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[RP ouvert à qui voudra] Pigeons volent.

Kachina
Lee


Limoges, un soir à la Vieille Grange. Les clients ne se bousculent pas. Mais il faut bien l'avouer, qui donc oserait pousser la porte grinçante de ce vieux bâtiment qu'avec Sab, elles tentent de transformer en une auberge cossue.
La tâche est rude et les travaux n'avancent pas vite. D'autant plus qu'elles ont passé la majeure partie de l'année passée sur les mers loin du Limousin.

Mais ici elle se sent bien. Elle peine à retrouver cet appartement où tout lui rappellera toujours Alan et le bonheur perdu.
Mais là, dans ces odeurs de paille et de foin, dans ce lieu moitié délabré, moitié rénové... Elle peut être simplement cette survivante qui n'a rien cédé au chagrin. Quelques bancs en chêne ont remplacé les vieilles caisses où l'on prenait place au départ et un beau comptoir invite à boire....

Les chandelles de suif éclairent les poutres massives, et les murs récemment crépis à la chaux.
C'est là qu'elle décide en cette soirée des plus calmes de répondre à Lee.






Lee,

Me voici de retour en Limousin. L'amoureuse des chemins que je suis, s'est étonnée du plaisir éprouvé à revoir les contreforts de Limoges... J'y ai vécu tant d'heures belles.
Limoges peut paraitre étrange à qui ne la connait pas. Elle apparait un peu comme une donzelle farouche qui peut se révèler certains soirs comme la plus sensuelle des gourgandines. C'est un lieu de passage et on y croise toute une faune des plus hétéroclites.

Ceux du conseil - qui ont l'imagination fertile et ne sont jamais à court d'idées pour égayer la Contrée - organisent ici de temps en temps ce qu'on appelle la Purge.... Imaginez toute une bande de fous s'éparpillant dans les forêts environnantes dans le seul but de dépouiller quiconque croisera sa route. Mais c'est chacun pour soi. On oeuvre en solitaire, face à soi même, et le chasseur peut d'un coup, d'un seul devenir proie à rapiner.... Il faut tenir deux ou trois nuits, et l'ambiance est toujours bon enfant. Si vous avez de la chance , vous croisez ce qu'on nomme ici les dindons.... Des hommes ou femmes nommés par le Conseil qui transportent quelques trésors à chaparder.

Je vais y participer. Je crois que depuis plus d'un an, je ne dois ma survie qu'à ce genre d'aventures. Que ce soit pour grimper sur le pont d'un navire de guerre afin de traquer des ennemis ou suivre les rangs d'une armée, je prends, tout ce qui me permet de ne pas m'enliser dans le quotidien, tout ce qui me bouscule et m'interpelle.

Et là encore, je sais que vous pouvez comprendre, vous qui claquez la porte ou qui vous éclipsez sans rendre des comptes dès que l'ennui s'invite à votre porte.
J'ai tant brulé, tant aimé, tant vibré que je peine encore à trouver de quoi m'émerveiller aujourd'hui.

Voyez j'écris et je me dis que c'est tout de même bien agréable de correspondre ainsi. Je peux m'étaler sur ma vie, sur mes ressentis, sans crainte d'être interrompue, voire jugée ou conseillée . C'est à la fois frustrant et foutrement bon aussi. C'est un peu comme s'offrir chacune notre tour la parole quand l'autre écouterait sans mot dire. Juste écouter l'autre.... On m'a souvent accusée de ne pas savoir le faire tant je suis bavarde parfois. Mais c'est faux, parce que je crois que je ressens l'Autre aux premiers échanges. Et puis c'était souvent des donzelles aigries ou frustrées qui m'accusaient de ça.

Quoiqu'il en soit, j'écris... Je noircis ce vélin de mes mots. Et puis je laisserai ce pigeon venir à vous. Et j'attendrai son retour. Une attente paisible puisqu'on s'accorde toutes les deux le temps de réponse. Mais j'attendrai et un soir ou un matin, l'oiseau me reviendra avec vos mots à vous. Votre vie à vous. Ces courbes et déliées à l'encre de chine qui me parleront de vous que je n'ai jamais vue.

Et si un jour nous nous croisons, nous aurons cette impression folle de nous reconnaitre et c'est fou quand on y pense, non ?

Ma lettre est un peu décousue. Mais c'est aussi le charme de ces échanges.... Balancer les mots comme ça sans souci de séduire, gratuitement, sans fard aucun.

Je vous vois comme un vaillant petit bout de femme, aussi courageuse à lutter contre l'adversité, que gourmande à savourer chaque petit bonheur, ces petits riens qui parfois font un grand tout.

Et peut-être que je me trompe, peut-être que je me forge de vous l'image qui me convient. C'est un peu ça aussi la magie de cette histoire Lee. Je vous façonne à mes envies, je vous imagine comme je veux que vous soyez.

Serions nous déçues ou charmées si nous nous rencontrions un jour ? L'avenir le dira....

En attendant, je vais travailler encore un peu à rendre à cette vieille grange d'où je vous écrit, un aspect convenable. Je vous conterai peut-être un jour son histoire, qui sait ?

Racontez moi un de vos plus beaux souvenirs. Chaque détail, ne soyez pas avare de mots. Je veux vous imaginer comme si j'y étais, ressentir chaque émotion, respirer à travers vos mots chaque odeur, chaque parfum. Emmenez moi au coeur de votre vie Lee.

A vous lire.

Kachi



_________________
Kachina
Adrielle


Le courrier envoyé à Lee, elle s'est occupée à raviver le feu qu'elle avait négligé et qui se mourait doucement.

Quelques restes du repas de midi partagés avec Chat Miteux. Elle se nourrit de tout, de rien , de n'importe quoi parfois. Elle, l'épicurienne qui n'a jamais été formidable devant un chaudron pourtant, qui s'était habituée à se laisser chouchouter par un époux bon cuisinier qui craignait ses ratés en cuisine, elle grignote à présent tout ce qui lui tombe sous la main.
Repas vite expédié et second pigeon libéré. Cette soirée sera consacrée à ces courriers en retard auxquels elle doit répondre.... Auxquels elle a envie de répondre surtout.

La plume est donc vite reprise en main, trempée dans la corne d'encre sombre pour que se couchent sur le parchemin ces mots pour Adrielle.






Adrielle,

D'un coup comme ça, en prenant plume, je me suis demandée comment je vous aurais dessinée si j'avais eu à le faire.
Je vous aurais peinte sous la forme d'un feu follet libre et dansant narguant la nuit noire de sa jolie lumière .
Ou une luciole pour rester dans le ton.
Une fleur des champs, sauvage et naturelle, se balançant au gré d'une brise printanière. De couleur vive la fleur, il n'y a rien de fade chez vous de ce que vos mots me dévoilent de vous.

Rieuse et gaie, impertinente un peu.... Légère et joueuse... Avec pourtant cette profondeur qu'ont seules les filles qui ont parfois connu bien des déboires.
Il doit faire bon cheminer à vos côtés. Je vous imagine toujours à l'affût d'une nouvelle farce, d'une nouvelle attention pour ceux qui vous sont chers. Généreuse à n'en pas douter, vous aimez donner.

Heureuse, je vous devine heureuse. Non pas de ce genre de bonheur fluide et tranquille, mais entrainée dans un tourbillon de joies et de sensations pures.

Un antidote à l'ennui. Voilà. Au final je vous aurais peinte dans un joli flacon de verre coloré. De ceux qu'on ne secoue pas mais qu'on saisit avec délicatesse tant il nous plait et qu'on craint de le casser. Je gage que c'est un peu ce que ressent celui qui semble enchanter votre vie Adrielle.

Je n'ai que peu parlé de moi ce soir. J'avais trop envie de vous dessiner en pensées.
Mais sachez que je suis rentrée à Limoges où j'ai un appartement, et que je vous écris depuis une vieille grange, qui n'est plus vraiment une grange, mais pas encore une auberge.
Cette vieille bicoque était le seul dérivatif que nous avions trouvé avec mon amie Sabdel quand tout notre monde s'est écroulé il y a peu d'un an. Reconstruire l'espoir sur des ruines, avouez que c'était un beau projet, non ?
J'ai aimé retrouver Limoges. Même si j'y ai au final peu d'amis ici.
Il ne fait pas très chaud ici et cette grange a encore beaucoup de trous dans ses murs pour garder la chaleur, malgré cette cheminée que nous avons fait installer . Mais ce soir je m'y sens bien, avec le chat et ces petits coins rénovés qui lui donnent déjà meilleure allure. Je ne désespère pas d'en faire un jour une auberge cossue mais nous garderons son côté sauvage et rustique. Les jolies bourgeoises pourront dire : " Je vais boire un verre à la vieille Grange " comme si elles disaient: je vais m'encanailler ce soir dans le premier lupanar venu.... Elles frémiront d'excitation en entrant quand leurs narines se laisseront chatouiller par ces odeurs de paille et de foin et de fleurs séchées qui continueront d'imprègner l'air ambiant.
Je ris en écrivant tout ça. Voilà que je délire à nouveau. Vous me faites cet effêt là Adrielle, de me pousser à m'abandonner à de nouveaux rêves, moi qui ne rêve plus vraiment...

A vous lire....

Kachi

_________________
Floriantis
    -  Brest mi janvier 1474  -





    La main gantée du corsaire frôlait la coque du lourd navire amarré, tandis que ses azurs inspectaient chaque recoin. La caraque dormait depuis trop longtemps, et son capitaine se faisait un devoir de lui rendre visite, avec l’autre navire dont Tuatha lui avait confié la garde.
    Décidé, il franchit la passerelle et, après quelques pas sur le pont, leva les yeux vers la vigie. Un sourire éclaira son visage.


    - Comment tu vas, mon ami… Je sais, tu t’ennuies. Je vais voir pour remédier à ça. Mais tu sais comme moi que ces piètres one se feraient une joie de t’envoyer par le fond.

    Sa main se posa sur le mât. Il fit sa ronde, du pont jusqu’au fond de cale. Le navire craquait, bougeait doucement, comme pour montrer son impatience.

    - T’es en pleine forme… Tu sais qu’j’suis fier de toi, Kregan. T’as mon nom celte, ne l’oublie pas. Donc j’peux pas t’oublier non plus.

    Ce navire, c’était son rêve.
    Du temps où il était co-capitaine sur l’Obélix, navire amiral de la flotte corsaire, il répétait souvent à Tani qu’il voulait un jour tenir une caraque à lui. Elle riait, l’appelait ingrat, prétendait être trop égoïste pour le laisser barrer loin d'elle.
    Il râlait… puis riait avec elle.
    Aujourd’hui, l’Obélix dormait dans un port.
    Et Flo, malgré toute la tendresse qu’il avait pour ce navire, tournait les talons dès qu’il le voyait trop longtemps immobile. Depuis que Tani était partie on ne savait où, lassée de trop de choses, il avait mal au coeur de voir ce navire abandonné.

    En revenant sur le quai, Flo posa la main sur la pierre salée d’une borne d’amarrage. Ses pas le menèrent jusqu’à sa bâtisse, non loin, et c’est un pigeon posé sur la barrière qui attira son attention.
    Le volatile pencha la tête, aussitôt imité par le blond.


    - C’est toi…? T’es de retour ? … C’est quoi ça ?

    Il saisit le volatile, détacha le mouchoir, puis la missive.

    - Mareth ! Le cousin est revenu !

    Il raviva le feu, posa parchemin, plume et encre sur la lourde table de bois. Il relut la lettre une fois… puis une seconde.
    Son regard glissa vers le mouchoir quand Mareth approcha.


    - Un cadeau pour toi. De la part de Kachina. C’est sacré, un cadeau.

    Mareth ne dit pas grand-chose, mais ses yeux brillaient.
    Flo sourit, et laissa courir sa plume.





    Brest, le 20 janvier 1474


    Ola Kachina,


    D’abord : merci.

    Ce mouchoir a fait une heureuse. Elle a juste dit : "C’est pour moi ?". Mais son regard valait mille réponses.
    Elle fait toujours ça. Elle prétend ne pas avoir besoin, puis elle garde tout précieusement, comme si chaque geste avait une valeur qu’elle refuse de gaspiller.
    Alors merci pour elle. Vraiment.

    Et ensuite… Tanissa.
    Je vous vois d’ici, m’imaginant au canon qui éventre votre navire, ce maudit jour de janvier.
    Mais je plaide non-coupable : ce jour-là, c’est un corsaire normand qui a reçu l’ordre. Nous étions trop loin avec la Flotte.
    J’avoue tout de même que l’ironie serait mordante, oui.
    Vous êtes à Rennes, à attendre que des amis guérissent, au milieu d’une guerre qui n’en est pas une.
    Je ne comprends pas tout ce qui se trame en Bretagne, sinon qu’un malvil s’est acoquiné avec les one et que tout ça a laissé des traces. Certains visages sont encore là, aux côtés du nouveau Grand-Duc… et je n’attends ni paix rapide, ni miracles.

    Et votre inconstance ?
    J’ai été corsaire de France… et j’ai fini coulé, fin d’été 67, par des corsaires de France... avec qui j'ai navigué trois ans après.
    Oui j'avoue que ça me démangeait de jouer du canon, mais j'ai tenu bon.
    Ce jour de 1467, j’ai eu une fulgurante envie de virer pirate et d’aller couler tout ce qui flotte et m’agace.
    J’ai finalement choisi une autre folie : déclarer mon amour à une Flamboyante que j’ai épousé à la celtique l’été 70. Aujourd’hui, nous sommes amis, selon son bon vouloir à elle.
    La vie est étrange, oui.
    La mienne ressemble à la mer, avec des vagues, du ressac, de grands creux, quelques tempêtes qui s'apaisent toujours pour laisser place au calme.
    Vous, je dirais plutôt que vous avez le goût des chemins où l’on ne s’ennuie pas. C’est peut-être une forme de constance, finalement.

    Quant à l’Intrépide…
    Et oui… je me moque souvent de moi-même.
    Si on ne le fait pas, on finit par se noyer dans la platitude et l’indifférence. J'ai été scout pendant des mois, l'éclaireur de la Flotte. J'aimais bien prendre des risques pour aller voir de plus près certains navires. L'Intrépide a payé ma curiosité ce jour là où j'étais seul.

    Vous m’avez demandé qui était Harpège.
    Ni une amante, ni un grand amour. Elle était un cap. Une main sur l’épaule.
    Je crois qu’elle a été pour moi une sorte de mère, ou cette sœur aînée que j’avais perdue.

    Elle m’a ouvert les portes de son école navale en juillet 1461. Elle me vouvoyait ; je l’appelais Captain.

    Quand j’ai eu mon diplôme, je suis resté dans ses équipages jusqu’à l’été 63. Je les suivais partout : en mer, à terre… c’était devenu ma famille.
    Une noble toulousaine aurait voulu que je m’en éloigne pour me prendre en tant que vassal ; j’ai préféré refuser, pour ne pas me perdre dans la monotonie et l’ennui.
    Le Captain veillait sur moi avec ses conseils, ses mises en garde… et ce petit sourire plein d’ironie douce qui disait : "Je vous l’avais dit, Floriantis."

    Je me souviens lorsque nous naviguions sur le fleuve Trent afin de rallier Derby. Elle m'avait confié la barre et m'avait dit avec un petit sourire, qu'il ne fallait surtout pas que l'eau de son baquet déborde sinon je devrais repeindre le pont.
    Je peux vous assurer que j'ai fait une navigation des plus fluides.
    Je n'ai pas repeint le pont.

    Et je ne sais pas si elle est encore en vie.
    J’aime croire que oui, quelque part. Et que je la recroiserai un jour, comme Tani, ne serait-ce que pour la saluer, ne serait-ce que pour lui dire merci et boire quelques godets de rhum.
    Vous me demandez une anecdote “chouette” et une autre plus sombre.
    Je vais essayer de ne pas vous écrire trois pages, sinon votre pigeon va demander une charrette.
    Je vous raconterai au fil des missives, d'autres aventures.

    La plus chouette, c’est simple : le jour où j’ai compris que j’étais devenu marin.
    Pas le premier jour où j’ai mis le pied sur un pont, ce jour-là, j’ai surtout cru que mon estomac allait me trahir et quitter le navire sans moi.
    Mais quelques semaines plus tard, quand la mer était mauvaise, que le vent cognait, que tout le monde pestait… et que je suis revenu au port, fier comme un coq, avec un journal de bord pour lequel Harpège et le capitaine Evanice m’ont complimenté.

    Au milieu de ce vacarme, j’ai senti une paix étrange.
    J’étais à ma place.
    Les bottes tenaient, les mains savaient quoi faire, et la peur était devenue… une vigilance.
    Harpège m’a regardé ce jour-là sans un mot, puis elle a juste hoché la tête.
    Ça valait toutes les félicitations du monde.
    Je tiens d’ailleurs mon "maritimement" de cette époque, et le Ola de l’époque Tanissa. Je garde toujours une trace malgré moi.

    L'une des plus sombres vient aussi d’Harpège. Début 1462, entre l’Angleterre et l’Irlande, à bord d’une caraque de guerre : le Good Fortune.
    Une nuit, des canonnades.
    Le pont hurlait, les ordres claquaient, la mer nous provoquait. On s’est battus comme on peut se battre sur un bout de bois lancé dans le noir.
    Et au matin, quand tout s’est calmé… il manquait quelqu’un.
    La plus jeune fille du Captain. Pas sept ans. Habituée à naviguer, pourtant… mais pas à être emportée.
    Personne ne la trouvait.
    Et je me souviens de la dignité d’Harpège quand elle m’a annoncé, d’une voix lasse, que la mer l’avait prise pendant la bataille. Je n'arrivais pas à détacher mon esprit du regard de cette gamine.
    Ce silence après la guerre… c’est un silence qui cogne plus fort qu’un boulet.

    Voilà.
    Ce n’est pas gai, mais c’est une vérité de marin : aimer la mer n’empêche pas de compter ses morts.

    Je termine sur quelque chose de plus léger, sinon vous allez me broder un mouchoir spécial “larmes”, et je refuse d’être responsable de cette mode.
    Mareth, elle, a bien noté vos consignes : pas de pleurs.
    Et pour son âge… treize, quatorze, peut-être. Je ne sais pas exactement. Je l’ai adoptée avec le cœur, et parfois le cœur ne tient pas le registre.
    Mais je lui dirai ce que vous avez écrit… notamment l’histoire du jouvenceau.
    Cela dit, le jouvenceau aura intérêt à montrer patte blanche. Je ne suis pas pressé et j'ai un sabre.
    Je sens déjà le regard qu’elle va me lancer.

    Bonne année à vous aussi, Kachina.
    Sur mer ou sur terre, je vous souhaite des heures rieuses… et des hivers un peu moins cruels pour la fille du sud.
    Quant à vos calanques, si vous m’en parlez un jour, je vous promets de ne pas faire semblant de connaître. Je vous écouterai, et je vous imaginerai là-bas, au soleil, pendant que je grelotte ici comme un poisson hors de l’eau.
    À quand vous voulez.

    Maritimement,
    et sincèrement.

    Flo

_________________
Kachina
Tristan


Tristan ne le saura jamais. Ou peut-être que si, qui peut savoir ?
Mais ce courrier a été lu et relu.
A travers les lignes écrites de la main masculine, elle s'est réchauffée au soleil de ces pays étrangers pour elle. Les mots du voyageur l'ont aidée à s'évader de la froidure de janvier. Elle n'aime pas l'hiver. Elle qui n'aime que le rythme et le mouvement, elle n'aime pas cette nature endormie, figée sous un manteau blanc, la pluie glacée qui s'infiltre sous les vêtements , le feu qui peine à prendre le matin venu, quand elle peste accroupie devant la cheminée, emmitouflée dans un grand châle de laine.
Elle n'aime pas ce vent du nord qui gerce ses lèvres quand elle se rend au marché pour un peu de pain, de lard et quelques légumes d'hiver pour une soupe chaude du soir.
Elle n'aime pas la nuit qui tombe bien trop vite.

Alors cette lettre qui parle de chaleur, elle s'en est régalée....
Et enfin, alors que janvier s'apprête à tirer sa révérence, elle répond , offrant à son correspondant un peu de frais pour ses heures chaudes.






A vous Tristan, grand voyageur en terres inconnues,

Il a fallu du temps au pigeon pour qu'il reprenne des forces. Mais je le sens prêt à reprendre son envol pour vous retrouver à présent.
Imaginez un instant ce que vit cet oiseau ? Passer du soleil d'Egypte aux brumes hivernales de France..... Drôle de vie pour un pigeon non ?
D'ailleurs un jour, il faudra qu'on m'explique ce que signifie l'expression : "Etre pris pour un pigeon". C'est loin d'être idiot un pigeon non ? La preuve, il réunit nos deux mondes de quelques battements d'ailes.

Tristan, nous sommes - de par le lieu où nous nous trouvons chacun - deux êtres que tout oppose. La fraicheur de la nuit vous est délivrance, quand je me languis du soleil matinal qui réchauffera un peu l'atmosphère. Vous évoquez la brulure d'un four cuisant le pain, quand j'observe depuis ma croisée un glaçon qui pend de la gouttière et qui refuse de fondre. La chaleur vous engourdit quand le froid s'insinue au plus profond de moi et me pousse à taper des pieds et frotter mes mains pour me réchauffer quand je me hasarde dans les ruelles. Vos pieds s'enfoncent dans le sable quand les miens glissent sur le verglas qui recouvre parfois les pavés.

Souvent je vous envie cette chaleur et ce ciel indigo. Mais merci. Grâce à vous, j'ai voyagé aux parfums des épices, je me suis évadée de la froidure de janvier ici pour imaginer ces saveurs enivrantes qui doivent magnifier les plats les plus simples.
Mais par le diable, je ne suis pas en reste. Je pourrais vous opposer la force du thym ou du romarin, l'amertume bienfaisante de la sauge. Je pourrais évoquer ici le plaisir d'une soupe au chou qui mijote doucement dans le chaudron et ses odeurs de lard fumé qui l'accompagnent.
Avez vous déjà goûté à la douceur sucrée des pêches, au piquant des citrons de ma belle Provence ? Pouvez vous voir passer sous votre front protégé des brulures du soleil , les branches de mimosa, le jaune éclatant de leurs petites boules de coton qui font leurs fleurs ?
Le plaisir est partout à qui sait le voir et le savourer. J'ai l'âme bien trop épicurienne pour ignorer ça et à travers vos écrits, je vous devine , vous aussi, avide de tout voir, tout ressentir, tout respirer de ce que la vie veut bien nous offrir.

Vivants ... Chacun à notre façon Tristan. Mais bien vivants.... même si mes cicatrices se portent au plus profond de mon coeur pour moi. Avez vous des cicatrices Tristan ?

J'ai ri à votre évocation des korrigans. Ils ne sont ni des objets, ni rien qui se mange. Ce sont des créatures légendaires, qu'on peut apparenter à des lutins ou des gnomes. Ils ont la peau rouge et ridée, et des yeux rouges qui peuvent vous ensorceler. Ils se montrent - selon les cas - bienfaisants ou malveillants. On les dit généreux avec ceux qui sont bons avec eux ou cruels avec qui les déçoit. Ils veillent sur les terres bretonnes en éternels gardiens des traditions.
Je suis certaine que dans votre désert, il se trouve ce genre de créatures.... Gaffe à vous, tenez vous bien. Et si vous en croisez, racontez moi.

Est ce vrai, que dans ces terres lointaines que vous foulez, on peut avoir des mirages . Est ce que ça vous est arrivé déjà ?

Je suis rentrée à Limoges. J'y ai un appartement et avec une amie, nous tentons de rénover une vieille grange pour en faire une auberge cossue. Auberge que nous déserterons sûrement très vite tant les pieds nous démangent souvent.

Le temps que ce pli vous parvienne, vous pourrez m'imaginer vêtue comme une sauvageonne, parcourant les fourrés d'une forêt profonde du Limousin pour tenter de chaparder quelques biens d'un pigeon différent du nôtre qui aura croisé mon chemin cette nuit là. A moins que ce ne soit moi qui soit dévalisée puisque je participerai à ce qu'on surnomme ici "La Purge". Du brigandage autorisé , et même organisé par ceux qui dirigent la Contrée.

Alors que vous méditerez sous un soleil de plomb, à propos des origines du monde, je m'essaierai à défier le sort, par jeu... Sens en alerte , avec ces délicieux frissons que vous offre la peur quand on sait que rien ne sera grave. Ce divertissement reste bon enfant.... du moins je l'espère. La première fois, j'avais sérieusement mise à mal deux filles qui voulaient me voler mes précieux bas en soie . L'enthousiasme de la débutante dirons nous.

Je ne sais pas si vous aimeriez ça, cette Purge. Mais moi je crois que j'aimerais goûter à ce silence que vous décrivez. Celui qui vous ramène à vous seul. Qui vous met face à vos démons, qui vous recentre à l'essentiel. L'indolence provoquée par la chaleur et peut-être l'effort d'avoir tant marché, qui vous porte aux frontières du rêve .... perdu ou pas...
Je gage qu'en de pareils moments, vous vous sentez maitre de votre destinée. Le coeur doit se gonfler sous les côtes d'une allégresse à nulle autre pareille. La félicité... voilà ,je vois ça comme ça, la félicité. Ai je raison ?

Je vous envie ces moments-là.

Mes amis sont remis de leurs blessures. Ils vont bien.
Je ne sais pas si le Très Haut est encore de mon côté. J'ai trop joué avec le Diable je crois, il a réclamé des comptes. Mais je n'ai pas dit mon dernier mot, oh non !

Noble Dame, je ne sais pas si c'est le terme qui me sied. Kachina suffira bien. La vraie noblesse est celle du coeur.

A vous lire homme du désert. Avez vous pris assez de cornes d'encre en réserve pour poursuivre nos échanges ? Où êtes vous alors qu'au clocher de l'église, ici à Limoges sonnent les dix coups en soirée ?
J'aime à vous imaginer, loin du tumulte du monde. Homme libre.

Kachina



_________________
Adrielle
    Cette journée est particulière.
    Adrielle est prise de deux sentiments totalement opposés pratiquement.
    Un profond bonheur et un profond dégout.
    Ce qu'elle a appris le matin même l'a laissé sans voix.
    La déception a été très grande mais maintenant son idée sur la noblesse évolue.
    Par contre, elle prend plaisir à relire la lettre de Kachina.
    Et évidemment, ce jour prend le temps de lui répondre avec trop d'idées en tête.

    Alors la plume griffonne, rayonne, caresse ... Avant de laisser le volatile bien reposé retrouver sa propriétaire.






          De moi à vous!

          Kachina,

          j'ai souri en vous lisant comme bien souvent en fait!
          Je suis ravie de vous lire, d'avoir de vos nouvelles, de savoir que vous êtes là quelque part en France.
          Je suis nulle en dessin, bien que je travaille pour un atelier de couture, je n'en suis que hôtesse d'accueil. Mais j'ai une profonde admiration pour les artistes en tout genre.
          Je serai honorée si j'étais peinte comme vous me décrivez.
          Je ne sais pas si je suis tout ce que vous imaginez me concernant.
          Seuls ceux qui m'entourent , pourraient vous répondre.
          Mais je m'imagine pas leur demander " suis je Rieuse et gaie, impertinente un peu.... Légère et joueuse... ? Suis un antidote à l'ennui? " , alors là je pense que ils pourraient se demander ce qui me pique ou rire en me signifiant que j'ai les chevilles qui enflent ou je ne sais quoi!
          Mais si je testais?
          Voire, je vais leur dire "décrivez moi en quelques mots " et je vous enverrai leurs réponses, ça peut être drôle! C'est donc le prochain défi à court terme que je me lance.

          Je pense être une femme ordinaire, sans être plate de tempéramment , je doute d'avoir autant de qualités que ce que vous pensez de moi, même si ça me plairait bien.
          Si je me décrivais , je vous dirai que je suis attachiante, pour la majorité des personnes de mon entourage et pour d'autres je suis "la conne" de service mais il paraît qu'on est tous le con de quelqu'un alors pourquoi pas!

          Dans vos écrits, vos descriptions je vous trouve l'âme poéte, artiste, empreinte à l'imagination.
          Je vous sens les pieds sur terre et à la fois rêveuse, c'est parfois une aptitude quon développe pour poursuivre nos vies.
          Comme vous, j'ai eu mon lot de douleur et tristesse, je pense que ça forge un tempéramment, je vous trouve battante.
          Si je pouvais vous décrire, je pense que je vous dessinerai plus tel l'océan.
          Il peut être serein, force tranquille, profitant de la saison , restant dans une forme de plénitude qui retrace le passé comme il peut courir le présent et l'avenir.
          Mais il peut se montrer plus virulent , tout en restant d'une beauté éclatante.
          Et ça colle à vote projet d'auberge, car oui, reconstruire l'espoir sur des ruines, ce n'est pas donné à tout le monde.
          C'est même un admirable espoir, enveloppé de détermination, de courage et de tellement de jolies choses, j'adore l'idée et j'espère pouvoir venir la découvrir un jour.

          Limoges, j'y ai un appartement également.
          Mais je ne sais quand j'y reviendrai, pas début du mois car j'ai pas du tout envie d'être le dindon de la farce!
          D'ailleurs, je vous ai lu dans la KAP, j'ai souri en lisant et relisant l'article, je me suis dit fièrement que j'avais la chance de correspondre avec vous.
          Je viendrai comme je suis, pas m'encanailler  quoi que pourquoi pas! Je souris en le notifiant.
          Mais oui, je viendrai boire un coup dans votre auberge même si elle est encore en travaux, avec ce désir certain de boire une binouze ou autre avec vous et votre amie Sabdel  !
          Je viendrai observer ces vieilles bourgeoises et à avec vous en sourirais sincèrement.
          Comment la nommerez vous?
          La vieille grange?
          Ou avez vous une autre idée?
          J'imagine un nom pouvant laisser percevoir tout ce que vous me décrivez. "Exaltation des sens" enfin je ne lancerai pas tout ce qui me passe par la tête mais je crois qu'il y a fort à faire.

          Sachez que is je vous fais l'effet dont vous me parlez, j'en suis ravie.
          Laissez vous reprendre le cours de vos rêves ou de nouveaux, soyez comme cet océan à la fois majestueux et surprenant!
          Construisez cette vieille auberge!
          Elle sera resplendissante et aura du cachet!
          Rêvez , frissonnez, souriez, vous êtes une belle personne qui m'apporte grandement de ses mots.
          Nous avons tous quelques maux , mais ils font ce que nous sommes et ce que je lis de vous, ça me donne l'envie de vous rencontrer et je gage que courant de l'année , je ferai au mieux pour venir à vous.

          Nous avons commencé notre expédition, un petit groupe avec ce désir d'aventures, de partage.
          Rarement tous en taverne mais chaque jour certains se croisent, nous refaisons le monde un peu, nous délirons sur des bétises aussi. Mais surtout, nous sommes ensemble contre l'ennui.
          Nous profitons de chaque jour pour rencontrer de nouvelles personnes ou boire un coup entre nous.
          Nous sommes tous différents, mais nous sommes unis dans ce voyage.
          Certains sont nobles, d'autres roturiers, une rêve à sa façon de devenir Reyne, je lui dis qu'elle est la notre durant ce périple et nous en jouons comme elle se prête au jeu.
          Je ne pensais pas que nous serions autant à partir ensemble, j'ai été agréablement surprise des réponses lorsque j'ai lancé cette idée!
          Comme quoi certains projets qui au départ semblent vitaux pour soi, peuvent emporté dans leurs sillages d'autres personnes.
          C'est riche, même si je ne sais pas si nous poursuivrons après à nous cotoyer autant, c'est la vie, l'avenir nous le dira, mais pour l'heure , nous en profitons.
          Mais ça fait aussi partie de cette aventure, cette expédition!

          Je pense à vous, j'aimerai lire encore les délires que vous pouvez avoir.
          Comme j'espère que chaque correspondant vous apporte quelque chose qui vous fasse réagir d'une façon ou d'une autre...
          Je laisse là cet écrit pour aujourd'hui...
          Mais je reviendrai vers vous pour vous donner les réponses que j'aurai obtenu.
          Souriez, profitez de votre chez vous à Limoges.

          Au plaisir de vous lire.


          Adrielle


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♥Atelier Au Bonheur des Belles ♥
♥Merci Camomille♥
"Allez vous faire cuire le cul." emprunté à Zulma ♥
Tristan...
24 Janvier 1474
Sur les Dunes du désert d'Egypte


Assis sur le flanc d'une dune déjà refroidie par l'ombre, Tristan écrivit cette missive à la lueur vacillante d'une petite lampe à huile, alors que le silence du désert égyptien l'enveloppait. Autour de lui, seule la respiration régulière de Luna et le léger cliquetis des colliers des chiens rompaient la quiétude de cette immensité de sable, transformant ce bivouac précaire en un sanctuaire où les mots vers Kachina devenaient son unique lien avec l'Occident.





À la vaillante Kachina, dont l'esprit galope plus vite que les chevaux des steppes,

Le pigeon est revenu, fidèle et fier, portant sur ses ailes le givre de Limoges qui a fondu sous le soleil de l’Orient. Vous lire, c’est recevoir une bouffée d’air frais alors que je suis entouré de fournaises. Cet oiseau n'est point sot, il est le seul lien entre la glace de vos gouttières et le feu de mes chemins. Quant à l'expression que vous citez, peut-être vient-elle de ceux qui, restés au pigeonnier, ne voient jamais l’horizon et se laissent abuser par le premier grain venu. Mais notre messager, lui, connaît le prix de la liberté.

Vous parlez de votre Provence avec des mots qui réveillent en moi une nostalgie que je croyais avoir domptée par la marche. Oui, le mimosa et son jaune éclatant, ce soleil de coton qui fleurit quand tout le reste meurt, me manque outrageusement. Originaire de ce Sud où le vent chante dans les oliviers, je donnerais parfois mon royaume de sable pour l’amertume d’un citron ou le parfum d’un brin de romarin froissé entre mes doigts. Votre soupe au chou et son lard fumé ont fait tressaillir mon estomac plus que n'importe quel mets épicé de ce souk. Ici, tout est excès ; chez nous, tout est harmonie.

Sachez, noble Kachina, que je ne foule pas ces sables en solitaire. À mes côtés chemine Luna, une âme de feu et de soie dont la présence est mon ancre dans ce chaos doré. Elle est celle qui veille quand mes yeux se ferment de lassitude, celle dont le rire cristallin vient briser la lourdeur des silences du désert. Elle m'observe parfois avec cette sagesse millénaire propre à son peuple, devinant mes doutes avant même qu'ils n'éclosent. Sa silhouette, drapée dans les lins légers de l'Orient, est le seul repère constant de mon errance, et c'est ensemble, avec nos chiens et notre charrette, que nous affrontons l'immensité.

Avant de nous enfoncer plus avant vers les terres du Grand Khan, nous avons fait halte à Alexandrie, cette perle posée sur l'écrin de la Méditerranée. Imaginez une cité où le marbre blanc défie l'azur du ciel, où le tumulte des souks s'apaise au murmure des fontaines cachées. J'y ai vu le Phare, ce colosse de pierre qui guide les marins dans la nuit, s'élevant comme un doigt de lumière vers l'Éternel. C’est là que Luna, délaissant nos rudes habits de voyage, s’est parée de soies d’Orient, me laissant écarlate de trouble devant tant de grâce. Nous y avons goûté des dattes sucrées comme le miel et ressenti, pour un soir, la douceur d'une paix que nous avions oubliée. Mais la ville, si belle soit-elle, n'est qu'une escale pour ceux qui, comme nous, cherchent la trace des bâtisseurs de cathédrales.

Kachina, le désert est le royaume de l'illusion. Il y a quelques jours, alors que l'eau manquait cruellement, j'ai vécu ce que les anciens appellent la "danse de Satan". Du haut d’une dune immense, dont le sable fuyait sous mes bottes comme du verre pilé, j’ai vu le monde vaciller. Sous mes yeux écarquillés, le désert s’est ouvert. J’ai cru voir, au milieu de cette mer de feu, une nef de cathédrale immense, de celles dont je poursuis l’ombre templière. Elle semblait faite de glace et de brume. Ses vitraux n'étaient point de verre, mais d'eau vive qui ruisselait le long des murs. Je me suis précipité, oubliant ma fatigue, pour ne trouver qu'une étendue de sel blanc et cruel. Luna m'a rattrapé par le bras, sa main fraîche sur ma peau brûlante me ramenant à la réalité. Le mirage est une promesse que le désert fait pour mieux nous briser le cœur.

Vous parlez de félicité. Pour moi, elle n'est pas d'atteindre un but, mais d'être exactement là où l'on se trouve. C'est savourer la chaleur du sable sans regretter la fraîcheur de l'herbe. C'est accepter le silence face à ses démons. Maîtriser sa destinée, ce n'est pas choisir le vent, c'est savoir orienter sa voile sans amertume. Luna partage cette philosophie ; elle qui n'a pour toit que le ciel, elle m'apprend chaque jour à savourer l'instant, qu'il soit de poussière ou de soie.

Votre récit de "La Purge" et de vos exploits de sauvageonne m'a fait sourire sous mon turban. Je vous imagine sans peine, les sens en alerte dans les bois du Limousin, défiant les voleurs de bas de soie. Me plairait-il d'y participer ? Peut-être. Il y a une certaine honnêteté dans le brigandage organisé qui manque parfois aux cours des rois. Mais faites attention, Kachina... si vous avez trop joué avec le Diable, souvenez-vous qu'il n'est jamais bon de lui devoir des comptes.

Au moment où votre clocher sonnait les dix coups à Limoges, j'étais sans doute assis près d'un petit feu de bois sec avec Luna, observant les étoiles qui, ici, semblent vouloir tomber sur la terre. Mes chiens dormaient, la charrette était stable, et je pensais à cette auberge que vous construisez. Ne vous inquiétez pas pour l'encre, j'ai de quoi écrire jusqu'à ce que nous nous rencontrions peut-être un jour au détour d'un chemin de France.

Que votre esprit reste libre et que vos pas ne glissent pas trop sur le verglas de vos ruelles.

À vous, Kachina.

Tristan.


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Kachina
Floriantis


"Il reste d’une personne aimée une matière très subtile, immatérielle qu’on nommait avant, faute de mieux, sa présence. Une note unique dont vous ne retrouverez jamais l’équivalent dans le monde. Une note cristalline, quelque chose qui vous donnait de la joie à penser à cette personne, à la voir venir vers vous. Comme la pépite d’or trouvée au fond du tamis, ce qui reste d’une personne est éclatant. Inaltérable désormais."
(C. Bobin)

Elle a enfin osé pousser la porte de cet appartement qui fut témoin d'un bonheur perdu.
Le pas lent, la main glissant en une caresse légère sur quelques objets ayant appartenu à l'époux disparu, elle s'est réappropriée le lieu.
Un sourire nostalgique à la vue de la pipe oubliée sur le guéridon à l'entrée.
Les doigts s'attardent sur le velours de ce pourpoint aux teintes sombres qui réchauffait si bien les épaules masculines. Il est abandonné, à présent, au dossier du fauteuil.
Elle se souvient.. . Elle croit le voir encore parader devant la glace avec ce sourire insolent qui lui allait comme un gant. Homme épris d'élégance.... Elle ajustait son col d'un geste tendre. Oh bon sang, comme elle avait pris soin à broder ses initiales au fil d'or à l'époque.

Le regard clair balaie l'endroit. Ces rideaux qu'on tirait avant l'amour, le coeur battant la chamade et le ventre en feu.
Le baldaquin, écrin douillet de leurs folles étreintes. Témoin muet de leurs plus intimes confidences. Ils avaient pris tant de plaisir à le réaliser à trois. Sub le frère forgeron, Alan l'époux charpentier et elle, tisserande de son étât.

Les murs - s'ils pouvaient parler - lui conteraient encore les rires, les soupirs de plaisir et même les cris de dépit ou de colère lors d'engueulades mémorables dont ils n'étaient pas avares. Le balcon qui donne sur la ruelle, se souvient encore des chants joyeux qu'ils entonnaient les jours de fête face aux passants.

Un godet d'étain rempli à moitié de cognac en main, elle en savoure quelques gorgées, plantée devant un portrait d'homme qu'elle caresse du regard. Et elle reste là, en silence, entamant un long monologue silencieux avec l'absent.

Un murmure à la bouche féminine brise quelque peu le calme du lieu quand elle lui parle comme s'il pouvait l'entendre encore.

- J'ai essayé Lisreux ! Vraiment essayé ! Mais je sais que c'est cause perdue. Et je ne veux plus lutter.... Ce sera toujours Toi. C'est comme ça !

Ici, elle ne peut plus se mentir. Plus d'une année qu'elle fuit....
Elle a même quitté la terre pour tenter de se délivrer de tout ça. La mer a aidé un temps.... Le Cap, Ladz, Sab, tous ceux-là l'ont portée pour aller vers demain.

Mais alors que s'achève janvier, elle sait... en retrouvant Limoges..... Qu'elle restera à jamais prisonnière de ce qui fut et n'est plus.

Et elle a décidé qu'elle s'en foutait. Le sourire se fait plus large, les épaules rondes se redressent crânement. Le regard clair retrouve cette lueur de défi qui la caractérise.
Le chat noir lové sur le fauteuil , ouvre un oeil paresseux quand il l'entend poursuivre...


- Et tu sais quoi ? C'est pas grave au final. L'amour j'ai eu mon compte non ?

Le matou doit penser que sa maitresse est folle de parler toute seule. Mais il ne s'en étonne pas plus longtemps que ça et retourne à ses rêves d'oiseaux chopés en plein vol ou de souris tourmentées durant des heures.

Elle se détourne du portrait, pour venir poser ses fesses devant la table d'écriture.
Ceux-là qui lui écrivent ne savent pas grand chose d'elle. Mais quand - de quelques traits de plume, - elle se relie à eux, elle se sent en territoire presque familier.
Elle n'a pas à feindre, pas à tenter d'épater.
Elle peut laisser venir les mots, en phrases décousues.

Ainsi ce soir, la plume est libre et légère quand elle répond à Flo.






Flo,

Je suis ravie que votre protégée ait pris plaisir à recevoir mon mouchoir. Une vieille paysanne vendant ses oeufs au marché à qui je parlais de tout ça, m'a dit que ça portait le mauvais oeil d'offrir un mouchoir. Misère, loin de moi cette idée d'attirer des ennuis à Mareth hum.
Je propose qu'on fasse mentir cette vieille superstition. Franchement pourquoi les mouchoirs ne seraient ils utiles que pour essuyer les larmes ? Elle le laissera négligemment tomber un jour à venir, sous les yeux d'un galant qui lui aura plu.
Voyez comme c'est facile parfois de retourner les choses ?

J'ai cependant bien ri, en vous imaginant protecteur, sabre au poing devant un pauvre jeune homme énamouré à venir. Vous m'avez rappelée mon époux et mon frère qui veillaient à la vertu de notre Xaveria, fille adoptive de mon frère. Ces trois là ont disparu. Ils me manqueront toujours.

Je ne suis plus à Rennes. A l'heure où vous recevrez ce pli.... A supposer que notre ami commun à plumes sache toujours trouver votre épaule ou votre chapeau, vous saurez que j'ai retrouvé Limoges. Limoges et une vieille grange que nous tentons de transformer en auberge accueillante mon amie Sabdel et moi. Il y a toujours un ami ou un voyageur de passage qui aime bricoler et qui file un coup de main.

Revoir Limoges m'a replongée dans un bonheur perdu. Mais ça n'est plus si douloureux. Ce fut juste comme quand on se trouve en pleine tempête, malmenée par des flots déchainés et qu'on ne peut plus tricher avec ce qu'on est au plus profond de soi.
Et au milieu de tout ce chaos, on découvre soudain des forces insoupçonnées et des vérités essentielles contre lesquelles on ne peut et ne veut plus lutter.

Je n'oublierai jamais. Je ne veux surtout pas oublier.
Je vais bien, je crois, à présent.

J'ai compris tout pareil que vous pour la Bretagne. Que les One ne sont jamais où on les attend. Et que Breizh s'en trouve bien malmenée à ce jour.

J'aime bien vous imaginer en pirate. Un jour qui sait, je vous conterai l'histoire d'un pirate et d'une sirène.... Mais c'est une histoire d'amour. Les hommes leur préfèrent les histoires d'aventures.

Pour en revenir aux bateaux, avec quelques amis nous en avons volé un un jour en Provence. Un navire dormant abandonné par un capitaine ayant passé l'arme à gauche. Nous nous en sommes emparés comme des sales mioches insolents et fous, et nous avons filé, au gré des méandres et courant du fleuve, vers Genève et son fameux tournoi.
Ce fut une bien belle épopée.

Vous m'avez si bien décrit Harpège que j'ai eu facile à vous imaginer tous les deux. Je l'ai vue exigeante autant que tendre, vous guidant dans vos premiers pas de marin.
Et vous, attentif et soucieux de bien faire. Appliqué , apprenant vite jusqu'à qui sait .... dépasser le maitre ?

Dites.... Vous l'auriez repeint en quelle couleur le pont ? Je vous vois bien y ajouter quelques arabesques en forme de vagues pour égayer tout ça.

Elle est belle cette femme-là. Je la vois si belle aussi dans sa douleur de mère.
Je l'évoque pour vous au présent, avec le souhait que vous la retrouviez un jour, à l'heure du matinel ou celle de la veillée. J'ai connu quelques retrouvailles du genre et ça reste de beaux souvenirs.

Les vôtres de souvenirs me semblent encore liés à la mer. Qu'ils soient chouettes ou sombres, ils ont parfum d'embruns enivrants ou goût de larmes salées.

Je ne vous conterai pas mes calanques. Vous devez avoir en tête bien des paysages à couper le souffle. Et puis la magie est partout à qui sait la voir, non ?

A la place je vous poserai ici quelques bribes d'une ritournelle que j'ai entendue ce matin. De joyeux drilles passant sous ma fenêtre alors que je posais le pied hors du lit. J'ai pensé : Ah ça, ce sont des marins. Flo pourrait être parmi eux tiens ! Et j'ai gardé en mémoire quelques mots, tant elle m'a trottée dans la tête toute la journée. Je crois qu'elle vous est en sorte destiné.
Le hasard fait parfois bien les choses non ? Ce n'est pas notre pigeon commun qui me contrariera sur ce point. D'ailleurs il va falloir lui trouver un nom.....

Mais chut, laissez vous porter par ces mots... Je vous laisse le choix de la mélodie au final... L'oiseau vous la murmurera peut-être, qui sait ?

"Y'a des bateaux qui partent sans un mot
Des rêves qui dorment au fond des flots
Des visages perdus dans la brume
Et des adieux qui se font plume.
Moi j'traine mes bottes sur les pavés,
là où les âmes vont s'échouer
Sous la rouille et sous la pluie
Y'a des refrains d'nos vieux pays.

Au bout du quai tout s'efface
Les promesses, les jours, les traces
Mais tant qu'y aura du vent au ciel
J'crierai ma rage à la mer rebelle. "


A vous lire.

Kachina



Merci à jd Satineduval si elle passe par là, à qui j'ai piqué cette chanson posée sur sa fiche et que j'ai trouvée belle et collant bien à ce post
https://www.youtube.com/watch?v=YXCY1HDPrZg

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Leely
Sur les chemins à s'en faire quelques mystères de demain.

Un jour ici, un autre là, je ne sais pas.
Vivre comme si j'allais mourir demain ?

Un sourire et les dents qui viennent à mordre les lèvres, fichue manie en hiver quand les fines coupures ne se ferment pas.





Kachi,

J'ai commencé plusieurs fois avec ce prénom et les lettres se chiffonnent pour finir dans le feu, une fois, deux fois, dix fois.

Je suis sur les routes de nouveau et je crois pour longtemps, enfin je ne sais rien, comme souvent. J'avais pris la route pour venir voir votre grange et puis à Rodez, j'ai changé d'avis en me disant que sans doute ce n'était pas le bon moment.
Il n'y a pas grand chose qui va comme je le pensais, je suis un peu au creux d'une vague qui ne me laisse pas apprécier la beauté du ciel, mon ciel se couvre de nuages et il n'en sort pas.

C'est ainsi, je connais ces états de mélancolie et parfois j'aime à les apprivoiser, moi c'est un peu différent quand je retourne chez moi, les souvenirs, oui, ceux là même que vous souhaitiez que j'évoque, les plus beaux, sans doute, me font partir, fuir, m'évader pour qu'ils ne reviennent plus.
Le constat est simple, je ne suis plus bien chez moi.
Il faut que je parte, que j'aille respirer hors des vagues de l'âme, alors je sais que j'ai essayé, encore et encore, mais oui, parfois les souvenirs sont trop douloureux.

Je vais arrêter là ma chère kachi notre correspondance, j'ai adoré nos échanges mais je ne suis pas douée pour parler de moi, je ne sais pas le faire, je ne sais plus.

Je vais tenter de me construire un avenir ou alors je vais me contenter des brindilles de cette vie qui ne brûle plus.
Alors à moi de lui redonner un sens de le trouver ou de le perdre.
De poursuivre cette vie d’errance et tenter d'en apprécier les quelques essences.

Je vous souhaite de retrouver la mélodie de votre bonheur Kachi, je sais qu'un jour, nous aurons la surprise de nous rencontrer et que ce moment sera forcément unique, puisque nous le sommes non ?

Donc à bientôt Kachi, oui, à bientôt.

Lee

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Kachina
Adrielle


Limoges est en pleine effervescence. Il n'y a pas un seul jour qui n'apporte son lot de voyageurs venus pour la Purge. Les ruelles s'animent au gré de leurs pas martelant les pavés sous sa fenêtre. Et si elle entrouvre les lourdes tentures qui protègent du regard dans son appartement, elle peut les regarder passer. Certains en petits groupes, d'autres en solitaires, ils cherchent pitance et chambre pour la nuit, à l'affût d'une auberge à l'enseigne accueillante.

Elle ne sortira pas ce soir. Elle est restée trop longtemps penchée sur son ouvrage, occupée à fignoler ces literies qui serviront à un baldaquin à venir. Pour ne pas que tout se perde, elle a déniché un artisan menuisier et réveillé Marino pour qu'elle remette en route sa forge.
Mais ce soir la voit lasse et paresseuse. Elle a juste envie de calme, du seul bruit des buches crépitant dans l'âtre.

Cheveux encore humides après sa toilette du soir, longue chemise de cotonnade blanche ourlée de dentelle, et châle réchauffant ses épaules, elle se penche sur sa table d'écriture. C'est un beau soir pour répondre à Adrielle.

Les bruits en provenance de la ruelle s'estompent, quand elle s'évade en pensée vers cette inconnue qui ne l'est plus tout à fait. Indifférente aux chants, aux invectives et même à cette bagarre qui éclate non loin quand deux hommes éméchés en viennent au main pour une histoire de jeu truqué ou pour les beaux yeux d'une fille croisée au matin.

Elle est ailleurs. Appliquée à ses pleins et déliés, visage concentré sur ses écrits....






Adrielle,

J'aime vous imaginer sourire , ma lettre en main. Sachez que je souris moi aussi au fil de vos mots. Et je suis bien curieuse de savoir si vous avez osé jouer à -décrivez moi qui je suis' et ce qu'en ont dit vos amis si vous l'avez fait. Il fut un temps, celui des heures rieuses et belles, où on jouait à ce genre de jeu avec mes proches. Et c'était parfois étonnant d'entendre ce que les autres voyaient de nous. Parfois flatteur, quelquefois déroutant mais je n'étais pas la dernière à aimer leur brosser le portrait si on peut dire ça comme ça.
Voit-on seulement les autres comme on aimerait qu'ils soient ? Comme ils sont réellement ? Les embellit- on si on les aime ? Ou au contraire est ce qu'on les aime parce qu'ils sont imparfaits ? Je mise sur la seconde solution moi.

Je veux bien vous imaginer attachiante, mais conne, je m'y refuse. Ces mots que vous m'offrez depuis un moment , disent le contraire. Qu'ils aillent au diable ceux qui vous pensent conne.

Je ne me qualifierais pas de poète ou d'artiste, même si j'aime jouer avec les mots et que j'ai parfois usé de poèmes pour faire sourire les miens... Mais l'imagination, ça oui... Mes amis ne savent pas comment m'arrêter quand je m'envole dans des délires qui les font rire ou les agacent parfois.

Quand à me peindre au gré des marées et des tempêtes de l'océan, ma foi pourquoi pas, tant que vous ne me dessinez pas comme un lac endormi et bien trop calme. Il me faut du mouvement tout le temps, comme si je fuyais je ne sais quoi en moi.
Il y a de la beauté et de la sauvagerie pure dans l'océan, et pourtant, quand le regard se perd dans son immensité, on en ressort souvent l'âme apaisée. Vous avez raison de le souligner. C'est un bien étrange paradoxe non ? Mais peut-être qu'ainsi sont les femmes. Douces et sauvages à la fois. Mères et catins à leurs heures....

C'est fou, comme ces pigeons espagnols qui me sont retournés évoquent souvent les océans. Dois je y voir un signe que la mer m'appellera à nouveau un jour ? Est ce que vous croyez aux signes Adrielle ? Moi, j'ai tendance à en voir partout. Un mot, une ritournelle et la magie opère. Je me souviens..... Tout me revient...

Pour la Kap, misère, me voici célèbre pour un forfait commis il y a quelques années. Ladz a tenu à relater cette aventure qui restera pour moi toujours un bien joli moment. Même si j'avais frappé un peu fort, je l'admets deux filles qui voulaient me prendre mes précieux bas.

L'auberge gardera son nom d'origine. La vieille grange. C'est ce qu'elle est et restera toujours au fond d'elle. Elle gardera toujours des odeurs de paille et de foin sèche et c'est tant mieux. Et à ce propos, j'ai une anecdote à vous conter. J'espère provoquer un rire franc à sa lecture. Imaginez qu'avec deux amies l'autre soir, nous avons joué à imaginer cette grange tenue par des nonnes que nous serions devenues. Tout avait commencé à propos des hommes et de l'amour qui fait souffrir et au couvent qui nous enfermerait un jour, quand nous serions lassées de ces royaumes décadents. Un couvent dissimulant un lupanar, vous avez l'image ? Et nous lui avons cherché une enseigne à la hauteur. La vieille grange est ainsi devenue "L'immaculée perversion" par le désir d'une Hermance particulièrement inspirée.
Il y a des soir comme ça , où les murs fraichement crépis résonnent de nos rires.
Et d'autres aussi, où nous égrenons nos souvenirs nostalgiques, où nous évoquons nos diparus.
"Exaltation des sens" ..... Dites donc, c'est pas mal non plus hum ?

J'aime aussi vous savoir entourée de ce groupe d'amis venus de tous horizons. L'ennui ne peut rien contre une telle troupe. J'ai connu ça....

Pour ce qui est des correspondants qui prennent soin de mes pigeons , ils sont tous différents. Un corsaire me ravit par ses écrits, un voyageur me fait m'évader loin dans des senteurs d'épices et des visions de dunes sous une chaleur accablante, la jeune femme dont je vous ai parlée m'entraine dans ses rêves de femme libre, un peu écorchée parfois mais debout... Et puis vous... Et puis d'autres encore.....

Et je m'émerveille que ces échanges là perdurent. Qu'on ait envie de découvrir l'autre à travers de simples mots jetés sur un parchemin. Avec l'imagination pour seul repère. C'est folie mais par le diable, qu'est ce que c'est bon d'échanger ainsi sur nos vies .

Gageons que cette année nous verra réunies autour d'un verre alors, si l'envie vous vient de bouger vers Limoges. Je ne sais pas encore ce que seront pour moi les prochains mois. J'ai envie de poser un peu mes malles , de retrouver le plaisir d'assembler soieries et étoffes. Mais un ami doit rêver de Bordeaux, quand d'autres se languissent de Provence... Alors, nous verrons bien de quoi sera fait demain.
La vie aime parfois à changer nos plans.. J'ai appris à la laisser faire en ce qui me concerne.

N'oublies pas de rire et de danser aussi Adrielle. Même sous la pluie ou sous l'orage. Et mort aux cons foutre Dieu.

Kachina


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Kachina
Tristan


Elle doit être folle... Folle à lier....

Elle qui depuis des jours, presse le pas en sortant de son atelier pour rejoindre une auberge ou son appartement et se caler au coin du feu...
Elle qui s'enroule dans des châles, des capes, des lainages, qui rajoute des couvertures à sa couche.
Elle qui ronchonne à longueur de journée,contre ce froid, ce brouillard qui persiste, le gris de ce ciel....
Elle qui réclame à l'aubergiste soupes chaudes et ragouts brulants à souhaits....
Elle qui n'a jamais aimé janvier, ni février... Qui déteste l'hiver....

Voilà qu'elle se prépare dans quelques jours à fouler les sentiers boueux, à affronter la bise hivernale, voire quelques tempêtes de neige... A dormir à la belle étoile dans des forêts obscures... Et tout ça pour quoi ?

Pour le simple plaisir du jeu....

C'est ce qu'elle se répète, tout en fouillant dans ses malles à la recherche d'une tenue pratique autant que confortable en prévision des jours à venir.
Elle révise dans sa tête tous ces endroits familiers où elle pourra trouver abri... A condition qu'un autre participant n'ait pas déjà déniché cette cachette...
Elle anticipe les pieds gelès, la faim au ventre peut-être et le corps épuisé à force de vigilance autant que de traque. Elle en frissonnerait presque rien que d'y penser.
Et foutre dieu, elle sait qu'elle aimera ça....

Un petit rire étouffé à sa bouche, quand elle s'accroupit devant l'âtre pour rajouter une buche au foyer, remuer les braises à l'aide du tisonnier, avant de regarder le feu reprendre.... Immobile et silencieuse, comme hypnotisée par les flammes qui lèchent les pierres de la grande cheminée.

Demain est un autre jour lui aurait dit un homme du passé.....
Alors la froidure viendra en son temps. Mais pour l'instant, juste profiter de tout ça, tremper ses lèvres dans ce vin chaud réconfortant qui lui brule la langue et réchauffe sa gorge et ses tripes....

Et s'engourdir à la douce chaleur de la pièce. Prendre plume et voyager en pensée en partance vers ces terres brulées...






A vous Tristan de là bas...

Ainsi vous êtes du sud ? Je suis née en Armagnac. Ma terre natale était fière et rebelle, tout comme ce camp de révoltés dont mon père était le chef. J'ai grandi sans mère, mais choyée par tous ces indomptables brigands. J'y ai appris l'art de placer des collets, celui des ricochets. Je sais imiter le cri de la chouette pour prévenir d'un danger, cueillir le cresson au bord de la rivière , disparaitre en moins de temps qu'il faut pour le dire dans le premier fourré proche... Et curieusement, j'ai appris au milieu de ces êtres venus de milieux différents à lire, écrire, broder, pétrir le pain et même l'art de la révérence.
Vous l'aurez compris, je ne suis pas bien née... Et pourtant la vie m'a menée parfois à cotôyer quelques puissants.
Livrée à moi même après la déroute du campement et la mort de mon père, je fus une jeune fille plutôt sage , fréquentant les églises, allant au lavoir chaque lundi, tenant un fournil aux odeurs de pain chaud . Tentant de me fondre dans la masse, jusqu'à ce que la vie me rappelle d'où je venais sous les traits d'un aventurier qui ne rêvait que de rapines et pillages.
Je resterai toujours au plus profond de moi la sauvageonne qui sait grimper aux arbres, qui reprenait en choeur sans vraiment les comprendre moultes paillardes chantées le soir à la veillée autour d'un feu. J'ai refusé des terres, des titres pour ne pas m'emprisonner dans la bienséance. Je n'ai pas l'âme vassale.

Et je demeure éternelle amoureuse des chemins. A ne jamais tenir en place. Prête à m'enflammer pour tout ce qui fait cogner plus fort le coeur sous les côtes, et qui transforme votre sang en vif argent dans vos veines.

Je ne vois franchement aucune autre raison au fait que je vais participer prochainement à cette Purge. Je devrai y affronter le froid, les nuits sans sommeil à veiller, à traquer et éviter à la fois. Mais j'irai, pour sûr. Et je sais déjà que ce sera bon....

Ainsi vous voyagez en bonne compagnie ? Je vais changer l'image que j'ai de vous alors. De solitaire, voici que je vous vois homme amoureux.
J'ai toujours aimé partager les paysages traversés avec amis ou amours. Il n'y a rien de meilleur que de chevaucher flanc contre flanc, complices dans la nuit et s'émerveiller au matin quand la nature nous offre une chute d'eau ou une vue grandiose sur une vallée s'éveillant aux premières lueurs du jour.

A vous lire je vous devine épris de cette femme... Et je lis aussi que l'amour est réciproque. Je m'en réjouis pour vous. L'aventure partagée, c'est tellement meilleur à deux, ou plusieurs.

J'ai connu cette félicité là. Je n'ai qu'à fermer les yeux pour le revoir, insolent et rieur autant que tendre à mes côtés. Je sais encore la chaleur de sa main s'imprimant à ma nuque pour m'attirer à lui. Je crois encore sentir sa barbe rugueuse sous mes doits caressants... et la brulure de son regard qui me faisait sienne.
Et tant d'autres choses.
C'est un peu étrange de confier tout ça à un parfait inconnu non ? Où peut-être que c'est parce que nous nous connaissons si peu que je peux ici poser ces mots là ? Qui sait ?

Vous êtes un homme heureux Tristan. Moi, j'ai perdu tout ça. Mais perd -on jamais vraiment quand on a vécu si intensément un amour pareil ? Je préfère dire que je reste à jamais riche de ça... Si cette chienne de vie réclame parfois un prix fort à une putain de belle histoire, j'ai refusé qu'elle me laisse hagarde et fanée sous le poids du passé. J'avance, forte de tout l'amour reçu.

J'ai souri à votre récit de Luna parée de soieries. J'ai moi aussi , pour plaire à l'homme aimé, joué de voiles et de bracelets aux chevilles et poignets pour un cours de langue arabe improvisé.
J'ai pu sans peine imaginer votre trouble et ce qu'a pu ressentir cette belle ensorceleuse en vous regardant vous enflammer à sa vue. L'instant où une femme se sent toute puissante devant l'homme aimé, tout en sachant très bien que d'un geste ou d'un mot, il reprendra l'avantage.
Profitez l'un de l'autre.... C'est tellement bon d'avancer à deux, de vivre d'alchimie Tristan.
Et priez - si vous priez - priez pour que ça dure à l'infini.

Le diable m'a déjà réclamée des comptes.... Et je m'étonne parfois d'avoir tenu bon, malgré la violence de sa colère à mon égard. Mais peut-être que le Sans Nom ne peut rien contre un grand amour, allez savoir ? Je suis vivante encore et je n'ai plus peur de lui.

Je n'ai pas de chiens, mais un chat noir qui me suit partout. Je l'ai recueilli tout pelé et plein de puces, amoché par une vie d'errance, mais combatif encore. Et il faut le voir rouler des hanches pour épater une jolie chatte blanche qui a appartenu à mon époux disparu. Cette féline ne fait pas mentir l'adage comme quoi les princesses aiment les malandrins, tant elle se prête à ses caprices après l'avoir fait languir un temps.

Alexandrie je n'y suis jamais allée. J'aime la dessiner sous mon front à travers vos écrits. Le camp du Grand Khan, on m'y avait invitée lors de cette belle épopée, mais j'avais décliné.... occupée à d'autres aventures.

Je ne sais où ce pli vous trouvera... Endormi dans la chaleur de Luna, ou en proie à un de ces fameux mirages , en train d'ajuster votre turban sous votre front , ou de savourer quelques fruits sucrés de là bas...
Je suppose que le temps que cette lettre vous parvienne, avec l'aide de notre ami plumé commun, vous pourrez m'imaginer, sous des couches de lainages, en bottes de cuir et pantalons de daim.... affairée à repèrer les plus faibles, autant que les planques au cas où. A la fois chasseuse et chassée.
De grâce ne m'imaginez pas rouée de coups et délestée de tout. Appelez la chance sur moi et voyez moi en prédatrice victorieuse et le sourire défieur en bouche...

Le soir tombe. Je dois quitter cette chaleur douce qui règne dans la pièce pour filer au marché afin de trouver de quoi grignoter pour mon repas du soir. Si l'envie me prend, j'irai en ville pour quelques chopes partagées entre amis ou avec ces hommes et femmes venus en découdre prochainement. La Purge rempli auberges et venelles.... Limoges grouille d'une foule hétéroclite et bruyante....

Et si la fatigue s'invite , je me contenterai de lire quelques pages d'un grimoire.... blottie au coin du feu... Jusqu'à ce que mon amie Sab vienne lancer quelques pierres au bois de mes persiennes pour m'inviter à la rejoindre, flasque de cognac en main.... Nous irons glisser sur la rivière gelée, torches en main... Pour narguer l'hiver et sa froidure.

Je vous laisse donc à vos rêves d'Orient... Et je vous envoie quelques frimas d'Occident.

Kachina



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Tristan...
2 Février 1474
Sous la voûte céleste


La voûte céleste se déployait au-dessus du désert comme un dôme de lapis-lazuli d'une profondeur insondable, où chaque astre semblait avoir été serti avec une précision millimétrique par la main d'un orfèvre divin. Les étoiles n'y étaient pas de simples points vacillants, mais des globes de feu blanc, de topaze et de saphir, dont l'éclat était si vif qu'il projetait sur les dunes une ombre bleutée, presque irréelle, transformant le sable en une mer d'argent mort. La Voie Lactée déchirait l'immensité, une traînée de poudre de diamants si dense qu'elle semblait palpiter sous l'effet d'un souffle invisible, tandis que vers le sud, irradiait une lumière souveraine, dominant les constellations qui se pressaient au zénith avec une proximité telle qu'on aurait cru pouvoir les effleurer du bout des doigts dans le silence absolu de la nuit.... C'est sous un tel ciel que Tristan écrivit à Kachina.





Chère Kachina,

C’est sous la voûte immense d’un désert de nacre et d’or que je déplie votre parchemin. Ici, entre les dunes dont le sable glisse comme un sablier infini, l’air est saturé d’une chaleur qui fait vibrer l’horizon, mais à la lecture de vos mots, c’est la fraîcheur d’un matin d’Armagnac, cette senteur de sève et de mousses froides, qui vient subitement rafraîchir ma tempe. Alors que le campement s’enfonce dans le silence de ces solitudes arides, je vous imagine avec une netteté qui me trouble, non pas comme une ombre furtive égarée dans la brume, mais comme une figure de proue, altière et lumineuse, bravant les vents de l'Occident.

Que m'importe la naissance, Madame, quand l'âme est d'une telle trempe ? Ce camp de révoltés fut votre berceau, et ces brigands, vos précepteurs ; vous avez puisé dans cette liberté sauvage une noblesse que bien des duchesses pourraient vous envier. Vous savez imiter le cri de la chouette et disparaître dans les fourrés, dites-vous ? Quelle merveilleuse image que celle de cette femme qui unit l'art délicat de la broderie à la science brutale des collets. Vous êtes un poème écrit à l'encre des bois, une mélodie où les chants paillards de vos veillées se mêlent à la solennité des églises que vous fréquentiez.

Vous n'êtes point une femme que l'on plaint, vous êtes une femme que l'on célèbre. Cet amour que vous avez connu, cet homme à la barbe rugueuse et au regard brûlant, n'est pas une perte, mais un soleil qui ne se couche jamais. Vous avez raison : on ne perd jamais ce qui a été vécu avec une telle ferveur. Vous avancez forte de cet héritage, et cette richesse intérieure est votre plus sûre armure contre les morsures du passé. Si la vie réclame parfois un prix fort, vous avez choisi de lui répondre par un rire de défi et une soif d'absolu qui m'émerveillent.

Je vous vois déjà lors de cette Purge, les yeux étincelants, le pied léger sur le sol gelé des venelles, déjouant les embûches et traquant vos adversaires avec la sûreté du faucon qui fond sur sa proie. Vous n'êtes pas faite pour la défaite, ni pour la pitié des faibles. Vous êtes la victoire incarnée, celle qui sait transformer le froid mordant en un feu intérieur et les nuits sans sommeil en une épopée glorieuse que les bardes chanteront bien après nous.
Soyez assurée, Madame, que j'appelle sur vous toute la chance des chemins.

Allez rejoindre votre amie, glissez sur la rivière sous les torches, et que le cognac brûle dans vos veines comme un sang neuf. Narguez l'hiver, car il ne pourra jamais glacer une âme aussi ardente que la vôtre.

Je vous quitte pour ce soir, alors que les premières étoiles apparaissent sur les crêtes de sable. Que vos grimoires vous soient doux et vos rêves peuplés de conquêtes.

Tristan.


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Création de Gretel du Manoir des Artistes!
Clique et rejoint “Les Allumés des Sentiers"
Adrielle
    La route est reprise, avec ses aléas.
    Ceux du groupe, car évidence est que le voyage tous ensemble est parfois surprenant.
    Un retard, ou deux, une attente ou deux et ainsi de suite , sans omettre les soirées à papoter, s'amuser, rire.
    Parfois, ils peuvent refaire le monde, ou alors s'amuser d'une anecdocte.
    Mais ce soir, elle s'installe à une table d'une taverne quelque part en Royaume de France et commence à relire le pli de Kachina, avant de lui répondre, sourire aux lèvres.






          De moi à vous!

          Kachina,

          Oui, j'ai osé, pas à tous mais à quelques uns.. un homme , deux femmes.
          Que de louanges...
          Sincèrement j'en aurai presque rougis si j'étais femme à rougir mais ce n'est pas le cas. Par contre, j'ai été très touchée et je ne m'attendais pas à autant d'adjectifs me qualifiant à leurs yeux et je crois qu'ils me voient bien meilleure que je ne pense l'être.
          Alors, je vous confirme, je pense que ceux à qui j'ai demandé m'aiment et voient en moi de très nombreuses qualités. Il ressort toutefois que malgré tout, j'ai du tempéramment, mais je trouve ça logique non?
          J'ose même pas les citer, mais cela m'a sincérement fait sourire et m'a génée également. Quoi qu'il en soit, ils m'apprécient pour qui je suis et sincèrement, c'est bien l'essentiel pour moi.
          Alors , je vous imagine sourire là en lisant ceci, car je souris en vous relisant.

          Vous correspondez à vos mots à l'image que j'ai de vous, une jeune femme dynamique, qui aime la vie malgré ses difficultés, malgré la mélancolie, vous avez encore des choses à vivre! J'en suis assurée, différentes de ce que vous avez déjà vécu mais accompagnée de vos amies. Je sens une telle complicité entre elles et vous!
          Je confirme vos propos concernant les femmes, mais peut-être plus certaines que d'autres "Douces et sauvages à la fois. Mères et catins à leurs heures.... ", je crois qu'on est pas plate, sans relief, mais que peut être surprenante, un tourbillon de rires, émotions et sentiments qui un à un s'affiche ou s'accumule. Pour ça que l'image de l'océan me vient.
          Je suis pour laisser les délires prendre place, ils sont nécessaires à mon sens. Et j'aimerai assister à un des vôtres!

          Le destin, les signes, oui..
          Je dois avouer que j'y crois.
          Je pense que rien n'est totalement hasard, qu'il y a du sens dans tout.
          Je ne sais pas non si quand on a gouté à l'océan on peut s'en passer?
          Je crois qu'il nous attire d'une force qu'on attend pas.
          Je le pense sincèrement, comme s'il envoutait, comme si des sirènes nous appelaient.
          Alors, comme vous je suis parfois les signes même les plus bizarres soient ils!
          Êtes vous séduites par certains écrits au point de vouloir reprendre un navire pour retrouver un de vos correspondants?
          Le rêve , s'il flirte avec votre esprit alors c'est déjà une porte vers un avenir même incertain.
          Si ces plis reçus vous donnent d'autres ouvertures, alors il faut savoir se laisser aller vers elles.
          Quoi qu'il en soit... Ne changez pas !
          Surtout pas!

          Parfois, repenser au passé a du bon. On garde souvent les meilleurs souvenirs.
          Même si des souvenances nous emportent et laissent en nous un frisson, ils nous aident également parfois à aller de l'avant.
          On ne renie jamais son passé et nous vivons avec, il fait de nous qui nous sommes.
          Comme cet événement passé conté dans la KAP!
          Je connais une célébrité!
          Enfin connaître est un bien grand mot, mais c'est le sentiment que j'en ai en tous les cas!

          Et si je ne connais point votre vie, j'ai le désir sincère de vous découvrir.
          Je pense que dans nos écrits nous sommes nous même, surtout quand on attend rien de la personne en face.
          Et c'est ainsi également que chacun de vos correspondants vous apportent quelque chose de différent.
          Nous ne cherchons pas à nous plaire, ni à jouer de séduction, nous sommes dans la franchise et le plaisir de partager, ce qui donne des écrits vrais et riches!
          Je suis ravie de savoir que vous avez plusieurs correspondants !
          Sort-on indemme des échanges épistolaires?
          Je ne pense pas, enfin , je crois qu'une trace indélibile se dessine en nous.
          Parfois on préfère couper court , mais souvent la curiosité pousse à poursuivre

          Comme vous me donnez l'envie de venir découvrir votre auberge!
          A vous lire, j'ai le sentiment de vous entendre papoter avec vos amies, vous entendre rire!
          Je vous imagine en nonne...j'imagine avec une certaine aisance  "L'immaculée perversion" et j'en ris comme j'en ai ris en vous lisant.
          J'ose me faire à l'idée toutes les conversations que vous avez pu avoir.
          Vous ne devez jamais vous ennuyez toutes les trois, je suis ravie que vous soyez ainsi entourée, sincèrement, je crains de me répéter mais c'est bien vrai.
          Je constate votre imagination sans borne , c'est chouette, j'aime ne pas me sentir à l'étroit dans mes
          pensées!

          De notre côté, notre périple se poursuit avec les alléas des longs voyages en groupe, perdre un de nous, l'attendre avant de repartir.
          Passer des soirées agréables, découvrir d'autres personnes, en emporter avec nous pour quelques villes, quelques jours.
          Ainsi est ma vie actuelle, je vous pense prête à faire la purge en Limousin si vous êtes toujours à Limoges... Faites vous la marave également?
          Je me prends à vous relire parfois et au fil de nos écrits, nos phrases se transforment et nous ne sommes plus des inconnues..
          Nous sommes un peu comme ces parents qui vivent loin de chez nous qu'on a jamais recontré et avec qui pourtant on a à partager.
          Suis je folle? Etrange?
          Assurément un peu des deux mais je m'en porte bien!
          Prenez soin de vous, j'espère cette missive pas trop décousue, j'ai l'impression de n'avoir rien écrit d'intéréssant et en même temps de coucher sur velin mes pensées comme je le fais rarement et ce grâce à vous et avec vous.

          Au plaisir de vous lire,

          Adrielle


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♥Atelier Au Bonheur des Belles ♥
♥Merci Camomille♥
"Allez vous faire cuire le cul." emprunté à Zulma ♥
Floriantis
    - Brest, fin janvier 474 -


      "Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants."
      M. Pagnol


    Le port est là, juste sous ses yeux.
    Trop proche pour être ignoré, trop interdit pour être vraiment habité. Il a des fourmis dans les bottes, l’Alcapari, à rester sur le quai à contempler la mer.
    Mareth file un coup de main à la mairie en faisant des rondes. Il est inquiet, même si elle sait se défendre, mais il l’est toujours lorsqu’il n’est pas à la barre d’un navire.

    Depuis des jours et des semaines, il arpente les quais de Brest comme un fauve en cage. Les amarres sont en place, les navires prêts à respirer l’horizon… mais la Bretagne se tait là où elle devrait gronder.
    Et les One rôdent.
    Alors on attend. On observe. On serre les poings.

    Le Kregan dort. L’Idéfix aussi. La cogue n’est pas en reste.
    Et lui tourne autour, la main glissant parfois sur un tas de caisses posées sur le quai, comme on l’aurait posée sur une épaule amie.
    Ce matin-là, un pigeon se pose sans cérémonie sur la rambarde.
    Même tête penchée. Même air vaguement insolent.


    - Toi… t’as décidé de m’adopter, c’est ça ?

    Il sourit malgré lui.
    La missive est là. Il la reconnaît tout de suite. Et hormis des mots de Mareth, il n’en reçoit aucune.

    Peu de jours après, de retour à la bâtisse, le feu est ravivé. Mareth s’installe en silence, elle attend qu’il lise. C’est leur moment de partage, dans le calme de leur bâtisse.
    Flo lit.
    Une fois. Puis une seconde. Cette lettre-là ne se survole pas.
    Elle se laisse infuser, comme la tisane qui fume devant lui. C’est sa fille qui la lui a servie, alors il ne dit rien.

    Il prend la plume.





    Brest, le 6 février 1474

    Ola Kachina,

    J’ai souri dès les premières lignes.
    Et ce n’était pas un sourire poli , ceux-là, je sais encore les fabriquer quand il faut, mais un vrai. De ceux qui viennent sans prévenir.

    Pour le mouchoir… je prends note de la superstition.
    Mais je vais veiller à ce que Mareth ne le laisse pas trop souvent tomber négligemment. Ça se salit vite, ces bouts de tissu.
    Et puis… le temps fait son œuvre. Même sur les capitaines têtus.
    Je crois surtout que Mareth et moi sommes déjà bien trop cabossés pour craindre le mauvais œil.

    Je ne vous ai pas raconté comment elle est arrivée chez nous.
    Ma compagne de l'époque, une flamboyante, l’avait prise sous son aile après l’avoir trouvée errant à Brest. Une petite sauvageonne d’à peine sept ans, qui avait fui un mauvais bougre la maltraitant et l’obligeant à voler.
    Elle l’a apprivoisée doucement.
    Au fil des semaines, j’ai réussi, moi aussi, à l’apprivoiser.

    Nous avons fait un petit aller-retour maritime jusqu’en Flandres. Je lui ai appris le navire, les voiles, les cordages… et à se poser aussi, pour profiter de la mer.
    Après ce voyage, elle ne m’a plus jamais laissé quitter le port seul. De silences en petites phrases, nous sommes devenus inséparables.
    Je la considère comme ma fille et pour elle je suis devenu son père.

    Quand je parle d’elle, j’ai souvent l’estomac qui se tord, comme si j’avais encore le mal de mer.
    Parfois, je la sens triste ou apeurée, et j’ai bien du mal à lui faire dire ce qui ne va pas.
    C’est pour cela que j’irai m’installer où elle voudra. Je ne veux pas qu’un jour elle s’enfuit par peur de je ne sais quoi… ou de je ne sais qui.

    Cet été, elle a voulu que je lui apprenne à se servir d’une épée. Alors je lui en ai fabriqué une à la forge, et j’ai gravé son prénom sur la garde. Un tas de pièces d’or n’aurait pas eu le même effet, je crois.
    Je lui apprends à se défendre. Elle est tenace, courageuse. Une vraie corsaire… ou pirate, selon le côté où l’on se place.

    Je suis heureux de savoir que vous êtes rentrée à Limoges. La grange, l’auberge à façonner à plusieurs mains… ça me parle.
    Je suis certain que vous allez en faire quelque chose de bien, de vrai. Il y a quelque chose de profondément sain dans ces lieux qu’on construit ensemble, sans prétention, juste pour accueillir.

    Ici, la mer est là.
    Mais elle m’est interdite.
    La Bretagne regarde ailleurs quand les One passent, et tant que cela durera, mieux vaut garder les navires à l’abri.
    Je me sens prisonnier d’une terre à qui j’ai pourtant rendu service. Alors j’attends.

    Quand je vous lis à propos d’Harpège, j’ai parfois l’impression que vous la connaissez.
    Je n’ai jamais cherché à la dépasser, c’est de toute façon impossible, et j’ai encore beaucoup à apprendre en mer.
    Vous me demandez si j’aurais repeint le pont… bien sûr. En blanc et bleu, les couleurs du ciel et de la mer.
    Voyez, vous n’étiez pas loin.

    Vous avez parlé de ce bonheur perdu, de cet amour qui ne s’efface pas.
    Je n’ai rien de brillant à répondre à cela.
    Je crois que les tourments de ces dernières années m’ont ôté l’idée que le bonheur dure. Il est souvent éphémère, mais il nous laisse le coeur en miettes.
    Alors juste ceci : je comprends.
    Quand on se trouve au cœur d’une tempête, il faut parfois laisser le navire dériver avec les vents, aussi violents soient-ils. Aller contre peut mener à la catastrophe.

    J’ai aimé la ritournelle que vous m’avez confiée. Elle m’a suivi toute la journée, jusque sur les quais.
    Et vous aviez raison, j’aurais pu être parmi eux.

    Avec les équipages corsaires, nous avions une chanson qui disait :
    "Si femmes nous trouvons, femmes nous rapporterons."
    Ce passage m’amusait et je le chantais à tue-tête. Je ne me souviens même plus du reste.

    Quant au pigeon… S’il faut lui trouver un nom, j’avais pensé à Hasard. Puis je me suis souvenu d’un de vos rois qui portait un nom s’en approchant.
    Alors… Aléa ? Coïncidence ? Mouchoir perdu ?
    Parce qu’il vole où il veut, revient quand il l’entend, et a le chic pour se poser exactement là où on ne l’attend pas.

    J’avoue que vous me faites sourire, et ça fait du bien. Il se dit que les amis aident à vivre, et je crois que c'est votre cas.
    Continuez à chercher, je suis sûr que vous trouverez un nom à ce volatile qui lui ira mieux que le mien.

    Vous parlez aussi d’un pirate et d’une sirène… Gardez-moi cette histoire.
    J’aime les histoires et les légendes. Les légendes je les crois… quand ça m’arrange.

    Merci pour vos mots, Kachina.
    Ils ont trouvé leur place ici, entre la pierre du port et le bois des navires endormis. Et Mareth aussi aime bien vos histoires.

    À quand vous voulez.
    Maritimement,

    Flo

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Kachina
Leely


Le soir tombe sur Limoges. Elle en a retrouvé les ruelles dès l'aube, après une échappée belle au milieu des bois à jouer aux voleurs avec une joyeuse troupe de fous inconscients autant que téméraires. Et elle a aimé ça, s'encanailler un peu. Ne pas quitter ses bottes de cuir durant trois jours, chasser autant qu'être chassée.

Après toute cette effervescence des derniers jours, l'appartement lui semble bien trop calme. Mais elle est trop fourbue, trop lasse pour sortir en ville. Et puis ces dernières nuits sans dormir risquent de la voir s'écrouler d'un coup pour s'abandonner à un sommeil qu'elle espère récupérateur. Donc elle a choisi de rester seule entre ces murs familiers, son chez soi.... Qui fut un temps leur refuge.

Le chat lui tient compagnie. Etalé sur le fauteuil de l'absent qu'il s'est accaparé sans vergogne. Assise à ses côtés, elle laisse ses pensées dériver. Vers ce qui rend les femmes fragiles, vers ce qui rend les femmes fortes, vers ce qui rend les femmes heureuses, ou malheureuses.

Il est certains soirs comme celui là, peut-être est ce du à la fatigue.... où elle se laisse aller à une douce mélancolie. Elle a vécu si fort, aimé si fort.... Tant ressenti, tant savouré, et aussi tant payé le prix de tout ça... Qu'est ce qui lui reste encore à vivre de grandiose après tout ça ? Oh, pas qu'elle se plaigne, non.... elle se vante de faire la peau à l'adversité toujours.
Mais.....

Tout ça la mène à songer à Leely. La lettre est restée là, bien en vue sur le guéridon et elle la prend, la relit. Il s'y devine bien des failles, des désillusions dont elle ne sait rien au final...

Alors, avant qu'elle ne s'abandonne aux souvenirs, en sachant que rien ne peut changer à présent.... Elle s'affaire à répondre à Leely.






Lee,

J'ai tardé ... encore une fois à vous offrir réponse. Peut-être est ce pour tous ces retards que vous vous êtes lassée ? A moins que ce ne soit pour toute autre chose ?

J'ai deviné au delà de vos mots, toute la tristesse d'une femme qui en a trop bavé parfois. J'ai pensé tout d'abord respecter votre choix et terminer là nos échanges.
Mais je me devais avant de poser le mot fin , de vous remercier encore d'avoir joué le jeu.

Je ne saurai donc sans doute jamais quels sont ces souvenirs si douloureux.
Concernant la mélodie du bonheur, je sais à présent qu'il me faudra inventer d'autres chants, d'autres danses et qu'ils seront ritournelles et caroles tournant autour de l'amitié.
Je ne saurais plus me consumer aux mots, aux caresses d'un homme.... C'est comme ça. Je resterai riche de ça. Mais je ne suis pas à plaindre, croyez moi. Il y a encore des soirs à rire, à boire et à chanter en bonne compagnie.

J'aurais aimé connaitre votre histoire... Ce qui vous ronge au point d'avoir cette impression de vous noyer certains soirs. Est ce que j'aurais trouvé les mots qui consolent ou apaisent ? Franchement je n'en sais rien.. Et même, j'en doute un peu....

Je pourrais simplement vous dire que la vie est faite bien souvent de petits plaisirs et qu'il faut savoir les débusquer, les provoquer.... Malgré tout...

Peut-être aurons nous un jour celui de nous croiser par hasard au détour d'une ruelle. Nous ne nous reconnaitrons pas, mais peut-être qu'un simple échange de regard suffira à deviner en l'autre une complice éventuelle... Peut-être entendrais je votre prénom , je me retournerai et je dirai : Lee ? C'est vous Lee ? La fille au pigeon ?

A moins que de passage à Limoges un beau matin, vous demandiez au mendiant assis sous le porche de l'église où se trouve la vielle grange de Kachina et que d'un doigt tendu et quelques mots baragouinés, il vous indique le lieu. Moi qui arpente souvent les chemins, j'y serais ce jour-là... Et vous pousseriez la porte... J'entendrais une voix féminine murmurer depuis l'entrée : Kachina ? Et je dirais : C'est moi !

Ces pigeons nous auront réunies un temps par le simple fait du hasard. Laissons le donc poursuivre son oeuvre. Je gage qu'un jour il nous mettra en présence. J'aime à le croire.

En attendant... Restez en vie. Accrochez vous à ces petits riens qui font beaucoup. Tenez bon. Qui sait, un matin d'automne vous apportera un jour une bien jolie surprise ? A moins que ce ne soit au printemps ? Quelqu'un renversant toutes vos certitudes, un éclat de lumière, une flamme incandescente qui ne pourrai jamais plus s'éteindre, un bonheur inespéré ?

Et merci pour ces plis échangés.... entre deux filles ne se connaissant ni d'Eve ni d'Adam.... J'ai aimé...

Kachina

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Kachina
Tristan


Il lui reste de la Purge quelques bleus , de joyeux souvenirs et la lassitude qui succède toujours aux moments forts.
Trois nuits sans trop dormir ont laissé des traces sur le visage féminin. Les traits sont un peu tirés, et ce soir encore elle joue les paresseuses.

Plus tard, elle sortira, emmitouflée sous ses lainages, pour rejoindre quelques uns du village. Mais elle se doit de répondre à Tristan. Et puis elle en envie aussi. Marre de ce temps de chien, elle n'a jamais aimé février.... Elle veut encore lire les mots qui réchauffent, qui emportent ailleurs.

Depuis son retour à Limoges, elle se bat contre un bataillon d'émotions. C'est comme si ce qu'elle avait tenté d'enfouir au plus profond d'elle depuis des mois, à coups d'échappées belles en mer, ou d'aventures diverses...
C'est comme si tout lui revenait.....
Elle a cessé de lutter contre ça....
Au contraire, elle s'y abandonne, avec cette douce mélancolie qui ne la quitte plus depuis un temps.






Tristan,

Le soir tombe sur Limoges, la nuit prend doucement l'avantage sur le jour. La pluie martèle les carreaux et le vent déchaine sa rage, comme s'il voulait tout emporter. C'est à la fois terriblement effrayant et follement excitant.

Il vous faut m'imaginer, assise à ma table d'écriture. Un chat noir , ramassé errant dans une venelle mal famée, il y a un moment déjà, y joue les pachas. Vautré comme c'est pas permis, il menace à chaque instant de renverser ma corne d'encre. Et je n'ai pas le coeur à le chasser de là.

J'ai vue sur la fenêtre, et il aurait suffit que je tire ces lourdes tentures de velours pour m'isoler de la violence des éléments qui menacent au dehors. Dans mon dos, le bois crépite dans la cheminée et je suis ici comme dans un cocon... A l'abri du monde.

Mais je me plais à regarder le spectacle que m'offre cette tempête. J'ai toujours aimé ça en fait, défier les lois, les éléments. Pour un peu, je descendrais dans la ruelle et j'irais danser sur les pavés , en hurlant que je ne crains ni Dieu, ni Diable... Ni personne.... Je laisserais la pluie glacée infiltrer mes vêtements, plaquer mes mèches sombres sur mes joues, les sentir ruisseler dans mon cou. Je vivrais de frissons et d'audace, un moment hors du temps....
Juste vivante.
Vous devez comprendre ça, homme du désert.... Les limites qu'on repousse, les défis qu'on s'impose, les folies qu'on assume...

Vous pouvez ajouter prétentieuse à la liste de mes défauts. Mais je doute que vous soyez intéressé à ce point par ma petite personne.... De mon côté, je n'ai pas cherché à savoir si vous faites partie des bons, des méchants, des loyaux ou des traitres, des nantis ou des gueux. Peu m'importe je crois. Il n'y au final que les faux et les vrais.
Et si je devais vous coller une étiquette sur le front, je vous désignerais comme "Vrai". Je ne sais pas pourquoi, mais mon instinct me dit que c'est ça.

Quoi de nouveau pour moi depuis nos derniers échanges ? J'ai bien sûr participé à la Purge. Je n'ai pas particulièrement brillé, mais je m'en suis sortie au rang de 5ème... Vu le nombre de participants ma foi, c'est plutôt honorable.
Limoges s'est animée. Il fallait voir les tavernes rassemblant ces gens de tous horizons. Les commerçants au marché se réjouissaient de tout ce petit monde.

Depuis le calme revient doucement. Certains ont déjà repris la route. On peut croiser encore au coin d'une venelle, quelques groupes de vilains, qui attendent leur heure pour quelque mauvais coup. J'ai parfois été de ceux-là un temps. Je sais encore leurs ruses... Et je m'en amuse.

Plus rien ne m'étonne, plus rien ne me touche à présent. Un jour, j'ai tout perdu. Que pourrait il encore m'arriver à ce jour ?
Je respire au gré de ces moments à rire en bonne compagnie, j'observe mes semblables.... Les visages heureux, les mines anxieuses, les regards espiègles comme les désespérés, rien ne m'échappe. Je suis en fait comme ce chat noir qui observe tout, tout en semblant indifférent à tout.

Mais sur la table de la salle à manger, trône un petit bouquet de perce neige. Fragiles et blanches, mais si prometteuses du printemps à venir. Et je sais déjà ces fenêtres qu'on ouvre à nouveau pour laisser entrer l'air frais du matin, ces arbres qui reverdissent, et ces persiennes qu'on ouvre sur un ciel tout bleu à l'aube.

Mais ce n'est pas encore le cas. Ici la pluie refuse de s'arrêter de tomber. Je ne sais pas si j'aurai assez de bois pour tenir jusque là. Ici les sentiers sont boueux... Les voyageurs se plaignent de charrettes embourbées. Vous qui souffrez peut-être du manque d'eau, il faudrait voir ici nos rivières, nos cascades qui jaillissent en gerbes d'écume blanche.... Je sais encore m'émerveiller de ça.

Parfois je me dis que je devrais faire comme vous. Tout plaquer, laisser mes greniers pleins, mes coffres aux écus sonnants et trébuchants, et mes bijoux... Enfiler un simple vêtement de pélerin, m'armer d'un seul bâton, glisser à mon épaule une besace avec un peu de pain et d'eau et emprunter ces chemins qui mènent à Compostelle.

Mais j'ai bien trop de comptes à réclamer au Très Haut.... Et j'aime bien trop parfois me vêtir de soie moirée et de velours lisse... Je prise trop les mets fins pour me contenter longtemps d'un morceau de pain, fut il accompagné d'un peu de lard fumé.... Et à cette période de l'année, je préfère me glisser dans un baquet d'eau chaude que de me baigner à la rivière.

Encore une fois je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça... Peut-être vous endormirez vous avant la fin de la lecture de ce pli. Ou peut-être qu'il vous cueillera en pleine marche... Je ris en vous imaginant repousser mon pauvre pigeon, alors que vous seriez occupé à folâtrer avec votre jolie compagne.

Je ne sais pas si vous prenez plaisir à nos échanges Tristan, mais j'aime à travers vos mots imaginer la voute céleste, étoilée. Vos écrits m'apportent ce sentiment qu'on éprouve loin du monde et des hommes, confronté avec la seule nature. L'ivresse de la liberté totale.
Voyageur solitaire, mais bien accompagné.

Ecrivez moi encore.. Est ce que ce voyage a ses inconvénients ? Ses dangers ? Est ce que vous avez déjà regretté d'avoir pris ainsi les sentiers de l'aventure ? Ou bien, vous enivrez vous toujours des grands espacex, de ces mondes différents, de ces senteurs inédites ?
Invitez moi au voyage encore, voules vous ?

Moi ce soir je vous apporte, la tempête, le bruit de la pluie, la colère et la force du vent.
Nos mondes sont si différents, voyez vous ?

Et ce pauvre pigeon que nous forçons à naviguer entre les deux... Misère, que nous sommes cruels....

A vous lire.

Kachina

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