--Quidam
Encore ce maudit volatile.
La bête sétait écrasée avec moins de panache quun soldat ivre, plumes en désordre et dignité perdue quelque part en chemin. Il avait grogné par principe plus que par conviction avant de tendre la main. Pas de douceur dans le geste, non. Juste cette habitude quont les hommes de ramasser ce qui insiste.
Le pli, lui, était intact. Ou presque. Assez pour trahir une écriture quil commençait à reconnaître. Ronde, nerveuse et un peu trop bavarde.
Un sourire, bref. Presque malgré lui.
Alors elle avait pris des coups, la brigande. Et elle écrivait encore.
Il sinstalla, sans se presser. Le genre dhomme à faire attendre même une lettre. Surtout une lettre. Le vin nétait pas loin, évidemment. Ni cette façon quil avait de lire entre deux silences, comme sil cherchait moins les mots que ce qui sy cachait.
Et puis, il prit la plume.
À toi, la brigande sans jasmin,
Ton pigeon tient mieux debout que tu ne le laisses entendre. Toi, en revanche il noir, lèvre fendue jimagine que tu appelles ça tamuser. Chacun ses passe-temps. Certains boivent, dautres se font cogner. Tu as le mérite de varier.
Ta lettre est arrivée jusquici avec autant dobstination que toi. Ça devient une habitude. Et les habitudes, en général, je men méfie. Mais celle ci disons quelle marrache moins de jurons que les autres.
Tu mobserves, tu me devines, tu me piques et tu ten sors plutôt bien. Ça magace presque de le dire. Presque. Tu vois juste là où cest facile le râleur, le verre pas loin, les angles un peu trop vifs. Mais tu as aussi compris autre chose, sans trop savoir comment. Je ne réponds pas pour rien.
Et toi, derrière tes détours et tes images tu tes montrée. Pas complètement, non. Tu gardes tes voiles, tes pirouettes, ton ton bravache. Mais il y a des fissures, Kachina. Et ce nest pas une critique.
Ton SOS déguisé, par exemple tu aurais pu ten passer. Ou être plus franche. Mais tu as choisi cette manière là. Plus élégante, plus fière. Moins facile à ignorer aussi. Cest bien joué.
Tu mobserves encore, tu supposes, tu attaques par petites touches et tu attends que je réagisse. Mauvaise nouvelle : je réagis rarement comme on lespère. Bonne nouvelle : je réagis quand même.
Pourquoi je reste ?
Parce que tu joues.
Pas à séduire tu en serais incapable avec autant de détours mais à chercher. À tester. À lancer des mots comme dautres jouent aux cartes ou aux dés.
Tu dis que tu écris pour provoquer, pour comprendre, pour ne pas te noyer. Je veux bien te croire. Mais à force de jeter des filets au hasard, fais attention à ce que tu remontes. Tout ne se manie pas aussi facilement quun pigeon fatigué.
Quant à moi.
Ne cherche pas trop loin. Je suis là parce que ça mamuse encore. Et parce que, sous tes histoires de tournois, de rires retrouvés et de bleus mal cachés, il y a quelque chose qui sonne juste. Pas souvent. Mais assez.
Ne thabitue pas trop.
Les jeux cessent dès quils deviennent sérieux.
Renvoie ton oiseau quand tu seras remise sur pieds ou quand tu auras trouvé une nouvelle façon de te mettre en danger. Tu sembles avoir du talent pour ça.
Je lirai.
Jai répondu parce que, sous tout ce que tu racontes, il y avait quelque chose de vrai. Pas parfait, pas poli mais vrai. Et ça, cest rare. Suffisamment pour que jaie envie de voir ce que ça donne quand on gratte un peu plus loin.
Ne prends pas ça pour un compliment. Ou si, fais le, mais pas trop vite. *amusé*
Quant au nom ? Non. Toujours pas. Tu aimes les jeux, non ? Considère que cen est un. Et puis, entre nous, tu sembles déjà bien taccommoder de ne pas savoir. Ça te donne de la matière.
Et toi, brigande aux lèvres meurtries fais attention où tu mets les pieds. Pas pour les coups tu sembles savoir les rendre mais pour ce qui vient après. Les silences, eux, frappent plus discrètement.
Continue décrire. Pas pour provoquer le monde cette fois mais peut-être pour voir ce quil te renvoie quand tu arrêtes de le défier.
Renvoie ton oiseau quand tu voudras.
Je serai peut-être là pour le lire. Et peut-être même pour y répondre. Ou pas. Mystère.
Celui qui râle encore, mais un peu moins quand il te lit
Le pigeon, lui, navait pas bougé.
Planté là, sur le rebord, à le fixer avec une obstination presque insultante. Moins misérable que la première fois. Ou peut-être était-ce lui qui regardait autrement.
Il se leva sans hâte. Fouilla, trouva un reste de pain, rien de noble, mais suffisant. Il posa ça devant la bête avec une brusquerie qui nen était pas vraiment une.
Le pigeon hésita. Puis mangea.
Le pli, roulé avec soin, trouva sa place à la patte de loiseau. Le geste fut précis, presque méthodique. Pas tendre. Mais sûr.
Il ouvrit la main.
Le pigeon resta une seconde. Juste une.
Puis il battit des ailes, lourd de ce quon lui confiait un peu de nourriture, quelques mots de plus, et ce lien étrange quaucun des deux naurait nommé.
Lhomme le suivit du regard, jusquà ce quil disparaisse.
Et seulement là, il détourna les yeux.
On verra bien si tu reviens encore
Comme une menace.
Ou une promesse.
La bête sétait écrasée avec moins de panache quun soldat ivre, plumes en désordre et dignité perdue quelque part en chemin. Il avait grogné par principe plus que par conviction avant de tendre la main. Pas de douceur dans le geste, non. Juste cette habitude quont les hommes de ramasser ce qui insiste.
Le pli, lui, était intact. Ou presque. Assez pour trahir une écriture quil commençait à reconnaître. Ronde, nerveuse et un peu trop bavarde.
Un sourire, bref. Presque malgré lui.
Alors elle avait pris des coups, la brigande. Et elle écrivait encore.
Il sinstalla, sans se presser. Le genre dhomme à faire attendre même une lettre. Surtout une lettre. Le vin nétait pas loin, évidemment. Ni cette façon quil avait de lire entre deux silences, comme sil cherchait moins les mots que ce qui sy cachait.
Et puis, il prit la plume.
À toi, la brigande sans jasmin,
Ton pigeon tient mieux debout que tu ne le laisses entendre. Toi, en revanche il noir, lèvre fendue jimagine que tu appelles ça tamuser. Chacun ses passe-temps. Certains boivent, dautres se font cogner. Tu as le mérite de varier.
Ta lettre est arrivée jusquici avec autant dobstination que toi. Ça devient une habitude. Et les habitudes, en général, je men méfie. Mais celle ci disons quelle marrache moins de jurons que les autres.
Tu mobserves, tu me devines, tu me piques et tu ten sors plutôt bien. Ça magace presque de le dire. Presque. Tu vois juste là où cest facile le râleur, le verre pas loin, les angles un peu trop vifs. Mais tu as aussi compris autre chose, sans trop savoir comment. Je ne réponds pas pour rien.
Et toi, derrière tes détours et tes images tu tes montrée. Pas complètement, non. Tu gardes tes voiles, tes pirouettes, ton ton bravache. Mais il y a des fissures, Kachina. Et ce nest pas une critique.
Ton SOS déguisé, par exemple tu aurais pu ten passer. Ou être plus franche. Mais tu as choisi cette manière là. Plus élégante, plus fière. Moins facile à ignorer aussi. Cest bien joué.
Tu mobserves encore, tu supposes, tu attaques par petites touches et tu attends que je réagisse. Mauvaise nouvelle : je réagis rarement comme on lespère. Bonne nouvelle : je réagis quand même.
Pourquoi je reste ?
Parce que tu joues.
Pas à séduire tu en serais incapable avec autant de détours mais à chercher. À tester. À lancer des mots comme dautres jouent aux cartes ou aux dés.
Tu dis que tu écris pour provoquer, pour comprendre, pour ne pas te noyer. Je veux bien te croire. Mais à force de jeter des filets au hasard, fais attention à ce que tu remontes. Tout ne se manie pas aussi facilement quun pigeon fatigué.
Quant à moi.
Ne cherche pas trop loin. Je suis là parce que ça mamuse encore. Et parce que, sous tes histoires de tournois, de rires retrouvés et de bleus mal cachés, il y a quelque chose qui sonne juste. Pas souvent. Mais assez.
Ne thabitue pas trop.
Les jeux cessent dès quils deviennent sérieux.
Renvoie ton oiseau quand tu seras remise sur pieds ou quand tu auras trouvé une nouvelle façon de te mettre en danger. Tu sembles avoir du talent pour ça.
Je lirai.
Jai répondu parce que, sous tout ce que tu racontes, il y avait quelque chose de vrai. Pas parfait, pas poli mais vrai. Et ça, cest rare. Suffisamment pour que jaie envie de voir ce que ça donne quand on gratte un peu plus loin.
Ne prends pas ça pour un compliment. Ou si, fais le, mais pas trop vite. *amusé*
Quant au nom ? Non. Toujours pas. Tu aimes les jeux, non ? Considère que cen est un. Et puis, entre nous, tu sembles déjà bien taccommoder de ne pas savoir. Ça te donne de la matière.
Et toi, brigande aux lèvres meurtries fais attention où tu mets les pieds. Pas pour les coups tu sembles savoir les rendre mais pour ce qui vient après. Les silences, eux, frappent plus discrètement.
Continue décrire. Pas pour provoquer le monde cette fois mais peut-être pour voir ce quil te renvoie quand tu arrêtes de le défier.
Renvoie ton oiseau quand tu voudras.
Je serai peut-être là pour le lire. Et peut-être même pour y répondre. Ou pas. Mystère.
Celui qui râle encore, mais un peu moins quand il te lit
Le pigeon, lui, navait pas bougé.
Planté là, sur le rebord, à le fixer avec une obstination presque insultante. Moins misérable que la première fois. Ou peut-être était-ce lui qui regardait autrement.
Il se leva sans hâte. Fouilla, trouva un reste de pain, rien de noble, mais suffisant. Il posa ça devant la bête avec une brusquerie qui nen était pas vraiment une.
Le pigeon hésita. Puis mangea.
Le pli, roulé avec soin, trouva sa place à la patte de loiseau. Le geste fut précis, presque méthodique. Pas tendre. Mais sûr.
Il ouvrit la main.
Le pigeon resta une seconde. Juste une.
Puis il battit des ailes, lourd de ce quon lui confiait un peu de nourriture, quelques mots de plus, et ce lien étrange quaucun des deux naurait nommé.
Lhomme le suivit du regard, jusquà ce quil disparaisse.
Et seulement là, il détourna les yeux.
On verra bien si tu reviens encore
Comme une menace.
Ou une promesse.
















