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[RP ouvert à qui voudra] Pigeons volent.

Kachina
Adrielle


La voici à Bourges, au coeur du Berry. Ravie de se poser un peu après 4 jours de chevauchée sous la pluie et le froid. Le luxe d'un baquet, la promesse d'un lit confortable le soir venu, dans une auberge locale.... Et du temps un peu pour répondre enfin à Adrielle....




Adrielle,

Vous avez du penser que notre pigeon n'aurait pas survécu à ces vols au coeur de l'hiver. C'est moi qui l'ai gardé en otage plus qu'il n'aurait fallu. Je vous le renvoie enfin, tout remplumé, bien dodu et ragaillardi. Ne me tenez pas ombrage de ce retard à répondre...

Il y a eu la Purge, ces jours en forêt qui ont pris tout mon temps, et puis une pause rapide à Limoges pour récupérer un peu avant de reprendre les chemins qui m'ont menée jusqu'à Bourges aujourd'hui. Il y a levée de ban en Berry et j'y ai accompagnée une amie rappelée sur ses terres.

Vous aviez raison, j'ai souri en vous imaginant dépeinte par vos amis proches. J'ai souri encore en imaginant les mots qu'ils avaient pu trouver pour décrire votre tempérament... Impulsive ? Entêtée ?
Je crois que nos amis quand ils sont vrais aiment autant nos forces que nos faiblesses. Ils nous prennent dans notre globalité. Telles que nous sommes.

Mon amie Sabdel et moi nous sommes séparées . Elle est partie revoir sa Provence, quand je suis allée en Berry. Elle me manque déjà. Mais je sais que nos chemins se recroiseront vite. Nous avons déjà été éloignées par le passé et toujours, nous nous sommes retrouvées.

Pour ce qui est des signes, du hasard, et du pouvoir de certains échanges liés à ces pigeons espagnols, j'avouerai que moultes signes me parlent de la mer et de naviguer à nouveau. L'avenir dira si je remonte sur un bateau... Mais j'ai appris qu'on ne s'y ennuie pas si la compagnie est bonne... Et les océans exerceront toujours sur moi cet attirance mêlée de crainte... N'hésitez pas à me faire signe, si un jour une aventure en mer se propose.. Qui sait ? Je pourrais m'y intéresser.

De Limoges à Bourges, nous n'avons croisé que des villes quasi désertes. Je me demande parfois où sont passés tous ces bons vivants qui peuplaient nos royaumes.... Je reste nostalgique du temps où chaque voyage apportait au minimum une belle rencontre. Mais au final un peu de calme m'a offert quelques jolis têtes à têtes à deviser sur rien, sur tout...

La nostalgie fut ma compagne de ce mois de février. Revoir Limoges .... qui fut le décor pour de si belles heures..... a réveillé bien des souvenirs. Je ne les fuis plus, au contraire, je les chéris, le les recherche.

Par contre, pour ce qui est de la KAP, je ne me considère pas comme une célébrité. Misère loin de là.... Pour quelques péripéties liées à une paire de bas fins que je chérissais.... je n'ai eu dans cette histoire aucun mérite croyez moi. Mais c'était un bien joli moment.

Adrielle, vous dites avoir envie de me connaitre. Et je vous retourne la politesse. Mais comment allons nous, nous y prendre ? Connait-on jamais vraiment les autres ?
J'ai pour habitude quand je veux connaitre quelqu'un, de jouer à ce que j'appelle le jeu des questions.... Voulez vous y jouer avec moi ?

J'ai déjà quelques pistes vous concernant. Les mots nous trahissent parfois bien plus qu'on ne le pense. Il a ce qui s'échappe des phrases, des ponctuations, des espaces et des sauts de ligne. Comme un tableau fait de petites touches qui prendrait forme écrits après écrits.

Mais pour peaufiner cette toile, il me manque quelques éléments.
Aussi voici quelques questions. Répondez y si ça vous chante. Elles sont sans prétention, pourront vous paraitre futiles... Mais c'est un jeu n'oubliez pas...
Etes vous prête ?

Alors tout d'abord...
Etes vous plutôt cuir ou satin ?
Etes vous du matin ou du soir ?
Avez vous déjà été trahie ?
Avez vous encore un souvenir qui vous serre le coeur en l'évoquant ?
Et un autre qui vous le gonfle d'allégresse ?

J'aurais je pense encore bien des choses à vous demander... Mais j'ai pitié de vous. Il en est assez des précédentes.....

Me raconterez vous ?

A vous lire Adrielle. Je vous espère rieuse et comblée .

Kachi


_________________
Tristan...
21 Janvier 1474
Au coin d'une table


Au coin d'une table de bois brut, Tristan trace ses mots tandis que Luna veille à ses côtés dans la fraîcheur de Slatina. Le voyageur a gardé le valeureux pigeon plusieurs jours sous leur tente, le protégeant des bourrasques roumaines pour qu'il reprenne des forces. L'oiseau, ragaillardi par le millet et le repos, s'apprête désormais à quitter cette terre de boue. Dans un dernier geste de tendresse, il l'élance vers le ciel, le chargeant de ses pensées pour la dame de Limoges.





Chère Kachina,

Le vent de Slatina redouble de violence ce soir, et la pluie, cette compagne obstinée qui semble vous avoir suivie depuis les pavés de Limoges jusqu’aux confins de la Valachie, fouette les pans de notre tente avec une fureur presque joyeuse. Je vous écris à la lueur d'une bougie dont la flamme vacille au gré des courants d'air, tandis que le sol boueux de la Roumanie s'imbibe d'une eau glacée qui rend chaque pas incertain.

Il est temps, je crois, de vous parler plus longuement de celle qui partage mes veilles et mes silences depuis que j'ai quitté Montpellier pour ces terres plus rudes. Luna est là, à mes côtés. Elle n'est pas une simple escale dans ma vie, elle est le voyage lui-même. Si je suis l'épée, elle est le fourreau ; si je suis le pèlerin, elle est le sanctuaire.

Elle est mon ancrage dans ce monde mouvant. Tandis que je trace ces lignes, elle observe la pluie battre la toile, son profil se découpant avec une grâce souveraine dans la pénombre de notre abri de fortune. Il y a en elle une force tranquille qui répond à votre tempête intérieure. Et dans l'immensité de cette marche vers le camp du Grand Khan, sa présence est le seul luxe que je ne saurais sacrifier, pas même pour tous les écus de vos coffres limougeauds.

Elle ne craint ni la boue de Slatina, ni le regard des espions valaques qui rôdent dans les tavernes de bois sombre. Elle possède cette intelligence du cœur qui devine mes lassitudes avant même que je ne les admette. Elle est ma vérité, Kachina. Quand vous me désignez comme "Vrai", sachez que c'est en grande partie parce que son regard m'empêche de jamais me mentir à moi-même.

Vous parlez de danser sur les pavés sous la pluie, défiant Dieu et Diable. Si vous voyiez Luna marcher d'un pas assuré dans la fange des chemins roumains, les cheveux trempés par l'orage mais le port de tête altier, vous reconnaîtriez sans doute une sœur d'âme. Elle possède cette audace sereine, cette absence de compromis que vous semblez chérir par-dessus tout.

Le camp du Grand Khan est encore loin, caché derrière les brumes des Carpates. Slatina n'est qu'une étape, une halte de boue et de sueur. Le trajet est épuisant, Kachina. Les charrettes de notre convoi s'embourbent, les essieux gémissent mais Luna, elle, avance sans se plaindre, transformant chaque bivouac précaire en un palais par sa simple présence.

Le Danger : Il est partout. Dans le cri d'un rapace, dans le silence trop soudain de la forêt, dans l'ombre d'un cavalier valaque à l'horizon.

La Récompense : Elle est dans ce moment de répit où, après une journée de marche forcée, nous pouvons enfin décacheter votre pli ensemble, à l'abri du monde.

Luna ne connaît pas le mensonge ; elle sent la sincérité de vos mots à travers la calligraphie de votre lettre. Si elle vous voyait, assise à votre table de Limoges, je parierais qu'elle sourirait de cette parenté que vous entretenez avec les éléments, reconnaissant en vous cette même flamme qui nous pousse, elle et moi, à ne jamais regarder en arrière.

Ne regrettez pas vos bains chauds, chère Kachina. Ils sont le prix de votre lucidité et le repos de votre corps fatigué par la Purge. Moi, je troquerais volontiers, l'espace d'une heure, la fraîcheur de l'Olt contre la chaleur de votre cheminée, pourvu que Luna puisse s'y réchauffer les mains à mes côtés et que nous puissions, ensemble, regarder votre chat noir jouer avec votre corne d'encre.

Le pigeon repartira, bravant les courants d'air froid de Roumanie pour regagner votre fenêtre. Il porte avec lui l'odeur de la forêt mouillée et le salut d'une femme et d'un homme qui, par-delà les lieues, écoutent le même tonnerre gronder.

Dites-moi, Kachina, dans votre monde de velours et de tempête, comment imaginez-vous la rencontre de deux mondes aussi opposés que le vôtre et celui que nous bâtissons, jour après jour, sur les routes de l'exil ?

À vous, sous la veille bienveillante de Luna.

Tristan.


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Adrielle
    Si les jours ont passé prestement c'est qu'elle avait fort à faire.
    Mais pour autant, elle n'a pas omis de lire et relire le pli que lui a adressé la jeune femme.
    Alors que le voyage reprend son court, avant de partir, la brunette lui répond depuis son appartement.
    Amusée, le sourire aux lèvres, l'envie de poursuivre cette aventure épistolaire est toujours si présente.
    Que c'est un vrai plaisir de pouvoir s'y prêter.
    D'autant que à force de lecture et d'écrit, il est clair qu'elles se découvrent peu à peu.






        De moi à vous!

        Kachina,

        Je vous rassure, je n'ai pas songé une fois que vous ayez préparé mon pigeon aux petits oignonsavec des petits pois, ni qu'il se soit égaré. Je me doutais qu'il était en sécurité à vos côtés. Par contre, je commençais à me soucier en me demandant si vous vous portiez bien. Comme je me soucie de l'absence trop longue d'un proche.
        Alors me voilà rassurée, par contre j'ai largement sourit en lisant.

        Ainsi vous voilà en Berry, je ne savais pas qu'il y avait eu une levée de ban. C'est bien amical à vous d'avoir accompagné votre amie. Restez vous avec elle? Ou reprenez vous les chemins?

        Vous avez tout à fait raison, les vrais amis nous aimment comme nous sommes. Il faut des défauts et des qualités pour pigmenter ce monde sinon il risquerait d'être bien terne. Et puis, nous les aimons comme ils sont, ils nous le rendent bien, cela me semble naturel... Je constate que nous voyons ce sujet de la même manière.
        Comme je vous souhaite de retrouver votre amie Sabdel prestement. Je sais qu'une soeur de coeur peut manquer parfois plus que d'autres et que l'envie de la retrouver est forte. Car je crois lire dans vos mots, qu'elle est comme de la famille, une amie avec ce truc en plus qui tisse des liens indéfectibles.

        Vous allez me trouver curieuse, mais j'ai déjà hésité à vous poser la question la dernière fois. Cette correspondance issue d'un pigeon espagnole, serait ce un interlocuteur? Quels sont ses mots qui vous redonnent le désir de peut-être reprendre la mer? Je suis piqué à vif et en même temps, je souris car je vous imagine parfois étirer vos lèvres en songeant à tout cela.
        Avant de vous proposer voyage, il nous faut reconstruire, nous avons le projet de faire un foncet et une nave, il e faudra tisser la grande voile et aller chercher du bois. Mais cela fait partie de nos projets qui nous tiennent à coeur.

        Comme nous voyageons en groupe, nous sommes rarement seuls en taverne , mais il est vrai que les tavernes sont désertées même dans les très grandes concentrations ... je trouve cela étonnant. Où sont les gens qui jadis passaient en taverne? Je me le demande. Vous faîtes bien de chérir vos souvenirs, ils font de vous ce que vous êtes et j'aime l'image que j'ai de vous.
        A votre question "Connait-on jamais vraiment les autres ? ", je vous répondrai simplement se connaît on seulement nous même? Comment nous y prendrons nous? Déjà par un bonjorn! Non sans rire, je ne me pose pas ce genre de question.
        Peut-être sommes nous plus différentes qu'il n'y paraît mais pourquoi ça n'irait pas?
        Jouons au jeu des questions.
        Je vais y répondre sincèrement.

        Etes vous plutôt cuir ou satin ? Les deux mon capitaine, le cuir pour les voyages, les tenues de journée et satin pour les nuits douces et câlines. Faut il n'en vouloir qu'un quand on peut tout avoir?
        Etes vous du matin ou du soir ? Plutôt du matin pour toutes les dures besognes afin de pouvoir ensuite profiter pleinement de l'après midi et savourer les soirée avec le groupe.
        Avez vous déjà été trahie ? Oui, est il possible de ne l'être jamais? Je crois qu'un jour nous le sommes tous.. Cela reste une blessure, un coup de canif au coeur qui ne se referme jamais vraiment.
        Avez vous encore un souvenir qui vous serre le coeur en l'évoquant ? Plusieurs en vérité. Mais vous savez j'ai été mariée une première fois avant de rencontrer mon époux actuel. Mon premier mari m'a quittée dans la force de l'âge. Ce souvenir là me serre encore le coeur... J'ai toujours eu l'impression que depuis les cieux où j'aimerai qu'il soit, que c'est lui qui m'a envoyé Max pour me rendre heureuse pour la suite du voyage qu'est la vie. C'est fou non? Pourtant j'en suis intimement convaincue.
        Et un autre qui vous le gonfle d'allégresse ? Le jour où Maxyme, mon mari, m'a tendue la main pour me sortir de ma tristesse. Depuis, il met tout en oeuvre pour me rendre heureuse.
        N'hésitez pas, torturez moi de vos questions!

        A vous!
        Prête?
        Si vous aviez un voeu à avoir , lequel feriez vous?
        Qu'attendez vous d'une amie ou un ami?
        Qu'est ce qui vous fait le plus peur ?
        Petite, vous vous imaginiez comment?
        Je vous pique la cuir ou satin? Je l'adore!

        Nous sommes retournés en Gascogne pour aider un ami.
        Nous allons nous balader un peu avant de rentrer, peut-être nous croiserons nous!
        Nous nous entendons tous assez bien dans le groupe, même si tout le monde ne passe pas en taverne.
        Si je passe par Limoges, j'irai à votre grange que vous y soyez ou pas.
        Je vous espère en forme, bien entourée, je vous espère souriante avec l'envie d'avoir des délires avec votre amie.

        Au plaisir de vous lire,

        Adrielle


_________________

♥Atelier Au Bonheur des Belles ♥
♥Merci Camomille♥
"Allez vous faire cuire le cul." emprunté à Zulma ♥
Kachina
Flo


Les cloches sonnent à la volée et invitent à la messe, et les derniers retardataires endimanchés pressent le pas pour répondre à l'appel.
Elle les regarde, assise sur le rebord de la fontaine.
Elle n'ira pas.
Elle aurait bien trop de comptes à réclamer au Très Haut.
Elle aurait peut-être aussi bien trop de comptes à lui rendre, qui sait ?

Mais elle se plait à imaginer les vies de ceux qui passent devant elle.
Cette jouvencelle là, qui serre son missel dans sa main, joues délicates rosies par le froid, cape de lainage chaud à la coupe sage....
Quels péchés a t-elle bien pu confesser ?
Cette vieille femme aux traits ridés, burinés par les travaux aux champs , vêtue à la mode berrichonne, quelle prière, quelle supplique murmurera t'elle , agenouillée sur le bois dur ?
Et ce riche marchand , dans son pourpoint de velours ourlé de renard.... à la démarche assurée et au regard hautain.... Avouera t'il ses manigances, ses spéculations ?
Ce haut personnage, offrant le bras à celle qui semble son épouse, riches vestures, port altier...et sourires condescendants à ceux qui les saluent.... Est ce que ces deux là craignent la toute puissance d'un Dieu ou bien est ce qu'ils exigeront encore plus de terres, plus de pouvoir. Est ce qu'ils viennent ici prier ou étaler leurs richesses ?

Ce n'est pas entre les murs froids des églises qu'elle trouve la paix.
Tout est bien trop figé à l'intérieur, bien trop sombre, bien trop froid.
A l'intérieur d'une église, elle ne s'émerveille que de la lumière du dehors qui filtre entre les vitraux...
Et parfois elle vient chiper un cierge .. Pour le plaisir d'une petite flamme bravant tout ça... Et parce qu'on ne sait jamais... Si ça marchait ce truc de faire un voeu ?

Mais c'est au coeur des forêts qu'elle reprend des forces, sur le pont d'un navire au gré des vagues, au pied d'une cascade. C'est au rire d'un enfant, à la joie d'une danse , au chant d'un baladin, qu'elle ressent la force de l'univers.

Les cloches se taisent, remplacées par des chants religieux qui résonnent jusqu'à l'extérieur. Sons feutrés et tendres , par lesquels elle se laisse bercer un instant.
Bon sang, il serait si bon de croire qu'il y a un grand maitre du jeu.... Bienveillant et protecteur entourant ceux qu'elle a perdus.

Dans un haussement d'épaules, elle se détourne du parvis, laisse jouer ses doigts à l'eau qui coule dans la fontaine.... Elle s'amuse à détourner le débit bien trop vertical, l'envoie valser en petites giclées de gouttes glacées qui retombent dans l'eau.

Un chien errant vient s'assoir devant elle. Efflanqué, le poil terne, il l'implore de son regard fatigué autant que demandeur... louchant sur la besace qu'elle a posée à ses pieds. Elle lui cède le restant de son massepain aux pommes en songeant qu'elle n'a jamais souffert de la faim.... Peut-être a t-elle eu le ventre vide une fois ou deux à Saumur quand la ville était en étât de siège, il y a longtemps de ça. Mais ils avaient vite su négocier au marché noir de quoi se remplir la panse.

Mais elle a toujours eu faim cependant. Mais de bien autres choses...
De grands espaces, d'aventures, de belles rencontres, d'amitiés vraies, d'amour fou.. De folie et d'ivresses....

Une caresse au chien qui serait prêt à cet instant à la suivre où qu'elle aille. Mais Chat Miteux n'aimerait surement pas ça... Elle se contente d'une caresse tendre, lui murmurant dans un soupir : Donnez nous notre pain quotidien ! Et il fait quoi lui, là haut pour toi hum ? Je reviendrai te voir demain, va.. Ne t'éloigne pas trop d'ici. Qui sait ? L'un de nous pourrait prendre soin de toi ?

Et puis elle se redresse, envoie valser au creux de son dos, d'un mouvement de la main, la lourde tresse sombre qui battait son épaule jusqu'ici. Et elle tourne le dos à l'édifice religieux, lui préférant l'abri d'une taverne locale où elle trouvera de quoi se réchauffer.

C'est là, qu'elle répond enfin à Flo.... une chope fumante aux parfums de plantes devant elle.






Flo,

Ainsi vous avez plusieurs sourires ? Ceux qu'on dit de façade, qui donnent le change...Les moqueurs, les narquois, les polis, les indifférents ?
Et les vrais ? Ceux qui vous viennent des tripes ou du coeur....
J'vous préviens... Si un jour, on se croise, je vais le guetter ce sourire à vos lippes et je ne lui laisserai aucun autre choix que d'être sincère et ravi.... Faites gaffe...

J'ai bien compris pour Mareth.. Qu'elle est un peu comme votre propre enfant. J'ai un fils moi aussi... Adopté moi aussi. Niklhaus.... Un petit galopin qui grandit bien trop vite, il approche des 16 ans. Je ne l'ai pas mis au monde, mais il m'est précieux. Je ne sais pas si je suis la mère parfaite par contre... Mais ma foi, je fais au mieux, je crois.

Il souffre de la perte de son père, et je me sens parfois tout comme vous, bien impuissante à l'aider.... Il y a un an et demi, ce fut comme une grande tempête destructrice qui s'est abattue sur nous.... Nous en avons perdu tant en si peu de temps... comme si notre monde s'effondrait d'un coup.... Mon époux disparu suivi de près par mon frère, et puis un peu plus tard la fille adoptive de mon frère Xaveria .
Je crains m'être isolée dans mon chagrin, sans être pour lui l'appui qu'il fallait.
On fait comme on peut parfois Flo, non ?

Je ne suis déjà plus à Limoges. J'ai vraiment les pieds qui me démangent tout le temps. Pourtant, je rêve parfois de me poser un temps..
Mais je suis à Bourges. Une levée de ban en Berry et j'ai accompagné chez elle une jeune noble rappelée pour l'occasion dans cette capitale.
Je peine parfois à comprendre ce qui se passe en nos royaumes. Qui est avec qui, contre qui ? Qui joue le vrai, le faux ? Mais j'ai parfois moi aussi changé de camp, par amitié, par amour, alors je sais que rien n'est jamais ce qui se dit, ce qu'on pense....
C'est pas si simple au final...
Je reste là à observer, à écouter... un peu comme je l'ai fait en Bretagne, il y a peu....

Et au milieu de tout ça je me surprends, presque malgré moi, à m'intéresser à nouveau aux autres. J'ai fait de bien jolies rencontres dernièrement. Asaline, une jolie blonde.... qui est un peu toute chamboulée parce que le compagnon qu'elle s'apprêtait à quitter est tombé du toît qu'il réparait. Il en est mort. Et moi j'ai été minable à l'aider encore une fois. Je ne sais plus faire face au chagrin des autres je crois.
Il y a aussi Rolf....Agaçant, déroutant... Il vous donne envie de le fuir et on se surprend à lui confier nos plus intimes souvenirs. Une amitié débutante, que je pressens sincère, sans faux semblants, qui me fera du bien. J'ai eu de belles amitiés masculines...

La vie je crois m'a souvent comblée... Et cette garce a souvent réclamé son dû en échange. Mais je n'ai jamais rechigné à payer le prix.
D'ailleurs à ce propos.. Il y a deux mots qui m'ont touchée dans votre dernier pli.... Ce "Je comprends"..
Qui disait peu... mais disait tout....
Merci.

Vous savez donc.....
Et il est vrai que je n'ai pas défié la tempête... Elle était trop féroce, trop destructrice. Je n'étais pas de taille.
Je m'y suis laissée emporter, en vagues de tristesse infinie parfois.... en cris de rage que le vent maudit étouffait aussi. Je me suis certains soirs laissée emporter, couler... Jusqu'à donner un coup de pied pour remonter... Elle m'a suffoquée, presque brisée...
Et l'accalmie est là.. Je lui ai survécu. Et elle n'a pas pu me prendre l'essentiel de ce qui a été un jour.
Me voici plus sereine à présent, même si je garderai une nostalgie à ja...mais de ce temps béni .

Vous savez.... j'en déduis que vous aussi , vous en avez bavé...
Mais par le Diable, je ne vais pas broder d'autres mouchoirs hum ? Nos échanges n'ont pas vocation à envoyer du gris à l'autre.
Je préfère vous imaginer chantant à tue tête, que vous allez rapporter toutes les filles que vous trouverez... même si je sais comme ça doit vous peser de voir ces fiers navires consignés à quai par crainte d'être coulés.
Je vous vois presque d'ici faire les cent pas , sur le quai, la mine sombre, piaffant d'impatience, votre tricorne sur le crâne, pestant contre tout ça...
Tel un cheval fou... Pire que Forban, quand je le laisse trop longtemps à l'écurie... Forban, c'est mon cheval. Mon époux l'avait volé pour moi avec mon frère et une amie à l'occasion d'un anniversaire mémorable.

Pour le pigeon, on va oublier Hasard, vous avez raison. J'ai songé à Imprévu... C'est joli un imprévu parfois... Ou foutrement ennuyant à d'autres moments...
Aléa, ça sonne bien... ? C'est presqu'un nom de Dieu grec..
J'vous propose un truc.. Je vais lancer le dé.. Si c'est un chiffre pair qui sort, il s'appellera Aléa notre pigeon commun. Impair, il deviendra imprévu. Promis, juré, craché je n'userai pas d'un dé pipé...

C'est quand même fou nos échanges, avouez.... Nous échangeons comme de vieux amis, de vieux complices sans savoir à quoi l'autre ressemble. Un jour, nous allons nous croiser dans une ruelle.
Mon cheval vous bousculera et vous crierez après moi... Vous sortirez trop vite d'une auberge, pressé par je ne sais quoi et vous me bousculerez, ,renversant dans la foulée ce panier d'oeufs frais rapporté du marché.
Ou je longerai un quai et d'un coup de coude maladroit vous me ferez tomber à l'eau....
Vous aurez la meilleure place au coin du feu quand j'entrerai dans une auberge et je râlerai après vous en silence... Ou vous aurez envie de calme et vous maudirez cette brune qui parle haut et fort, telle une pie bien trop bavarde en trinquant à la ronde.

Nous nous chamaillerons pour attirer un pigeon perché sur un rebord de toît... que chacun pensera sien mais qui est notre en réalité...

Et peut-être qu'on ne se rencontrera jamais....

Tiens, je vous propose un jeu..
Dans nos prochains courriers... je gage que vous n'allez pas encore m'abandonner hum ... Dans nos prochains courriers donc... Nous devrons décrire l'image que l'on se fait de l'autre.. Physiquement j'entends.. Je crois que pour le reste, le tableau se peint doucement sous nos fronts, à coup de plume et d'encre....

Je vous laisse commencer... Je vais lancer le dé... Attendez... Je vous dis tout....
Mince, j'ai laissé mon dé à Limoges.... Il faudra attendre pour baptiser ce pigeon.. A moins que vous n'ayez un dé vous ?

A vous lire Flo.... J'aime vous lire.

Kachi


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Kachina
Tristan


Il s'en est fallu de peu... Chat Miteux est entré un matin, le regard plus fier qu'un matador ayant achevé le taureau. Il portait dans sa gueule le pigeon qui n'en menait pas large.
Il a fallu un temps incalculable de négociations.... Des mots doux à foison pour que....


- Sale vaurien.... Mon pigeon.... Lâche cet oiseau foutre Dieu ! Tout de suite ! Obéis !!!!!!!!

Regard outré.... Bon sang, on ne refuse pas un tel cadeau... et miaulement désappointé quand il a laissé tomber son offrande à plumes au pied de sa maitresse en détresse. A peine le temps pour Kachi de récupérer le pauvre volatile pour le garder à l'abri du félin, dans la chaleur de ses mains.

Il a bien fallu quelques jours pour que le pigeon se remette de sa mésaventure. Mais avec le retour du printemps qui s'annonce déjà par ici, le voici tout ragaillardi, prêt à remplir sa nouvelle mission.

C'est assise dans le foin, dans un coin de la Vieille Grange pas encore remis à neuf qu'elle répond. Planchette de bois calée sur ses genoux, adossée à une botte de paille. Torche fichée dans une poutre pour éclairer ses écrits, elle laisse la plume griffer le vélin.





Tristan,

Notre pigeon a failli trépasser. Figurez vous que mon chat voulait en faire son repas. J'ai joué la bonne fée de l'histoire et je l'ai tiré des griffes de ce sale matou.
Je crains de l'avoir un peu trop bichonné par contre ... ce foutu sentiment de culpabilité à dix sous..... Et vous le trouverez peut-être un peu plus gras que d'ordinaire.

Je viens de rentrer du Berry. Et je m'apprête à repartir vers les terres Helvêtes pour le fameux tournoi annuel. J'ai peur que tout ça vous paraisse bien fade à côté de vos nuits en Valachie. Mais je ne vais pas m'inventer de folles aventures pour vous épater.
Je me surprends à aimer passer à nouveau les bornes du Limousin. J'aime cette contrée et les gens qui y vivent.

Aux courbes douces de Luna, à son amour de femme qui réchauffe vos nuits, je crains n'avoir à vous décrire que ce foutu chat qui dort à mes pieds durant mes nuits solitaires.
Je crains aussi de me différencier de vous deux à propos de retour en arrière. J'aime certains soirs quand la nostalgie m'envahit, me laisser happer par les souvenirs d'un amour perdu. Je sors d'un petit coffret des missives soigneusement conservées et je les relis. Pauvre folle que je suis, mais je n'ai trouvé que ce remède ces soirs là pour meubler ce manque qui ne me quitte pas. Puissiez vous Tristan ne jamais connaitre ce manque là. Il est à la fois si doux et si féroce .

Vous vous découvrez vous même au fil des chemins de traverse, au plaisir de cette vie à deux... Quand moi je me perds depuis un an est demi, dans les rires amis, les chevauchées folles dans la nuit, et quelque fois dans cet alcool qu'il prisait parmi tous.

Vous et Luna, deux êtres libres... Et moi prisonnière de mes souvenirs à jamais. Le pire de tout, c'est que j'ai renoncé à lutter pour les remiser au fond de ma mémoire. J'aime les chérir, les réveiller. Je ne veux pas oublier.

Il y a eu un homme à mes côtés. Attentif et patient. Qui m'avait placée sur un piédestal et attendait que je sois prête pour une autre histoire. Je n'ai pas su. Je sais à présent que je ne saurai jamais. Et ma foi, c'est bien comme ça...

Mais si je continue sur cette lancée, je vais vous prendre pour mon confesseur. En ai je jamais eu un d'ailleurs de confesseur ? J'ai toujours assumé mes erreurs.

J'ai souri à vous lire. Vous semblez si épris que vous n'avez répondu à aucune de mes questions... Comme si votre plume ne pouvait noircir le vélin que pour vanter les charmes de cette compagne. Et nous nous retrouvons un peu cette fois, parce que je me surprends encore à évoquer à la moindre occasion mon disparu.

Que vous dire sur ce qui m'entoure ici ? Le Limousin est fidèle à lui même. Terre de passage, et d'audaces en tous genres. Cette contrée là ne laisse personne indifférent.
Vous l'avez si bien écrit.. Mon monde à moi est fait de velours autant que de tempêtes.
Quand à vouloir faire se rencontrer nos deux mondes, il suffit d'imaginer vos campements de fortune avec ces feux de camps que nous allumerons au coeur des forêts quand nous irons à Genève mes amis et moi. Le chant des loups au plus noir de la nuit répondant au cri de votre rapace... Et une horde de malandrins pour ce cavalier valaque dérangeant votre sommeil.
Pour ce qui est des coutumes, ma foi, je dirais que les hommes ne sont jamais que des hommes et qu'ils courent tous après la même chose au final. Ceux qui ont oublié ça se fourvoient et tant pis pour eux.

Il faut du courage pour aimer. Pour aimer bien... Jusqu'à se mettre à nu de mille et une façons devant l'Autre..
Mais de ce que je devine de vous deux, vous saurez faire pour entretenir le feu.

J'aime que mes missives vous apparaissent comme une récompense. Les vôtres, je ne les partage avec personne.
Mais j'évoque parfois à la veillée entre deux chopes qui s'entrechoquent, deux voyageurs complices partis à la conquête de mondes étrangers. Je vous décris tous les deux, je brode avec ce que vos mots m'ont appris de ces terres lointaines. Et je fais de vous deux une jolie histoire avant d'aller dormir.
Voyez , je fais de vous deux une légende déjà. Et je crois presque déjà entendre vos rires mêlés en me lisant.

Mais il est temps. Vous savez, ces pigeons que j'ai envoyé au vent du hasard. Il y a deux femmes qui me les ont retournés. Et il se trouve que l'une d'entre elles est passée me voir hier à Limoges, mais je n'y étais pas. Il se trouve aussi que l'autre vient d'entrer pour que nous fassions connaissance. Elle est telle que je l'avais imaginée.. Et elle ne m'imaginait pas autrement...

La prochaine fois, promis je vous décrirai comment je vous vois... Et je peindrai Luna puisque je ne vous dissocie plus l'un de l'autre à présent.

Ce soir la lune est pleine. Et d'une étrange couleur presque carmin. Les anciens la nomment lune de sang.... Et je me dis que nous avons la même Tristan. Peut-être est ce ça au final qui réunit nos deux mondes.. La lune, le ciel et les étoiles...

A vous lire.

Kachina


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Tristan...
8 Mars 1474,
Quelque part en Pologne


Assis sur un bât de selle, Tristan écrit à la lueur vacillante d'une lanterne de corne, tandis que la bise polonaise siffle entre les troncs sombres. Sa main, durcie par le froid, court sur un parchemin rugueux posé sur ses genoux, s'arrêtant parfois pour écouter le souffle régulier de Luna endormie tout près. L'air est chargé d'une odeur de résine et de terre gelée, et seule la plainte lointaine des loups vient troubler le silence de ce bivouac de fortune.






Ma lointaine Kachina,

Quel soulagement d’apprendre que notre messager ailé a survécu à l’appétit de votre félin ! S’il arrive jusqu’à moi avec un embonpoint inhabituel, ne craignez nulle culpabilité : dans la rigueur des steppes et le froid qui s’annonce, un peu de graisse est un luxe que même les chevaux du Khan nous envieraient.

Vous me parlez de vos nuits solitaires sous le regard d'un chat endormi, tandis que je vous écris au milieu d’un tumulte de chevaux et d’hommes d’armes. Ne croyez pas que vos terres me paraissent fades. Le Limousin, avec ses courbes et ses secrets, possède une noblesse que les étendues sauvages de l’Est n’auront jamais. Vous y chérissez vos souvenirs comme on entretient une flamme dans l'hiver ; cette nostalgie que vous décrivez, à la fois « douce et féroce », je l'entends. Elle est le prix de la profondeur de votre âme. Vous n'êtes pas prisonnière de vos souvenirs, Kachina, vous en êtes la gardienne sacrée. Il y a une dignité immense à refuser l'oubli.

Puisque vous évoquez les légendes que vous brodez à la veillée, laissez-moi nourrir votre prochain récit d'une rencontre étrange faite aux abords du camp du Grand Khan, peu avant que nous ne reprenions la route.

Dans ce labyrinthe de feutre et de fumée, j’ai croisé une chamane, une vieille femme dont le visage semblait avoir été sculpté par les vents de l'Asie elle-même. Elle lisait l'avenir dans les craquelures d'os de mouton jetés au feu. Tandis que les flammes dansaient dans ses yeux d'obsidienne, elle m'a dit des mots qui, étrangement, m'ont fait penser à vous et à cette quête de sens qui nous anime tous. Elle m'a parlé de chemins qui ne sont pas des lignes, mais des cercles. Elle a vu l'ombre du clocher sur mes épaules, mais elle a surtout deviné que la vérité ne se trouvait pas dans le fer des épées, mais dans le silence et la fidélité à ce que l'on porte en soi. Elle m'a prévenu de ne pas regarder en arrière quand le ciel devient noir, car les esprits n'aiment pas les regrets. Pourtant, en vous lisant, je me dis qu'elle ignorait peut-être que certains regards vers le passé sont des ancres nécessaires pour ne pas dériver tout à fait.

Nous avons quitté les terres du Khan. Nous traversons actuellement les plaines de Pologne, sous un ciel immense qui semble vouloir nous écraser de sa grandeur. Chaque jour, chaque chevauchée nous rapproche un peu plus de la France. La terre change sous les sabots de nos montures ; elle se fait moins aride, plus boisée, retrouvant des teintes que mes yeux avaient presque oubliées. Nous formons avec Luna, comme vous le dites si bien, une entité que le voyage a soudée.

Vous m'imaginez déjà en légende ? J'en ris avec elle sous la tente, mais je suis touché. Si je suis un cavalier valaque pour vos amis de Genève, alors sachez que vos lettres sont pour moi les bornes milliaires qui m'indiquent que le monde civilisé — celui du cœur et de l'esprit — existe encore.

Ici aussi, la lune s'est parée de ce carmin étrange, cette robe de sang qui unit nos deux horizons. Que vous soyez à Limoges ou moi aux confins de la Pologne, nous levons les yeux vers le même astre. C'est peut-être là le seul véritable pont entre nos mondes : cette lumière rouge qui baigne vos souvenirs et mes espoirs.

Je vous quitte pour ce soir, car le camp s'endort et la route demain sera longue. J'attends avec une impatience non dissimulée la description que vous ferez de nous, et surtout de Luna.

Soyez prudente sur les terres helvètes, et que vos souvenirs, s'ils sont féroces, vous soient au moins d'une compagnie fidèle.

A vous lire,

Tristan.


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Création de Gretel du Manoir des Artistes!
Clique et rejoint “Les Allumés des Sentiers"
Floriantis
    - Brest encore et toujours, début mars -

      "Ils sont cachés quelque part
      Au fond de nos soupirs
      Dans les moments de joie
      Ils sont les larmes à nos sourires
      On vit avec"
      (Calogero - les absents)



    C’est étonnant.
    Il est face à la mer. Assis sur ce banc qu’il connaît bien maintenant, à côté de la jetée d’où il observe le ponton et son navire qui dort.
    Tant de choses lui passent par la tête… et celle qui domine, c’est sa mère.

    Il ne l'a pas connue, mais il lui parle souvent et lui a donné un prénom : Anna. C’est joli, et il aime l’imaginer avec des yeux azur qu’elle lui a laissé, brune, au visage apaisant où un seul de ses sourire fait tout oublier à son fils.

    Il lui parle avec l'envie démesuré qu'elle lui réponde un jour et qu'il entende sa voix lui dire : "Flo ? je suis là."

    Dans ces moments là il imagine son sourire, et plus rien n'existe autour de lui si ce n'est cette mère qui lui manque tant.

    Ses yeux sont embués.
    Ca ne le fait pas pour un Corsaire, un Capitaine endurci qui a vécu tant de batailles en mer et côtoie la vie rude des marins. Peut être la lassitude de ce sol breton qui le retient prisonnier parce que ceux qui veulent le diriger pensent plus à eux qu’aux autres.
    Peut être parce qu’il a un cœur et qu’il déborde de trop de choses depuis une paire d’années.
    Il ne sait pas.
    Il pense à ses compagnons d’aventures, ses amis Corsaires qui sont disséminés un peu partout. S’il pouvait remonter le temps, il retournerait à cet été 63 lorsqu’il a pris pour la première fois la barre du Mégalodon de Merer, au sein de ces équipages auxquels il était si fier d’appartenir.

    C’est à nouveau l’emplumé qui vient le tirer de ses pensées. Et c’est à nouveau cet emplumé qui lui soutire un sourire de plus en plus rare ces mois derniers.
    Il lui apporte les mots de Kachina.
    Il a hâte de les découvrir, même s'il se dit qu'il va devoir se livrer un peu plus à chaque fois. Il le fait doucement, comme un navire qui fend les flots sur une mer sereine.

    Les vrais amis ne sont pas forcément ceux qui restent là, en silence pendant des mois. Ce sont ceux qui partagent, rassurent, s’amusent, ou se laissent toucher par quelques mots qui, quelque part, font du bien.

    Il lui a fallu plusieurs jours pour prendre la plume et répondre. Le pigeon est au chaud, Mareth le nourrit bien trop parce que comme elle dit : "il va devoir voler encore dans le froid".
    Et lui, il laisse courir sa plume.






Brest, fin février 1474

Ola Kachina,

Je crois que je possède toute une collection de sourires.
Vous avez raison : il y a ceux qu’on fabrique pour tenir debout, et ceux qui arrivent sans prévenir.
Ceux-là sont rares. Je crois que c’est dû à ma sauvagerie même si je me laisse apprivoiser de temps en temps. A bien y penser, Mareth est ainsi.
Et je vous préviens à mon tour : si un jour nous nous croisons, il ne faudra pas trop me fixer, sinon je risque de redevenir ce blond maladroit ou sauvage qui ne sait plus quoi faire ou dire.

Vous m’avez parlé de Niklhaus.
Je crois que nous faisons tous ce que nous pouvons avec les enfants qui nous sont confiés par la vie ou par le hasard. On le fait avec le cœur et l’âme sans vraiment chercher d’autre récompense que celle de voir un sourire naitre et de savoir que ces gamins ont confiance en nous.
Je ne sais pas non plus si je suis un bon père pour Mareth. Mais elle m’aime alors je dois l’être. Maladroit, souvent trop silencieux, mais avec la promesse faite que je serai toujours là.
Je sais seulement que je veille, que je râle, que je lui apprends deux ou trois choses utiles… et que je ferais probablement couler un navire entier si quelqu’un lui faisait du mal.
Alors nous faisons comme vous le dites, comme on peut.

Vous évoquez cette tempête qui vous a emportée, et je comprends ce que vous voulez dire.
Il y a des moments où lutter ne sert à rien.
On s’accroche à ce qu’on peut, on boit la tasse, puis on remonte.

Je vais vous raconter l’un de mes naufrages. L’une de mes tempêtes en quelque sorte.

C’était au large du Cotentin, à l’été 68.
La fin de la guerre Mirandole-Lemerco. Je veillais sur les navires de notre flotte, au large de la Bretagne, car des rumeurs couraient qu’une flotte voulait s’en prendre à eux.
J’étais encore normand, vivant à Avranches, dans l’incertitude de m’installer en Bretagne avec le reste des équipages.
J’étais seul à bord de l’Intrépide. Par sécurité.

Et j’ai décidé de remonter vers le Cotentin, me pensant en sûreté sous pavillon normand.
J’ai vu ces quatre navires battant pavillons pas vraiment bretons. La dernière caraque  appartenait à un capitaine que je connaissais. Trois caraques de guerre et une nave. Je vous laisse deviner l’issue de cette rencontre.
J’ai fait cap au sud un peu comme on se jette à l'eau du haut d'une falaise lorsqu'on ne sait plus de quel côté s'enfuir.
Je savais qu’ils allaient me couler.
Ils m’ont envoyé par le fond sans sommation.
J’étais des équipages de Tanissa. Il n’en a pas fallu davantage.

Et puis ça a été le trou noir. Et là, je me souviens de l’avoir vu. Elle. Cette amie flamboyante qui me plaisait en silence.
Elle m’avait dit :  "n'oublies pas que tu dois me venger s'il m'arrive quelque chose".
Je crois que c’est ça qui m’a fait réagir.
Alors j’ai trouvé la force de remonter à la surface et de rejoindre le rivage. Lorsque un homme m’a ramené à Avranches j’ai vu un vieux parchemin accroché à un mur sur lequel on pouvait lire : "Le navire coulé est celui de Floriantis, traître à la solde des Bretons ! Juste vengeance Normande !". Etrange ces nouvelles tant précises qui courent si vite.

Alors j’ai décidé d’aller voir le roi fol. Ayant été Corsaire de France, je sais qu’il faut confirmation royale pour couler un navire. Donc je voulais qu’il me le dise en face. D'autant qu'il me connaissait un peu.
Et bien vous savez quoi ? Je ne l’ai jamais vu.
Il m’a laissé attendre en salle du plaid et je suis parti des heures plus tard, lassé d’être pris pour un pigeon par cette engeance dite royale. Le portier ayant aussi disparu.

Et j’ai navigué peu d’années après aux côtés de celui qui avait donné du canon contre l’Intrépide. Mon tricorne a dissimulé toute la haine que j’ai pour cet homme.

J’ai compris depuis qu’on ne gagne pas toujours mais qu’on survit.
On doit faire des choix qui parfois vont à l’encontre de ce que l’on est.

Je suis quand même heureux de lire que l’accalmie est venue pour vous. Et si je vous comprends, c’est peut être parce que je suis comme vous. Écorché par la vie, par ces sursauts d’espoir ou d’amour qui éclaircissent le ciel un temps… avant de l’assombrir à nouveau.

Si vous avez des fourmis dans vos bottes, moi de mon côté je suis toujours à Brest. Etonnant.

Les navires dorment au port. Je dois gratter les coquillages qui s’incrustent sur la coque.
Breizh est remplie de moutons gentiment parqués dans leur enclos, attendant l’autorisation de sortir et vivre hors de cette Province trop étroite.
La patience est une qualité que doit posséder chaque Capitaine.
Alors j’attends.

Quant à votre ami Rolf…
Ceux qui donnent envie de fuir tout en vous faisant parler sont souvent ceux qui comprennent le mieux. Peut-être, je vous le souhaite, une belle amitié en devenir.
Ou une guerre si votre patience s'épuise.

Et pour le pigeon…
Aléa ou Imprévu ? Je crois que les deux lui iraient bien. Mais je vous laisse le dé.
A vous l'honneur.
Après tout, c’est vous qui l’avez lancé dans nos vies.

Vous voulez savoir comment je vous imagine ?
Très bien… je vais tenter le coup, mais si je me trompe ne m’en tenez pas rigueur. Les marins lisent mieux les nuages et la mer que les visages.

Je vous vois avec des cheveux sombres et longs. Un peu fous et libres. Comme vous.
Ou alors une tresse que vous renvoyez d’un geste dans votre dos lorsque quelque chose vous agace ou vous amuse.
Ce n’est pas une coiffure de dame bien sage… plutôt celle d’une femme qui marche, qui voyage, qui n’a pas envie que ses cheveux lui barrent la vue quand le monde passe devant elle ou l’interpelle.

Vos yeux… je les imagine clairs, mais pas par la couleur, mais par la façon dont ils regardent.
Des yeux qui observent longtemps avant de juger.
Des yeux qui ont vu des tempêtes, et qui savent reconnaître quand le ciel ment.
Vous devez avoir cette allure qu’ont certains voyageurs : celle de quelqu’un qui ne reste jamais très longtemps au même endroit.

On vous remarque quand vous arrivez… et on s’aperçoit de votre absence seulement quand la porte s’est déjà refermée derrière vous.
Un peu comme le vent qui tournoie autour d’un navire, fait danser ses voiles et puis soudain disparaît.

Je vous imagine rire facilement.
D’un rire franc, qui fait tourner deux ou trois têtes dans une taverne. Et quand vous vous taisez, je vous vois regarder le monde comme on regarde la mer : avec un mélange de curiosité et de défi.
Attentive autant des paroles que des gestes.
Bref… je vous imagine comme ces vents d’ouest qui arrivent sans prévenir. On ne les voit pas venir… mais quand ils passent, ils changent l’air du jour.

De la même façon que je me plais à imaginer ma mère brune, avec des yeux azurs et un air doux, mais prête à couler une flotte entière pour défendre ses idées ou son fils.

Ce portrait m’amuse, c’est un mélange sans doute de celles qui m’entourent ou m’ont entouré. J’ai partagé la vie d’une brune italienne, et d’une rousse vivant en Bretagne, mais aux origines irlandaises.
Et maintenant, à votre tour. Je vous ai donné quelques indices.
Et vous avez raison, laissons les mouchoirs de côté. L’amitié est faite pour faire avancer l’autre non ?

J’aime aussi vos mots qui me font sourire régulièrement.
A quand vous voulez.

Maritimement,

Flo

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Kachina
Adrielle






De moi à vous!

Kachina,

Je suis à la Vielle Grange, ou plutôt, je vous y laisse un mot pour vous signifier que je suis passée par ici mais vous n'y étiez pas.
En vérité, je m'en doutais un peu, mais je me suis dit pourquoi pas?
Je vais m'enfiler ma fiole à votre santé, en songeant à vous.
Je vous espère heureuse sur les chemins, à rire et à tout ce que vous désirez.
Au plaisir de vous croiser pour de vrai..
Jolie grange!
Beau projet!
Sincères pensées...

Adrielle


Le petit mot laissé par Adrielle à la Vieille Grange était enfoui dans le foin. Elle ne l'a trouvé qu'à la veille de son départ pour Genève. Un peu chiffonné à vrai dire, dissimulé , à croire qu'il avait tenté d'échapper aux ébats fougueux d'une Asa et d'un Rolf en mal de se découvrir. Du moins, c'est ce qu'aime imaginer Kachi. Les intéressés vous diraient que c'est faux et que c'est une bagarre de matous lorgnant sur la même féline qui a mis à mal le message d'une Adrielle de passage à Limoges.
Quoiqu'il en soit, elle a rangé soigneusement le pli au fond de sa sacoche de cuir, accompagné de ceux de Tristan et de Flo.

La suite s'est déroulée dans un tourbillon d'émotions et de rires. Elle s'est laissée entrainer sans trop savoir pourquoi dans cette équipe de joyeux lurons. Histoire de compenser à l'absence de l'amie recluse à Arles. Et comment résister à la bonne humeur qui règne au sein des deux attelages. Elle s'y laisse griser, observe parfois sans mot dire ce qui est rare quand on sait la bavarde qu'elle est le plus souvent.

Une escale à Lyon lui donne le temps d'enfin apporter réponse à ces pigeons qui lui restent fidèles. Une corne d'encre et quelques parchemins roulés ornent le coin d'une table d'auberge. L'aubergiste place devant elle, quelques pommes échappées à l'hiver pour terminer ce repas qu'elle vient de prendre.

Quelques instants plus tard, dans ce coin tranquille de la taverne, elle oublie tout pour filer en pensée vers ceux là qui tissent ces liens invisibles portés par ces pigeons.

Honneur aux Dames. Adrielle a la primeur....





Adrielle,

Je suis à Lyon. Et je prends enfin le temps pour venir à vous à coup de plume et d'encre.
J'ai trouvé votre petit mot tardivement, il avait glissé dans le foin. Mais après enquête auprès de la vieille Cunégonde qui sait tout sur Limoges et les allées et venues, il s'avère que nous nous sommes ratées de peu. Un jour plus tard et j'arrivais.
J'ai franchement ronchonné à l'entendre me conter cette mignonne jeune femme brune aux yeux clairs et à belle prestance qu'elle avait - selon cette commère - vue rôder à la Grange la veille de mon retour à Limoges.
Et puis je me suis dit que depuis le début, c'est le hasard qui nous avait réunies. Et que ma foi, il fallait faire confiance au hasard qui n'avait pas souhaité qu'on se croise ce jour là.
Par contre cette autre jeune femme qui m'écrivait un temps, j'ai eu la joie de la voir pousser un matin la porte grinçante de la Grange. Lee... je vous en ai déjà parlé ? A envoyer tous ces pigeons, j'avoue que je ne sais plus très bien à qui j'ai raconté quoi de ma vie. Mes correspondants ne vont pas tarder à juger que je radote un peu... Je ris en l'écrivant.

Adrielle, ne croyez pas que je me sois débinée face à vos questions hum ? Je vais tâcher d'y répondre alors que je trouve enfin le temps. C'est juste qu'à peine rentrée à Limoges, j'ai repris la route pour Genève. Me voici à Lyon ce jour pour laisser souffler les chevaux et surtout pour attendre mon Frère. Ce Frère que je désespérait de revoir un jour... Imaginez ce que j'ai pu ressentir en reconnaissant sur un pli porté son écriture et sa verve habituelle...m'informant qu'il en avait assez de dormir et qu'il sentait la naphtaline.
Je crois que je ne suis pas encore redescendue de ce nuage sur lequel il m'a fait planer depuis ça.
Le bonheur, tout comme le malheur vous cueille parfois quand vous ne l'attendiez pas.
Si tout va bien, je devrais le retrouver demain.

Je vous conterai donc dans le prochain pli ce que furent nos retrouvailles. Mais pour l'instant, je vais tenter de répondre à vos questions.

Si j'avais un voeu à avoir, ce serait de passer encore une heure, un jour, tout ce qu'on voudrait bien m'accorder avec mon époux disparu. Ou alors peut-être revenir à cette première fois, ce tout premier baiser autour d'un feu de camp, du côté de Toulon. Pour revivre l'histoire, sans en changer une ligne... à part ne jamais y poser le mot FIN.

Ce que j'attends d'un ami ou d'une amie ? Ce que m'apportent à ce jour Sabdel et Rolf.. Ladz aussi. La complicité, la lucidité parfois quand il le faut... L'épaule tendre où parfois poser ses soucis, et des rires à foison. Des défis, des folies à faire ensembles pour des moments rieurs. Avoir quelqu'un qui vous connait, qui sait vos côtés sombres et vous aime quand même. Quelqu'un qui compte et pour qui vous comptez. Qui vous assiste et vous soutient dans vos galères. Celui ou celle qui coupe un quignon de pain en deux pour calmer une faim dans une campagne isolée.
J'ai eu de belles amitiés. Et j'en retrouve d'autres à ce jour . Et croyez moi ça fait un bien fou.
Ce Frère retrouvé sera aussi l'Ami par excellence, je le sais pour l'avoir vécu déjà.

Pour ce qui est de la peur. J'ai souvent crâné, affirmant que je n'ai peur de rien. Mais on a toujours peur de quelque chose non ? Ces coups du sort qui vous prennent le meilleur... Ces tempêtes assassines qui emportent l'essentiel à vos vies.
J'ai une peur terrible des souris, des rats et tout ce qui leur ressemble. Ne riez pas. J'ai guerroyé, affronté des vents contraires. .. Mais une simple souris me fait grimper sur une table. Cette peut me vient de mon enfance lorsque j'ai dû passer toute une nuit cachée dans le foin avec mon père qui guettait les miliciens fouillant la contrée à notre recherche. Ces bestioles frôlant mes jambes de petite fille en couinant, sans que je ne puisse émettre un seul cri de peur qu'on nous découvre.... m'ont plongée dans une terreur sans fin, associée à la peur des soldats qui nous traquaient .
De grâce ne le répétez pas. C'est un secret et un secret d'étât hum ? J'ai une réputation bon sang....
Mes peurs demeurent à ce jour. Mais je sais par contre, que j'ai en moi la force d'affronter le pire... Et de résister...

Petite je m'imaginais comment ? Je n'ai jamais rêvé d'être une princesse, même si j'aimais cette robe du dimanche qui m'habillait parfois. Je m'imaginais chevauchant sur les sentiers à vive allure, entourée d'amis fidèles. Le prince charmant n'avait rien d'un prince, mais il était indomptable et rebelle, défiant les lois comme le faisait mon père.
Je me voyais parfois naviguant sur les mers , tricorne planté sur le front et tignasse en bataille, longue vue en main... Un drapeau pirate flottant fièrement au vent du Nord.
J'ai eu tout ça.. Un peu dans le désordre, mais j'ai tout eu.... Même le pirate livré avec le drapeau.

Pour ce qui est du cuir ou du satin, je pourrais vous piquer votre réponse. Impossible de choisir. Un cuir souple d'Espagne pour des cuissardes qui ont fait couler beaucoup d'encre.. pour ma sacoche qui accompagne mes voyages ou une ceinture qu'on lace étroitement pour souligner la taille... ne me fera pas oublier la douceur d'un satin glissant sur mes épaules, l'éclat d'une jupe en soie moirée et l'effronterie de dentelles fines qui suggèrent avant de dévoiler. Je suis tisserande et gourmande de tous ces tissus là qui rendent les filles si belles.

Encore un point commun à notre actif Adrielle.

A vous maintenant.

Une chanson qui vous retourne le coeur à chaque fois ?
Une part sombre de votre personne ?
Quelqu'un à qui vous en voulez et pourquoi ?

A vous lire Adrielle. Et que le hasard un jour nous soit favorable....

Kachi



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Kachina
Tristan


Ce dimanche la trouve, à Genève. Isolée du brouhaha de la ville qui vibre au rythme du fameux tournoi.
Elle a dédaigné les auberges pleines pour leur préférer les berges du lac. Un soleil printanier vient enflammer la lourde chevelure sombre, quand elle s'assied sur une pierre plate, face à l'étendue d'eau.
Tout en tirant de sa sacoche de cuir son nécessaire d'écriture, elle relève de temps en temps le nez pour respirer l'air printanier et se remplir les yeux de toute cette nature autour d'elle qui reprend vie après le long hiver.
La planche de bois calée sur ses genoux, elle hésite un instant à croquer ce tableau parfait. Un rond dans l'eau pour signaler un poisson, une petite poule d'eau qui semble nicher là, dans ce bosquet touffu... Et les oiseaux qui volent de branches en branchages en chantant leurs amours.
Elle inspire à grandes goulées, se régale du parfum des jacinthes et se laisse hypnotiser par le vol d'un bourdon venu reprendre des forces au suc d'une fleur de pissenlit.
Elle laisse échapper un : Que c'est beau !

Ce printemps là, la voit apaisée. Le coeur moins chagrin. Grâce à ceux qui ont cheminé à ses côtés de Limoges à Genève... Et aussi grâce à un Frère qui lui est revenu quand on n'y croyait plus.

Plume en main, elle hésite. Elle se sent morveuse. D'avoir tant tardé à répondre à Tristan. Mais elle n'a nulle envie de s'excuser.. D'avoir vu défiler les heures dans un tourbillon fou ces derniers temps....

Les premiers mots noircissent le vélin.... alors qu'elle se penche enfin sur le parchemin. Elle les laisse venir.... sans se forcer...
Juste dire, à cet homme lointain... Qui n'est cependant plus tout à fait un inconnu, ce qu'il en est de sa vie. Donner un peu d'elle à travers ces déliés d'encre noire.






Tristan

C'est de Genève que je vous écris.
Genève qui vit en ce milieu de mars dans cette effervescence qui précède toujours le tournoi. .
Les ruelles résonnent de rires et de défis en tous genre. Sur la grand place, on dresse déjà l'estrade qui accueillera les vainqueurs. Et les marchands locaux font des affaires en vantant les produits du coin que chacun veut gouter si son escarcelle lui permet.

On croise ici une étrange faune. Des plus aguerris aventuriers aux donzelles en mal d'aventures. On y voit de vieux baroudeurs fidèles depuis des années à l'événement. On peut sans peine reconnaitre les habitués et ceux qui s'y essaient pour la première fois.
C'est un joyeux mélange au final, où on oublie pour un temps nos différences, tant l'impatience est là de prendre ces chemins qui nous mèneront au fond des bois pour des nuits d'insomnies et de folies.

Ici ça parle gras, ça piaille, ça s'invective, ça se défie , ça râle, ça rit.. En gros ça vit quoi.
Et bon sang, qu'est ce que j'aime ça.

L'ennui n'a pas sa place ici en ces heures folles. Et je me plonge avec un plaisir fou dans ce tumulte bon enfant. Des visages connus qu'on retrouve.
Des souvenirs aussi. Toujours.. Et à ja...mais. C'est ici qu'on eu lieu mes épousailles un 6 de mars, sur un fier navire provençal accosté au port. Il y a longtemps de ça.
Mais je me revois encore, arpenter le quai, fébrile et impatiente. Et tous ceux qui étaient venus. Et Lui.

Tristan.... Depuis nos derniers échanges, il s'est passé tant de choses. Tout d'abord, je me suis laissée happer par une bonde de joyeux drilles et j'y ai trouvé de belles amitiés.
Dont une, précieuse qui me vient d'un homme un peu bourru mais qui a ce don de tout bousculer pour ne laisser que les rires au final. ..
Mon amie Sabdel qui a hérité d'un foncet nous a retrouvés à Lyon où elle a laissé à quai son bateau.
Et je me suis surprise de retrouver le goût du bonheur. J'ai balancé au vent maudit ces rires qui sonnaient parfois un peu faux dans ma bouche. Ces moues rieuses un peu forcées, censées détourner le mauvais sort.

Et la vie m'a dotée d'un cadeau que je n'aurais pas osé espérer. Mon Frère qui se tenait reclus dans un lointain monastère du côté d'Arles en est sorti. Imaginez ce que j'ai pu ressentir quand j'ai déroulé le pli me portant ses mots. Imaginez ma joie quand il m'a soulevée de terre pour me faire tournoyer dans cette salle d'auberge où nous nous sommes enfin revus.

Et au milieu de ce trop plein d'émotions, il y a mon amie Sab, qui était l'épouse de mon Frère et qui peine à trouver sa place au milieu de tout ça.
La vie n'est jamais simple, n'est ce pas ? J'aimerais avoir les mots. Au lieu de ça je la bouscule souvent.. De peur de la voir sombrer dans la morosité, elle qui a un si joli rire...

Mais ceux qui nous entourent, ont le coeur aussi grand qu'ils ont le rire facile et c'est peu de le dire. Alors je me laisse porter par cette houle pour mon plus grand plaisir. Je sais à présent qu'on ne sait jamais de quoi sera fait demain. Alors autant prendre tout ce qu'il y a à prendre non ?

Je ne savais pas ce qu'était une chamane avant vous. Mais elle m'a fait penser à mon amie La Boussarde, qui connait le secret des simples et joue parfois les faiseuses d'anges pour aider une pauvre fille que son père jetterait au couvent s'il apprenait qu'elle a fauté avant ses noces. Sa chaumière regorge de trésors en tous genres pour apaiser les maux du corps et de l'esprit parfois. Elle a cette beauté vraie au fond de ses yeux délavés, de celle qu'ont ces êtres qui savent vivre au rythme de notre mère nature. Je lui dois ce parfum que j'aime porter , à base de jasmin mêlé à des senteurs poudrées. Tout comme votre vieille femme, elle sait lire parfois dans un restant de feuilles infusées, de quoi sera fait demain.

Où en êtes vous à présent, Tristan ? Avez vous passé les frontières de notre beau royaume de France ? Savez vous que la Reyne Zulma n'est plus ? Avez vous eu vent de toutes ces batailles qui se déroulent aux alentours pour combattre les One ?

Pour ma part je me suis détachée des fracas des guerres. J'ai besoin d'une accalmie, de me repaitre de rires, d'amitiés et de ces chopes qu'on entrechoque le soir à la veillée, alors que dans l'âtre d'une grande salle d'auberge, crépite un feu de bois.

Mais la lumière baisse déjà et je vais devoir bientôt quitter ce lac où je me suis installée pour vous écrire. L'air se rafraichit et j'ai repris ce châle que j'avais oublié dans l'herbe. Dans ma dernière missive j'avais promis de vous décrire comme je vous imaginais Luna et vous.

Je vous vois fort. Un homme solide et puissant, tout en muscles. Il faut bien ça pour oser franchir toutes ces terres lointaines. Les sentiers ont forgé vos muscles, autant qu'ils ont affiné votre esprit. Je peine à imaginer vos traits. Mais je les imagine sereins, avec un regard prêt à bouffer le monde entier, les sens éveillés aux plaisirs des voyages... Carré et solide.. Quand je vois Luna plus fragile, plus souple... mais d'une résistance à toute épreuve. Peut-être puise t-elle sa force en votre lien. Et peut-être , par sa douceur de femme, vous ramène t-elle parfois à l'essentiel. Ces voiles dont vous l'avez parée ont amené sous mon front l'image d'une fille aérienne et gracile, toute en souplesse, presque féline....
Je vous vois beaux...

Je vous quitte sur ces mots.

A vous lire, si vous ne me tenez pas ombrage, d'avoir tant tardé à répondre.

Kachina

_________________
Adrielle




De moi à vous ou de vous à moi, voire les deux !

Kachina,

Je vous imagine partie donc pour la Marave. .Je pense même que c'est bien là votre destination et de surcroit bien accompagnée, ce qui me fait sourire et me ravit pour vous.
Oh quelle chance d'avoir pu partager un moment avec la jeune femme prénommée Lee, et je ne doute pas qu'il sera un jour notre heure pour à notre tour passer un moment ensemble. J'espère que vous avez pu retrouver votre frère le lendemain de votre pli.

J'entends et comprends parfaitement votre voeu! Si j'étais une fée je l'exaucerai sur l'instant mais je ne suis que moi, toutefois , je perçois dans vos mots toute la tendresse et plus que vous éprouvez à ce souvenir...
Je vis l'amitié comme vous, je pense qu'ils sont essentiels tous ces ingrédients que vous citez.

Je ne ris pas de vos peurs, les peurs sont souvent intestines, incontrôlables et très souvent venues de l'enfance. Et au regard de ce que vous m'écrivez , j'aurai certainement cette crainte qui m'anime si j'avais vécu comme vous cette planque silencieuse.
Aussi, votre secret est bien gardé, je suis une tombe!
Je souris en vous relisant, je vous imagine vivre pleinement des vents contraires et des similitudes, je vous imagine tantôt "Zorro" tantôt "Pirate", nous pouvons porter toutes les casquettes tant que nous vivons pleinement et avec des parts de bonheur!

"Une chanson qui vous retourne le coeur à chaque fois ?"
Joker!
Puis je en avoir plusieurs?
Deux s'il vous plait, car je suis du genre émotive pourtant deux sortent largement du lot...
La première qui me prend aux tripes...
        "Âme ou sœur
        Jumeau ou frère
        De rien mais qui es-tu
        Tu es mon plus grand mystère
        Mon seul lien contigu
        Tu m'enrubannes et m'embryonnes
        Et tu me gardes à vue
        Tu es le seul animal de mon arche perdue

        Tu ne parles qu'une langue aucun mot déçu
        Celle qui fait de toi mon autre
        L’être reconnu
        Il n'y a rien à comprendre
        Et que passe l'intrus
        Qui n'en pourra rien attendre
        Car je suis seule à les entendre
        Les silences et quand j'en tremble

        Toi, tu es mon autre
        La force de ma foi
        Ma faiblesse et ma loi
        Mon insolence et mon droit

        Moi, je suis ton autre
        Si nous n'étions pas d'ici
        Nous serions l'infini

        Et si l'un de nous deux tombe
        L'arbre de nos vies
        Nous gardera loin de l'ombre
        Entre ciel et fruit
        Mais jamais trop loin de l'autre
        Nous serions maudits
        Tu seras ma dernière seconde
        Car je suis seule à les entendre
        Les silences et quand j'en tremble

        Toi, tu es mon autre
        La force de ma foi
        Ma faiblesse et ma loi
        Mon insolence et mon droit

        Moi, je suis ton autre
        Si nous n'étions pas d'ici
        Nous serions l'infini..."


Et la seconde qui nous est commune avec mon cher et tendre... qui a une histoire pour nous...
        "Il manque un temps à ma vie
        Il manque un temps, j'ai compris
        Il me manque toi
        Mon alter ego

        Tu es parti mon ami
        Tu m'as laissé seul ici
        Mais partout tu me suis
        Mon alter ego

        Où tu es
        J'irai te chercher
        Où tu vis
        Je saurai te trouver
        Où tu te caches
        Laisse-moi deviner
        Dans mon cœur rien ne change
        T'es toujours là mon ange

        Il manque ton rire à l'ennui
        Il manque ta flamme à ma nuit
        C'est pas du jeu
        Mon alter ego

        Où tu es
        J'irai te chercher
        Où tu vis
        Je saurai te trouver
        Où tu te caches
        Laisse-moi deviner
        T'es sûrement baie des anges

        Sûrement là-bas mon ange
        Sûrement là-bas
        Sûrement là-bas

        Où tu es
        J'irai te chercher
        Où tu vis
        Je saurai te trouver
        Où que tu sois
        Je voudrais que tu saches
        Dans mon cœur rien ne change
        T'es toujours là mon ange

        Il manque un temps à ma vie
        Il manque ton rire, je m'ennuie
        Il me manque toi
        Mon ami"


Difficile de devoir choisir, je trouve.

Une part sombre de ma personne... Pensez trop au bien être des autres... Je crois que je devrais parfois être plus égoïste et penser à moi. Est ce une forme de part d'ombre pensez vous?
Vous devez me trouver ridicule mais pourtant je pense que c'est ce qui me fait le plus défaut.

Je pense que la personne à qui j'en veux le plus c'est moi-même.
Parce que je pense que j'accorde trop de crédit aux gens avant de me rendre compte assez rapidement que je me suis trompée sur cette personne. Si les gens me déçoivent c'est que j'ai été aveugle à un moment donné... Aussi je crois que l'erreur vient de moi.
En vous écrivant, j'ai l'impression que les deux questions se chevauchent et vont ensemble.

L'exercice n'a pas été simple mais je peux vous signifier que j'ai longuement réfléchi avant d'y répondre.
Difficile de porter un regard sur soi même !

Si vous deviez choisir entre le jour et la nuit, que préfériez vous?
Une personne à qui vous pardonneriez tout?

Je vous espère en joie et vous souhaite une bonne marave.
J'espère savoir comment vos retrouvailles avec votre frère se sont déroulées!
De mon côté, nous avons repris les chemins...
Un petit voyage avant d'en préparer un plus long.

A vous lire, prenez soin de vous

Adrielle

PS : j'aimerai connaître la chanson qui vous prend au coeur également... c'est un partage que j'aimerai sincèrement avoir.


    Missive écrite assise sur un linge auprès d'un feux de camp, juste avant de retrouver les autres pour passer une agréable soirée.
    Adrielle a longuement lu et relu le pli avant de se décider à lui répondre.
    Le jeu installé entre elle est agréable mais pas toujours évident, car elles se livrent pleinement et il n'est pas toujours simple de le faire.
    Aussi, un fin sourire étire ses lèvres lorsqu'elle laisse la colombe repartir en direction de la jeune femme.
    Direction, Genève.

"Tu es mon autre" de Maurane et Lara Fabien
"Alterégo" Jean Louis Aubert

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♥Atelier Au Bonheur des Belles ♥
♥Merci Camomille♥
"Allez vous faire cuire le cul." emprunté à Zulma ♥
Quidam


À toi, l’Inconnue au jasmin,

Ton pigeon, ou ce qu’il en restait, s’est écrasé comme une vieille chaussette sur le rebord de ma fenêtre. Autant te dire que j’ai d’abord pesté. Pas pour la fiente, ça, j’ai l’habitude ,mais pour l’air crevé de la bête. On aurait dit qu’il revenait d’une guerre.

Je l’ai ramassé, oui. Pas par bonté, ne va pas t’imaginer des choses. Disons que la curiosité m’a toujours coûté plus cher que la charité. J’ai trouvé ton pli coincé sous son aile, ficelé comme un secret mal gardé. Et me voilà, à lire tes mots entre deux jurons, un verre à moitié plein à la main.

Tu imagines juste sur un point : j’ai râlé. Mais j’ai relu.

Ton jeu, il est étrange. Envoyer des mots au hasard comme on jette des dés… Faut avoir du cran, ou s’ennuyer ferme. Peut-être les deux. En tout cas, ça m’a accroché. Comme une écharde sous la peau : ça agace, mais on y revient.

Le pigeon, je ne l’ai pas mangé. Trop maigre. Même avec des herbes, il n’aurait nourri que mon mépris. Je lui ai laissé la vie sauve, si on peut appeler ça vivre, à battre de l’aile comme un ivrogne.

Tu parles de duel, de messe, de dentelles… Tu te trompes sur mon monde. Moi, c’est plutôt la boue que les brocards, la taverne que la chapelle. Les mains calleuses, pas les doigts fins. Et pourtant, me voilà à répondre à une femme que je ne verrai sans doute jamais.

Tu veux parler du temps ? Il est gris, comme souvent.
De la vie ? Elle cogne dur, mais je cogne plus fort.
Des rêves ? J’en ai laissé quelques-uns derrière moi, enterrés sans pierre.
Des défaites ? Trop nombreuses pour les compter, mais aucune pour me faire taire.

Alors oui, j’ose. Pas pour te plaire, ni pour jouer au poète, ça, c’est ton domaine. J’ose parce que ton message a traversé le ciel pour atterrir chez moi, et que je ne crois pas au hasard sans lui cracher dessus.

Si tu veux continuer, envoie un autre oiseau. Un plus solide, si possible. Le prochain n’aura peut-être pas ta chance.

Et toi, Kachina…
Dis-moi : écris-tu pour fuir le monde, ou pour le provoquer ?

Je te salue à mon tour,
Celui qui a trouvé ton pigeon, et qui n’en est pas tout à fait remis
Kachina
Flo


Il reste d’une personne aimée une matière très subtile, immatérielle qu’on nommait avant, faute de mieux, sa présence.
Une note unique dont vous ne retrouverez jamais l’équivalent dans le monde.
Une note cristalline, quelque chose qui vous donnait de la joie à penser à cette personne, à la voir venir vers vous.
Comme la pépite d’or trouvée au fond du tamis, ce qui reste d’une personne est éclatant. Inaltérable désormais.
(C. Bobin)


On s'affaire autour d'elle en ce soir de mars. Ce soir ils emprunteront les chemins pour rejoindre le lieu du tournoi annuel organisé par les Helvêtes.

Et c'est à qui confiera au dernier moment quelque bien précieux à une personne de confiance. A qui planquera sous les planches d'une chambre louée quelques écus qui seront bien utiles au retour.
Ici, on fourre quelques miches, un morceau de lard fumé dans une musette, là, on remplit des gourdes d'alcool. De quoi tenir le temps de l'événement...

Elle est assise, dos calé à un muret, sous la lumière d'une torchère éclairant la ruelle. Un lainage chaud couvre ses épaules, en vue de la nuit à venir. et sa tignasse sombre est rassemblée sur sa nuque en un chignon mal fait d'où s'échappent déjà quelques mèches rebelles.

Ignorant l'agitation qui règne autour d'elle, elle se concentre sur sa réponse à Flo.

Hors du temps hors du monde.
Oublieuse des montagnes et du lac, en partance vers un port et ses bâteaux amarrés là.






Oh là capitaine au long cours,

Me voici à Genève. Connaissez vous ce fameux tournoi de brigandage qui y a lieu chaque année ? Je suis fidèle à cet événement là. Comme on revient toujours là où on a vécu de jolies choses.
Il s'en est passé bien des choses depuis nos derniers échanges Flo.
Je me suis laissée entrainer, par une bande de fous. De ceux qui prennent la vie du bon côté, qui ne pensent qu'à boire, et rire, partager, chanter et aimer.... Et je me suis abandonnée à leurs farces, à leur entrain pour mon plus grand plaisir. Aucune fourberie chez ceux-là. Juste la vie qu'on savoure dans ce qu'elle a de meilleur.

Ils me bousculent, ils m'intriguent parfois, m'amusent souvent et m'émeuvent quelquefois. Je ne sais s'ils sont bien nés, s'ils ont des fiefs, s'ils sont du peuple ou de la bourgeoisie . Et ça n'a aucune importance. Ils sont la vie, simple et brute... Sans fards, sans masques. Des saltimbanques marchant sur un fil et je me plais à avancer avec eux sans perdre l'équilibre.

Et puis je dois vous dire. J'ai retrouvé mon Frère..... Après si longtemps. Un parchemin déroulé qui vient vous percuter le coeur à la vue d'une écriture familière. Les mots, les phrases qu'on relit . Et relit encore...
Nous allions vers Genève. Il remontait depuis Arles. Et j'ai encore le goût de nos retrouvailles. Ses bras encerclant ma taille. Et ce plaisir de nicher mon visage au creux de son épaule pour le respirer à nouveau.

Flo, j'en ai bavé depuis un an et demi. Je donnais le change. Je luttais vaille que vaille pur ne pas sombrer. Et voici que la vie semble me rendre un peu de tout ce qu'elle m'a pris un jour.
La seule ombre au tableau , c'est mon amie Sab qui peine à retrouver ses marques. Elle fut l'épouse de mon Frère. Mais ce n'est pas si simple de reprendre une histoire quand tant de choses se sont passées entre temps. Je ne peux qu'espèrer que tout finira par s'arranger et que ces deux là, finiront par cheminer à nouveau ensembles... en amour ou en amitié.

Mais assez parlé de moi. J'aime vos souvenirs. Il me semble être là, à vos côtés au coin du feu, dans le recoin d'une auberge bruyante. Je m'évade avec vous sur ce bateau...
Sous pavillon normand.. Misère, un comble pour moi qui ai voulu prendre Rouen un jour ?
Et je tremble de peur à l'assaut.
D'excitation aussi, allez savoir ? Sur mer, on peut se croire si facilement maitre du monde, non ?
Je comprends vite que la bataille est perdue. Je crois entendre le rugissement du navire quand il se brise , comme une longue plainte... Et le choc de l'eau glacée dans laquelle mon corps est plongé. J'ai le sel qui brule ma gorge et je suffoque , je cherche l'air jusqu'à m'abandonner aux eaux sombres.
J'ai un jour fait naufrage, je vous l'ai dit. Et donc je sais. On n'est plus grand chose face à la Camarde qui vous nargue.
Et je vous vois revenir au monde. Je goûte encore à l'amertume , aux tripes qui se nouent de dépit face à ce parchemin placardé vous accusant de traitrise.
Je vous ai imaginé, impatient et râleur, attendant en vain un souverain absent. J'ai cru entendre résonner le bruit de vos bottes sur les dalles quand vous avez quitté la salle.. Lassé....

Pour le dé qui doit nommer l'oiseau, je ne l'ai pas retrouvé à Genève. Mais si j'arrive un jour à en dénicher un, promis je le lancerai. Pour le plaisir du jeu.
Laissons donc notre pigeon commun sans nom pour l'instant.

Pour ce qui est de ma description , vous avez tout bon. Je n'aurais pas fait mieux si j'avais dû me décrire. Le portrait est plutôt flatteur. Est ce que ces mots couchés sur un vélin, nous dévoilent à ce point ?
Je vais tenter pour vous....
Je ne vous imagine pas sans votre tricorne. Impulsif, suivant son instinct. L'allure décidée, et la démarche souple de ceux qui ont souvent fait corps avec le mouvement d'un bateau. Les traits burinés par les embruns. Le regard curieux et attentif à la fois.
Un homme en mouvement, ayant besoin d'espace. Et j'imagine trop bien comme il doit vous coûter de devoir laisser votre navire au port sans pouvoir prendre le large.
Je ne sais pas mettre de couleur à vos yeux.. Mais je les verrais clairs pour plaire à la mer. Et vos cheveux délavés par le sel et le soleil.
Le sourire s'invite à ma bouche en écrivant ses mots. Parce que vous pourriez être tout le contraire de ça.... Mais je pense avoir quelques bonnes notes dans tout ça.
Vous me direz ?
Je vous vois grand... Dans la fleur de l'âge. Il y a en vous cette fêlure de ceux qui ont déjà vécu. Vous n'avez assurément rien d'un jouvenceau. Ni d'un enfariné imbu de sa personne. Vous êtes fait de vagues et de tempêtes, de parfums iodés. Et d'océans rebelles.

Et toujours le tricorne, crânement posé sur votre crâne d'homme. On vous reconnait de loin.

Vous vouliez l'histoire du pirate et de la sirène. C'est l'histoire d'un défi. Un homme défié de pêcher à la tombée du soir, sur une barque, les yeux bandés....
J'entends encore son rire et sa voix me dire : Si j'étais un pirate et vous une sirène peut-être que c'est vous que je pêcherais ce soir....
Une histoire toute simple. Sur fond de lancer de dés encore...
Mais une putain de belle histoire.
Elle finit mal. Le Pirate un matin d'automne a pris le large, laissant sa Sirène sur la grève.
Mais elle n'a jamais cessé de chanter... C'est dans sa nature de défier les tempêtes.
Et elle garde au coeur ce chant... qu'il fredonnait dans la ruelle et qui n'était que pour elle.

Je dois conclure ici. La nuit se fait plus dense. Minuit sonne au clocher. IL me faut prendre ces chemins de traverse au milieu de tous ces aventuriers prêts à en découdre.
Je saurai vite si je suis encore habile à délester les uns les autres de leur bourse.
Cette fois ci , contrairement à la Purge, j'aurai un complice de rapines. Ladzserus, qui m'accompagnait déjà l'an passé. Il avait voulu me faire grimper à un arbre en empruntant une vieille échelle vermoulue . Pour voir venir au loin ces malandrins du dimanche. Et un barreau avait cassé, m'envoyant dans l'herbe, entrainant mon compère avec moi. Nous n'avions pas particulièrement brillé.

J'espère faire mieux. J'aime jouer. D'ailleurs je me suis acharnée des derniers jours à user de mes flèches pour tenter de battre un ami qui m'avait défiée à l'arc.

A vous lire Flo. On s'impatiente. La nuit est à nous.
Que la vôtre soit douce.

Kachi


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