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[RP ouvert à qui voudra] Pigeons volent.

Kachina
Adrielle


C'est éclairée par la lanterne, assise dans le foin, dos calé contre le flanc chaud de Forban qui rêve déjà de reprendre la route tant il s'ennuie sans ses complices de chemin, qu'elle répond à Adrielle.

Quelques brins de paille s'accrochent à ses braies de daim fauves, la tignasse de jais emmêlée, elle ressemble ainsi à une sauvageonne recherchée par la milice qui se serait réfugiée dans une grange pour lui échapper.

La nuit est froide et elle comble sa solitude à force d'écriture. Elle ne s'attardera pas sitôt le pigeon chargé de son précieux message. On l'attend quelque part et elle passera la nuit à chevaucher à vive allure, sans une halte.

Mais elle se doit - alors que déjà 10 coups s'égrènent au clocher, et que la lune est haute dans le ciel - de répondre à celle qui fut la première à jouer le jeu.
Et la plume court sur le parchemin posé sur la planche d'écriture.






Adrielle,

Me voici ce soir à reprendre nos échanges... Après tant de temps me direz vous... Mais vous savez ce qu'il en est du temps.. Il file et court bien trop vite parfois.
Vous le savez. Vous me l'avez écrit.

Je viens de relire votre pli... Et pour ce qui est de mon prénom, il n'est pas vraiment de saison. Je gage que dans quelques siècles on dira qu'il s'apparente à une poupée qui danse... Et qui porte bonheur...
Je ne sais pas si je porte bonheur, mais j'ai dû offrir quelques belles heures à ceux et celles que j'aime ou ai aimés. Et des mauvaises aussi... Parfois.

Pour ce qui est de la chasse aux One, me croirez vous si je vous dis n'en n'avoir pas encore croisé un à ce jour ?
Même en terres de Brocéliande ?
Parfois je me dis qu'il serait bien de les laisser à leur terrain de jeu favori qu'est la mer et d'oublier jusqu'à leur existence pour ne pas leur faire trop d'honneurs... Honneur qu'ils ne méritent pas.
J'avoue ne pas trouver plus de plaisir que ça à malmener ces bretons qui comme vous l'avez si bien écrit sont si divisés sur la question. Mais si je ne crains pas les One, je m'effraie par dessus tout de cet ennemi sournois qu'est l'ennui. Il me faut souvent marcher sur un fil pour me sentir vivante. C'est ainsi Adrielle.

Nous sommes à présent tous dispersés. Ceux que le Cap avait su réunir avec brio ont repris chacun leurs chemins... J'ai trop vécu en clan pour ne pas savoir ça, ces routes qui se séparent parfois sans qu'on y puisse grand chose...

Ainsi donc, c'est à Orléans que vous poserez un jour vos malles ? J'ai souvent déménagé.... Parfois pour fuir une contrée que j'avais malmenée à force de pillages... Souvent pour un homme aimé ou pour un nouveau rêve d'une terre promise. Armagnac, Bourgogne, Savoie, Provence, ces régions là m'ont un temps toutes offert asile... Aujourd'hui, c'est le Limousin qui garde mes biens, mais depuis un an, je le délaisse pour chasser ces foutus malandrins des mers que sont les One.

Je ne sais où je vivrai demain. Il faut parfois laisser le destin choisir pour vous. On verra bien.
Qu'il nous fasse nous croiser un de ces quatre matins, ce serait bien, non ?

A propos, je n'aime pas le nougat. Mais je prise le champagne et les bêtises de toutes sortes. Merci pour vos pensées généreuses. Ce soir, assise dans le foin, avec une galette de maïs pour seul repas et un peu de lard fumé, j'aime à imaginer tous ces délices sous ma langue.

Que la fin d'année vous soit douce. Et rieuse et chaleureuse Adrielle. Il me faut reprendre la route. La demie vient de sonner et j'ai des lieues à parcourir avant l'aube.

A vous lire encore.. J'aime quand vous me décrivez votre vie, j'imagine vos gestes, une autre vie, une autre ville, une autre femme. Et ça fait du bien. Encore de vous...

Kachina


_________________
Kronembourg
D.S.K. sortait du Parlement de Paris comme on sort d’un tombeau trop étroit.
Les pierres du palais retenaient encore les murmures des plaidoiries, la mauvaise foi des hommes de loi, les compromis qu’il avait consentis une fois de trop. Une nouvelle affaire close. Une de plus. Rien n’avait été juste, seulement acceptable. Il n’y avait plus de victoire dans ce mot, seulement une fatigue administrative de la conscience.
Son âge, qu’il refusait de compter, s’imposait à lui ce soir-là comme une sentence. Il avait cru, enfant, que la droiture sauverait. Que le bien, à force d’obstination, finirait par l’emporter. Le petit Sven, maigre et farouche, avait survécu à la faim, au feu, à la fuite… pour mourir plus tard, lentement, étouffé sous les couches successives de compromis, de sentiments, d’attachements inutiles. Il avait succombé au monde des émotions. Et le prix en était exorbitant.

Son appartement parisien l’attendait, silencieux, trop vaste.
Un lieu qu’il avait voulu sobre et qu’il trouvait désormais vide. Les boiseries sombres absorbaient la lumière des bougies. Les tapis d’Orient étouffaient les pas comme s’ils craignaient de réveiller quelque chose de mort. Des livres alignés avec une rigueur maniaque ( droit, théologie, philosophie ) qu’il n’ouvrait plus. Une table encombrée de papiers, de sceaux brisés, de lettres attendant réponses. Une fenêtre donnant sur une cour étroite où les pigeons régnaient en souverains méprisants.

L'image d'Agnès lui vint en mémoire comme le dernier sentiment pur qui ait pu exister en lui. Et un précipice vertigineux de regrets prit forme sous ses pieds. Leur histoire le laissait dans le désordre et l'épuisement.
C’est alors qu’un page frappa, hésitant.
Un enfant trop jeune pour comprendre qu’il se trompait d’étage, trop poli pour faire demi-tour sans livrer le pli qu’il tenait.


Pour vous, messire… je crois.

D.S.K. prit la lettre. Le page s’excusa, s’éclipsa. La porte se referma.
Le papier était épais. Et il y avait ce parfum.

« A vous Inconnue, Inconnu qui trouverez ce pli »

Inconnue, Inconnu…
Quelle affectation. Comme si l’anonymat était une vertu. Comme si le hasard existait encore après tant d’années à observer les rouages du monde.


« Un léger parfum de jasmin, une écriture ronde et déliée, vous avez déjà deviné que je suis une femme. »

Pouarf, il détestait le jasmin. Trop sucré. Trop sûr de lui.
Et depuis quand une odeur ferait-elle un sexe ? Depuis quand l’arrondi d’une écriture trahirait-il autre chose qu’un poignet entraîné ? Raisonnement paresseux. Stéréotype commode.


« Une femme qui a voulu en cette année de grâce 1473 provoquer le hasard. »

Le hasard…Encore lui.
Rien ne provoque le hasard. On le fabrique, on le guide, on le contraint. Ceux qui parlent de hasard refusent simplement d’assumer leurs actes. C'était donc bel et bien une femme. Aucun doute.


« Vous avez trouvé un de mes écrits…. Je vous imagine râlant pour ces fientes laissées sur le rebord de votre fenêtre. »

Il tourna les yeux vers la fenêtre.
Aucune fiente.
Il n'aurait plus manqué que ça, avec le prix que lui coutaient ses domestiques.

Bla bla bla bla bla ...



« Dérangé au moment d’entamer un duel, ou distrait à l’instant de bander votre arc au stand de tir. »

Hum. La lettre prenait une tournure sexuelle à présent. Il continua avec un peu plus d'intérêt.

« Si l’ennui vous titille… prenez plume et venez à moi. »

Qu'est-ce que c'était que ce charabia ? Venir à elle .. Mais qui ?

« Nous échangerons à propos du temps, de nos vies, de nos rêves, de nos défaites… »

Là, tu n'es pas couchée mémère. Le catalogue est séduisant mais il risquerait de t'achever.

« Vous me direz vos amours, vos enfants, vos secrets inavouables… »

Il referma presque la lettre ici.
Ses secrets n’étaient pas faits pour être offerts.


« Oserez vous entamer le jeu Inconnue ou Inconnu ? »

Un jeu.
Toujours cette légèreté feinte.


« Je vous salue.
Kachina »


Il s’immobilisa.
Kachina.
Alors seulement, tout prit sens.
L’odeur maîtrisée. L’impertinence calculée. Cette manière de frôler sans jamais saisir. Il l’avait connue autrefois, dans un temps où Cyrinea vivait encore entre eux. Il croyait la connaître, au moins un peu. Il savait désormais que non. Pas du tout.

D.S.K. resta longtemps assis, la lettre sur les genoux.
Puis il prit une plume.
Et écrivit, spontanément.


Citation:

    A vous,
    Qui aimez provoquer ce que vous appelez le hasard,


    Vous écrivez comme on jette des dés sur une table en prétendant ne pas connaître les règles du jeu.
    J’ai longtemps cru, moi aussi, que le bien suffisait. Que la droiture, la patience et l’effort finissaient toujours par être récompensés.

    Le monde du “bien” ne m’a rien offert.
    Il m’a pris l’enfance, la foi, puis les illusions, une à une.
    Il m’a appris à sourire quand il fallait frapper, à pardonner quand il fallait condamner, à me taire quand il fallait brûler.

    Je découvre tardivement une attirance que je ne sais encore nommer autrement que par contraste : le côté obscur.
    Celui qui ne promet rien, mais tient parole.
    Celui qui n’exige pas la pureté, seulement la lucidité.

    Si vous souhaitez réellement échanger, alors parlons de ce que l’on tait.
    Des compromis honteux.
    Des désirs inavouables.
    Des moments où nous avons cessé d’être bons pour devenir vrais.

    Je ne vous dirai pas mon nom. Les pigeons, particulièrement les vôtres, sont si déplorables ces derniers temps qu'ils pourraient emmener ce pli entre de mauvaises mains. La dernière chose à laquelle je tiens est encore ma fonction Parisienne, celle pour qui je me battrai jusqu'au dernier souffle.

    Cependant, nous nous connaissons. De loin. A une époque où le Joker n'était pas simplement une carte à jouer.
    Appelez-moi simplement S.




_________________
Leely
Du haut de ma tour de rêves ou d'illusions.
Dans mon petit appartement lyonnais, deux pièces, c'est tout petit mais que j'adore cet endroit !
Il me ressemble finalement, j'ai besoin de peu, je n'ai besoin de rien.

J'ai reçu le message alors que j'étais en route vers la capitale Lyonnaise, aujourd'hui je suis installée dans cet autre "chez moi"
Je ne suis pas encore sortie de la journée, il fait froid et je suis bien là.

Je prends la plume sans savoir ce que je vais pouvoir lui raconter, mais c'est ce qui me plait, ne pas savoir.
Un sourire se dessine et les mots viennent à se noircir ou à s'éclairer.







Bonsoir Kachi,

Vous avez signé ainsi alors j'en profite.
La vache, je ne pensais plus avoir de vos nouvelles, j'ai offert un large sourire à ce pigeon.

Deux mois sont passés après la tristesse et la peine d'avoir perdu ma Nave.
Donc on peut dire sujet clos. Une petite blessure de plus. Une guérison obligatoire.
Un long chapitre de la vie à clore, comme tant d'autres.

Paresseuse et inconstante, vous ajoutez peut-être, donc vous ne l'êtes pas.
Vous savez Kachi, vous faites une réponse quand vous avez le temps et je suis plutôt ravie pour vous que vous ne l'ayez pas trouvé ce temps.
Cela signifie que vous avez l'esprit occupé. Oublions les excuses et les pardons.
Nous n'allons pas nous en encombrer.

Les compagnons de route qui s'éclipsent je connais bien aussi. mais non, l'on ne dit rien, juste un constat, ces blessures là sont sans doute les pires.
C'est fou le nombre de choses qu'il faut savoir encaisser quand on y pense alors autant ne pas y songer du tout.
L'ironie est ma meilleure amie et d'ailleurs elle est souvent prise pour de l'indifférence, mais pourquoi embêter les autres à leurs dire :
Tu sais, tu m'as blessée, meurtrie, anéantie ?
Ils le savent et ils s'en foutent, ils ne le savent pas et ils s'en foutent de la même façon.

Non, je n'ai plus beaucoup d'illusions sur la nature humaine et elle me le rend bien.
Je confirme vos ressentis à mon sujet, mais bien entendu je vais devoir nier si un jour nous en parlons, j'ai posé des barricades sur mon petit cœur et je ne lui permets plus d'être malheureux.
Donc oui, le phénix reprend toujours ses droits, mais comme vous, j'en suis à ne plus savoir ce que je souhaite, partir, rester, déménager ou ne pas déménager.

Encore me compliquer la vie ? Non.
Je crois qu'une autre chose a disparu, ma patience et j'en avais à revendre à une époque, j'avoue que sur ce point je fatigue de plus en plus.
Avons-nous encore le temps d'attendre ? Oui ? Non ?
Un changement tout de suite ou alors maintenant ?

Il y a les choses que l'on fait par instinct j'avoue que je m'en sers beaucoup, par exemple hier, j'ai failli suivre deux lances qui allaient à Calais et puis au dernier moment, je me suis dit mais ... Tu vas faire quoi là bas ? Oui hein bonne question.
Et puis aujourd'hui j'y repense en me disant... Mais pourquoi tu n'as pas foncé ?
Je ne saurai pas si j'ai fait le bon choix et puis après ?
Faut-il pour autant encore s'en soucier ? Le moment est passé.

C'est amusant de constater que nous en sommes au même point.
Rester, partir, voyager, regarder le monde se mentir et faire de mauvais choix.

Dites-vous qu'ils pensent la même chose de nous mais oui, de nouveaux amis, de nouvelles déceptions et puis un jour le destin se fera meilleur qu'hier et nous n'aurons plus le temps de rien !

La vie est si belle Kachi. Un grand oui, pour le destin, je lui ai confié ma vie, je pense que nous saurons toujours nous battre et nous relever de tout.
Je ne saurai vous dire où je serai la prochaine fois que j'aurai de vos nouvelles.
Vous êtes en Anjou et moi il y a un petit mois j'étais à Limoges !
Voyez comme les cartes s'amusent avec nous !

J'ai aussi le souhait de vous croiser, vous avez déjà pensé à réunir ceux qui ont répondu à vos lettres quelque part, le temps d'un repas, d'une journée ou deux ?
Vous y pensez et on en reparle la prochaine fois ?
Enfin déjà l'on pourra se l'écrire, ce n'est pas si mal.

Vu que nous sommes à la fin de cette putain d'année de merde, je vous souhaite d’accueillir la nouvelle qui arrive avec cette même force et cette même philosophie.

Un jour à la fois Kachi.
Au plaisir de vous lire avant deux mois sinon je frappe !

Lee

_________________
Adrielle
    Quelques jours déjà que le pli de l'inconnue lui est parvenu.
    Inconnue plus ou moins découverte au fil des lectures, plus si méconnue finalement.
    Des différences, des points communs, pourtant toujours ce plaisir de la lire et également de lui répondre.
    Les jours sont passés sans qu'elle ait le temps de répondre.
    Mais ce soir, assise à une table dans une auberge béarnaise, la brunette dégaine plume et griffe comme une danse le velin pour offrir une réponse à Kachina.
    Bien entendu, relecture est faite et sourire pointe...
    Sa plume poursuit ses sauts de chats et arabesques.






          Chère Kachina,

          le temps est capricieux.
          Tellement que parfois il passe si vite qu'il nous manque.
          Il nous manque tant que l'on ne peut le rattraper ni même le retenir.
          Alors, nous l'observons filer sans pouvoir l'enlacer pour l'attirer à soi.
          Peu importe le temps qui passe entre chacun de nos échanges, il a le mérite d'être.
          Et il est donc ce lien invisible qui nous lie depuis des semaines déjà.

          Ma nave n'est plus.
          Pendant mon voyage quelque part en ce Royaume de France, je l'ai confiée à une amie chère à mon coeur.
          Malheureusement, elle est partie par le fond avec l'amie qui a pu s'accrocher à un morceau de la coque pour revenir à terre.
          Et figurez vous que Justinian m'a écrit concernant ce coulage.
          Etrange homme qui ne partage nullement nos valeurs, bref!
          Oui, ils ont fui la Bretagne, eux qui prônaient dans leur première déclaration de guerre, toujours défendre l'Ami en parlant de la Bretagne, c'est presque risible, tellement c'est ridicule.
          L'ennui est le pire des ennemis, vous avez pleinement raison, sournois et frappe sans qu'on s'en rende compte.

          Si les routes se séparent, les souvenirs restent.
          Ils jalonnent notre vie ... Il y ait des choses qu'on ne peut oublier même en marchant chacun de son côté.
          J'ai du mal à vivre en grand groupe, je pense même que j'ai du mal tout bonnement à vivre au quotidien avec d'autres que mon Ténébreux.
          Je ne sais si c'est un mal ou un bien, je suis ainsi, j'aime partager avec les autres mais j'ai besoin de me retrouver aussi.

          Orléans, effectivement, nous avons choisi cette ville pour diverses raisons. L'une d'elle est qu'il y ait un port, car oui, nous aimerions avoir un navire voire deux. Et puis , la ville n'est pas si loin de l'océan ... Et surtout j'y ai rencontré des personnes sympathiques dont une jeune fille qui devient de plus en plus comme une petite soeur.
          Parfois, nous rencontrons des gens qui ne nous touchent pas et dont on se souvient à peine et d'autres fois en un sourire , un échange , la personne reste à jamais gravée en nous. C'est le cas, là bas!

          Déménager est une corvée mais je pense que nous y resterons un moment, longtemps j'espère mais nous ne pouvons présager du lendemain n'est ce pas? Limoges , nous y avons appartement, j'ai apprécie l'animation qu'offre la ville lors de nos passages, mais ça fait un petit moment que je ne suis pas allée.
          Quoi qu'il en soit, que ce soit là bas ou dans une autre ville, il est fort à parier qu'un de ces quatre le destin nous fasse nous rencontrer autour d'un repas ou d'une bière.
          Peu importe la ville qui nous accueille, l'appartenance est parfois ailleurs...

          Champagne, je note et en garde une caisse pour ce jour précieux qui nous réunira! Foi d'Adrielle! Nous sommes passés par la Champagne et avons profité de visiter quelques caves ... Oui fins gourmets nous sommes comme vous même si vous n'aimez pas le nougat!
          Parfois, je trouve qu'un morceau de pain, une tranche de lard et quelques fruits sont un repas de roi, tout dépend le contexte où nous le mangeons.
          Mais c'est aussi amusant de repenser à mes jours en mer, le ras le bol du maïs et du poisson, je fermais les yeux en songeant à un bon plat en sauce ou un rôti fumé, alors je vous comprends aisément.
          Le goût et l'odeur du plat fantasmé arrive même à nous enivrer de temps en temps.

          Ce soir, nous reprenons les chemins, nous commençons à songer à l'organisation de notre déménagement.
          Cela sera du travail mais ça en vaut la peine.
          Nous espérons être chez nous , entourés de nos amis proches pour la fin d'année.
          Depuis septembre nous ne les avons pas vu, bien entendu je leur ai écris mais partager un bon moment à la maison ou en taverne nous fera du bien.

          J'aime cette période de l'année.
          Marcher dans la neige fraîche qui craque sous nos pieds.
          S'y allonger et faire l'ange, ou faire comme des gamins une bataille de boule de neige ou un bonhomme!
          Parfois, je me dis que je suis toujours cette petite fille qui pensait que le monde était d'une beauté sans pareille.
          Cela fait du bien, parfois, cette forme d'insouciance.

          Alors à mon tour, je vous souhaite une excellente fin d'année.
          Que vous ne soyez pas seule, que vous soyez entourée de rires et sourires, que vous partagiez quelques moments festifs.
          Pensez à ce champagne que je vous offrirai sans faute en vous voyant.
          Quelque soit l'endroit où vous vous trouvez, mes pensées vous accompagnent .
          Je fais le voeux que 1474 nous offre l'opportunité de nous croiser!
          Si vous aussi vous voyagez encore, je vous souhaite une douce nuit éclairée par une pleine lune avec a neige en manteau blanc sur le sol.
          Que vos pas sous doux et les lieux passées agréables.

          Je ne sais pas trop si je vous ai décris un peu ma vie, mais j'ai aimé vous lire et relire.
          Prenez soin de vous, je vous envoie mes sourires amicaux et le désir sincère de faire votre connaissance! Ce sera peut-être mon objectif de l'an à venir!

          Au plaisir de vous lire

          Adrielle


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♥Atelier Au Bonheur des Belles ♥
♥Merci Camomille♥
"Allez vous faire cuire le cul." emprunté à Zulma ♥
Kachina
Floriantis


La chambre d'auberge louée ici n'est pas des plus luxueuses.
Le plancher craque à chacun de ses pas, le lit semble avoir connu de meilleurs jours, même si la literie semble propre.
Quelques toiles d'araignées décorent les poutres au plafond, mais l'aubergiste a pris soin d'allumer un bon feu dans la cheminée.
Etrange paradoxe d'un endroit vétuste qui pourtant se veut accueillant.

Elle s'en accommodera.
Ce n'est qu'une escale après tout, et elle vient de passer plusieurs jours à dormir à la dure dans des bivouacs improvisés, la rapière à portée de main.
Alors prendre repos cette nuit entre 4 murs à l'abri des éléments est vraiment appréciable.
Elle peut ce soir sourire du vent qui fait claquer les volets, et qui annonce pluie froide à venir ou tempête de neige.
Quelle importance, après tout c'est de saison !

Les flammes dans l'âtre dessinent son ombre sur le mur blanchi à la chaux.
Silhouette penchée sur ses écrits, tignasse sombre nonchalamment ramassée en un chignon mal fait calé sur sa nuque... Un châle de laine réchauffant ses épaules.

Il n'y a que le crépitement du bois dans le feu, et le crissement de la plume pour troubler le silence.
Elle peut enfin, en toute quiétude offrir réponse à Floriantis.






Oh là Flo,

J'trouve ça très bien aussi "Flo". Le prince de l'écume me parait trop pompeux pour que je l'attribue à un homme que je ne connais pas... Je laisse Albator à vos amis...

Mais voyez vous, dès la première ligne de votre missive - Mis à part le fait que j'aie compris que vous avez un excellent odorat - je vous ai collé direct dans la case : marin.

Et j'ai souri... Parce que la mer a failli me tuer un jour. De foutus corsaires ont eu raison du navire qui abritait une armée bretonne partie prendre Rouen....
Et puis la mer m'a sauvée une autre fois.... Sous les traits d'un homme amoureux d'elle, qui m'a entrainée dans une aventure quand je ne valais plus grand chose. J'y ai retrouvé le goût de vivre et l'envie.

Nous avons donc déjà ce point commun vous et moi. Même si je vous pense beaucoup plus téméraire et courageux à fendre les flots.
Cette étendue bleue... ou sombre parfois, me fascine et m'effraie toujours autant, à la fois. Si calme et tranquille en apparence et pourtant prête à se déchainer en furie au premier coup de vent mauvais.
Les parfums d'embruns, le bruit du ressac et des vagues qui cognent sur la coque, par le diable oui je connais.
La houle qui vous retourne l'estomac ou qui vous fait tanguer mieux que dix pintes de bière avalées d'une traite.
J'ai cru comprendre que nous avions aussi un naufrage à notre actif. Le mien , ma foi était mérité. Il n'était que réplique au mauvais coup que je m'apprêtais à faire avec mes compagnons affublés de bonnets rouges pour l'occasion.
Mais le vôtre, qu'en est-il ? Les One encore ? Des représailles ? Une tempête ?

Il y a deux filles qui ont trouvé un de mes pigeons, elles aussi. Elles aussi aiment les bâteaux. Avouez que le destin aime à se jouer de nous parfois.

Je sais, oh oui, cette ivresse qui vous prend, quand voguant sur les flots, on se croit le maïtre du monde... Quand plus rien ne semble faire obstacle à la découverte d'autres cultures, d'autres terres, d'autres visages.
Mais je sais aussi les tripes qui se nouent au plus noir de la nuit, quand sur le pont, on se sent minuscule dans cette obscurité , face à cette immensité d'eau sombre.
J'ai perdu un ami cher. Notre capitaine... Il aimait dire que la mer était sa maitresse... Les hommes sont ainsi à aimer par dessus tout celles qui leur résistent, qui ne se donnent jamais tout à fait.

Concernant le pigeon, tant mieux si votre tricorne en est sorti sain et sauf. Mais sachez que je décline toute responsabilité face aux dommages collatéraux de mes pigeons. Ce ne sont même pas mes pigeons.
Je leur ai rendu la liberté en les confiant aux vents, mais à croire qu'ils ont trop joué les serviles puisque certains me reviennent encore.
Et ma foi, pour mon plus grand plaisir, je veux bien l'avouer.
Mais fichtre, qu'il m'est revenu dodu ce pigeon-là ! Remerciez la petite pour moi. Et racontez moi ... Vous l'avez adoptée ?
Il manque à ma vie une sale gamine qui ne manquait pas de répartie et qui amenait bien souvent les rires à nos bouches avant que nombre des miens disparaissent. Vous me l'avez fait souvenir. Mon frère l'avait adoptée.

Bien sur que je vous ai imaginé en vous lisant. Je pense que c'est inconscient, qu'on fait tous ça dans un pareil cas. Mettre un visage au delà de ces lettres noircissant un parchemin.
Je vous ai vu un tantinet fier et cabotin.... Tricorne crânement planté sur la tête, évidemment. Le pas décidé, l'âme aventurière..
Il faut un peu de tout ça pour prendre la mer....
Et je vous ai gratifié d' un grain de folie aussi bien sûr . Après tout, vous m'avez apportée réponse sans me connaitre vraiment. C'est que vous aimez le jeu.
Si vous en avez envie, racontez moi cette auberge....à Nevers. Et pourquoi la folie en enseigne ?

Que vous dire de moi que vous auriez envie de savoir ? Je vis à Limoges, mais mon atelier de tisserande est délaissé depuis plus d'un an.... La mer toujours.... Je n'ai repris pied à terre qu'à la mort de notre Cap.
Mais un homme qui chemine à mes côtés est marin dans l'âme lui aussi. Je pense que je retrouverai un jour le pont d'un navire, les canons à lustrer, le sel asséchant la peau. Mais je n'ai plus envie pour l'instant de servir de terrain de jeu à ces One qui se contentent de couler les navires au port.

Je vous retourne ce pigeon Flo.
Nul doute qu'il saura retrouver pour son plus grand plaisir , la damoiselle qui a pris soin de lui. Et je ne sais si vous aurez envie de poursuivre cette correspondance, mais sachez que j'ai pris plaisir à vous lire.

A quand vous voulez.

Kachina

_________________
Kachina
Kronembourg


Si les autres pigeons ont tous rapporté missives qui amenaient aux lippes de Kachi un sourire ravi, celle ci la laisse plutôt perplexe.
Le ton est différent....

Et puis c'est pas vraiment le jour.
il pleut sur le Mans. Une pluie froide qui donne au coin une ambiance des plus grises. Une brume hivernale semble étouffer la ville. L'humidité s'infiltre partout, et elle qui reste fille du sud et du soleil peine à se réchauffer aujourd'hui.
C'est un peu "faites vos jeux, rien ne va plus" en ces derniers jours de décembre de cette année 1473. Les deux provençaux qui sont ses amis sont bloqués en Bretagne, fauchés par une armée royale..... Comble de l'ironie si elle avait envie de rire, puisque si elle a franchit à nouveau les bornes de Breizh ces derniers temps, c'était pour prêter main forte à ceux du Lys unis par une autre ironie aux Angevins.
Mais elle a ses menstrues. Et si Sub, le frère tant regretté ne se terrait pas depuis des lunes dans un monastère , il vous dirait combien Kachi est avare de rires ces jours là. Combien elle tire la tronche et à quel point elle est redoutable.

Elle n'est pas d'humeur. Elle vient d'ailleurs de foudroyer de son regard clair virant à l'orage l'aubergiste qui a donné un coup de pied au cul d'un chien errant à qui elle filait les restes de son repas. Celui là vient de perdre tout espoir de pourboire.
Pas d'humeur, pas d'appétit... Pas d'envie...

Alors cette missive là....

Cette missive là en vérité l'intrigue de par sa tournure.
Elle repose le pli qu'elle vient de relire pour savourer une bonne gorgée de bière... Regard encore accroché aux mots qui y sont posés.

Deux choses l'interpellent par dessus tout. L'allusion au Joker et ce S qu'elle apparente tout d'abord à un ancien amant... Avant de décider que non.... Cet homme là n'aurait pas évoqué le Joker... vu qu'il ne l'a jamais croisé.

Une envie de ne pas répondre, de balancer la missive dans les braises, de la regarder s'enflammer ...
Oh bien sûr que lorsqu'elle a laché ses pigeons au hasard, elle s'est bien attendue à quelques retours du genre. Et elle n'est pas femme à rechigner à un peu de provocation. Mais là, elle ne rêve que d'aller se blottir sous les fourrures dans cette chambre d'auberge et y passer le reste de la journée à regarder les flammes lécher les pierres de l'âtre, tant elle est lasse de tout.

Lasse de tout ? Pas tant que ça au final.
Un léger sourire chafouin vient effacer la moue boudeuse qu'elle affichait jusqu'alors.
Une envie folle de savoir... Qui se cache derrière ce S....
Et puis plonger un peu dans le côté sombre des choses, a ce petit parfum émoustillant auquel elle n'a jamais su résister.
Cette lettre sonne comme un défi. Et elle n'a jamais su résister à un défi.

Plume est prise, juste après qu'elle ait flatté le flanc du pauvre chien errant qui s'est réfugié sous sa table....
Et les mots marquent le parchemin de leur trainée sombre.





A vous , S comme Sans Nom. Avouez que ça sied bien au côté obscur non ?

Fichtre, au ton de votre lettre, je gage que vous saviez déjà que vos mots m'inspireraient un jeu de piste auquel je ne saurais résister, moi qui ai confié bien des fois mon avenir aux lancers de dés que vous évoquez.
Y a t-il vraiment une règle à suivre lorsqu'on entame un jeu ? L'essentiel n'est -il pas de prendre l'avantage ?

Vous m'avez laissée quelques indices messire le mystérieux, à savoir :

- Vous exercez une haute fonction dans la capitale. Du moins une fonction qui vous importe énormément et qui réclame prudence et discrétion de votre part.

- Nous nous sommes déjà rencontrés. Ce qui vous accorde un temps d'avance, vu que vous savez qui je suis, quand vous me laissez dans l'ignorance. Voilà déjà un peu de sombre à commenter non ? Je peux déjà vous écrire que la période de ma vie au côté du Joker m'a laissée quelques souvenirs, dont un fils que j'ai si peu connu.... et pas mal de désillusions. Mais je ne suis pas femme à renier mes histoires d'amour.
Et puis ça vous situe un peu dans le temps. J'ai barré la case : "jeune jouvenceau "! Cette histoire là date de plus de 10 ans.

- Vous étiez du côté du bien, et puis vous vous êtes rendu compte que c'est parfois ennuyeux. Suivre les règles, se couler dans les cases qu'on nous a imposés à la naissance... Obéir et servir.... Toutes ces foutaises qu'on vous enseigne pour faire de vous un commun des mortels. L'éternelle histoire du fruit défendu.

- Vous souhaitez correspondre, mais en évoquant nos failles, nos erreurs, nos péchés inavouables... Le jeu me plait ma foi.

Je suppose que c'est à moi de commencer ? Soit. Après tout je l'ai bien cherché en envoyant tous ces pigeons au gré du vent du soir.

Le moment où j'ai cessé d'être bonne pour être vraie ?
C'était en Armagnac. Dans mes jeunes années.
Imaginez une toute jeune femme , son panier de linge sur la hanche chaque lundi pour aller au lavoir, fidèle à la messe du dimanche, active sans faiblir à son fournil aux miches dorées et croustillantes, portant des jupes sages.... Quelque peu mutine, mais dévouée à sa contrée d'origine. Même si celle-ci lui avait pris cher un jour.
Dans ce sud qui m'a vue naitre, j'ai fin par devenir bourgmestre.
Et bon sang qu'est ce que j'aimais ça. Aider la jeune débutante, guider le nouvel arrivé. Fournir le précieux bois utile aux artisans. Se réjouir en secret des compliments des miliciens croisés dans la ruelle,mais n'en voir qu'un...
Un homme, un époux... Attiré par le sombre depuis toujours.. Qui s'ennuyait et rêvait d'aventures et de pillage. Celui-là pour lequel j'avais quitté ma ville natale. Cette ville où j'étais aimée de tous...
Il m'avait accompagnée dans ma tâche de bourgmestre.... Alors je me suis sentie redevable... mon mandat achevé.
Et pour lui prouver de quoi j'étais capable par amour -peut-être par peur de le perdre, allez savoir ? - j'ai pillé cette ville qui m'avait vue naitre..
Oh je n'en tire à ce jour aucune gloire. C'était facile. Je rentrais au pays, on m'a ouvert grand les portes et s'emparer des clés de la ville me fut facile. D'autant plus qu'une troupe de hardis compagnons m'accompagnaient.
J'ai donc trahi ce jour là. Pillé la ville mise à sac. Avec au fond des tripes une petite douleur sourde. Celle de la honte, du déshonneur, du regret de décevoir .....

Mais ça n'a duré qu'un instant. Un bref instant.
La vérité, c'est que j'ai aimé ça... Oh bon sang oui.... j'ai aimé.
Défier les convenances, écraser les apparences... Bouleverser l'ordre établi... Semer le désordre, le chaos... Et la vie aussi Messire S....

J'ai aimé. Il y a une étrange jouissance à passer de l'autre côté. Devenir celle qu'on craint, qu'on déteste. Railler les bien pensants et s'accorder le droit de tout.
Et ce goût là ne m'a plus jamais quittée.... J'y avais trouvé ma vraie nature. Les lois ne me concernaient plus... Seule l'envie guiderait mes pas à présent.

Mais je vous imagine piocher du nez sur ma réponse, marmonnant quelque chose à propos des femmes, toujours si prêtes à s'étendre sur leurs souvenirs....

Aussi je vais conclure là.. Mais à mon tour de questionner.

Un petit désir inavouable à me confier sur vélin ? Vous ne risquez pas grand chose, vu que je ne sais qui se cache derrière vos mots.

A vous lire .. A l'encre noire bien entendu... Puisque l'obscur sera notre fil conducteur... Vous l'avez voulu.

Kachina





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Floriantis
- Tréguier, fin décembre 1473 -


Le feu crépite doucement dans l’âtre de la salle d’auberge où il a pris place. Dehors, Tréguier grelotte sous un ciel bas, et la neige menace sans toujours se décider.

Depuis des semaines, le Captain arpente le chemin de la mine, ou casse des cailloux, avec toujours une halte au port ou en haut des falaises.
Le soir, sa fille l’accompagne. Ils refont le monde, leur monde.
Un monde qui les maltraite, les malmène, les ignore parfois… mais se sert d’eux sans vergogne.

Cette fois, l’Alcapari s’est juré que plus jamais on ne profiterait de lui. Ils quitteraient Brest pour un autre port, peut-être proche, peut-être non. Ensuite, ils verraient où leur vie voudrait bien les mener.
Dans leur malheur, ils ont appris sur qui compter. Peu de gens… et, pour une bonne part, des inconnus.

Il vient de terminer une missive pour la Mairesse, une autre pour un ami, et la troisième sera pour Kachina.

Le blond est assis, manteau encore sur les épaules, plume en main.
Mareth somnole non loin, le pigeon roulé en boule dans un coin, repu et parfaitement indifférent au destin du monde.

Il relit la lettre une première fois.
Puis une seconde.
Pas pour la comprendre, elle est très claire, mais parce qu’elle mérite qu’on prenne son temps.

Le nez en l’air, il réfléchit à ce qu’il va bien pouvoir lui raconter.
Des aventures, il en a.
Mais il n’aime pas trop se dévoiler.
Ça viendra sans doute au fil des échanges : il a décidé de jouer le jeu.

D’abord par amusement. Puis par curiosité.
La curiosité de connaître, de deviner, de se dire qu’il existe encore des gens qui s’intéressent aux autres.
Se confier, raconter son passé, ne fait pas de mal.
Et si cela peut l’aider à retrouver un peu de paix intérieure… il ne s’en privera pas.

Un regard vers sa fille endormie, un léger sourire, et il laisse courir sa plume.




Tréguier, le 26 décembre 1473

Ola Kachina,

Vous avez dit quand vous voulez.
Chez moi, les “quand je veux” prennent parfois le large sans prévenir… mais ils finissent toujours par rentrer au port.
Et vous avez raison : Flo me va très bien.

Je suis entré dans la case marin à l’été 61, quand mon chemin a croisé celui d’Harpège. Elle m’a appris à naviguer et m’a transmis sa passion de la mer et des navires. Puis, à l’été 63, j’ai poursuivi cet apprentissage auprès de Tanissa, alors Amirale de France, en intégrant les Corsaires.
Depuis, je traîne mes bottes sur les ponts dès que l’occasion se présente, et souvent même quand elle ne se présente pas.

Je suis parfois trop téméraire, je le reconnais. Et la témérité n’est jamais une bonne conseillère en mer.
J’ai toujours eu besoin d’aller voir les navires de plus près, surtout lorsque mon instinct me souffle qu’ils sont ennemis.
Cela m’a valu un coulage royal du côté du Cotentin, à l’été 67, et la perte de l’Intrépide. Pourquoi avoir appelé ce navire l'Intrépide... je me le demande encore.
Perdre un navire est toujours un déchirement : on met une éternité à en acquérir un, et quelques gougnafiers suffisent à l’envoyer par le fond avant même d’avoir le temps d’avaler un godet de rhum.

Vous dites que la mer a failli vous tuer… et qu’elle vous a sauvée aussi. Elle a ce talent-là. Elle ne choisit pas. Elle prend, elle rend, parfois dans le désordre.
Moi, je ne peux pas m’en passer.
J’ai besoin de la voir, de respirer son parfum, cet air iodé qui me rappelle que je suis vivant.

La première fois que j’ai mis le pied sur un navire, j’ai cru que mon estomac allait me trahir. Puis les bottes s’habituent au pont, et aujourd’hui, c’est presque l’inverse. A terre, j’ai parfois l’impression que le sol se dérobe.
Harpège appelait ça le mal de terre. Elle disait que les marins en souffraient presque tous.

Et ce récent naufrage, je le dois sans nul doute aux one. La Bretagne parle de pirates, mais je sais que non. Les terrestres connaissent mal la mer et parlent trop de ce qu’ils ne maîtrisent pas.
Notre navire avait croisé la flotte one quelques jours auparavant au large du Portugal ; dans sa grande bonté, elle nous avait prévenus que nous pourrions devenir des proies selon la tournure des événements bretons.
À peine sortis du port, une caraque de guerre battant pavillon anglais nous attendait.
La suite fut brève.

C’était mon quatrième naufrage. J’en suis revenu, mais je sais bien que la chance ne m’accompagnera pas toujours.
Vous avez raison : les marins aiment la mer parce qu’elle leur résiste… et parce qu’elle gagne souvent, mais à la loyale.

Concernant le pigeon, je plaide coupable : Mareth le nourrit bien trop. J'ai adopté cette gamine... avec le cœur.
Elle devait avoir une dizaine d’années quand la Flamboyante l’a rencontrée. Elle survivait seule, vivait de petits larcins, plus farouche que moi. Avec le temps, nous nous sommes apprivoisés l’un l’autre.
Aujourd'hui elle est mon matelot, mon ombre, celle qui me pousse à avancer. Je vous souhaite d'avoir vous aussi une petite étoile.

Quant au Grain de Folie, il me vient de ma sœur aînée, qui tenait une auberge de ce nom à Langres il y a bien des années. Elle disait souvent que sans folie, on n’était rien. J’ai gardé ce grain-là. Mon auberge était simple, bruyante, pleine de rires et de récits improbables.
J'y ai même croisé la Princesse Armoria un soir... du temps où les princesses étaient très rares, pas comme aujourd'hui.
On y croisait des marins de passage, des gens perdus, et d’autres qui faisaient semblant de ne pas l’être.
La folie, parfois, c’est simplement continuer quand tout le monde vous dirait de vous arrêter.

Et vous, Kachina…
Comment allez-vous, vraiment ?
Votre hiver est-il plus clément que le nôtre ?
La tisserande sommeille-t-elle toujours, ou vos mains retrouvent-elles parfois le fil ? Tisserande, c’est créer… et parfois offrir joliment un peu de rêve.
Et la mer vous manque-t-elle, même si vous la laissez encore à distance à cause de ces maudits one ?

Je vous laisse ces questions comme on laisse une bouteille à l’eau.
J’aurais bien d’autres aventures à vous conter, et sans nul doute quelques anecdotes. J'ai toujours tenu mon journal de bord, et j'ai bonne mémoire : je me souviens des belles choses… comme des mauvaises, hélas.

Quoi qu’il en soit, je répondrai toujours à vos pigeons, même si ma plume prend parfois le large, pour toujours revenir.
Et surtout, prenez soin de vous… et de l’homme qui chemine à vos côtés.

À quand vous voulez.
Maritimement,

Flo


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Kachina
Lee


Elle a intégré une armée... Sans vraiment beaucoup de convictions... Peut--être parce que Nessia l'a invitée , qui sait ?
La vérité, c'est qu'elle aime cette Breizh où elle a failli vivre un temps et ça lui déplait de la voir ainsi malmenée. Et puis ce qu'elle veut, elle, c'est occire tout ce qui ressemble à un One... Ces drôles de loups de mer qu'on ne voit jamais mais qui alimentent toutes les conversations dans les tavernes de France et de Navarre depuis des mois.

L'autre vérité, c'est que depuis un an, elle ne se plait qu'à défier la Camarde? Comme si avoir survécu à l'époux était péché mortel et qu'elle ne pouvait plus vivre à présent qu'en marchant sur le fil du danger sans cesse....

Sab a souhaité la rejoindre quand elle lui a écrit avoir déserté plus tard.... Le destin prend parfois l'apparence de sacoches trop chargées.... laissant Kachi au bord du chemin un matin, alors que ses compagnons armés filaient plus loin.

Et du coup la belle Arlésienne, s'est trouvée blessée par les lames d'une armée....
Alors, oubliés les rêves de quitter la Bretagne. L'urgence est à retrouver l'amie, pour l'accompagner dans sa convalescence qui promet d'être longue.

Ils étaient trois, à quitter le Mans alors que sonnaient 12 coups au clocher, par une nuit sombre et froide... Ils se sont faufilés, le coeur cognant comme un fou sous leurs côtes au moindre feu de camp signalant un bivouac militaire, se fondant dans la nuit parfois, avec une seule envie : apercevoir à l'aube les contreforts de la ville bretonne. Elle avait dit au départ avec cette insolence qui la caractérise parfois, affichant un sourire chafouin :


- Vaille que vaille et hauts les coeurs ! ça passe ou ça casse !

Et ils sont passés. Ils sont arrivés comme un parfait cadeau de Noël pour retrouver Sab et Alejandro.

Depuis, elle arpente les sentiers; chaque matin qui recommence à la recherche des simples qui serviront aux précieux philtres censés requinquer les deux blessés au plus vite.

Bottes de cuir et vesture de lainage chaud protègent son corps des froidures de l'hiver.
Elle laisse - en marchant - ses pensées vagabonder vers un autre temps. Sur ces terres de Brocéliande, elle a un jour fait naufrage et ses proches étaient venus lui porter secours. De Théa, la soeur ainée, elle n'a plus de nouvelles, mais elle imagine la brunette poursuivre sa vie de rebelle.... Elle l'espère heureuse, elle pourrait lui écrire de temps en temps, mais leurs chemins ont bifurqué il y a bien longtemps.
Pour ce qui est d' Owen le frère, tant aimé, retrouvé si tard et perdu si vite , il lui manquera toujours un peu. Beaucoup..... Bon sang oui, beaucoup....
Ces deux-là étaient là, accourus à sa rescousse, quand on l'avait récupérée sur une plage de St Brieuc accrochée encore à sa planche, son bras libre enserrant le chat qu'elle s'était refusée d'abandonner. Foutrement mal en point.
Elle se souvient aussi à cet instant , de cette femme qui lui avait fourni moultes onguents, sans rien demander en échange. Elle qui oublie souvent les noms, les visages ,garde gravé le prénom de cette fille-là... Caliana....

Aujourd'hui, elle en a tant perdu, qu'elle a aimés, et c'est à son tour d'aider du mieux qu'elle peut Sabdel. Les rôles sont inversés.

C'est pourquoi le berger du coin la voit passer, regard clair à l'affut de la moindre simple dont le nom est inscrit sur le parchemin qu'elle tient en main.
Elle lui offre un salut rapide, toute entière à sa quête et se répète leurs noms à voix haute, comme un mantra. C'est un peu comme si elle avait ce pouvoir en les nommant de les faire apparaitre à ses yeux.
Si le vieux barbu qui rappelle son chien en la voyant gravir le sentier le voulait, il pourrait aisément la désigner comme une créature du diable - même si sa tignasse de jais n'a rien de flamboyant - tant sa mise est celle d'une sauvageonne en ce jour de fin décembre de l'an de grâce 1473.


- Céleri... Partenelle.... Tilleul.... Marjolaine....

Et de temps en temps, son pas s'arrête. Elle se penche , s'accroupit et casse quelques tiges des plantes convoitées, sourire vainqueur en bouche...

Et puis quand le vent sé déchaine, quand il souffle trop fort, malmenant ses jupons , mordant ses joues, et engourdissant ses mains malgré les mitaines qui la réchauffent.. Quand elle n'aspire plus qu'à se caler au coin du feu, elle rentre à l'auberge .

Elle dévale la pente en courant, pour retrouver les venelles et ruelles de la ville, son précieux butin rangé au fond de sa besace de cuir usé...

La soupe qu'une servante vient de poser devant elle est bien trop brûlante pour qu'elle se hasarde à y tremper les lèvres. Alors , en attendant que celle ci refroidisse, elle répond à Leely.





Lee,

Je suis en Bretagne à ce jour. C'est étrange voyez ? Vous avez dédaigné Calais, quand j'ai choisi Rennes.
Je crois que j'espérais encore voir enfin en face ces One qu'il me déplait à ce jour d'évoquer.
C'est un peu comme quand vous avez abusé de bonne chère, que vous avez ripaillé à vous en faire éclater la panse et que la moindre nourriture passant sous vos yeux vous donne des hauts le coeur.
C'est vrai quoi... On ne les voit jamais vraiment... Ils frappent toujours en douce...
J'en ai assez qu'ils dictent mes envies et ma vie depuis un an.
Et puis foutre dieu, parfois je me demande s'ils ne sont pas sortis de nos imaginations lassées de l'ennui qui s'infiltre un peu plus chaque jour en nos royaumes.
Qu'ils mettent donc un jour pied à terre s'ils veulent notre France et nous saurons les recevoir. Foi de Kachi.

Je vous passerai mon engagement dans une armée, et puis ma désertion. L'inconstance toujours Lee, ou le foutu sort qui a glissé dans mes sacoches une pièce de viande quand elles débordaient déjà de maïs.. Je vous laisse choisir au final.

Parfois le sort aime à jouer avec vous. Vous avez sûrement connu ça. J'ai déserté et les deux amis qui m'avaient accompagnée dans cette aventure... qui n'en fut pas vraiment une.... m'ont rejointe. Et puis deux amis provençaux restés à Rennes ont voulu nous retrouver et paf.....

Mais non, aucun One voyons... Suivez un peu Lee, je vous ai dit que peut-être ils n'existent même pas.... Une armée alliée........ qui s'est méprise....
Et retour à la case départ pour nos amis...

Du coup me voici moi aussi de retour à Rennes, pour quelque temps... Je passe mes journées à cueillir des simples, au lieu de trancher le cou d'ennemis imaginaires... Et je le passe aussi en revoyant ces lieux familiers, à me souvenir aussi qu'un jour j'ai rêvé de vivre sur ces terres bretonnes.

Je crois qu'à ce jour je ne suis plus d'aucune terre Lee....
Quant à la vie que vous jugez si belle.. Et par le diable, oh que oui, elle l'est... J'ai failli la quitter il y a plus d'un an de ça.... Mais le destin a truqué les cartes et je suis restée en vie. C'est donc une survivante qui vous écrit Lee, mais je ne souhaite en aucun cas me vanter de ça.... J'ai continué de respirer, mais j'ai parfois l'impression que mon coeur s'est arrêté de battre.

Bigre, je me relis et je me dis que je vais vous filer le cafard là...
Nous arrivons au terme de cette année.... Elle m'aura vue ressasser le passé bien de trop encore, elle aura connu mes rires, allumé en moi moultes espoirs de renaissance encore...
La vie quoi.. Avec ses hauts, ses bas.. Mais celle qu'il faut dévorer avec gourmandise, au son des chopes qui s'entrechoquent parfois au détour d'une auberge , en reprenant un chant grivois.

Vous êtes comme moi Lee.. Toujours à fleur de peau, le coeur en dehors, les sens en éveil de tout ce qui pourrait les émerveiller.

Vous avez raison et je le sais aujourd'hui. Nous pourrons toujours nous relever de tout... Je l'ai prouvé... Mais avouez que parfois le prix à payer est lourd... Peu importe, non , nous ne sommes pas radines, vous et moi Je n'ai jamais rechigné à payer le prix d'une belle histoire.

Avez vous aimé Lee ? Vraiment aimé ? Etes vous amoureuse à ce jour ? Vous m'racontez ?

Nous nous croiserons, je n'en doute pas... Ces royaumes nous offrent parfois de bien jolies surprises, comme ces radeaux qui viennent à nous lorsque nous faisons naufrage.

Notez que deux mois ne se sont pas écoulés hum ? Mais si on se croise et que vous désirez me frapper, ma foi... Sachez que je manie bien l'épée ou l'arc et que nous pourrons toujours nous affronter sur un terrain de lice.

Je vous souhaite de terminer l'année en beauté Lee. Vous restez une bien jolie découverte pour agrémenter la mienne....

A vous lire..... Un homme que j'ai bien connu vous dirait : N'oubliez surtout pas d'être heureuse.

Kachi.


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Tristan...
30 Décembre 1473
Pigeon vole ou pigeon nage...


Le soleil déclinait sur Tavsanli, étirant les ombres des platanes centenaires jusqu’au campement. Tristan, assis sur un billot de bois, surveillait d'un œil distrait son écuelle de terre cuite où mijotait un bouillon de racines et de lard. Le silence de la ville morte était si profond qu'on aurait pu entendre une aiguille tomber dans la poussière.

Soudain, un froissement d'ailes précipité déchira l'air calme. Avant que Tristan n'ait pu lever les yeux, un projectile de plumes grises vint percuter son épaule avec la force d'un caillou de fronde. Dans un cri de surprise qui n'avait rien de cartésien, le colosse faillit basculer en arrière. Le pigeon, manifestement épuisé et l’œil révulsé par la fatigue, ne trouva rien de mieux que de tenter un amerrissage désespéré dans le bouillon brûlant. D'un réflexe salvateur, il plongea sa main de géant dans l'écuelle pour saisir l'oiseau par les ailes juste avant qu'il ne s'ébouillante. Une gerbe de soupe grasse aspergea sa tunique de laine sombre et son visage.

Diantre ! Corne de Bouc! tonna-t-il en essuyant une goutte de bouillon sur son nez. Voilà que le ciel se met à pleuvoir des volatiles suicidaires !

Sauveur s'approchait en frétillant de la queue, espérant une part du festin tombé du ciel. Mais Tristan avait remarqué le petit étui de cuir attaché à la patte de l'animal. Il sécha doucement l'oiseau près du feu, lui offrit quelques grains de blé, et déplia le parchemin. En découvrant l'écriture fine et l'odeur persistante du jasmin, son irritation se mua en une stupéfaction totale.
Il resta un long moment immobile, le pli à la main, déstabilisé par cette intrusion poétique au seuil de sa traversée du désert. Puis, un sourire rare étira ses lèvres. Il sortit son écritoire de voyage et rédigea cette réponse à la Dame nommée Kachina.






À vous, Kachina, Dame des Courants d'Air et de la Confusion,

Sachez que votre émissaire a bien failli finir en gibier d'eau ! Il a choisi de plonger tête première dans mon unique repas de la journée au moment précis où je cherchais dans la vapeur de mon bouillon le chemin du bonheur absolu. Je ne suis ni en train de bander un arc, ni perdu dans les vapeurs de l'alcool, mais je suis présentement couvert de graisse de lard et de plumes !

Vous jouez avec le sort ? Eh bien, le sort a un humour singulier : il a envoyé votre missive à un homme qui, dans trois jours, ne verra plus que du sable à perte de vue.

Vous m'imaginez râlant ? Vous avez vu juste ! J'ai pesté contre ce pauvre oiseau mais le jasmin de votre papier a eu raison de ma mauvaise humeur. Votre audace me surprend bien davantage que toutes les grandes leçons de sagesse que j'ai pu lire.

Vous voulez parler des prix du marché ? Ici, à Tavsanli, le silence ne coûte rien et la poussière est gratuite. Quant à mes secrets... le plus grand pour l'instant est que je m'apprête à traverser dix-sept jours de néant avec pour seuls témoins deux chiens, une charrette et le souvenir d'une inconnue qui écrit sur le rebord des fenêtres.

J'accepte votre défi, Kachina. Puisque vous aimez imaginer, imaginez ceci : un géant de Montpellier, au milieu de l'Empire Ottoman, qui discute avec un pigeon mouillé sous les étoiles de l'Anatolie.

Je vous salue, Inconnue, et si ce pigeon retrouve votre fenêtre, sachez qu'il sent désormais un peu le thym et le bouillon de Tavsanli. C'est là mon seul parfum du moment...

Tristan.


Il roula le parchemin, le fixa avec soin à la patte du pigeon qui semblait avoir retrouvé des forces, et le lança vers le ciel d'encre.
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Création de Gretel du Manoir des Artistes!
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Leely
La fin d'année est terminée pour accueillir la nouvelle.

Je n'aime pas vraiment me dire que le temps passe si vite, trop vite.
Dans tous les cas je n'aurai pas pris le temps de la voir, cette année a été ponctuée de voyages et de voyages, assez pour me demander si finalement j'étais bien chez moi ?

La question revient sans cesse, mais la suivante aussi. Où aller ?
L'herbe sera-elle plus verte ailleurs ?
Bien que cette question soit débile puisque l'herbe est de la même couleur partout, non ?

Je reviens d'une petite retraite, ça m' a fait un bien fou, avant je n'y mettais jamais les pieds et aujourd'hui ça me ferai presque de la peine quand les nonnes me virent en me disant "oust dehors, ras le bol de vous" !
Non mais vraiment, aucune éducation !

Je retrouve donc mon grand chez moi avec plus ou moins de bonheur.

Mais je suis ravie par contre de ces quelques pigeons qui attendent mon retour.
Plus grande est la surprise quand je vois celui de kachi, c'est ton tour charmant volatile.





Kachi,

J'ai trouvé la formule magique, vous menacer de vous frapper.
Je plaisante mais ceci dit, j'adore me battre aussi et j'adore les armes, l’épée me convient bien que j'ai une grande préférence pour les dagues.

On peut les lancer facilement et elles sont discrètes. coupantes mais discrètes.

Je comprends pour ceux qui n'existent pas, je crois que j'aurai fait comme vous, je serai allée directement là-bas en me disant que j'allais leurs mettre la raclée de leurs vie.

C'est la peine qui parle, c'est la douleur qui crie, c'est l'absence qui hurle.

J'ai connu la vie en armée oui, malgré mon jeune âge à cette époque, avec le recul cette période me manque souvent, le nombre fait que nous y sommes bien mais au fond les jours passent et l'on se demande ce que l'on fiche là au lieu de se faire un petit feu au fond d'un bois tranquillou à discuter du morceau de lièvre que l'on va bien pouvoir découper avec nos amis.
Je ne dirai pas de l'inconstance, j'aurai appelé ça de la lucidité.
J'ai une devise qui parfois tombe à pic : La vie est trop courte pour se faire chier.
J'avoue que je l'aime bien celle là, elle me donne une excuse quand je prends les jambes à mon cou et que je me barre sans crier gare.

J'aime à être ainsi et ne pas savoir ce que je vais faire ni prévoir quoi que ce soit.
Tout simplement parce que la vie m' a appris que les dessins que l'on s'imagine ne voient jamais le jour.
Mais à la place de beaux nuages blancs bien souvent le tonnerre prend place et les éclairs à leurs façons sont d'une beauté fascinante.
Vivre sa vie comme l'on peut et avec ce que l'on a à donner. C'est assez simple finalement.
Ne vous en voulez jamais d'être et de rester vous, quoi qu'il en coûte et oui, je vous le confirme, on va le payer un bras et même les deux et ce sera sans chocolat, assurément, forcement, irrémédiablement.

Mais rester soi et rester libre, quoi que cela puisse nous coûter nous fait chaque jour nous tenir debout et avancer.
Je n'ai aucun regret d'avoir fait de bons et de mauvais choix.
Chacun d'eux ont contribué à fabriquer cette folie douce qui m'accompagne.
Peu de gens peuvent comprendre mais après tout, est-ce important ?
Chacun sa route et chacun son chemin. Je ne souhaite que la surprise et le rire au prochain carrefour, puissent les aigris et ruminants trouver le leurs.

Vrai que je nous trouve beaucoup de points communs à travers ces mots moi aussi.
Vous avez la chance d'avoir de vrais amis autour de vous, oui, je fais un peu la différence ces derniers temps entre les vrais, ceux qui prennent de vos nouvelles qui s'interrogent à votre sujet et les presque vrais, ceux qui pensent à vous uniquement quand ils vous voient, oui, oui, je vois votre sourire, vous en connaissez aussi beaucoup des comme ça, n'est-ce pas ?
Mais bon, on va dire que ce sont des amis aussi, sinon, il ne resterait pas grand monde.

Si j'ai aimé Lee ? Mais oui ! Je l'aime à la folie ! D'ailleurs je l'aime toujours, son charisme, sa finesse, son intelligence à ne pas souvent répondre aux questions que l'on lui pose font qu'en fait, si j'étais un homme, je serais complétement fou d'elle !

J'ai hâte de vous rencontrer, je crois que ce sera une autre folie que d'échanger ailleurs que sur nos délicieux parchemins. Je n'ai pas de doutes non plus.

Je vous souhaite d'ici là Kachi, une merveilleuse nouvelle année, pleine de surprises de joie et d'humour pour commencer. Faites vivre vos rêves et au grand plaisir de vous lire.
Sans menaces et sans armes, j'adore vous lire et vous découvrir au fil du temps.

N'oubliez pas de rester vous, cet homme n'était pas idiot, je crois que je vais suivre son conseil. C'est vrai, être heureuse ça peut se tenter.

Lee






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Kachina
Adrielle


Janvier est là. Qui tourne le dos à l'an passé. Et avec lui le froid.
Elle ne quitte sa chambrée que pour de petites escapades en ville. Le temps de partager quelques verres dans une auberge du coin entre amis, celui de savourer un ragout fumant ou de quelques échanges avec les locaux.
Quand elle se sent d'humeur courageuse, elle quitte la ville pour arpenter les sentiers environnants, s'émerveillant de croiser parfois au détour d'un chemin enneigé un lièvre détalant devant elle.

Elle n'envoie plus de voeux depuis longtemps. Parce que les plus chers ont disparu.
Et que ça ne veut pas dire grand chose au final... Se souhaiter le meilleur..... quand on sait tous que la vie nous cueille en chemin....

Ce 8 du mois de janvier la voit flâner en ville chaudement emmitouflée dans une cape de lainage chaud à la capuche ourlée de renard. Elle croise une vieille paysanne venue vendre ses oeufs sur la grand'place, et s'arrête un instant devant la fontaine où l'eau ne coule plus, parce que gelée.
Elle peste en silence contre cet hiver , en digne fille du sud. Mais sa mine boudeuse se fend vite d'un sourire quand une bande de mioches des rues lui souhaite la bonne année et s'étonnent de son accent. Elle se joint à eux en riant, pour une course folle dans les venelles étroites. Mais les chenapans, sont bien plus lestes et vifs qu'elle et elle abandonne vite, essoufflée, mais ravie, en apercevant l'enseigne de l'auberge où elle a pris chambrée.

Cette après midi la trouve calmement attablée, non loin du feu dans la grande salle . Chaque client qui entre apporte avec lui un courant d'air glacial, et chaque nouveau venu se hâte vite de refermer la lourde porte de chêne qui grince sur ses gonds.

Il est temps de répondre à ses courriers de retard. Les pigeons ont assez paressé.





Adrielle,

Vous évoquez ce temps capricieux... Et du coup me vient à l'esprit que ça fait déjà un certain temps que nous correspondons. Ce pigeon a tissé entre nous comme un fil invisible qui nous relie. C'est une sensation étrange de se confier à une parfaite inconnue. Quoique le mot "inconnue" ne vous sied plus à ce jour. Vous me semblez déjà si familière.
Qui, dites moi depuis la nuit des temps a commencé ce jeu de s'envoyer messages. J'imagine que les premiers échanges étaient pour la plupart brefs... Du genre à avertir d'un danger ou à recommander un vassal, un employé. Seule la caste des nantis pouvait jouer de la plume. Il faut déjà savoir lire et écrire pour ça. J'aime à imaginer les échanges amoureux qu'on se glissait en douce , quand la chaperonne accompagnant la jeune pucelle avait le dos tourné. Des mots bienséants et timides qui pourtant devaient enflammer le coeur des damoiselles ou des jouvenceaux.

Mais je m'égare ... J'ai ce défaut de partir très vite dans des délires pas possibles, à propos de tout, de rien. J'aime les mots... Et on m'accuse souvent de trop de bavardages ou d'accaparer la conversation autour d'une table de taverne. On m'a dit un jour que c'est parce que je n'aime pas le vide. Et c'est vrai.... La vie est mouvement et tourbillon....

Je suis désolée pour votre nave. Au moins, votre amie est saine et sauve. J'ai pu rejoindre la mienne le matin même de Noël. Elle avait été blessée par une armée alliée. La vie se plait parfois à nous jouer des tours... Elle et un autre ami se remettent lentement, mais sûrement. J'avoue avoir déjà les pieds qui me démangent de reprendre les chemins.
La plupart des armées ont déserté Rennes. A l'effervescence provoquée par toutes ces soldats en armes, des derniers temps a succédé un calme étrange. Et la neige qui recouvre le sol ces derniers jours rend tout plus feutré, plus doux.
On retrouve de temps en temps un peu de nourriture sur les étals du marché. La vie reprend doucement son cours.

Il fut un temps Adrielle, où, pour la nouvelle année, je croulais sous les courriers. Je passais des heures à envoyer mes voeux à des proches au loin. Aujourd'hui je réalise que ces pigeons espagnols me fournissent l'occasion de manier la plume. Sinon, je pourrais compter sur les doigts de la main ceux à qui je pourrais écrire.
Que sont mes amis devenus dit le poète.... La plupart des miens ont disparu. Mais certains soirs, il me semble encore entendre résonner leurs éclats de rires et leurs chants aux murs des auberges. Je ne les pleure pas, je les honore de toute ma fougue et mon envie de vivre.

Je me languis de mon atelier de tisserande parfois... Alors j'ai fouillé dans mes malles ces jours derniers et j'y ai déniché un coupon de percale fine. Je l'ai ourlé de dentelle à points serrés. Vous trouverez donc accompagnant ce pli un joli mouchoir blanc brodé à votre prénom. Je vais en coudre un à Leely. Leely, c'est une fille comme vous qui a un jour récupèré un de mes pigeons et qui m'écrit depuis. Elle aussi aime les bateaux.

L'an passé m'a pris un ami cher. L'année d'avant m'avait pris frère et époux.
Que cette année me donne.... Qu'elle ne me retire plus rien.... Enfin qu'elle évite de me donner trop de rides et de cheveux blancs. Qu'elle me donne... Qu'elle vous donne aussi à vous Adrielle, des surprises, des belles rencontres.. De celles que vous décrivez si bien.... Et puis l'envie toujours.... Qu'elle me donne l'envie....

A vous lire Adrielle. Bonne année à vous depuis Rennes.

Kachina

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Kachina
Floriantis


Chacun est fait comme il est
Chacun prend feu comme il peut
Mais sous le ciel immense
Tous les rochers du silence
Tous les oiseaux en partance
Se retrouvent parfois.*


- Corne de bouc, elle prend bien trop ses aises cette étrangère. Aucune gêne cette vaurienne !
- Cesse femme, elle fait point d'mal. Et puis c'est pas comme si la salle était pleine à craquer bondiou.
- Pffff, j'vois bien comme tu lorgnes sur elle et comme tu rajoutes parfois un fruit à son repas. Tout ça parce qu'elle est plus jeune que moi !
- J'suis un bon chrétien moi, pas comme toi qui médis tout le temps sur tous ! Dis toi qu'elle nous rapporte quelques sous. Tu pleunicheras quand elle partira et que sa chambre restera vide !


Avec l'audace et l'insolence qui la caractérisent bien souvent, elle s'est accaparée deux tables d'auberge qu'elle a tirées côte à côte. Ce qui a provoqué tout d'abord le courroux de la femme de l'aubergiste. Mais il reste bien assez de tables pour accueillir d'éventuels clients... et si elle a bien vu le regard noir que lui jetait la femme, elle s'en moque comme de l'an mille. Elle ne dérange personne dans ce coin-là et la chambre louée est trop petite pour qu'elle puisse ainsi s'occuper. En d'autres temps, elle aurait pris son ouvrage pour s'installer dans un coin dehors, mais elle n'a pas ce courage de braver le froid de janvier, frileuse à ja... mais...

Sur la première table, elle a déroulé un coupon de percale fine blanche et un long ruban de dentelle ouvragée. A côté quelques bobines de fil, des ciseaux, des aiguilles. Et c'est attablée à la seconde qu'elle ourle, brode s'arrêtant parfois pour boire une gorgée d'hypocras, ou pour se perdre dans les flammes qui lèchent les pierres de l'âtre.
Un châle de lainage posé sur ses épaules et sa lourde tignasse sombre rassemblée en un chignon mal fait calé bas sur sa nuque, elle se replonge ensuite toute entière dans sa tâche.

Elle crée ainsi quelques jolis mouchoirs qu'elle songe à offrir à qui aura ses faveurs. C'est que son atelier lui manque.... Là bas à Limoges, elle découpait dans la soie pour des tenues à faire rêver les coquettes du Limousin. Elle est heureuse d'avoir songé à emporter dans ses malles quelques tissus au cas où. Et de quoi coudre aussi.

Quand lassée de rester courbée sur son ouvrage, elle décide d'arrêter sa couture, elle se lève pour rejoindre le comptoir et avec un petit sourire gentiment moqueur, elle tend à l'aubergiste acariâtre un mouchoir brodé aux couleurs de Rennes.

- Tenez Dame ! C'est pour le dérangement !
- Oooh Merci !!! Je disais justement à mon époux que vous me sembliez bien affairée à coudre ! Et qu'il faisait bon vous avoir comme cliente ! J'vous sers encore un peu d'hypocras ?
- Mais oui, volontiers , si c'est vous qui offrez !


Sans plus attendre, elle rejoint sa table, range le joli foutoir qu'elle a mené là et sort son nécessaire d'écriture pour continuer à répondre à ces inconnus, inconnues qui égaient sa vie depuis qu'elle a quitté l'Espagne en automne.





Rennes, le 8 de janvier

Flo,

Foutre Dieu, vous avez servi Tanissa... C'est elle qui donna un jour l'ordre de couler le navire de guerre sur lequel j'avais embarqué. Et là du coup je vous imagine armant le cânon qui éventra notre embarcation un maudit jour de janvier. Avouez que ce serait tout de même une drole d'ironie non ?
Bon j'ai survécu.. Et puis vous aussi un jour vous avez été coulé par une armée royale de ce que j'ai lu aussi de vous. L'équilibre s'en trouve rétabli, quelque peu. Et puis nous avons la Bretagne en commun et la beauté des côtes du Portugal aussi.

Je suis à Rennes. A attendre que des amis guérissent de leurs blessures. Une drôle de guerre ici. Une guerre qui n'en n'est pas vraiment une. Des ennemis absents , et des bretons qu'on accuse de complicité... J'avoue rester songeuse devant tout ça.
Mais j'avoue aussi adorer par dessus tout me mettre dans des situations impossibles, alors je ne vais pas me plaindre. Je suis en Breizh, voilà. Et j'ai retrouvé avec plaisir ces paysages d'un temps d'avant... Quand je portais un bonnet rouge pour narguer ceux du Lys. L'année passée m'a vue cirer le pont d'un navire oeuvrant pour la royauté.
Suis je donc à ce point inconstante Flo ? J'ai peur que oui.

Quatre naufrages et vous y retournez. Et vous vous demandez pourquoi avoir appelé votre bateau "l'Intrépide " ? Vous vous foutez de moi là, non ?

Elle avait raison votre soeur pour la folie. Elle fait de nous des êtres vivants, avec le coeur cognant sous les côtes, le vif argent coulant dans nos veines. Et vous avez raison vous aussi... continuer malgré tout.... Il faut être fou pour ça.. Mais parfois qu'est ce que ça vaut le coup....

Et moi comment je vais ? On est censés répondre des trucs comme : oh moi ça va ! J'vais bien... ou bien je ne vais pas trop bien.
Je me contenterai de voler le a pour vous dire que ma foi, je vis....
L'hiver n'est pas clément, oh non. Il ne le sera jamais pour la fille du sud que je suis et resterai toujours un peu. J'ai vu le jour en Armagnac et j'ai passé beaucoup de temps en Provence... Je pourrais vous tenir éveillé une nuit durant, rien qu'à vous vanter la beauté des calanques. Mais là encore la mer toujours... Flo....
Elle ne me manque pas vraiment. Je suis moins amoureuse d'elle que vous semblez l'être. Mais je sais qu'au prochain coup de folie, je franchirai à nouveau la passerelle me menant sur le pont d'un navire en partance pour je ne sais où.

La tisserande vit toujours en moi. Je suis parfaite d'ailleurs pour réparer les voiles abimées par les vents contraires, sachez le. Et d'ailleurs, j'ai noué au cou du pigeon dodu un mouchoir de percale fine ourlé de dentelle que vous pourrez offrir à votre petite protégée en remerciement d'avoir pris soin de ce volatile qui nous relie.

Avouez ça tient à peu de choses parfois la vie. Un simple oiseau et nous échangeons sur nos vies sans nous être jamais croisés. Je l'ai brodé au fil d'or.... Les dames de Limoges sont des plus coquettes et je leur créais des parures dignes d'une reyne parfois, ce qui explique ce précieux fil. Mareth, j'espère l'avoir bien écrit... Sinon, ça sera votre faute.. Et puis je me suis amusée à broder un pigeon au coin droit. Comme un petit clin d'oeil. J'espère que ça lui plaira et dites lui surtout que je ne veux pas de pleurs sur ce mouchoir. Qu'il serve simplement à charmer un jouvenceau quand elle aura l'âge. D'ailleurs quel âge à t'elle ?

Et puisque c'est à mon tour les questions.... dites moi :

- Qui était cette Harpège ? Une amie, une amante, un grand amour ? Est elle toujours en vie ? Près de vous ?

J'ai tenu un journal aussi un temps. Il faudrait que je le recherche tiens quand je rentrerai à Limoges. Je pourrais être étonnée de ce que j'y avais écrit.

Puisez dans votre journal de bord et racontez moi une jolie anecdote vous concernant, un épisode chouette de votre vie. Et parce qu'il n'y a pas jour sans nuit, dites moi en un autre plus triste, plus sombre.

A vous lire. Et bonne année, puisqu'il est d'usage de se souhaiter l'année belle. Sur mer ou sur terre, plein d'heures rieuses pour vous Flo.

Kachina




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Kachina
Tristan


Elle pousse la porte grinçante de l'écurie, et une odeur de paille et de foin, mêlée au parfum des chevaux vient immédiatement chatouiller ses narines. Le regard clair fouille l'endroit jusqu'à s'arrêter sur le cheval bai, consigné dans un box. Elle sait que son fidèle compagnon ne doit rêver qu'à de folles chevauchées. Peu lui importe l'air pur et glacial de janvier, il est prêt à affronter tempêtes de neige et frimas, tant que les chemins s'offrent à lui. Ils se ressemblent sur ce point. Epris d'espace et de paysages, de lieux nouveaux à découvrir.

Un joyeux hennissement accueille l'arrivée de sa maitresse, suivi d'un coup de museau à l'épaule féminine quand elle le rejoint.


- On part ce soir mon tout beau ! Tout va bien !
- On rentre chez nous ! Bientôt !

La voix est douce et caressante, alors que sa main droite s'empare déjà de l'étrille accrochée à un clou enfoncé dans une poutre de l'écurie.
Et ses gestes sont aussi tendres que sûrs et familiers au cheval, quand elle passe la brosse du cou aux flancs chauds. Elle s'applique, elle prend le temps.


Quand elle a terminé de prendre soin de sa monture, que Forban est sellé et piaffe déjà d'impatience, elle s'assied sans façon sur une caisse en bois retournée et sort sa planche d'écriture de la besace pendant à son épaule.

- Patience, on attend le reste du groupe.... J'ai le temps d'une missive encore je pense, la demie n'a pas encore sonné au clocher. Le soir n'est pas encore tombé.


Et par la porte branlante restée entrouverte, un rayon de soleil , comme parfois en offre janvier vient éclairer ses écrits, allumant la tignasse sombre qui effleure par instant le parchemin - de reflets chauds




A vous messire Tristan, qui me semblez être un grand voyageur devant l'Eternel,

Je me doutais un peu que ce pigeon était des plus téméraires. Il fut le premier à s'envoler et je comprends à votre missive pourquoi il fut si long à me revenir. Il a parcouru des lieues et des lieues avant de me retrouver.

Vous évoquez l'Empire Ottoman, je pourrais vous conter Breizh et ses sortilèges, ses korrigans et Brocéliande, ses légendes . C'est là où je me trouve en ce début d'année.
Au sable que vos pieds doivent fouler à l'instant où j'écris, je pourrais vous opposer la folie des vagues qui se déchainent et viennent passer leur colère sur les rivages ou les phares les jours de tempête.
Fichtre que ce pigeon là me mène loin. Racontez moi si le coeur vous en dit, ces pays lointains que je ne connais que de nom.
Fait il aussi chaud qu'on le dit ? Est ce vrai qu'on y trouve des fruits aux saveurs sans pareilles ? Et des parfums enivrants ? Allez vous chercher des épices par là bas ? D'ailleurs qu'est ce que vous faites par là bas ? Etes vous en croisade ou parcourez vous ces chemins d'Orient en pélerin pénitent désireux d'expier je ne sais quelle faute ? Cherchez vous ce fameux Graal dont on parle tant dans les grimoires ?
Allez vous retrouver des amis ? Une maison ? Une femme ? Un rêve perdu ?

Vous me voyez pleine d'audace à avoir envoyé ces bestioles censés tomber entre les mains de parfaits inconnus. Et à vrai dire je n'en manque pas, il est vrai. Mais ces pigeons envoyés au hasard ne démontrent chez moi aucune audace.
Je ne risque pas grand mal, à jouer ainsi de la plume.

Tawsanli... J'ai essayé à voix haute de prononcer ce mot de moultes façons sans vraiment savoir si je le disais bien. Pratiquez vous la langue de là bas ? Je l'ai parfois entendue chez un voyageur ou une voyageuse de passage , je la trouve envoutante et à la fois inquiétante. J'ai un jour - par jeu avec un homme aimé - tenté d'en apprendre quelques bribes.
Est ce votre terre natale là où vous cheminez ?

Dix sept jours de néant, deux chiens et une charrette, j'espère pour vous que la charrette transporte quelques provisions et assez d'eau pour tout le monde.
Là encore, nos vies diffèrent. Il y a peu , Rennes vivait au rythme du son des bottes des militaires claquant sur les pavés. Le soir, on pouvait entendre quelques saoulards s'égosiller en quelques paillardes en provenance des tavernes locales. Une faune hétéroclite s'était rassemblée là , dans cette capitale bretonne....Et le silence, je le cherchais en vain parfois pour trouver le sommeil la nuit venue.

Montpellier... Vous m'avez - sans le savoir - rappelé un frère aimé qui a longtemps vécu en cette ville à la réputation sulfureuse. J'y suis passée quelques fois et j'aurais quelques anecdotes croustillantes à son propos si nous nous connaissions mieux.

Mon pigeon ne m'a rapporté aucun des parfums promis. Je crois qu'il a affronté bien des vents contraires et des averses et je ne pourrai vous dire de quoi était fait votre ragoût sinon qu'il y avait un peu de lard de ce que j'ai lu de lui. J'aurais bien aimé retrouver dans son plumage le parfum du thym... J'en cueillais si souvent quand je vivais en Provence et que j'arpentais la garrigue.
Entre nous j'e serais curieuse de savoir ce que vous avez pu lui raconter à mon pigeon. Mais parfois la compagnie des animaux vaut bien celle des hommes, non ?

Pauvre pigeon, je l'ai engraissé un peu....Il le fallait bien. Il va prendre cher en temps de vol si nous poursuivons nos échanges. Il est au final à ce jour la seule chose que nous avons en commun messire le voyageur.

En résumé, vous êtes très grand, vous prisez l'odeur du jasmin, vous aimez les chiens.
Et pour nourrir votre imagination à vous, dessinez sous votre front le portrait d'une femme chevauchant avec les rares amis qui lui restent à ce jour. Cette même imagination devra la peindre emmitouflée sous d'épais lainages pour combattre la froidure de l'hiver quittant la Bretagne en toute discrétion. Par le Diable, les armées sont à cran dans le coin en ce moment. Deux de mes amis ont été blessés dernièrement en tentant de passer les portes de la ville.
N'imaginez pas une jouvencelle, ou une vieille dame usée par le poids des ans. Situez moi entre les deux. J'aime à dire que j'ai déjà beaucoup vécu.

A vous lire. Faites moi voyager hors du royaume de France.
Merci d'avoir pris soin de répondre.
Que votre voyage évite toute embûche.

Kachina


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Adrielle
    Bayonne et les préparatifs se précisent même si ce n'est pas encore pour demain. Mais ce jour, une journée de repos bien mérité, où la brunette flane sur la plage avant de rentrer à la maison et trouver le volatile posé sur un branche du bouleau en sommeil, elle sourit en le reconnaissant et lui tend la main comme une invitation à entrer à l'intérieur avec elle.
    Il la suit à tire d'aile, la bague est ôtée pour pouvoir déplier le pli et l'oiseau est nourrit comme il se doit en cette période hivernale.
    Découverte d'un joli mouchoir bordé à son prénom, un large sourire et l'envie de dévorer ses écrits.
    Puis elle s'installe au coin du feu pour lire et relire les mots de Kachina, avant de lui répondre.






          Chère Kachina,

          j'ai souri en lisant vos premiers mots.
          Vous avez raison les échanges épistolaires ont ouvert la voie à de grandes choses, de belles émotions également et parfois sûrement des horreurs.
          Savoir lire et écrire est une obligation pour pouvoir se jouer des mots et les utiliser pour dissimuler des intentions comme organiser un code secret que seul le destinataire peut déchiffrer, ou simplement écrire en prose afin de séduire.
          Il existe encore aujourd'hui des gens qui ne savant pas écrire ni lire et c'est parfois un frein au lendemain.
          Alors, si ni vous ni moi n'avons inventé l'échange épistolaire ,nous pouvons nous aussi en ressentir les bienfaits ou méfaits, comme se découvrir comme nous le faisons actuellement.
          S'égarer n'est pas toujours un défaut, même parfois , il permet à l'esprit de filer dans les méandres de nos souvenirs et au final de nous faire le plus grand bien.Et puis les délires permettent parfois de refaire le monde, ce n'est pas moi qui vous jetterez la pierre, j'ai aussi parfois tendance à m'interroger sur des choses qui semblent être une partie du destin.
          Egarez vous sans souci lorsque vous m'écrivez c'est aussi ainsi que j'apprends à mieux vous connaître.
          Sans pousser le bouchon, qui de l'oeuf ou la poule est apparue en premier est un joyeux casse-tête que je n'ai pas élucider mais toutefois ça nous empêche pas de nous interroger.

          Pourquoi répondre à une personne qu'on ne connait pas du tout? Pourquoi certains ont lu vos missives et ne vous ont jamais répondu et pourquoi d'autres ont pris le temps de vous écrire?
          Voilà encore un délire qui pourrait nous occuper des jours entiers car dans chaque ensemble il y a des sous ensemble: avoir répondu pour taquiner, pour connaître, pour signifier, pour envoyer balader et j'en passe, pas répondre ; par manque de temps, par manque d'envie, car la personne ne sait pas lire , c'est le chat qui se mord la queue! Mais ça m'occuperait des heures entières en partageant un dîner ou une binouze... Voyez, je suis peut-être pire que vous dans mes délires et même êtes vous occupée à vous dire, "quelle tabanée celle là!" et vous n'auriez peut-être pas tort!
          J'en ris de l'écrire.

          J'espère que vos amis se sont bien remis de leurs blessures... Je pense bien à vous, eux avec l'intime espoir que ce n'est plus que mauvais souvenir et que la vie se poursuit tant bien que mal.
          Rennes j'en ai lu des choses sur ce conflit qui se joue. J'imagine que de passer de l'effervescence au calme presque plat provoque une forme de vide immense.
          Je ne peu imaginer ce que vous vivez, mais suis de tout coeur avec vous.
          Je vous espère nourris tous les jours et surtout avoir la possibilité de ne pas être seule et malgré les difficultlés avoir des moments agréables et de rires, car c'est ce qui nous aide dans l'adversité.

          J'aime votre manière d'appréhender les choses de la vie, si vos amis ont disparu , leurs souvenirs sont toujours bien présents et grâce à cela ils sont encore un peu avec vous. Et où qu'ils soient je pense sincérement qu'ils préfèrent vous savoir ainsi que à les pleurer. Vivre et continuer à vivre avec fougue et le désire de croquer cette vie à pleines dents est la meilleure manière d'honorer nos chers disparus. Si un jour vous le désirez vous pourrez me conter des choses sur eux ou l'un d'eux, je serai ravie de partager avec vous ces souvenances mais je ne forcerai jamais à le faire si tel n'est votre désir.
          Je sais ce qui prend le coeur au moment de la disparition, je connais les phases à traverser souvent seule lors de la perte, comme les blessures de l'abence qui empêchent un temps toute cicatrisation mais je connais aussi la forme d'apaisement qui vient ensuite et les pensées qui font sourire, ces voix qui dans votre sommeil viennent murmurer à l'oreille ou un rire qui éclate dans un contexte déjà vécu avec l'absent... Je respecte et je les aime infiniment ces instants, même si ma vie depuis à changer un chouilla, même si mon monde s'est transformé petit à petit, l'oubli n'est pas dans ma nature.

          Mercé pour votre présent que je garde et garderai précieusement à mes côtés, ainsi vous serez toujours présente pour moi. Comme vous le serez pour cette jeune personne dont vous me parlez , Leely. Finalement vos écrits vous lient peu à peu plus personnelement à vos destinataires et je trouve ça presque enivrant, il doit vous arriver parfois de patienter pour lire un de nous? Ou comme moi de les imaginer occupés sur une journée ou un moment donné. Cela me ravit de savoir que vous avez plusieurs personnes avec qui correspondre.
          Ce mouchoir que vous avez brodé est de grande valeur et je vous remercie encore et encore, ce geste me touche sincérement.
          Pour vous remercier et parce qu'il me plaît, je vous joins un pendentif en Lapis Lazuli, j'ai taillé la pierre en forme de goutte , afin de ne pas pénaliser votre volatile par le poids, je l'ai lié à un ruban fin de soie.

          Je vous présente mes meilleurs voeux pour 1473, que cette année vous soit douce et vous apporte sourires, rires, santé, amitié, jolies rencontres.
          Qu'elle vous donne également l'envie d'avoir envie qu'elle rallume votre vie * plus encore qu'aujourd'hui.
          Qu'elle soit le témoin, je l'espère detout mon coeur de notre rencontre... Et de nos échanges mutuels.

          Au plaisir de vous lire et relire, vos écrits me sont aussi précieux que votre présent.
          Prenez soin de vous, je pense à vous, saluez Leely pour moi si vous pensez cela judicieux.
          Kachina , bonne année depuis Bayonne...


          Adrielle



L'envie de Jean Jacques Goldman, chanté par Johnny HALLYDAY

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♥Atelier Au Bonheur des Belles ♥
♥Merci Camomille♥
"Allez vous faire cuire le cul." emprunté à Zulma ♥
Tristan...
14 Janvier 1474
Désert d'Egypte


Le soleil de plomb d'Égypte pesait sur les dunes, transformant l'horizon en un miroir brûlant où l'air oscillait comme une eau invisible. Tristan, abrité sous l'ombre chiche d'une toile de lin tendue entre sa charrette et un palmier esseulé, vit soudain une tache blanche fendre l'azur implacable.
Le pigeon, harassé et les ailes chargées du sel des mers lointaines, vint se poser lourdement sur son épaule, roucoulant avec une insistance presque humaine. D'un geste lent, Tristan délia le mince parchemin attaché à la patte de l'oiseau. À la vue des pleins et des déliés de l'écriture de Kachina, le désert sembla soudain perdre de sa rudesse ; l'odeur du sable chaud s'effaça un instant devant l'évocation mentale des landes bretonnes et des pluies de janvier, apportant au voyageur une fraîcheur que nulle oasis n'aurait pu lui offrir.

Tristan lu la lettre et y répondit. Il regarda le pigeon s'envoler vers la France.





À la noble Dame Kachina, dont la plume possède le souffle des vents d'Armorique,

Le pigeon, cet humble messager dont le jabot s'est arrondi par vos soins, est revenu à moi alors que le soleil déclinait sur les courbes du désert d'Egypte, embrasant l'horizon d'un or liquide que nulle forge humaine ne saurait reproduire. Je l’ai accueilli comme on accueille un vieux compagnon de fortune, et s'il n'a pu vous porter les effluves de mon ragoût, sachez que ses plumes gardent encore pour moi l'odeur du sel et de la pluie bretonne, ce parfum de terre mouillée qui me manque parfois au milieu des poussières de l'Orient.

Suis-je un pèlerin en quête d'absolution ou un chevalier poursuivant le Graal ? Hélas, Madame, mon armure est depuis longtemps remisée et mon âme, bien que traversée de doutes, n'est point chargée de crimes assez noirs pour exiger un tel exil. Je ne cherche pas de coupes sacrées, mais peut-être, comme vous le suggériez, un rêve perdu dans les replis du temps. Je marche car l'immobilité m’est une agonie. Quant à ma terre natale, elle est de France, mais mon cœur est à l'endroit où je me trouve et sur toutes les routes que mes sandales ont foulées.

Ici, le ciel est une coupole d’indigo implacable. À l’heure où je vous écris, la fraîcheur de la nuit tombe enfin, mais le jour, l'air vibre comme au-dessus d'un four de boulanger. C’est une chaleur qui s’insinue sous la peau, qui ralentit le sang et force l’homme à la contemplation. Mais en échange de cette brûlure, la terre offre des merveilles.

Imaginez, si votre esprit veut bien quitter un instant les lainages épais dont vous vous couvrez, des marchés où l’on ne marche pas, mais où l’on flotte dans une nuée d’arômes. Le souk des épices est un assaut pour les sens : le poivre qui pique la gorge, la cannelle plus douce qu'une caresse, et ce safran précieux qui colore les mains de ceux qui le manient. Quant aux fruits, ils n’ont rien de commun avec les pommes acides de nos vergers. J'ai goûté ici des grenades dont chaque grain est un rubis éclatant de jus sucré, et des figues si mûres qu'elles pleurent des larmes de miel sous la dent.

Vous me parliez de sortilèges, de korrigans et de cette mystérieuse forêt de Brocéliande que jamais mes pieds n'ont foulés. La Bretagne , ses coutumes et ses histoires me sont inconnues. D'ailleurs qu'est-ce qu'un korrigans, est-ce un objet, un fruit ou légume typique de Bretagne?

Ma charrette, cette demeure roulante est en effet mon seul château. Elle est chargée de gourdes de cuir suintantes d'une eau que je garde comme un trésor, de sacs de grains, et de quelques tapis élimés qui me servent de couche. Mes chiens, qui au final ne sont pas les miens, dont la loyauté dépasse celle de bien des barons, veillent sur mon sommeil. Le soir, sous la voûte étoilée qui semble ici plus basse et plus brillante qu'ailleurs, je leur parle de vous, de ce pigeon, et de cette France que je ne reverrai peut-être qu'en rêve pour quelques temps encore.

Le silence que vous cherchiez en vain dans le vacarme des bottes militaires, je le possède ici jusqu'à l'ivresse. C'est un silence habité par le cri d'un rapace ou le craquement d'une branche sèche. C'est un silence qui oblige à se regarder en face, sans le fard des conventions sociales.

Vous m'avez donné de quoi nourrir mon imagination pour les lieues à venir. Je vous vois, non comme une enfant, mais comme une femme dont le regard porte la sagesse de celles qui ont traversé les tempêtes sans sombrer. Je vous imagine sur votre monture, bravant la bise de janvier, le visage rougi par le froid, fuyant la fureur des hommes en armes. Cette image de vous, emmitouflée et digne, m'accompagnera demain lorsque je reprendrai la route vers les terres plus hautes.

Il est étrange, n'est-ce pas, que deux âmes si distantes — l'une sous la neige bretonne, l'autre sous le soleil ottoman — se rejoignent par la grâce d'un oiseau de passage ? Le sort est un étrange tisserand.

Je vous souhaite de trouver la paix hors des murs de Rennes et que vos amis blessés retrouvent la force de galoper à vos côtés. Que le Seigneur vous garde, ainsi que votre monture, sur les chemins incertains du Royaume.

"Le Seigneur gardera ton départ et ton arrivée, dès maintenant et à jamais."

Tristan.


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