je vais comme ci, comme ça.
Mais je vais.... je vais.

A vous lire .

Kachina

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Kachina
Alix


De chemins escarpés en sentiers caillouteux, ils ont traversé une bonne partie du royaume de France. Et la voici en cette fin de journée, alors que tombe le soir , occupée à alimenter ce feu dans la clairière. Elle ne l'a pas quitté de la journée, réclamant sa chaleur, emmitouflée sous une vieille courtine de laine qui a connu de meilleurs jours. Ce soir, ils selleront à nouveau les chevaux pour une autre ville, d'autres visages. Mais il lui reste un peu de temps et elle en profite pour enfin répondre à Alix.




Alix,

Je suis toujours en vie... Simplement le temps file si vite...

Nous avons un temps longé les côtes, pour une petite halte à Bordeaux. C'est la ville de Ladz et nous avons pu goûter dans sa taverne, cette bière de sainte Illinda dont la renommée n'est plus à faire.

Ensuite ce fut Limoges... là où tout me parle encore des jours heureux... Y revenir m'est doux et cruel à la fois. Il règne encore en ses murs l'écho de nos rires, et il suffit que j'y croise un homme sifflant une ritournelle pour être transportée dans un passé à jamais révolu.

Nous y avons juste fait une brève escale. J'ai juste eu le temps de me remettre à l'ouvrage pour confectionner une coiffe chaude pour mon amie Sabdel. Son chagrin d'avoir perdu l'homme aimé, me renvoie là encore à tout ce que j'ai ressenti en perdant Alan.

Mais nous avançons, malgré le vent, le froid et les pluies d'automne qui s'infiltrent dans tous les plis de nos vêtements parfois.

Nous avons il y a peu foulé tes terres du Poitou..
Tant de souvenirs là encore... Et sur ces terres qui te sont familières, comment ne pas penser à toi, à ce mariage auquel tu m'avais conviée et que j'ai raté parce que mon frère était tombé en pâmoison devant une jolie tavernière à Limoges ? Du coup il m'est venu en tête une question : comment vont tes amours Dame de Niort ? Est ce que le vol d'un bel oiseau libre t'émerveille toujours ? Raconte moi...

Il me semble lire entre tes lignes, une Alix quelque peu désabusée. Es tu heureuse Alix ? As tu gardé ta fougue et l'envie qui t'ont toujours caractérisée ? Dis moi en plus. Il me plait de te lire, même si je tarde bien de trop à te donner réponse. C'est que nous cheminons souvent de nuit et qu'il me faut bien dormir un peu le jour venu pour récupérer mes forces.

Il me plaira de revoir Bretagne, tout comme il me plaira de fouler à nouveau le sol angevin... Ces contrées me sont familières depuis tellement longtemps. Mais je n'espère pas y croiser le moindre One. Ces gens là ne sont maitres que des mers...

Voilà qu'on nous sert la soupe Alix, de quoi se réchauffer un peu... Demain je trouverai une auberge et je me collerai le dos au feu dans la cheminée. J'observerai la vie dans les ruelles, si vie il y a... Tant de villes endormies ,c'en est désolant.
Je dois déjà te quitter... Raconte moi encore nos royaumes Alix. Dis moi qu'ils sont juste endormis, et non pas décadents.

A te lire.

Kachi



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Kachina
Gerei





De Gerei
Date d'envoi Le 11 Novembre 1473
Objet Re: Pigeon attardé mais vivant

Chère Vous,

Je dois bien vous avouer que je ne savais quel titre de civilité vous donner. Ce "Vous" est très impersonnel, j'en ai conscience, il a cependant l'avantage d'être respectueux. Un peu distant aussi, c'est certain, mais quand même plus proche qu'un nom de famille ou un titre de noblesse immanquablement glacial.
C'est pour cela que j'ai rajouté le "chère", qui donne immédiatement une teinte non seulement de proximité, mais de préciosité.
Peut être était ce trop? Je m'en rends compte en l'écrivant, vous ne pouvez être précieuse alors que nous ne nous connaissons pas.
Seul le pigeon peut prétendre nous connaître tout les deux de manière réelle. Quand on connait l'espérance de vie d'un pigeon, sa propension à se perdre et pire, sa facilité à vous oublier, personne de raisonnable ne miserait ne serait ce que quelques écus sur une relation épistolaire.

Mais trop tard, j'ai misé et rien ne va plus comme on dit lorsque l'on lance la grande roue de la vie.

Alors bien sûr, j'aurais pu vous appeler par votre prénom. Kachina sonne bien. Donà Kachina m'a semblé un peu trop formel pour une correspondance des plus informelles et chère Kachina trop familier pour une connaissance avec comme seul ami commun un pigeon.

Vous l'avez compris je me pose des questions. Trop, je sais. Ou plutôt pas les bonnes.

Je sais bien qu'il faudrait avoir d'autres questions du genre comment allez vous ? Que faites vous ? allez vous bien ?...

Il y a paraît-il les bonnes questions à se poser. Ce qui implique qu'il y a aussi les mauvaises, dans le doute et la peur d'être dans la mauvaise catégorie, j'hésite.

Vous n'avez visiblement pas cette peur.
Incapable de me poser les bonnes questions comment pourrais je avoir de bonnes réponses aux votres?
Vous mesurez j'imagine l'ampleur de mon handicap et encore, j'ai bien peur qu'il y en ait d'autres. Mais n'hypothéquons pas le peu de crédit que vous m'avez accordé en répondant à ma précédente lettre.

Du coup pour répondre à vos questions : Quel genre d'homme êtes vous ? Où vivez vous ? Quels sont vos rêves ? De quoi vivez vous ? Etes vous homme comblé ou frustré ? Plein d'allant ou nonchalant et paresseux ? Je vous répondrais bien, oui et non, ça dépend. Mais je sens bien que vous n'allez pas aimer.

Déjà certaines questions sont plus simples que d'autres. Où je vis pourrait être simple à répondre si je n'étais pas sur les routes au moment où je vous écris. (Vous comprendrez sans doutes mieux mon écriture sautillante).
Avec la Soeur Ellya et son fils Juste-Parfait Watelse nous repartons de Tours d'où ne venons d'être relaxés d'un mauvais procès pour la tentative de sépulture de Georges Watelse le respectivement époux et père de mes deux acolytes. Une histoire à dormir debout qui nous aura quand même obligés à dormir deux bonnes semaines en prison.

Très désagréable surtout quand on sait que quelques semaines auparavant nous avions voulu aller à Venise en pèlerinage. La ville étant interdite cela nous a coûté très cher et ce, à cause de la sœur qui est aussi discrète qu'un cor de chasse dans une forêt.
Bref nous sommes en route pour aller récupérer un ami qui est resté coincé là bas. Oui, à chaque pèlerinage nous avons hélas des pertes. J'ai cru comprendre à vous lire que vous aviez eu également votre lot de déconvenues et j'en suis désolé pour vous, même si je dois être d'un bien faible réconfort.

Quels sont mes rêves ? Voilà une drôle de question. La réponse est pourtant simple : nous avons les mêmes. Votre pigeon le savait lui.

Je crois que j'en ai assez dit sur moi, je ne voudrais pas trop vous accabler.

Quant à savoir si je me moque de l'an mille, oui, je dois le confesser, je m'en moque, mais j'ose espérer que vous n'êtes pas de ce temps là. Impossible me direz vous ?
Vous savez on voit de tout. J'ai croisé, il n'y a pas si longtemps des gens disant être de l'an deux mille, c'est vous dire ! Et de vous à moi, il n'avaient rien d'enviable, aussi n'ayons pas honte d'être de notre temps.

Aussi si vous n'êtes ni de l'an mille ou deux mille, je veux bien savoir ce que vous faites, pensez, rêvez (non ça je sais), allez, espérez... Promis, je ne tuerai pas votre pigeon. (Enfin, j'essaierai en tout cas).

Gerei.



C'est en terre bretonne, que bien des jours plus tard, elle répond à Gerei. Si la réponse de l'homme a fait venir à sa bouche quelques sourires, le temps lui a manqué depuis pour renvoyer le pigeon. Mais elle a ce jour un peu de temps à tuer. Et plume griffe le parchemin que caressent quelques mèches rebelles échappées de sa coiffe.





Messire Gerei,

"Chère vous" m'a fait sourire, mais me semble un peu trop pompeux. Encore heureux que vous ayiez ajouté le "chère" sinon j'aurais pu le prendre dans le genre : Oh vous... vous là.....Vous... Que venez vous faire là ? Voyez ? Réservons donc ce "Vous" à ceux qui débarquent comme ça dans nos vies sans prévenir non ? Quoique c'est un peu ce que j'ai fait avec mes pigeons.

Bref, faisons simple, appelez moi Kachina ! Je n'ai aucun titre à ajouter à ça.
Cette question des civilités réglée, il va falloir encore m'excuser pour ce long retour du pigeon. On va dire qu'il s'est perdu à voler vers Venise ? Y êtes vous encore ? Avez vous récupéré cet ami égaré ?

Je suis en Bretagne pour ma part. Et il me semble avoir croisé dernièrement un certain Juste-Parfait Watelse. J'avoue que la fatigue du voyage et la fin de journée, sans oublier la mirabelle offerte par une amie là bas m'avaient quelque peu endormi l'esprit et je n'ai pas fait le lien avec vous sur le coup. Mais je viens de relire votre pli... et à présent, je me demande si vous ne seriez pas proche de moi au final....

Alors, où êtes vous à cette heure ? Dans la lagune ou à chasser le korrigan ? Voyez, moi aussi je me perds dans mes questions...
Soyez rassuré, j'ai évité le si classique : "Vous allez bien ?" Parce que parfois, franchement, on se fout de savoir si l'autre va ou pas... Ou alors on n'a rien d'autre à lui demander. Et puis respectons notre (oui il est devenu nôtre) pauvre pigeon qui a surement mieux à faire que d'épuiser ses ailes pour ça.

Mais l'apprentissage de l'autre passe toujours par quelques questions posées. Et ma question sur les rêves est une de mes préférées. Parce que nos rêves font ces Royaumes messire Gerei...
Et je trouve parfois que beaucoup manquent de rêves.

Mais je n'ai pas pris plume pour vous filer le cafard....
Aussi je vais en revenir à vous.
Un procès ? La prison ? Voilà que je dois donc vous mettre dans la case vilain ? De toute façon je me méfie toujours des gens trop lisses, trop propres sur eux... Ils cachent souvent bien des vices .
Alors je m'en fiche de savoir de quel côté de la rivière vous cheminez. Et puis j'ai souvent emprunté les chemins de traverse moi aussi.

Mais voilà que je reviens à parler de moi...
Je cesse....
Après tout à vous de chercher les questions, bonnes ou mauvaises, je ne vais pas vous faciliter la tâche.

Je résume ce que je sais de vous à présent. Vous vous posez bien trop de questions. Vous voyagez parfois, et vous avez connu la paille humide d'un cachot. Nous avons les mêmes rêves, du moins le pigeon le sait lui. Vous voyagez avec une soeur qui semble avoir du caractère... et qui a un fils. Je suis fortement tentée de vous demander si cette servante de Dieu a goûté au fruit défendu avant ou après avoir choisi le Très Haut, mais la bienséance me l'interdit... je vais donc imaginer et comme souvent mon imagination me pousse au pire.. Tant pis.

Quand à répondre aux votres de questions ... ce que je fais, pense, rêve et espère... vous vous endormirez avant d'avoir fini de lire mes mots tant je suis réputée bavarde à l'écrit comme à l'oral.

Ce que je fais en ce moment ? Je tente d'honorer une promesse faite à un ami qui était de traquer tout ce qui avait le moindre rapport avec ces fameux One qu'on ne voit jamais. Et puis c'était un bon prétexte pour aller où se trouve l'aventure. Parce que je pense que la vie est faite pour se passionner, pour sentir, ressentir tout intensément sinon à quoi bon ? J'ai tant brulé que je ne sais plus vivre de tièdeur et d'ennui. Ce que j'espère ? Je pourrais vous dire : plus grand chose... Que peut-on espèrer quand on a eu tout et que ce tout vous a été repris ? Mais c'est faux. Un instant je croise le regard d'un homme magnifique qui m'accompagne et je ne rêve que d'oublier une histoire passée pour donner à cet homme ce qu'il est en droit d'attendre. Et puis l'instant d'après, j'espère ne jamais rien oublier de ce qui fut. Et là vous pensez : "Par les saints couillus du pape, cette femme est complètement folle : "

Et vous déciderez de ne plus m'écrire pour sauvegarder votre raison ?
Vous jouerez ça à pile ou face si vous êtes joueur ?
Vous hausserez les épaules et vous vous farcirez ce pigeon ?
Tant de questions encore messire Gerai pour que nous nous connaissions mieux ?
Vous vous creuserez la cervelle pour m'offrir d'autres questions ?

A vous de décider !

A vous lire ?

Que cette journée, vous soit belle et rieuse !

Kachina

_________________
Floriantis
- Tréguier, le 9 décembre 1473 -

C’est la neige qui l’accueille quand il referme la lourde porte de l’auberge derrière lui. Le froid est mordant, piquant, presque vif, un froid qui ferait rentrer un ours dans sa tanière. D’un geste ample, il rabat le col de sa cape de laine et ajuste son tricorne.
Comme chaque matin, il longera les quais avant de commencer sa journée. Il ne sait pas faire autrement : il lui faut voir la mer, respirer ce sel qui, depuis des années, lui sert de boussole.

Un frottement, un choc sur le tricorne, puis un ploc lui font baisser le regard.
Un volatile vient de s’échouer, littéralement. L’emplumé a raclé les tuiles avant d’atterrir dans la rigole à ses pieds, non sans un détour par sa tête.
Alcapari hésite, lui donne un léger coup du bout de la botte, puis, voyant qu’il bouge encore, le ramasse dans sa main gantée.

C’est là qu’il aperçoit le parchemin roulé à sa patte.
Haussement de sourcils étonné.
Il hésite.
Les lettres, il s’en méfie toujours un peu… on ne lui a pas souvent écrit des choses simples.
Mais il défait la ficelle.
Un sourire.
Un vrai, de ceux qui surprennent même celui qui le donne.

Il songe à glisser la lettre dans sa poche comme il le fait souvent, en se disant : demain.
Mais les “demain” glissent aussi vite que les vagues.

L’image de Xaria lui revient : cette amie épistolaire rencontrée parce qu’elle avait remarqué son navire à Honfleur, un jour de fin 67. Depuis, ils s’écrivent. Enfin… il répond quand il y pense.
Il lui doit d’ailleurs une réponse.
Alors, pour une fois, il a décidé de répondre de suite.
Après, ce sera Xaria.





Tréguier, début décembre 1473

Ola Kachina, inconnue au jasmin,

Je m’appelle Floriantis, certains me surnomment Albator, et une rousse m’appelle le Prince de l’Écume.

J’ai trouvé votre missive alors que je sortais d’une auberge.
Enfin… “trouver” est un grand mot : le pigeon a glissé du toit, la neige y est traîtresse, et m’est tombé sur le tricorne avant de finir sa course dans la rigole.
Je vous rassure : le tricorne va très bien. Le pigeon aussi, même si sa dignité, elle, est restée sur le toit.

J’ai pensé un instant à le manger, puisque vous en donnez la permission, mais ma gamine, enfin, pas la mienne, mais je l’aime tout comme, m’a lancé un de ces regards dont seuls les enfants ont le secret.
Ceux qui disent : "T'essaies même pas hein". Alors j’ai renoncé.
Elle le nourrit, le bichonne, lui parle comme si c’était un cousin perdu. Je crois qu’il repartira plus gras qu’il n’est arrivé.

Vous parlez de hasard.
Le mien, récemment, a décidé de me coller dans la flotte et de me renvoyer à Tréguier en brisant un navire. Pas le mien, cette fois.

Un navire, c’est précieux pour son Captain.
Avez-vous déjà senti un pont craquer sous vos pas, entendu une coque se plaindre quand la houle la malmène, ou respiré l’odeur d’un navire qui fend l’eau aussi léger qu’une plume ?
Un navire, c’est la liberté.
Ils m'ont fait découvrir de nouveaux rivages, de nouvelles terres, des ports, des gens.
Beaucoup de gens. Vous avez remarqué comme il y a beaucoup de gens à terre ?

Vous dites imaginer celle ou celui qui lit.
Alors je vous imagine vous exclamer : "C’est un dingue."
Et vous n’auriez pas tout à fait tort.
Le grain de folie… c’était d’ailleurs le nom de mon auberge, il y a quelques années, à Nevers.

Répondre à une inconnue qui confie ses mots au vent… ça m’a semblé assez juste pour un marin qui, depuis longtemps, confie les siens à la mer sans qu’elle ne réponde.

Et sinon… comment allez-vous ?

Votre jeu me plait.
Si cela vous distrait, j’écrirai de nouveau.
Sinon, laissez ma lettre voyager comme vos pigeons : elle tombera où elle doit.

Que les vents vous soient favorables
Maritimement.

Le Prince de l’Écume
(ou Captain Floriantis… mais Flo, j'trouve ça très bien)


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Kachina
Leely


Elle n'a pas pu s'empêcher. C'était trop tentant. La corne d'encre était là, à portée de main, comme si elle n'attendait qu'elle sur cet étal au marché. Oubliée , délaissée. Mise à prix avec indécence. Alors elle a offert au marchand son plus beau sourire. Et qui aurait pu résister à ce sourire là même si ses lèvres sont gercées par le froid. C'est que les nuits sont froides en cette saison, et elle les passe souvent à chevaucher à vive allure au côté de ses compagnons d'aventure....
Mais ce matin..... c'était différent. La troupe de soldats s'était comme évaporée , la laissant seule dans cette ville inconnue....

Que fait une femme seule qui s'ennuie ? Elle arpente les allées du marché, cherchant consolation parmi les chiffons, les frusques ou tout ce qui pourra lui rendre le sourire.
Et cette corne d'encre, lui a offert ce sourire là. Sourire rendu aussitôt au marchand sous le charme de cette brunette à l'accent chantant du sud... Imprudent qu'il fut, alors que d'un geste habile, elle s'appropriait l'objet pour le glisser sous sa cape de lainage chaud.

Oh, elle aurait pu se délester de quelques écus pour échanger la corne... Mais l'homme avait vraiment forcé sur le prix. Il méritait qu'on lui donne leçon. Et puis c'est meilleur quand c'est interdit non ? Et puis elle voulait voir.. Si elle avait toujours la main....

Lee ne le saura peut-être jamais, mais c'est donc avec de l'encre dérobée que réponse à sa lettre lui sera donnée....
Réponse tardive... Mais voilà, c'est comme ça... La vie fait parfois que..... Lee comprendra....






Lee,

Me voici, bien des jours plus tard. Il parait que "mieux vaut tard que jamais"... Je ne sais si cette phrase vous mènera à me pardonner mon long silence... Mais je n'ai rien d'autre à offrir comme excuses... Et à vous je n'ai pas envie de mentir....

J'ai tant pris plaisir à vous lire et je vous rend si peu, ou si tard... Voyez, vous découvrez une autre facette de la femme aux pigeons.... Paresseuse parfois, inconstante peut-être ?

Chut... Me voici... On oublie ? Je veux simplement imaginer un sourire à vos lippes quand vous lirez mes mots.

Pour ce qui est de la mer et des bateaux, sachez que j'ai retrouvé la terre ferme depuis. J'ai quitté l'Espagne pour aller rejoindre ces terres bretonnes qu'on dit s'acoquiner avec les One.
Ceux que le Cap avait rassemblés se sont tous dispersés petit à petit. Ainsi va la vie. J'ai appris ça que les chemins souvent se séparent et j'ai appris aussi à m'en accommoder.

J'ai pensé à vous en traversant l'Anjou. Et j'ai souri à la mauvaise herbe qui pousserait partout. Celle que vous pensez être.
Lee, vous semblez n'avoir pour vous aucune indulgence.... Et pourtant vos mots sont riches de rêves oubliés ou perdus. Votre plume élégante trahit votre sensibilité que vous tentez de dissimuler à coup d'ironie...

Je ne sais pas pourquoi, mais je vous vois comme une femme que la vie a souvent malmenée... Une sorte d'écorchée vive, le coeur à fleur de peau....
Mais vaillante et apte à renaitre de ses cendres toujours....
Je me fais moi aussi un point d'honneur à ne jamais cèder au chagrin... Possible qu'on se ressemble un peu là...

En cette fin d'année, je guerroie un peu en Bretagne. Si on peut appeler ça guerroyer.... L'aventure n'est pas à la hauteur de mes rêves les plus fous. Ou alors j'ai perdu le gôut de tout ça... Qui sait ? Je ne me reconnais pas toujours depuis un an, Lee... Je ne sais plus ce que je veux, je crois. Réchauffée par une couverture qui a connu de meilleurs jours, je rêve à des peaux de bêtes réchauffant un lit à baldaquin. Et puis quand je retrouve des draps de percale fine et mes robes de soie, je ne songe plus qu'à reprendre la route pour des soirées au coin du feu à regarder rôtir un lièvre au fil de l'épée.

Que ferai je après tout ça ? Je n'ai plus vraiment de terre qui me manque. Plus grand monde ne m'attend nulle part. Je vais au gré de mes envies, de ceux et celles qui m'accompagnent.
J'irai peut-être m'installer à Bordeaux. On y sert là bas une bière aux vertus magiques et guérisseuses. Je m'inventerai de nouveaux rêves pour rester vivante encore... J'attendrai que la vie m'offre d'autres amis.... Je m'émerveillerai encore d'un coucher de soleil, du parfum du jasmin, de la fraicheur de la pluie un soir d'orage...

Et puis un jour, nos chemins se croiseront Lee ? Je crois tout comme vous au destin. Ces royaumes m'ont souvent offert le meilleur quand je n'en n'attendais plus rien.

Pour ce qui est de la folie... elle est pour moi ce qui rend la vie belle... Les coups de coeur, les coups de sang, plutôt que l'ennui et l'indifférence. Même si parfois, il faut en payer le prix.. Je ne suis pas radine... Même si j'ai volé cette encre qui noircit ce parchemin, c'était juste pour le plaisir du jeu...et vous ne l'êtes pas non plus. Je vous devine entière et passionnée.. Et un peu folle, oui... mais belle du coup.

Ma chandelle faiblit et l'aubergiste ne me semble pas disposé à m'en offrir une autre. Il va me falloir vous laisser là Lee... Ne m'en veuillez pas trop du rythme lent auquel je vous réponds.... Et écrivez moi encore... Demain, plus tard ou l'an prochain ?

A vous lire Lee d'Anjou...

Kachi

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