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[RP ouvert à qui voudra] Pigeons volent.

--Quidam
Encore ce maudit volatile.
La bête s’était écrasée avec moins de panache qu’un soldat ivre, plumes en désordre et dignité perdue quelque part en chemin. Il avait grogné par principe plus que par conviction avant de tendre la main. Pas de douceur dans le geste, non. Juste cette habitude qu’ont les hommes de ramasser ce qui insiste.

Le pli, lui, était intact. Ou presque. Assez pour trahir une écriture qu’il commençait à reconnaître. Ronde, nerveuse et un peu trop bavarde.
Un sourire, bref. Presque malgré lui.
Alors elle avait pris des coups, la brigande. Et elle écrivait encore.

Il s’installa, sans se presser. Le genre d’homme à faire attendre même une lettre. Surtout une lettre. Le vin n’était pas loin, évidemment. Ni cette façon qu’il avait de lire entre deux silences, comme s’il cherchait moins les mots que ce qui s’y cachait.
Et puis, il prit la plume.



À toi, la brigande sans jasmin,

Ton pigeon tient mieux debout que tu ne le laisses entendre. Toi, en revanche œil noir, lèvre fendue j’imagine que tu appelles ça “t’amuser”. Chacun ses passe-temps. Certains boivent, d’autres se font cogner. Tu as le mérite de varier.

Ta lettre est arrivée jusqu’ici avec autant d’obstination que toi. Ça devient une habitude. Et les habitudes, en général, je m’en méfie. Mais celle ci disons qu’elle m’arrache moins de jurons que les autres.

Tu m’observes, tu me devines, tu me piques et tu t’en sors plutôt bien. Ça m’agace presque de le dire. Presque. Tu vois juste là où c’est facile le râleur, le verre pas loin, les angles un peu trop vifs. Mais tu as aussi compris autre chose, sans trop savoir comment. Je ne réponds pas pour rien.

Et toi, derrière tes détours et tes images tu t’es montrée. Pas complètement, non. Tu gardes tes voiles, tes pirouettes, ton ton bravache. Mais il y a des fissures, Kachina. Et ce n’est pas une critique.

Ton “SOS” déguisé, par exemple… tu aurais pu t’en passer. Ou être plus franche. Mais tu as choisi cette manière là. Plus élégante, plus fière. Moins facile à ignorer aussi. C’est bien joué.

Tu m’observes encore, tu supposes, tu attaques par petites touches et tu attends que je réagisse. Mauvaise nouvelle : je réagis rarement comme on l’espère. Bonne nouvelle : je réagis quand même.

Pourquoi je reste ?
Parce que tu joues.

Pas à séduire tu en serais incapable avec autant de détours mais à chercher. À tester. À lancer des mots comme d’autres jouent aux cartes ou aux dés.

Tu dis que tu écris pour provoquer, pour comprendre, pour ne pas te noyer. Je veux bien te croire. Mais à force de jeter des filets au hasard, fais attention à ce que tu remontes. Tout ne se manie pas aussi facilement qu’un pigeon fatigué.

Quant à moi.

Ne cherche pas trop loin. Je suis là parce que ça m’amuse encore. Et parce que, sous tes histoires de tournois, de rires retrouvés et de bleus mal cachés, il y a quelque chose qui sonne juste. Pas souvent. Mais assez.

Ne t’habitue pas trop.
Les jeux cessent dès qu’ils deviennent sérieux.

Renvoie ton oiseau quand tu seras remise sur pieds ou quand tu auras trouvé une nouvelle façon de te mettre en danger. Tu sembles avoir du talent pour ça.
Je lirai.

J’ai répondu parce que, sous tout ce que tu racontes, il y avait quelque chose de vrai. Pas parfait, pas poli mais vrai. Et ça, c’est rare. Suffisamment pour que j’aie envie de voir ce que ça donne quand on gratte un peu plus loin.

Ne prends pas ça pour un compliment. Ou si, fais le, mais pas trop vite. *amusé*

Quant au nom ? Non. Toujours pas. Tu aimes les jeux, non ? Considère que c’en est un. Et puis, entre nous, tu sembles déjà bien t’accommoder de ne pas savoir. Ça te donne de la matière.

Et toi, brigande aux lèvres meurtries fais attention où tu mets les pieds. Pas pour les coups tu sembles savoir les rendre mais pour ce qui vient après. Les silences, eux, frappent plus discrètement.

Continue d’écrire. Pas pour provoquer le monde cette fois mais peut-être pour voir ce qu’il te renvoie quand tu arrêtes de le défier.

Renvoie ton oiseau quand tu voudras.

Je serai peut-être là pour le lire. Et peut-être même pour y répondre. Ou pas. Mystère.

Celui qui râle encore, mais un peu moins quand il te lit


Le pigeon, lui, n’avait pas bougé.
Planté là, sur le rebord, à le fixer avec une obstination presque insultante. Moins misérable que la première fois. Ou peut-être était-ce lui qui regardait autrement.
Il se leva sans hâte. Fouilla, trouva un reste de pain, rien de noble, mais suffisant. Il posa ça devant la bête avec une brusquerie qui n’en était pas vraiment une.
Le pigeon hésita. Puis mangea.

Le pli, roulé avec soin, trouva sa place à la patte de l’oiseau. Le geste fut précis, presque méthodique. Pas tendre. Mais sûr.
Il ouvrit la main.
Le pigeon resta une seconde. Juste une.
Puis il battit des ailes, lourd de ce qu’on lui confiait un peu de nourriture, quelques mots de plus, et ce lien étrange qu’aucun des deux n’aurait nommé.
L’homme le suivit du regard, jusqu’à ce qu’il disparaisse.
Et seulement là, il détourna les yeux.
On verra bien si tu reviens encore
Comme une menace.
Ou une promesse.
Kachina
Adrielle



Le corps fourbu et douloureux, elle s'est réfugiée dans une auberge un peu à l'écart des derniers remous du tournoi.
Jour étrange en ce début de semaine, où l'Amie annonce son départ.... Et cette fois, elle a compris, elle a lu dans le regard fatigué de sa belle provençale, la décision prise....

Et c'est douloureux.. Oh ! elle a appris à composer avec les départs, les adieux, depuis si longtemps. Mais cette fille là, entre deux gorgées d'alcool qui vient réchauffer sa gorge, elle se jure intérieurement qu'elle la reverra un jour.
Parce que ça ne peut pas être autrement.
Elle n'avait plus de mots, plus d'arguments au matin, quand elles ont partagé un petit en cas sur fond de séparation à venir... Elle sait que parfois, dans la tourmente, il est bon de se mettre à l'abri .

Mais bon sang......elle aurait bien aimé un autre scénario....
Est ce qu'on ne revient donc jamais en arrière ?

Elle chasse ses pensées sombres, retire le couvercle de ce petit pot confié par Sub pour s'enduire la joue meurtrie de cet onguent de sa composition. C'est que le tournoi laisse toujours des traces à qui ose s'y frotter. Et c'est aussi pour ça qu'ils viennent tous en découdre.. Pour le risque, la gagne et puis .... les gnons.....

Le feu qui brule dans l'âtre réchauffe ses reins, et elle se laisse envahir par une douce torpeur , juste avant de décider d'écrire à Adrielle.







Adrielle

Le calme revient peu à peu ici à Genève, après la folle effervescence du tournoi. Et on s'organise de ci de là pour reprendre les chemins. On échange onguents et potions diverses.. Mon Frère a joué les infirmiers et j'avoue que cette pommade à base de je ne sais quoi appliquée sur ma joue enflée semble faire son effet.

Nos retrouvailles furent joyeuses et douces à la fois. Il est fidèle à lui même. Je ne sais pas si, de son côté, il me trouve changée ou pas... Mais il était l'époux de mon amie Sabdel avant de s'enfermer au monastère , et leurs retrouvailles n'ont pas vu renaitre le feu. Sab en reste meurtrie.... Et moi qui sait que le monde n'est pas parfait, je me sens bien impuissante à l'aider dans sa dérive. Elle nous quitte ce soir, et je peine à la voir partir , cette soeur d'infortune qui m'a aidée à tenir quand tout s'effondrait autour de moi.

J'ai aimé vos chansons. Avez vous déjà remarqué que chaque histoire pose quelques jalons inoubliables qui nous ramèneront toujours à l'Autre ? Un mot, un lieu, un vêtement, une ritournelle.... Un peu comme un langage unique pour deux...

Vous avez triché avec la part d'ombre.. J'attendais à un truc moche, un péché inavoué, une mauvaise action, ou que sais je .... vous m'avez livrée une qualité qui peut devenir faiblesse, mais qui n'est pas des plus noires....

Si je devais choisir entre le jour et la nuit, je serais bien en peine. Que serait la nuit sans le jour et vice versa ? J'aime cependant beaucoup la nuit, quand la fatigue aidant, on laisse tomber nos masques et qu'on se livre telle qu'on est vraiment... Les bruits feutrés qui rendent tout plus intenses, le velours sombre qui recouvre tout... A la fois effrayant et délicieusement excitant....Les nuits sont pour les amants.... pour les confidences... Pour les souvenirs aussi....
Mais ouvrir les yeux sur un nouveau jour,se savoir en vie, le corps vaillant, c'est aussi un plaisir fou....
A moi donc d'utiliser mon Joker ? Nous en avons combien Adrielle au total ? Dites le moi !
Une personne à qui je pardonnerais tout ? J'ai parfois pardonné l'impardonnable.. Je ne le ferais plus aujourd'hui.
J'ai souvent la rancune tenace . Et pourtant on m'a parfois reprochée d'avoir pardonné trop vite.
Je pense que je pardonnerais beaucoup à mon Fils. C'est ainsi que doit agir une mère non ? Quoiqu'il fasse, il sera toujours mon fils.... Même si celui là je ne les pas porté,

Mais là encore, il me faudrait un second joker.... Pardonner tout... peut entrainer loin... Bien trop loin.
Pardonner, c'est avant tout se libérer soi même, de la rancoeur, des regrets, des souvenirs qui font mal....

Peut-être qu'il faudrait avant tout se pardonner à soi même Adrielle. De placer tant d'attentes auprès des autres. De trop attendre d'eux..
Et à propos, pardonnez vous que diantre... Et cessez de vous en vouloir.

Pour ma part je revendique ce droit.... de pardonner quand je le sens, et de garder rancune quand ça me convient mieux...

Et vous ? Qu'est ce que vous ne pardonneriez pas ?

Avouez, c'est fou cet échange entre nous. A coups de plumes trempées dans l'encre....Et j'aime vous savoir me rester fidèle, encore après tout ce temps. Merci.

Je retrouve doucement l'envie... Grâce à ceux qui m'accompagnent. Je me laisse bercer par leur folie douce, leur tendre écoute, et je me perds avec le plus grand plaisir dans leurs éclats de rire, leurs farces et autres galéjades.
Et ça fait du bien...

Pourtant au fond de moi, demeure le manque de l'Autre. Prenez soin de votre histoire Adrielle, savourez là jusqu'à plus soif... Surprenez, encore et encore....Et laissez vous étonner....

Je vous souhaite le meilleur en ce début de printemps.

A vous lire..

Kachi


_________________
Kachina
Tristan


La dernière missive de Tristan l'a fait sourire. Alors que leurs mondes semblent se rejoindre puisqu'il n'est plus si loin que ça à présent, ils diffèrent et comment....
Elle l'imagine râler et pester contre le tournoi, quand elle s'y plonge avec le plus grand plaisir...
Une sorte d'étourdissement bienfaisant, que ces heures qui s'écoulent rieuses et défieuses....

Aujourd'hui, alors qu'elle est de retour après deux nuits sans sommeil à arpenter sentiers et fourrés, à courir dans les clairières , à se cacher autant qu'à traquer..
Elle profite de cette accalmie pour répondre au voyageur.






Au voyageur pestant contre ces malandrins qui hantent - en ces jours fous - l'Helvêtie.

J'ai souri en vous lisant Tristan. Je vous ai imaginé marchant de long en large, piaffant comme un cheval fou, à l'idée de ne pouvoir reprendre la route à cause...
La rage au coeur et le sang pulsant dans vos veines, comme un animal pris en cage.

A cause de moi un peu ? Souvenez vous. J'en étais....

A travers vos mots, j'ai lu votre impatience, votre frustration.... et votre manque de Provence.
Comme quoi on peut parcourir le monde et rêver de retrouver un point d'attache.
Je me surprends depuis un temps à aimer revenir à Limoges...
Mais j'ai encore au coeur les senteurs de garrigue, les sentiers bordés de genévriers et de thym de cette Provence où j'ai vécu de si belles heures.
Les amandiers doivent déjà être en fleurs là bas et je rêve encore parfois de ces calanques sauvages, et du plaisir des parfums iodés et de cette mer si belle.

Dans ces forêts sombres que vous me contez , on trouvera bientôt les premiers brins de muguet. J'ai déjà cueilli ici les premières asperges sauvages et des brins d'ail des ours.
Le printemps est là...

Vous dites mépriser ces foutus brigands. Savez vous que votre plume griffe parfois un vélin destiné à une donzelle qui a pillé plus souvent qu'à son tour.
La toute première fois c'était par amour, pour plaire à un homme qui rêvait de tout ça. Mais je ne sais pas si ça dédouane de tout l'amour.
Et puis j'ai aimé ça... Vraiment aimé.

Je vis aujourd'hui bien plus sagement... Mais il reste tout au fond de moi cette envie de bousculer l'ordre établi, de semer un peu le chaos dans des vies sans frissons.
Et j'ai souvent trouvé bien plus de noblesse parmi ces vauriens, sans foi ni loi que parmi les nantis et les grands de ce monde.
Et puis je n'ai pas envie de m'excuser ou de me justifier auprès de vous. Il faut vivre d'audace et d'insolence, de risques et d'irraison. Ce n'est pas vous qui allez me dire le contraire.

J'aimais bien Zulma. Une Reyne un peu hors norme. Comme on n'en fait plus... A me réconcilier avec ceux du Lys....

Si après tous ces aveux vous ne me répondiez plus, ma foi je comprendrai.... Mais avouez que je vous ai plutôt bien décrit non ? Je pourrais presque vous dessiner à présent... Un géant, un homme debout, un arpenteur de chemin indestructible, dont la seule fragilité assumée est cette douce compagne féline et fidèle qu'est Luna.

Pour ce qui concerne les retrouvailles avec mon Frère, je vous laisse imaginer . Entendez vous le son d'une bouteille de prune qu'il a débouchée pour fêter ça ? Le voyez vous arriver hier au soir, pour dégrafer sa besace et en tirer un fabuleux pâté, une miche de pain dorée et croustillante à souhait. C'est un épicurien mon Frère.
Pouvez vous imaginer notre complicité retrouvée ? Il reste fidèle à lui même, impossible et indomptable, jouisseur à l'excès de tout ce que la vie lui offre. Et parfois je ne sais si je dois m'en réjouir ou râler encore .

Parce que mon amie Sab nous quitte ce soir... Ma soeur d'infortune qui fut son épouse avant qu'il ne se replie dans un monastère non loin d'Arles..... n'a pas pu retrouver sa place à ses côtés.
Et ça me peine, parce que cette amie là m'a aidée à tenir quand je ne croyais plus en grand chose après qu'Alan ait disparu.

La vieille Agathe me disait toujours, qu'on ne peut pas tout avoir dans la vie.
J'ai parfois tout eu... à en faire rougir les diables et rugir les dieux...
J'aurais bien aimé avoir encore un peu de ces deux là...

Il va me couter ce soir, quand je verrai - du haut des remparts où je guetterai son départ,- sa fière silhouette s'éloigner à l'horizon.
Mais je crois que nous conjurerons ce sort un jour et que je la reverrai. Je veux y croire.
En passant, sachez qu'elle vit à Arles.Si vous la croisez...pensez à moi.

Je ne vais pas conclure cette missive sur une note morose. Aussi je vous dirai que la contrée Helvête retrouvera très vite son calme et que vous pourrez reprendre route très vite, si ce n'est déjà fait.

Il me faut vous quitter , 6 coups viennent de sonner au clocher... 6 coups, comme ces chiffres sur un dé qui ont vu un jour ma destinée changer....

Avez vous un chiffre fétiche ? Quel est votre prochain rêve quand vous aurez passé les bornes de votre contrée retrouvée ? Fonder une famille avec Luna ? Vous poser un peu pour profiter des beaux jours ? Dites moi ?

Bonne chance à vous deux pour la poursuite du voyage.

A vous lire...

Kachina



_________________
Kachina
Leely


Genève. L'après tournoi. Chacun rassemble les maigres possessions qui lui restent. La tension retombe doucement, après toute cette adrénaline, cette folie douce.

On se prépare à repartir, et elle profite d'une dernière chevauchée au bord du lac, avec Forban qui piaffe d'impatience à l'idée de reprendre bientôt la route.
D'humeur paresseuse, elle laisse le cheval mener l'allure à sa guise, se contentant de suivre le balancement de sa monture. L'esprit ailleurs malgré la beauté du paysage à couper le souffle.
Ce mois de mars lui aura rendu un Frère. Il aura vu partir une Amie chère aussi. Elle s'inquiète pour Rolf, pour Asa.... Pourquoi bon sang, tout n'est jamais simple ?

Elle croit entendre la voix d'Alan répondre de ce ton moqueur qui n'était qu'à lui : Parce que la vie paraitrait fade ?

Elle force soudain sa monture à l'arrêt d'un claquement de langue. Et se laissant glisser du cheval, elle l'attache à une vieille souche d'arbre coupé. Et elle rejoint cette barque retournée qu'elle vient de repérer. L'embarcation a connu de meilleurs jours, et elle se trouve là, abandonnée durant l'hiver. Sans se soucier de ses braies de daim, elle y cale ses fesses, regard glissant un instant sur l'étendue d'eau qui lui fait face.

Aux eaux calmes, elle a toujours préféré les eaux vives. C'est dans sa nature, mais l'endroit est si beau. Elle décide de s'y attarder un peu pour répondre à Leely.






Lee,

Une bien jolie surprise que cette missive de toi. Je suis à Genève et j'aimerais te dire que j'ai brillé au tournoi. Mais il n'en n'est rien. Et au fond, c'est pas si grave. Il me reste les rires, les coups à boire, les défis lancés à tout va. Et le souvenir de ces deux nuits passées à traquer tout ce qui pouvait l'être tout en essayant d'éviter d'éventuels assauts.
Il me reste une joue qui affiche chaque jour une autre teinte... Du rouge au brun, en passant par le jaune brunâtre, le bleu et j'en passe... Je garde la lèvre inférieure douloureuse, vestige de coups donnés par deux donzelles que je connais en prime... J'en suis pas fière hum ? Mais c'est le jeu, que veux tu ?

J'aime ça Lee. Un peu comme toi, tu aimes défier les éléments à bord d'un bateau. Le risque, cette impression de marcher sur un fil, de prendre le contrôle du destin. Pour une fois. Pour un instant bien trop bref.

Nous repartirons vite. Pour retrouver Limoges pour ma part.... Et si comme tu l'écris, tu y revenais, je te présenterais mon Frère.
Parce que oui, depuis qu'on s'est croisées, bien trop brièvement, je te l'accorde..... j'ai eu l'immense surprise de retrouver ce Frère qui croupissait depuis bien longtemps dans un lointain monastère.
Pour le récit de nos retrouvailles, il faudra que tu bouges ton séant et que tes pas te mènent en Limousin.

Mais ce fut un grand bonheur... Quelque peu teinté de gris par le départ de mon Amie la plus chère....qui était son épouse avant sa disparition.
Là encore je te raconterai ça de vive voix.
J'aimerais parfois que tout soit simple.... Mais la vie n'est jamais simple n'est ce pas ?

Dis donc, belle aventurière... Elle respire la fougue cette missive de toi.
Elle balance l'entrain, l'envie... la niaque.
Que t'es t'il donc arrivé pour que tes mots dansent et chantent ainsi sur le vélin ? Raconte moi ?

J'ai aimé. Beaucoup aimé.

Tu sais Lee.... revoir mon Frère, c'est aussi me souvenir de ce temps d'avant.... qui me revient tel un boomerang, en plein coeur. Quand je marchais au bras d'un homme follement aimé. Que j'ai perdu.
Mais j'ai appris à composer avec les souvenirs, à les apprivoiser et ça va...
Oui, ça va....

Dans une dizaine de jours, si tout va bien, nous franchirons les bornes du Limousin. Je me surprend à aimer y revenir.... Pourtant rien ne m'y attendra, si ce n'est mon atelier et un appartement qui me semble parfois bien trop silencieux....
Mais c'est là bas qu'est mon chez moi....

Tu y viendras ? Mes amis méritent d'être connus. Tout comme mon Frère. Mon Fils est avec moi lui aussi. Il grandit bien trop vite ce bougre... et il court déjà les filles.

La fraicheur du soir tombe au bord du lac , d'où je t'écris. Et il me faut rejoindre la ville...

Je peux à présent mettre un visage sur ce nom.. Leely. C'était bon de te rencontrer en chair et en os... Par contre pour ce qui est du navet.. il faudra me rappeler de qui tu parles....

A te lire Lee ?

Kachi


_________________
Leely
Un autre atelier, éteindre le feu de la forge, remettre l’établi, ne pas reprendre le tas de cuir, ni l’atelier de tisserande pour le moment, mais l’établi de bois qui n’est jamais bien loin, un atelier pour une touche à tout qui n’aime pas les habitudes.

Terminer de raboter cette planche et faire glisser sa main dessus, caresser le bois, le sentir, le respirer, aimer ce métier-là autant que les autres si ce n’est plus, faire et défaire enfoncer le clou ou non, ajouter des morceaux de bois pour terminer cette table en ébène, pas le bois que je préfère mais à force, mes stocks seront épuisés.

Voir revenir ce bel oiseau qui livre et délivre les messages, sourire en découvrant le pli.
Sourire encore en lisant ces mots couchés sur le vélin.






Kachi,

Je suis en forêt ce jour, je suis partie à ton message reçu.
Des amis passaient par là, donc je me suis incrustée, je vais passer un peu de temps avec eux et puis, j’irai en direction de Limoges.

Il va falloir te masser la pommette avec quelques onguents, Satine doit avoir un pot ou deux avec elle.

Pour la castagne, je crois que j’aime ça aussi, j’ai participé souvent, quelques années d’affilés au tournoi de Soare, à Lyon.

Une arène et des affrontements à mains nues, l’année passée je n’y suis pas allée, mais par moment, même la pauvre femme faible que je suis censée incarner, oui, oui, nous ne sommes que de faibles femmes avait besoin, non, c’était plus qu’un besoin, c’était une urgence, il me fallait évacuer ma colère, il a fallu que je cesse un peu cet exercice périlleux, parce que j’avais abimé deux ans de suite le même genou et donc, mon gentil médecin m’avait dit, non, plus de combats ! Hé oui, j’ai été punie.

Enfin, j’aime trop mes longues chevauchées équestres pour m’en priver, donc j’ai sauvé mon genou qui se rappelle quand même parfois à mon bon souvenir.

Donc oui, j’aime combattre, j’aime pour tout un tas de raisons, la première ? Se sentir encore vivante ? Se sentir exister, vibrer, relever le chalenge, un combat, le gagner ou pas, peu importe, mais le livrer jusqu’au bout des ongles, quitte à les casser.

Je serai ravie de rencontrer et revoir tes amis, je crois que j’ai besoin de ça en ce moment, ne pas me retrouver seule.

Et ravie aussi de rencontrer ton frère, c’est drôle, je cherche le miens depuis des années, quelqu’un m’a dit un jour que nous étions deux en fait, mais … J’ai tellement peu d’éléments, que l’aiguille dans la botte de foin, serait plus facile que cette recherche qui reste encore aujourd’hui, vaine.
Oui, je sais, je ne dois pas tourner très rond, mais il m'arrive de m’adresser à lui comme s'il était là, avec moi, je confirme, je ne suis pas nette, un peu cinglée, beaucoup, passionnément ?

Oh que non, la vie n’est pas simple, mais avec le recul, elle est belle de nous faire ressentir tous ces sentiments contrastés. Lumières blanches, noires, teintées de mélancolie et parfois de folll Lee, nous sommes vivantes Kachi et de ce fait tellement vulnérables, oui, non, je nierai avoir écrit ça !

Nous sommes toujours fortes, n’est-ce pas ? Oui, oui, ça va, ça va toujours et quand ça ne va pas, on sait tellement bien cacher notre peine.

Le navet était le délire du jour avec quelques légumes et un de tes amis, Rolf ? Oui je crois un nom comme ça, j’ai choisi de le nommer navet.

Je commence à me cailler les miches, aussi, je vais retrouver le chemin des tavernes avant de reprendre la route ce soir. J’ai hâte de te revoir et de prendre le temps cette fois de découvrir ton monde, ton univers, ton toi.


Lee


_________________
Kachina
Quidam



Saint Claude. A peine ont-ils repris la route qu'il faut déjà marquer une pause. Pour attendre un Crapaud distrait qui a raté le départ. Il expliquera par courrier s'être trompé de charrette... et du coup la petite troupe doit prendre chambrées dans cette capitale de la pipe qui amène aux bouches amies quelques réflexions grivoises.

Un peu plut tôt dans la journée, le coeur s'est serré en passant devant cette échoppe où s'affichent en vitrine de superbes pipes en bruyère. Elle s'est revue - par le passé - pousser la porte, et choisir avec soin la plus belle, la plus ouvragée pour l'offrir à l'époux. Quoiqu'elle fasse, où qu'elle aille, le passé s'amuse à ressurgir au détour d'une ruelle pavée, quand ce n'est pas au gré du chant d'un baladin résonnant dans une venelle....

Elle ne tente plus de lutter contre ça. Elle compose avec , s'en fait une arme, comme un chien sauvage qu'on apprivoise et qui devient votre plus fidèle allié.

Mais là, seule dans cette chambre, alors qu'elle s'apprête pour la nuit, elle marque une pause devant la grande psyché qui lui renvoie sa propre image. Elle y voit une femme plus toute jeune, pas encore vieille...
Le regard clair détaille sans indulgence aucune les courbes de sa silhouette. Ce corps encore séduisant, qui pourtant ne connait plus les caresses d'un amant...
Cette bouche qui ne s'abandonne plus à une autre, ces bras qui n'étreignent plus personne. Et un léger soupir s'échappe du plus profond d'elle.

Elle sait que c'est idiot. Qu'elle devrait retrouver les gestes, les mots qu'on dit dans l'urgence du désir... en choisir un et retrouver le goût des jeux amoureux.
Elle sait que le temps passe vite, que la vie emporte tout...
Elle entend les remarques amies...
Juste... elle ne sait plus faire....
Peut-être qu'elle a tant brulé à l'amour d'Alan, qu'elle s'y est consumée à sa disparition.
Elle n'en sait rien. Et elle s'en fout...

Ses yeux se détournent du miroir, viennent chercher la flasque de cognac abandonnée sur le guéridon au pied branlant. Sa main droite s'en empare la porte à sa bouche et l'alcool vient réjouir sa langue, bruler sa gorge .

Elle ne descendra pas dans la grande salle ce soir. Une pause dans cette agitation des soirées précédentes... Un besoin de calme...
Mais pas envie ce soir de ressasser, de se souvenir de trop.

Alors, elle s'installe devant la table d'écriture calée au coin de la chambre, non loin de la fenêtre, là où brule une chandelle de suif.
Et c'est un parfait inconnu , un homme dont elle ne sait même pas le nom... Est-il seulement un homme ? Mais c'est ce personnage là, qui sans le savoir jamais, la distraira ce soir du manque de l'Autre.

Et elle répond, tête penchée sur un vélin que vient effleurer parfois une mèche brune... Appliquée à tracer ses courbes et déliés.. elle laisse venir les mots....






A vous le râleur que mes écrits adoucissent un peu,

En vous lisant, j'ai eu l'impression de revoir la vieille Adèle qui me sermonnait pendant mon enfance. "Kachi, ne mange pas trop de ma tarte aux prunes, et cesse de te battre avec la fille du palefrenier . J'en ai assez de soigner tes genoux écorchés, cesse de grimper aux arbres comme un garçon manqué."
Cher inconnu qui vous moquez de ma lèvre abimée et de ma joue amochée, sachez que j'ai toujours aimé marcher sur un fil. Et que le seul danger que je veuille reconnaitre, c'est l'ennui, la monotonie d'une vie sans surprises .

Et cessez de jurer, foutre Dieu.. Je crois vous entendre d'ici parfois...

C'est une évidence que vous ne me répondez pas pour rien. On écrit pour le plaisir du jeu, pour cette impatience sourde qui s'invite au plus profond de soi, au moment même où s'envole le pigeon. A peine a t-il disparu à nos yeux qu'on est déjà dans l'attente d'une réponse de l'autre. On écrit un peu égoîstement pour recevoir en échange.

Je gage donc, puisque vous aimez jouer les mystérieux que certains soirs, vous vous ennuyez. Et que la vue de mon pigeon, fusse t'il maigrichon, déplumé et j'en passe, amène à votre bouche râleuse un sourire.
Sinon, vous auriez déjà donné ma bestiole à plumes au chien ou au chat du voisin.

D'ailleurs où vivez vous ? Etes vous sur terre, sur mer ? Dans une capitale ou au fond d'un petit village perdu dans les montagnes ?

Que serait on sans nos fissures , dites le moi ? Oseriez vous me confier les vôtres ?
Non, vous auriez bien trop peur. Vous aimez garder le contrôle, l'avantage ?

Pour ce qui est de prendre garde à qui je pêche , au risque de vous agacer, j'ai peut-être une idée de qui se cache sous votre plume.
Est ce qu'on se connait ?
Allez, faites un effort, si vous ne pouvez tomber la chemise, soulevez au moins votre chapeau ? Arf, vous n'en portez pas ? Un foulard noué ?

Je mise que vous me répondrez... Oh, vous me ferez surement attendre... Parce que c'est ainsi qu'on joue parfois... A tester les limites de l'autre pour le laisser échec et mat.
Mais avons nous besoin d'un perdant ? D'un gagnant ?
Vous me répondrez parce que vous aimez mes mots. Parce que je ne cherche pas à séduire... Parce que peut-être vous faites de moi un sujet d'étude, allez savoir.
Mais vous me répondrez. Foi de Kachi.


Et puis vous avez... d'une petite touche finale... comme un coup de griffe sur le vélin.... avoué prendre plaisir à nos échanges.
Vous pestez contre la vie qui parfois se fait chienne ou contre le monde entier, contre le temps qu'il fait, les mioches qui s'éclaboussent aux fontaines et crient trop fort sous vos fenêtres...
Mais mes phrases vous font sourire, oserais je dire, vous font du bien...

Qui que vous soyez, où que vous soyez, quelle importance au final non ?

Mais j'aime jouer moi aussi. Alors si vous souhaitez poursuivre... en savoir plus sur mes bleus au corps et à l'âme, découvrir pourquoi parfois je ris et pourquoi d'autres soirs je pleure.. il faudra vous découvrir un peu.
Juste un peu... Comme on lance à son tour le dé.

Voyez ce soir, je porte l'estocade. Vous ne saurez pas grand chose de plus à mon sujet.
Mais je sais que vous trouverez vite parade adéquate à tout ça.
J'ai confiance en vous que diable.

D'où vient cette amertume que je devine parfois dans vos propos ?
D'où vient cette envie de porter un masque ?

Répondez ! Dites moi !

Dans l'attente de vous lire bien sûr.

Kachina

_________________
--Quidam
Le pigeon est arrivé sans prévenir.
Pas de battement d’ailes théâtral, pas d’ombre glissant sur les murs. Juste un choc mat contre le bois, suivi d’un froissement agacé. Comme s’il s’excusait déjà d’être là.

L’homme n’a pas bougé tout de suite.

Assis, le regard ailleurs, il a laissé passer quelques secondes. Assez pour faire croire, à qui, il n’aurait su dire que cela n’avait aucune importance. Puis il a tourné la tête, lentement.

Encore toi.

Le volatile avait meilleure allure que les précédents. Ou peut-être était ce l’habitude. Il s’est levé, sans empressement, et s’est approché. Ses doigts rugueux ont défait le lien avec aisance.

Ce pli....
Il l’a reconnu avant même de l’ouvrir.

Un coin de sa bouche a tressailli avant qu'un sourire franc s'y dessine.
Il n’a pas lu tout de suite.

Le parchemin est resté là, posé devant lui, comme une provocation silencieuse. Il a versé un peu de vin, a bu, a laissé le temps s’étirer. Une façon de reprendre la main, sans doute. Ou de faire semblant.

Puis il a cédé.
Ses yeux ont parcouru les lignes plus vite qu’il ne l’aurait voulu. Les mots, eux, ne prenaient pas la peine de ralentir. Ils entraient, s’installaient, dérangeaient, bousculaient. Et il aimait ça.

Par moments, il a soufflé du nez. Une esquisse de rire, peut-être. A d’autres, son regard s’est arrêté. Pas longtemps. Jamais assez pour qu’on puisse dire qu’il s’attardait.

Tu crois vraiment ça…

Un murmure.

Pas moqueur.
Pas tout à fait…. huste un peu…

Quand il a fini, il n’a pas relu. Il a reposé la lettre, a passé une main sur sa nuque, comme pour chasser quelque chose qui s’était installé sans permission.
Puis il a attrapé la plume.

Il n’a pas écrit d’un trait.
Les premiers mots sont venus vite. Trop vite. Il les a rayés aussitôt. Trop directs. Trop faciles. Elle aurait aimé ça. Ah oui elle aurait aimé ça.

Alors il a recommencé.

Cette fois, il a pris son temps. Chaque phrase posée comme on place un pas sur un terrain incertain. Pas pour ne pas tomber, ça, il s’en moquait, mais pour ne pas laisser de trace inutile.

Parfois, il s’arrêtait.
La plume suspendue, l’air vaguement agacé. Pas par elle. Par lui-même. Par ce qu’il choisissait de dire. Ou de ne pas dire. Pas simple. Travail d'équilibriste.

Un mot biffé. Un autre déplacé. Une phrase écourtée.
Il écrivait comme il parlait : en laissant toujours un peu de côté.

Et pourtant… il continuait.
Quand il eut fini, il resta un moment immobile.

La lettre devant lui.
Le silence autour.

Il aurait pu s’arrêter là. Laisser le pli ouvert, inachevé, inutile. Ce ne serait pas la première fois qu’il gardait pour lui ce qu’il n’avait pas besoin de donner.

Mais il ne le fit pas. Pas encore, ce jeu lui plaisait.

Foutue habitude !

Le mot lui échappa sans conviction.



À toi, Celle qui croit déjà gagner,

Ton pigeon est arrivé au moment où je m’ennuyais presque assez pour lui parler. Presque. Ne prends pas ça pour un honneur, tu arrives juste au bon moment ce jour, encore une fois. Ca devient une mauvaise habitude.

J’ai lu ta lettre d’un trait. Tu deviens dangereuse quand tu t’y mets. Pas avec tes menaces d’estocade, ça, c’est du théâtre, mais avec cette façon que tu as de croire que tu tiens quelque chose. Que tu avances. Que tu comprends.

La vieille Adèle, dis-tu ? Elle avait peut-être raison sur un point : tu grimpes encore partout sans regarder si la branche va casser. La différence, c’est que maintenant tu appelles ça “vivre”. C’est plus joli. Ça ne protège pas davantage.

Tu marches sur un fil ? Non. Tu danses dessus. Et tu espères qu’on te regarde.

Rassure-toi : Moi je regarde.

Pas comme tu l’imagines. Pas avec admiration béate ni inquiétude déplacée. Je regarde comme on observe quelqu’un qui refuse de tomber pas par force, mais par amour, amour qui fut, qui est encore. C’est… intéressant, non c'est puissant.

Tu me prêtes des sourires que je n’ai pas offerts, des habitudes que je n’ai pas confirmées, une vie que tu reconstruis à coups d’intuition et d’envie. Tu es douée pour ça. Presque convaincante.

Mais tu fais une erreur.
Tu crois que je me cache.

Je ne me cache pas, Kachina.
Je choisis.
Nuance, encore.

Tu veux savoir où je vis ? Ici. Là où ton pigeon arrive. Ça te suffira.

La mer ? La montagne ? Une ruelle sombre ? Une place bruyante ?
Je pourrais te dire oui à tout. Et tu passerais tes nuits à recoller les morceaux. Voilà un jeu qui te plairait. Non ?

Quant à mes fissures…

Tu poses la question comme on tend un piège. Avec ce petit air de défi que tu crois irrésistible. “Oserais-tu ?” dis-tu.

Non.
Pas comme ça.
Pas parce que tu le demandes.

Et surtout pas pour satisfaire ta curiosité bien ordonnée. Les fissures, Kachina, ne se montrent pas sur commande. Elles se laissent deviner… ou elles se referment.

Tu dis que je porte un masque.
C’est faux.

Un masque, ça se retire.
Moi, je change de visage selon qui regarde. Mais je suis moi, entier et vrai.
Et toi, tu regardes beaucoup.

Peut-être trop.

Tu parles d’amertume… c’est un mot commode. Ça te rassure de croire que tout ce qui résiste est blessé. Que derrière chaque silence, il y a une histoire triste prête à être racontée si tu insistes assez.

Parfois, il n’y a rien à raconter.
Ça aussi, ça existe.

Et ça t’agace.
Je le vois dans tes lignes. Je le ressens.

Tu veux un peu de moi pour continuer. Pas tout, tu es trop joueuse pour ça, mais assez pour nourrir ton envie. Ton attente. Ton besoin de relance.

Alors je vais te laisser… juste assez.

Oui, j’aime te lire.
Pas toujours. Pas aveuglément. Mais assez pour répondre.
Oui, certains soirs sont plus longs que d’autres.

Et oui… ton pigeon, quand il survit jusque chez moi, a tendance à tomber au bon moment. Incroyable ça.

C’est tout ce que tu auras aujourd’hui.
Ne fais pas cette moue. Elle ne te va pas.
Tu voulais une parade ? La voilà.

Tu avances, je recule. Tu insistes, je choisis.

Et pourtant… nous sommes toujours là.

Alors dis-moi, Kachina

Qui joue vraiment ?

Cependant je suis joueur dans l'absolu, et pour satisfaire une de tes obsessions : non, je n’ai pas de chapeau. Quoique… certains jours s’y prêteraient presque. Des foulards, peut-être, utiles, discrets, changeants. Mais une chose est sûre : pas de bonnet rouge. Quoique !

Celui qui ne tombe pas dans les pièges, mais qui reste quand même.



Le pigeon attendait encore.
Il n’avait pas fui. Pas tenté de s’échapper. Comme s’il savait déjà comment cela se passait.
L’homme se leva avec son assurance tranquille et alla chercher de quoi le nourrir.

Ne prends pas ça pour une faveur.

Le pigeon mangea quand même.

Il roula le parchemin avec soin et l’attacha à la patte.
Il ouvrit la main.
L’oiseau resta.
Une seconde de trop …

Dégage.

Il battit des ailes, s’éleva, hésita, puis trouva son cap.

L’homme le suivit du regard.
Maas pas longtemps.
Juste assez pour être sûr.
Puis il tourna les talons.
Comme si ça ne comptait pas.
Comme si ça ne compterait pas davantage quand il reviendrait.

Et pourtant il maugréait déjà : J'aurais du la laisser mariner un peu plus longtemps.
Kachina
Leely


Assise sur un muret,elle observe ces enfants qui jouent et s'éclaboussent autour de la fontaine. Ils célèbrent à leur façon bien à eux, avec toute l'insouciance de l'enfance, le printemps qui est là.

Elle ferme les yeux un instant, nuque cambrée pour offrir son visage au soleil qui réchauffe avril. Et un petit gémissement de pur plaisir s'invite à ses lippes... Que c'est bon tout ça... les rires joyeux des gosses et le chant des oiseaux qui se mélangent.

Elle savoure un instant cette douce quiétude, une pause dans ce long voyage qui les ramènera à Limoges.

Mille pensées s'agitent sous son front... La soirée d'hier tourne en boucle dans sa tête... Sub...
Elle aimerait écrire à Sab.... étrangement silencieuse depuis quelques jours. Elle ne sait plus les mots... Ceux qui réconfortent, qui apaisent...
Elle n'aime pas quand les chemins se séparent, mais elle a parfois appris à ses dépends que ça fait partie des choses de la vie....

Et puis elle ne veut plus de gris... Elle ouvre les yeux, les laisse se perdre dans l'immensité du ciel bleu.... Et soudain, elle se laisse glisser du muret d'un petit bond agile pour retrouver une salle d'auberge avec un coin tranquille.

Répondre à Lee.... Profiter de ce petit moment de calme et donner des nouvelles.

Voilà à quoi elle s'affaire en cette fin de journée...





Lee,

Nous sommes à Lyon. Quelques retards, quelques ratés depuis notre départ de Genève. Je crains que certains d'entre nous se retrouvent l'escarcelle bien plate après le tournoi. Il nous faudra certainement nous poser un peu pour gagner de quoi remplir quelques bourses vides.

J'ai souvent entendu parler du tournoi de Soare sans jamais y aller ni y participer. Mais je sais que l'homme est un ami de Satine. T'es donc un tantinet bagarreuse à tes heures ?
Pourquoi je ne suis pas étonnée ? Dis le moi ?

Je te souhaite vraiment de retrouver ton frère. Revoir le mien, fut tu t'en doutes un grand bonheur. Même si ce bougre d'homme provoque toujours pas mal de remous autour de lui. On le surnomme le Crapaud peut-être parce qu'aucune belle n'a réussi à ce jour à faire de cet homme là un prince charmant comme il se doit.
Moi je l'aime comme ça.

Est ce qu'on pourrait t'aider à retrouver ce frère perdu ? Dis moi en plus ? On parcourt souvent les chemins et ma foi, sait on jamais.. Le destin aime parfois nous jouer des tours non ? Qui eut cru qu'il me reviendrait ce frère que je pensais à jamais perdu ?

Nous avons fêté Pâques à Macon. Lalie nous avait préparé un festin. Et la fête était belle. Je redécouvre ces plaisirs simples d'une fête entre amis, d'un air de flutiau et de quelques danses.

Lee, j'ai envie ce jour de te lancer un défi. J'ai évoqué ces pigeons envoyés au hasard et mes amis m'ont dit que ça ne rime à rien d'écrire à quelqu'un qu'on ne connait pas.
Aussi serais tu prête à écrire une missive à quelques noms que je te laisserai ici ? Pour voir qui répondrait ? Et malmener un peu d'autres pigeons que les notres ?
Rolf (Ig Hrolfr..) que tu surnommes le navet... Il s'est souvenu d'une histoire de légumes quand vous vous êtes croisés.
Sub (Ig Mortsubite) Le Frère en question
Aela (Ig Aela.) une toute jeune fille qui ne quitte pas mon fils , à moins que ce ne soit lui qui ne la lâche pas d'une semelle

Si tu estimes que ça te coutera trop d'encre, je te laisse le choix de choisir qui tu voudras, mais je gage que tu es femme à relever les défis.

Il nous faudra encore une bonne semaine, voire un peu plus pour entrevoir à nouveau les contreforts de Limoges. Y seras tu ?

A te revoir. J'espère.

Kachi




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Floriantis
    -  Brest, fin mars  -


      "Un bateau, c'est ça vous savez.
      C'est pas qu'une quille, une coque et un pont et des voiles, ça, ils l'ont tous mais un vrai navire, comme le Black Pearl en réalité, c'est la liberté"

      (pirate des Caraibes)



    La forge s’est tue depuis peu, laissant derrière elle cette chaleur lourde du métal travaillé.
    Le Captain s’est installé devant sa bâtisse, un banc, une table de bois, un godet de rhum à portée de main.
    La mer est là, en face.
    Toujours.
    Elle murmure à qui sait l'écouter. Et ce soir encore, il l’écoute.
    Ses pensées dérivent comme bien souvent ces derniers mois. Un souvenir. Un visage. Un prénom peut-être.
    Le calme.

    Il porte le godet à ses lèvres quand un bruit fend l’air.


    PFIIIIIIT !

    Puis un choc. Il fronce les sourcils. Porte ses azurs au loin, puis sur la table.
    Le pigeon… sur le dos… en train de glisser comme un marin mal arrimé après trois tournées de trop.

    Un silence et le Captain cligne des yeux.


    - … un seul petit godet et je vois de ces choses déjà

    Le volatile s’arrête à deux doigts du godet, comme s’il avait visé juste, alors que l'index du blond le désigne comme pour lui dire de prendre garde, et il le fixe en fronçant les sourcils.
    Le pigeon le fixe.
    Un soupir amusé. Il repose son godet et redresse la bestiole avec précaution.
    Elle bouge.
    Bon. Rien de cassé.
    Mareth ne tarde pas à surgir pour récupérer “son cousin”, déjà prête à le réchauffer et le nourrir comme un prince.
    Trop gâté ce pigeon.

    Flo, lui, aperçoit la ficelle. Il défait le parchemin, secoue la tête.


    - Tu sais que t’as une façon bien à toi de livrer le courrier ?

    Un dernier regard au pigeon et il se rassoit.
    La lettre est là. Et avec elle, un autre monde qui s’invite au sien. Alors il prend le temps.
    Parce que certaines missives ne se lisent pas.
    Elles se reçoivent.

    Son regard glisse un instant vers l’horizon, avant de revenir au vélin et de commencer à lire. De temps à autre, une petite lueur anime son regard.

    La réponse suivra bientôt.




Brest le 7 avril 1474


Ola Kachi,

J’ai entendu parler de ce tournoi, oui. Et je suis amusé voire intrigué, de voir combien s’y rendent. Ça doit être un joyeux bazar.
La liberté.

Pour ma part, je n’ai tenté le brigandage qu’une seule fois. Avec Tanissa et l’équipage. Je ne sais plus pourquoi mais nous devions reprendre des marchandises volées par une femme.
Je me souviens surtout de l’attente… et de notre envie de chanter pour passer le temps.
Un simple regard de Tani qui voulait dire : “Silencio”, a suffi.
On s’est exécutés.
Nous avons fait chou blanc.
Et avec le recul, ce n’était pas plus mal. Imaginez un peu : toute la France apprenant que Tanissa brigandait…
Ces souvenirs-là me laissent toujours un sourire.
Les équipages Corsaires étaient ma famille.

Je vous imagine très bien avec vos compagnons. Une bande de fous joyeux, sans masque, sans détour.
Une vie simple. Libre.
Et vous au milieu… à rire, à suivre, à vivre.
Je vous envierais presque. Mais il suffit que je regarde Mareth pour entendre une petite voix me dire : “n’y pense même pas.”
Quoi que peut-être un jour.
Elle me ressemble. Un peu trop, sans doute. Et la vie est si courte.

Retrouver votre frère… Je vous ai lu, et j’ai vu la scène. Je me suis surpris à imaginer la même chose avec ma sœur, Lali.
Mais elle n’est jamais revenue après des mois et des mois. J'étais parti guérir une mauvaise fièvre au Monastère, me disant qu'elle serait de retour lorsque j'en sortirai.
Ses lettres de sont entassées sans que je puisse les lire.
Et puis elle est revenue, pour repartir en donnant la vie… sans que ni elle, ni l’enfant ne survivent. J'étais dévasté en quittant les moines.

Je me souviens de ses mots lâchés un jour que je partais pour le Béarn, cette terre nouvelle :
“Un jour Flo, tu ne reviendras pas.”
C’est elle qui ne l’a pas fait.

Alors je comprends ce que vous avez ressenti.
Vraiment.

Pour Sab… vous avez raison de rester là, simplement. On ne répare pas les autres. On marche à côté d’eux.
Et parfois ça suffit.
Je sais que vous le faites bien.

Rouen ? Ce que j’aurais aimé voir ça. Vraiment. Moi, la Normandie… je m’en méfie encore.
J'y ai rencontré de belles personnes, mais aussi des malsaines. 

Ho ! faut que je vous dise pour le pigeon… Non non, je ne l’ai pas mangé.
Il est arrivé sur le dos. Je vous jure !

J’étais devant la bâtisse, un godet de rhum à la main, la journée de forge enfin derrière moi.
Et soudain : PFIIIT !
Je lève les yeux… et je le vois glisser sur la table, sur le dos, comme un marin après trois pintes.
Je crois qu’il m’a regardé.
Genre : “t’as vu l’entrée ?”
Il n'a pas renversé mon godet de rhum, il a donc eu la vie sauve.
Mais je ne l’ai pas applaudi. Et il bougeait encore, alors Mareth l’a récupéré.
Chaleur. Nourriture. Traitement de faveur.
Elle le gâte trop.

Pour votre description… Je vous soupçonne de m’avoir déjà croisé.
Vous n’êtes pas loin.

Ajoutez juste un côté un peu sauvage. Je ne suis pas à l’aise partout. Surtout au milieu des nobles. Une fois, alors que j’étais normand, dans la salle des Nobles qu'on appelle l'Echiquier, Normandie m’a repris comme on reprend un gosse, pour avoir dit ce que je pensais, pourtant avec respect.
En retour, mon regard a suffit pour lui signifier que ses propos méprisants et prétentieux me passaient au-dessus du tricorne.

Et oui… le tricorne.
Toujours.
J’en ai repêché plus d’un en mer, c’était mon jeu favori au risque de passer par dessus bord.
Blond, oui… un peu foncé. Et les yeux… couleur de mer. Peut-être un signe.

J’ai aimé votre histoire de pirate et de sirène.
Elle sonne vraie.

Vous me direz si vous avez réussi à détrousser quelqu’un cette fois ? Mais surtout, évitez les échelles.
Vous m’avez fait rire.

J’aime vous lire, Kachi.
Et je suis là aussi pour vous comme cet ami qui vous écoute au coin d’un feu. Votre façon de raconter… simple, libre.
Elle me rappelle une amie, normande, qui savait rendre les jours plus légers lorsque nous rions de tout et de rien dans sa taverne.
J’imagine vos aventures, et je souris.

J’entends Mareth qui râle après je ne sais quoi. Je vais jeter un œil.

Faites attention à vous.
A vous lire.

Maritimement,

Flo

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Adrielle
      Il lui a fallu du temps pour répondre.
      Non pas qu'elle ne le souhaite pas... Mais les jours n'ont pas été des meilleurs.
      Une dispute, un pardon qu'elle n'accorde pas justement..
      Etrange comme si la correspondance suivait son chemin de vie sans même le savoir.
      Alors, Adri a laissé passer le temps, le temps que s'adoucisse sa colère et surtout qu'elle pense en profondeur aux mots de Kachina..
      Mais ce jour, depuis cette ville du DR qu'elle affectionne, elle prend le temps de répondre, de façon un peu désordonnée et brouillon, un peu comme son état d'esprit en ce moment.
      Puis elle laisse le volatile se faire la mal avec sa réponse.
      Une pensée pour celle qui la lira et surtout une promesse qu'elle se fait à elle même.
      Enfin, elle se décide à aller faire un tour en forêt... Histoire de se changer les idées...






      De moi à vous ou de vous à moi, voire les deux !

      Chère Kachina,

      désolée pour ce retard de réponse.
      J'ai longuement pensé à votre missive.
      J'ai sourit, je crains actuellement ne point avoir de part d'ombre à vous livrer.
      J'ai fait un retour sur moi même et le pardon, je partage votre façon de voir.
      J'ai la rancune tenace, je ne pardonne pas si facilement que cela, ou plutôt ça dépend avec qui et quoi!

      La trahison est pour moi impardonnable et pourtant il fort possible que je puisse essuyer d'un revers de la main à certaines personnes.
      Dans la communication à l'autre, il y a deux choses fondamentales, le fond et la forme. Si le fond fait mal parfois mais que la forme est juste et respectueuse, alors je laisse couler. Par contre , si la forme est violente en mots et irrespectueuses, j'ai grand mal à passer l'éponge! Il me faut beaucoup de temps même avec les gens que j'aime, enfin surtout si c'est dit par écrit, comme un bout de velin lâcher négligement sur une table pour éviter d'avoir à dire en face ce qu'on a à dire et ça je ne supporte pas.
      Je préfère les choses dites face à face où l'on peut percevoir les réactions , émotions de son vis à vis!

      Quant aux jokers, vous en avez autant que vous le désirez, car un jour peut-être vous vous livrerez sans même en avoir le sentiment. Car nous sommes ainsi fait, besoin de recul parfois pour pouvoir ensuite avancer plus loin...
      Vous avez un fils.. Quelle chance.. j'aurai adoré être mère, ce sera mon plus grand regret je pense mais en même temps, c'est la vie qui choisit n'est ce pas?
      J'aimerai vous poser mille et une question sur ce fils, son age, son prénom, enfin vous voyez n'est ce pas?
      Mais je comprends qu'on puisse tout pardonner à ses enfants.

      Nous sommes en voyage, comme j'avais pu vous le dire à ma dernière missive. Je l'espérai joyeux, mais il y a eu une mauvaise entente et franchement il me tarde de rentrer. Et je sais d'ores et déjà que je ne voyagerai plus jamais avec certaines personnes! C'est la première fois que cela m'arrive, mais la rancune pour le coup sera des plus tenaces.
      Toutefois, j'ai eu plaisir à retourner passer quelques jours en Flandres.

      Je suis heureuse de lire que l'envie de vivre regagne peu à peu votre être. Même si le manque persiste, il laisse aussi de doux souvenirs. Il est bon de voyager avec des personnes qui savent vous faire sourire et rire.
      Je vous rassure, je tente au mieux de prendre soin de mon histoire, je connais la perte d'un être adulé et je mesure ma chance d'avoir à mes côtés Max. Chaque jour, chaque nuit, lorsue je le regarde , je sais à quel point le bonheur peut-être fragile, que rien n'est jamais acquis.. Pourtant des fois j'ai juste envie de lui mordre l'oreille!

      Êtes vous toujours aux côtés de votre frère?
      Comment va votre amie Sabdel  ?
      Il est difficile d'aider parfois, mais le simple fait de comprendre, d'épauler, de sourire ou un geste amical aide parfois sans même qu'on le sache. Il y a des plaies difficiles à cicatrisées qui se réouvrent au moindre revers sans qu'on puisse y prendre garde ou y échapper.
      Elles font aussi ce que nous sommes. Elles sont notre propriétés aussi douloureuses soient elles.

      Nos écrits, nos partages m'autorisent bien des aveux que je ne ferai pas au premier venu ou plutôt je ne suis pas genre à conter ma vie. Il est doux de savoir que quelque part une personne a de temps à autre une pensée pour nous. Comme il est agréable de savoir que malgré nos différences, nous ne sommes pas seules... J'écris presque quotidiennement à des amis , j'aime prendre de leur nouvelle et je les imagine occupé à vivre comme je le fais avec vous. Des petites parcelles de vous livrées simplement me permettent de vous imaginer à rire en taverne ou à panser blessures ou à prendre le temps dans votre auberge de refaire le monde entourée de vos amis.
      Je vous souhaite toujours entourée!

      Je dois malheureusement laisser mon écrit là ... j'ai à faire et je ne suis pas en avance, mais sachez que mes pensées vous accompagnent!
      Prenez soin de vous, et poursuivons cet échange qui m'est cher.
      Et j'espère que comme la jeune femme Lee, je pourrai vous croiser, je pense que ça donnera un sens autre à notre correspondance.

      Mais avant je vous partage une autre chanson qui me fait penser à vous lorsque je la fredonne. J'espère qu'elle vous parlera ...

          Beaucoup de mes amis sont venus des nuages
          Avec soleil et pluie comme simples bagages
          Ils ont fait la saison des amitiés sincères
          La plus belle saison des quatre de la terre

          Ils ont cette douceur des plus beaux paysages
          Et la fidélité des oiseaux de passage
          Dans leur cœur est gravée une infinie tendresse
          Mais parfois dans leurs yeux se glisse la tristesse

          Alors, ils viennent se chauffer chez moi
          Et toi aussi tu viendras

          Tu pourras repartir au fin fond des nuages
          Et de nouveau sourire à bien d'autres visages
          Donner autour de toi un peu de ta tendresse
          Lorsqu'un autre voudra te cacher sa tristesse

          Comme l'on ne sait pas ce que la vie nous donne
          Il se peut qu'à mon tour je ne sois plus personne
          S'il me reste un ami qui vraiment me comprenne
          J'oublierai à la fois mes larmes et mes peines

          Alors, peut-être je viendrai chez toi
          Chauffer mon cœur à ton bois


      A vous lire,
      j'ose

      Adri


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♥Atelier Au Bonheur des Belles ♥
♥Merci Camomille♥
"Allez vous faire cuire le cul." emprunté à Zulma ♥
Kachina
Quidam


Lorsqu'elle prend plume en ce début d'après midi pour répondre, elle affiche ce sourire qu'ont les petites filles qui ont gagné.. Du genre qu'on a ....quand, à la marelle, on atteint le ciel sans trébucher ou faire dévier le galet.

C'est qu'elle pense pouvoir affirmer sans se tromper savoir qui se cache derrière l'inconnu qui lui écrit.

Quelque chose de familier, des petits riens qui au final forment un tout.

Elle a pensé de face débusquer l'impudent, mais c'est plus amusant de poursuivre ce jeu.
Alors, elle joue...





A toi l'inconnu qui ne l'est déjà plus pour moi,

Je sais qui tu es... Les mots nous font, nous défont, mais souvent ils nous trahissent. Il suffit de quelques points au bout d'une phrase, d'une tournure, d'une expression, d'un accent mal placé qui revient, de sauts de lignes particuliers...

Je sais qui tu es. Mais puisque tu as commencé ce jeu je te laisse le choix de le poursuivre ou d'y mettre fin quand l'envie t'en prendra.

C'est un jeu où, au final, personne ne gagne vraiment tu sais. Ou plutôt tout le monde gagne. Tu provoques, je réponds...Et tous les deux, nous y prenons plaisir.

Je gage que ce pigeon te parviendra, alors que tu seras attablé dans une quelconque auberge d'une grande ville.
Tu seras d'humeur morose, tu auras peut-être peu dormi... et tu râleras pour un rien..
Tu taquineras une mignonne avec ta façon bien à toi ou tu provoqueras les confidences d'une âme tourmentée...
Et tu boiras parce que tu prises les plaisirs de la vie... Tous les plaisirs.

Et puis tu seras sourd aux bruits environnants quand ce pauvre pigeon viendra à nouveau déranger ta quiétude. Et tu liras.

Tu as raison sur un point... Je pensais que tu te cachais. Mais non. Tu avançais quelques pions comme on le fait sur un jeu d'échec. Ou tu feignais avoir un jeu d'enfer comme quelqu'un qui s'apprête à jouer tapis... Mais tu te dévoilais juste assez pour que je puisse suivre ta trace.

Quelle importance qui gagne ou qui perd non ? Tout le plaisir est dans le jeu avant tout.
Et de t'avoir débusqué si vite fera peut-être de moi une perdante si tu décides de ne plus répondre. Tu vois, tout est relatif non ?
Je n'ai jamais eu peur de perdre.

Tu avais raison à propos du masque aussi.
T'es juste offert à qui veut bien te voir tel que tu es.

Et tu ressens beaucoup. Oh ça oui. Homme d'instinct avant tout, sans fioritures autour, pas vraiment enclin à écrire moultes poèmes pour séduire une belle. T'es plus direct, tu ne louvoies pas, tu attaques. Et de masque tu n'as pas besoin au final. Et je pense que c'est ça qui attire les audacieuses, les frileuses, les hypocrites aussi.... T'aimes allumer des feux..... Peut-être parce que le froid ou la nuit te font peur ?
Pas besoin de répondre à cette question, je le découvrirai.

Découvrir l'autre, c'est aussi un des plaisirs de la vie non ?

Tu avais tort sur d'autres points....
J'avance, mais tu ne recules pas. Peut-être fais tu un pas de côté, comme pour une danse.
Je n'insiste pas. Je sais.
Tu penses choisir... Mais non... Peut-être que c'est moi qui choisis au final.

Qui joue vraiment ? Personne au final. Jouer est simplement dans notre nature. Comme un enfant joue dès ses premiers mois. Comme une renarde joue pour célébrer le printemps. Comme le vent joue dans les branches. La vie est un jeu . Et nous sommes ce jeu.

Alors jouons si tu le veux encore.
Mais je sais qui tu es.
Sais tu vraiment qui je suis, moi ?

Sais tu seulement pourquoi tu restes quand même ?
Et pourquoi ça te plait ?
Dis moi.

A te lire...
Quand tu voudras...

Kachi

_________________
Hrolfr..
Rolf avait repris la route cette nuit en direction de Lyon. Un point de passage obligé pour récupérer ceux qui avaient manqué le départ ses sœurs Ober et Lalie, son frère Sub, Fève et Amaury.

Le voyage avait été rapide. Ou peut-être qu’il n’y avait simplement pas prêté attention chevauchant sans arrêt depuis Montbrison.

Il avait pu voir ses deux soeurs de bon matin, Ober allait même préparer son ragoût ! Chanceux qu'il était.

Plus tard, en taverne, Oliv était passé. Il était désormais au courant des derniers potins.

Et puis il y avait eu cette rousse croisée presque par hasard. Jeune, mais loin d'être incendiaire. Le défi fut donc lancé à ses deux sœurs de lui trouver LA rousse celle qui enflamme le corps et les sens.

En bonnes sœurs elles avaient accepté. Qu'il est bon d'être le frère de telles femmes.

Et c'est en milieu d'après midi dans sa sieste bien mérité que le pigeon déplumé, fatigué, fidèle est tombé à ses pieds.

Putain… t’as survécu, toi ?

Il a détaché le pli, l'a lu et il a rit, d'un rire discret, puis plus intense.

Démasqué ! C'est donc avec le matériel d'écriture offert la veille par Kachou qu'il répondit.



À toi, Kachou qui n’a plus besoin de chercher,

Alors voilà, le masque est tombé.

Tu sais et je sais que tu sais. Et, entre nous , il n'y a plus vraiment d'endroit où se cacher, ni même surtout d'envie de le faire.

Je pourrais continuer. Entretenir le flou, déplacer encore quelques pions, faire semblant que le jeu tient toujours mais ce serait mentir un peu. Pas à toi, tu verrais clair dedans mais à ce que nous avons déjà posé.

Parce qu’au fond, Kachou ce jeu, on l’a déjà gagné. Ou perdu c'est selon la manière dont tu regardes les choses.

Il reste quoi, maintenant ?

Plus de mystère à défendre. Plus de piège à éviter. Plus vraiment de raison de tourner autour de ce qu’on sait déjà.

Cependant il reste cette putain de complicité. Et ce n'est pas rien. Elle ne doit rien aux faux semblants.

Elle est née de tout ça, oui, des détours, des piques, des silences, des oiseaux cabossés. Mais elle n’a plus besoin qu’on fasse semblant pour exister.

Alors continuer à jouer comme avant en t'écrivant ici ça deviendrait presque superflu.

Ne t’y trompe pas, je ne dis pas que tout s’arrête. NON ! Je dis simplement que ça change.

Que je n’ai plus envie de te répondre comme à une inconnue que tu n'es pas mais comme à quelqu’un que je connais déjà un peu. Suffisamment pour ne plus avoir besoin de réfléchir à chaque mot.

Ca sera toujours aussi piquant je ne sais faire autrement.

Tu parlais de gagner, de perdre, là pour le coup y'a pas de vainqueur nous nous en sommes bien sortis non ? Joueurs que nous sommes.

On aurait pu rester deux quidam qui s’observent à distance, chacun trop fier pour avancer d’un pas de trop. À la place, on s’est trouvés quelque part entre les deux. Tu vois on danse !

Et ce n’est pas si mal je trouve. Alors dis moi Kachou est que nous continuons à jouer ou notre complicité est posée ?

Quoiqu'il en soit nous continuerons à nous écrire et tu vois que je suis toujours là. Mais juste moi. Plus de Quidam

Rolf


C'est un pigeon fringuant qui va retourner à Montbrisson avec le pli soigneusement roulé.
Les pigeons volent et se croisent. Il y'en a déjà qui lui fait de l'oeil à sa fenêtre.
NON ! Si si c'est déjà elle ..
Le rire est à nouveau présent. La lecture savourée.
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Leely
S’amuser à couper du bois, chercher le point de l’entaille et y mettre toutes ses forces, un réveil en forêt, dormir dehors, cela m’arrive souvent, plutôt de plus en plus souvent, une nostalgie d’un temps passé ?

Un désir de retour à cette vie d’errance ? Je le crains ou je le souhaite ?

Je suis bien incapable aujourd’hui de le définir et tant mieux. Mais j’ai un léger souci, je ne souhaite plus rester chez moi des semaines entières, j’ai besoin d’autre chose, ou de plus rien ?

Quelques lettres échangées, des sourires à leurs lectures et puis le pigeon de kachi, qui vient me retrouver au petit matin.

Apprendre qu’ils ne sont qu’à Lyon. Pas facile de voyager à plusieurs, je ne le sais que trop. Les départs manqués des uns et des autres. La vie de groupe si différente que la vie en solitaire.

Un réveil douceur, rester encore un peu dans ma charrette de voyage, une charrette plate à déposer près d’un arbre et y tendre une toile en prenant appuis sur cet arbre, une tente sur roue pour ne pas avoir à inspecter le sol et y virer les insectes surtout les araignées, mes chiens font que mon sommeil aura été plus que réparateur et serein.








Kachi,

Pourquoi tu n’es pas étonnée, je ne sais pas, il y a même ma gravure sur le mur de Soare, j’en suis un peu fière, c’est sans doute la seule et unique récompense que j’aurai de ma vie, tu imagines ? Si jamais il manque une brique ?

Figurer sur le mur de l’arène, ça veut dire avoir gagné un tournoi, ouais, je ne te dis pas dans quel état j’étais, il m’a fallu deux mois pour m’en remettre.

Le crapaud, le prince, je crois que l’on est toujours à un moment donné la princesse de quelqu’un mais que la grenouille peut aussi reprendre le chemin des marais de temps à autre.

Le destin sait jouer oui et parfois il nous fait la vie si merveilleuse, profites de ce frère retrouvé, je mesure le bonheur que ça doit être.

En dire plus sur mon frère, il est forcément formidable aujourd’hui, était-il avec moi à la naissance ? Il aurait la vingtaine, était-il un fils que mon père aurait eu avant ? On m’a parlé d’un frère, mais je n’ai pas pu en apprendre plus.

Quand j’ai quitté l’Anjou, j’avais bien d’autres soucis que de glaner des informations sur mon passé hélas, je n’ai pas pris le temps à l’époque. Je ne l’avais pas.

Je l’imagine brun, comme mon père, grand et barbu, forcément barbu, la même couleur de peau que moi, un humour de merde, une certaine distance sur la vie, il doit forcément être entier et sensible, trop sensible à se cacher derrière de hautes tours, une énorme carapace que peu de gens sont capables de distinguer, bon, je vais arrêter de te parler de lui parce que plus je parle de lui plus je parle de moi.

Je crois que je le sentirai, je crois. J’espère un jour croiser sa route, j’aurai tellement à lui confier. Un beau rêve, mais il faut en garder quelques-uns pour avancer… Enfin, il parait.

Alors, pour avoir fait multitudes de conneries avec les défis, je t’aurai dit oui, j’étais femme à les relever, à une époque.

Aujourd’hui, j’ai juste envie de penser que si tes amis pensent que ça ne rime à rien, pourquoi ne pas les laisser penser ce qu’ils veulent ?

Pourquoi j’ai trouvé ton pigeon ce jour-là, pourquoi j’ai décidé d’y répondre ?
Un instant, un moment, un choix.

La vie n’est finalement faite que de ça, peut être qu’un jour à leurs tour un pigeon d’un inconnu ou d’une inconnue viendra se poser dans leurs jardins et qu’ils décideront de répondre ou non.

Laissons-les à leurs certitudes Kachi.

Dans peu de temps, je vais sans doute croiser leurs regards, entendre leurs rires, leurs voix.
Je suis heureuse d’avoir un jour répondu à cette lettre, je ne serai pas à Limoges aujourd’hui, je ne crois pas. La vie et ses mystères.

Je vais te dire que oui, normalement je serai encore à Limoges.
Donc à bientôt jolie brune.

Lee

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Kachina
Floriantis


"Il ne faut pas avoir peur des vagues qui agitent votre âme. C'est ça, la vie."
(Hwang Sok-Yong)

Tulle, un soir d'avril.
Une salle d'auberge quasi déserte qui lui laisse loisir de répondre enfin à Flo.

Tulle et le calme retrouvé pour un temps.
Elle voyage avec Rolf pour aller à la rencontre de l'Amie qui revient à eux.

Elle qui a décidé de vivre au présent , pour refermer la porte du passé.. ne veut rien savoir de quoi sera fait demain.
Elle n'est ce jour que sensations pures, abandons et heures sereines.
De quoi retrouver son entrain...

Son repas terminé, elle se penche sur un vélin.. Donne réponse au marin breton qui correspond avec elle depuis de longs mois à présent.





Flo,

Bien des choses ont changé dans ma vie depuis nos derniers échanges. Cette bande de fous dont je vous parlais précédemment s'est quelque peu dispersée à présent. J'ai assez souvent vécu dans un clan pour savoir qu'ainsi va la vie.
Et puis sans trop savoir comment, le désir s'est invité entre un ami et moi. Nous nous sommes doucement mais surement laissés entrainer vers autre chose.... Figurez vous que ce bougre d'homme a poussé le jeu jusqu'à se servir de mes pigeons espagnols pour simuler un correspondant anonyme.. Mais je l'ai démasqué. Les mots nous trahissent souvent.

Et moi qui ne savais plus faire, je redécouvre ce plaisir là de me sentir à nouveau vivante et pleine d'envie. Et c'est bon Flo, de tourner le dos aux nuits solitaires.

C'est étrange Flo, de confier tout ça à un homme que je n'ai jamais rencontré. Mais il y a quelque chose de familier entre nous à présent. C'est fou non ? On se connait sans se connaitre vraiment... Juste par la magie d'un pigeon volant de l'un à l'autre.

Pour résumer, je vis de belles heures au présent. Des heures tourmentées aussi. Il y a quelques remous avec ceux qui sont restés à mes côtés. Rien n'est jamais simple n'est ce pas ? Je me retrouve malgré moi au centre d'une histoire de coeur entre mon Frère retrouvé et son amie de longue date. C'est loin d'être facile de tout concilier parfois. Et j'ai pris un peu de recul ces jours derniers, m'échappant de Limoges pour aller chercher l'Amie provençale qui nous revient.. Cet homme qui pimente à nouveau ma vie m'accompagne...

Voilà, vous savez tout Flo. J'ai refermé le livre du passé, même si je garderai toujours au coeur le souvenir de cette histoire si belle. Mais je veux vivre et je n'ai jamais su vivre à moitié.

Vous m'évoquez un brigandage... Je me souviens d'une fois où avec quelques amis, nous nous étions tapis en forêt dans l'espoir de faire les poches à une petite bande de vilains qui venaient construire un bateau en terre provençale. Brigander des brigands, avouez que ça avait du chien... Nous avions un informateur qui nous avait indiqué un lieu de passage, une date... Et nous avions déjà en bouche le parfum de la victoire assurée.
Sauf qu'il y a eu mal donne.. On n'a jamais su pourquoi.. Et que je tentais cette rapine avec des gens honnêtes qui n'aimaient pas dépouiller autrui.
J'aimerais que vous puissiez imaginer leur tête au matin, quand non seulement nous avions raté les brigands, mais en prime nous avions dépouillé le juge de Provence en personne.....
Pour ma part je lui avais volé un filet de pêche tout neuf qui s'était quelque peu déchiré dans l'affrontement. Et au tribunal, j'ai dû m'engager à lui rendre le dit filet soigneusement reprisé. Je me suis réjouie ce jour d'avoir une échoppe de tisserande plutôt qu'un atelier de poterie. Et j'ai remis au juge un filet remis à neuf par mes soins.
Au final, tout le monde en a ri.

Pour ce qu'il en est du tournoi, je n'ai pas particulièrement brillé. Mais j'étais avec mon ami Ladz et nous nous en sommes tout de même sortis honorablement. Mon orgueil de fille en a quand même pris un coup quand je me suis fait délester de mes biens par deux amies, dont une avait traqué les One sur une caraque amie en même temps que moi. Là encore, nous en avons ri... Même si ma lèvre fendue et ma joue tuméfiée confirmaient que la lutte avait été rude.

Je suis désolée pour votre soeur. Et je ne peux que penser à mon frère m'avouant son appréhension à l'idée que j'aurais pu disparaitre pendant sa longue retraite. Je crois d'ailleurs que c'est la seule chose qui dérange à ce jour. Nous sommes si heureux de nous retrouver que ça a pu blesser autour de nous cette complicité presque fusionnelle qui existe entre nous.
J'imagine votre désarroi en la cherchant partout à votre retour et le vide qui s'en est suivi de ne pas la retrouver.

J'ai bien ri cependant à l'idée du pigeon jouant les acrobates en préservant malgré tout votre rhum. Cette bestiole est étonnante, avouez, à toujours savoir vous retrouver.

Pour ce qui est de la noblesse, j'ai parfois refusé un fief. Je n'ai nul besoin de terres à gogo quand les chemins sont si souvent mon royaume. Et je n'ai pas l'âme vassale. Elle s'est forgée durant mon enfance dans un camp de malandrins qui vivaient selon leurs propres valeurs. Si à ce jour mes greniers regorgent de richesses , j'ai souvent connu de bien belles heures avec un simple baluchon contenant une miche de pain, un peu de lard et une gourde d'alcool.
Je sais que la vraie richesse est ailleurs. Et puis pour vous faire rire un peu je vous citerai ici cette phrase de mon fils qui n'avait pas de suite saisi sa portée à savoir : " C'est pas facile de s'intégrer dans les culs serrés Mère".
Ne lisez pas ma lettre à voix haute à Mareth hum ? Ou alors gardez ça pour vous, de grâce.

Je suis dans une clairière ce jour, en Rouergue. Si le sort nous est favorable, je retrouverai vite mon amie Sab. J'ai hâte. Ces derniers jours, elle m'a vraiment manquée.

Voilà Flo, pour ce qu'il en est de ma vie aujourd'hui. Je vois avril comme un mois de renaissance, cet instant où le printemps chasse l'hiver à coups de jacinthes fleuries et de pommiers en fleurs. Et ça me fait un bien fou après tous ces mois chagrins.

Sans le savoir Flo, vous et d'autres aussi qui m'écrivez, m'avez aidée à tenir contre vents et marées . Pour ça et pour ces bribes de vie que vous voulez bien me conter... Merci.

A vous lire..

Kachi


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Kachina
Adrielle



Plus tard, elle rejoindra Sab qu'elle a laissée en tête à tête avec Sub. Elles dormiront ensembles et la nuit sera propice à ces confidences que se font les filles entre elles au plus noir de la nuit.
La soirée a été des plus rieuses. Il fallait voir Rolf masser les pieds de Sub avec un talent certain, pour un gage imposé, avant que le Crapaud n'excelle lui aussi à détendre les muscles de la nuque et du dos du Brun. Elle aime les savoir complices ces deux-là.

Mais alors qu'elle rassemble quelques effets dans un sac de toile...... quelques affaires de toilette....... une chemise de nuit en percale fine et dentelle et le châle qui réchauffera ses épaules au réveil....son regard se pose sur quelques missives en attente de réponse.

Sa main s'empare d'une chandelle de suif qu'elle pose sur sa table d'écriture.

Et alors que Limoges s'endort doucement, que ne lui parviennent du dehors que les bruits de quelques volets qu'on referme, ou les rires étouffés de quelques fêtards attardés, elle se penche sur son vélin.






Adrielle,

Moi aussi je tarde parfois à répondre. Mais vous comme moi avons l'assurance qu'aucune de nous ne se froissera de ce temps là. Et c'est bon, non ?
Ce n'est pas que je n'ai pas pensé à vous... loin de là. Mais c'est un peu comme si j'avais soudainement été entrainée dans un tourbillon d'émotions, de sensations et d'événements en tous genres.

Oublions les parts d'ombre je suis d'accord. Il y a en chaque être une dualité qui fait de nous ce que nous sommes, à savoir des humains imparfaits. Alors on s'en fout, vivons non ? Et puis je n'ai pas envie de sombre en ce moment. Même si je sais que la vie se rappelle souvent à nous de bien des façons.

Mon fils s'appelle Niklhaus. Il a 16 ans et je ne l'ai pas mis au monde. Alan et moi nous l'avions adopté mais faut-il vraiment porter un enfant pour l'aimer ?
Je n'ai pas vu ses premiers pas. Je n'ai pas eu ses premiers mots. Je ne l'ai pas bercé, je n'ai pas veillé quand il était fièvreux.
Mais je l'aime. Tellement....
Il grandit bien trop vite misère et je surprends parfois son regard se poser sur une jolie jeune fille qui nous accompagne... et je me souviens des premiers émois, de ce que ça déclenche en vous.
Il a perdu un père... Et enfermée dans mon chagrin je n'ai peut-être pas su l'aider comme il le fallait. Mais il a du cran et je suis fière de lui, comme c'est pas permis. Depuis que j'ai retrouvé mon Frère il se redécouvre un oncle. Et ça lui fait du bien je crois.

Depuis peu je suis de retour à Limoges. Et mon amie Sabdel nous a rejoints. Nous sommes allés la retrouver, Rolf et moi et une petite escapade nous a fait du bien. Je me suis trouvée sans le vouloir dans une sombre histoire et j'ai bien trop vécu de gris ces années précédentes pour m'engluer dans ce genre d'eaux troubles. Alors chevaucher à la rencontre de l'amie m'a fait un bien fou.

Adrielle, depuis peu il y a un homme à mes côtés Pour un jour, dix jours, six mois, allez savoir ? Quelle importance au final puisque rien ne dure vraiment. Je m'étonne moi même de ce que je ressens, de mes sens endormis qui se réveillent , de ce coeur brisé qui bat à nouveau au son d'un pas familier qu'on attend. J'ai pu enfermer le passé dans un écrin, même si ce passé là me restera cher à ja...mais....

Mes rires ne sonnent plus aussi faux Adrielle... et je retrouve ce plaisir là de s'endormir dans la chaleur d'un autre. Je retrouve le parfum du plaisir aussi. Et de bien d'autres choses qui font la vie belle.
Notre histoire a commencé par une amitié sans faille. Il était au bras d'une autre, je ne souhaitais pas oublier mon histoire passée. Et puis sans savoir comment, nous avons doucement dérivé vers d'autres jeux. Les pigeons se fatiguent à nos échanges de missives, mais lui comme moi je crois, en sommes friands.
Voyez pourquoi j'ai tant tardé ? Il faut du temps à une nouvelle histoire.
Je ne sais pas ce que je ressens vraiment . Moi qui depuis de longs mois ne ressentait plus grand chose hormis cette niaque de ne pas rendre les armes encore.... je me protège du mieux que je peux... Cet homme est dangereux et il le sait. Et je le sais.
Ce qu'il ressent pour moi ? Eh bien ça reste une énigme. Du désir assurément, et cette complicité qui jamais ne nous a fait défaut encore.

J'aimerais que ça dure un peu. Le temps de découvrir les mille et une facettes de cet homme là. Je ne vais pas vous dire qu'il est beau. Je peux déjà imaginer le sourire qui vous viendrait en bouche si je vous disais ça. On les trouve toujours beaux quand ils entrent dans nos vies non ?

Voilà encore une étrangeté de nos échanges Adrielle. Vous confier tant d'intime, à vous parfaite inconnue qui ne l'êtes plus vraiment à vrai dire.

J'ai beaucoup parlé de moi ce jour. Mais c'est un peu comme si la vie d'un coup me rendait un peu de tout ce qu'elle m'avait prise. Mon Frère, mon Amie.. Et Rolf...

Et vous ? Je n'arrive pas à vous imaginer boudeuse ou songeuse. Je vous vois toujours rieuse et lumineuse, entrainant vos amis dans un sillage de bêtises et de jeux.
Dites moi encore de vous. Que je vous devine à travers ces griffures de plumes...

A vous lire ?

Kachi


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