Floriantis

- Bretagne, juin 1474 -
La rose chute doucement, virevolte, tournoie comme si elle prolongeait son vol portée par une légère brise marine.
Ses pétales forment une robe. Elle ressemble à une danseuse tirant sa dernière révérence.
Elle tournoie encore avant de frôler lécume de la vague qui vient mourir quelques mètres plus bas.
Elle se pose, silencieuse, bercée par le chant de la mer.
Il lobserve. Ses azurs scrutent le moindre mouvement de la danseuse.
Cest vrai quelles sont belles les roses dOuessant. Tu ne trouves pas ? murmure-t-il, un sourire triste sur les lèvres.
Jaurais tellement aimé te connaître. Entendre ta voix au moins une fois.
Tes éclats de rire.
Au loin il devine les côtes dOuessant.
Il na plus remis les pieds dans sa bâtisse sur le port depuis longtemps. Lîle lui manque parfois.
Pas pour ce quelle est devenue.
Pour ce quelle a été.
Eusa nest que souvenirs.
Les iliens continuent de faire vivre lîle avec courage, affrontant les intempéries, les vents, ce temps pas toujours clément sur ce bout de terre où la vie est rude.
Eusa dort.
Il tourne les talons pour reprendre la sente qui mène à sa bâtisse. Le pigeon espagnol allait encore avoir du travail.
Brest le 11 juin 1474
Ola Kachi,
Oui il est beau ce mot javance. Il symbolise à lui seul une vie.
Tomber.
Se relever.
Avancer et prouver aux autres quon est toujours vivant, malgré les embûches.
Vous m'avez fait rire en évoquant Tani. Je crois que vous l'auriez aimée. Son humour, sa droiture, sa passion presque déraisonnable pour les navires.
Excepté quelle avait peur lorsque nous naviguions en nave.
Pas assez de canons disait-elle et je me moquais gentiment. Aujourd'hui encore ça me fait sourire.
J'aime les falaises de la Bretagne, les vagues qui viennent mourir sur la côte, les forêts, les légendes même. Les marins sont superstitieux. Je ne le croyais pas, mais je le suis pourtant.
Mais je nai pas trouvé ma place en Bretagne.
En vérité, je crois que je me suis toujours senti davantage chez moi sur le pont d'un navire.
C'est étrange à dire. Pourtant c'est là que j'ai souvent eu le sentiment d'être exactement à ma place.
Jai ri encore à votre 2eme mariage et jai imaginé la scène qui devait être assez cocasse en taverne.
Mon mariage a été un mélange de votre 1er et 3eme.
Je me suis marié de façon druidique, avec juste avant le mariage mon baptême druidique également. Jaime cette façon de baptiser, et dunir. Ces rubans, ces liens qui nous unissent à la Mère. Cest la magie.
Jai reçu mon nom celtique, Kregan, qui veut dire coquillage. La Druidesse Olivia me connaît bien.
Et ce mariage précédé de mon baptême a été célébré sur une caraque de guerre que je venais dacquérir et qui aujourdhui porte ce nom celtique.
Vous voyez. Je suis très attaché à la mer mais aussi à notre Mère nature.
Sans elle comment pourrions nous respirer.
Cest vrai que la magie est partout lorsquon sait regarder.
Moi ce sont les papillons. Ils me font penser à ma mère. Je ne sais pas pourquoi. Enfin si. Elle me manque et pourtant je ne lai pas connue. Mais je sais quelle était belle et emplie damour et dhonneur.
Alors lorsque je vois un papillon, je reste là.
Immobile. Un peu comme un idiot.
Tout le reste disparaît. Le Corsaire aussi. Il ne reste quun fils regardant battre deux ailes si fragiles.
Je crois que cest le côté humain que jai gardé.
Vous savez Kachi, en vous écrivant je repars dans ces choses qui sont derrière moi ou enfouies tout au fond de moi, nichées dans des recoins, presque oubliés. Et souvent ça mapaise.
Je me sens alors prêt à affronter la prochaine tempête qui malmènera ma coque.
Rien que pour ça, je vous dis merci.
Je vais vous laisser rejoindre vos amis, vos flèches, vos concours et cette cascade qui semble veiller sur vous.
Quant à moi, je vais retourner à ma forge, à mes navires et à mes mauvaises chansons.
Notre pigeon espagnol trouvera bien le chemin.
Il finit toujours par le trouver.
Je suis heureux.
Je ne laisse plus personne décider de mon bonheur et javance.
Prenez soin de vous Kachi.
A vous lire.
Maritimement
Flo
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La rose chute doucement, virevolte, tournoie comme si elle prolongeait son vol portée par une légère brise marine.
Ses pétales forment une robe. Elle ressemble à une danseuse tirant sa dernière révérence.
Elle tournoie encore avant de frôler lécume de la vague qui vient mourir quelques mètres plus bas.
Elle se pose, silencieuse, bercée par le chant de la mer.
Il lobserve. Ses azurs scrutent le moindre mouvement de la danseuse.
Cest vrai quelles sont belles les roses dOuessant. Tu ne trouves pas ? murmure-t-il, un sourire triste sur les lèvres.
Jaurais tellement aimé te connaître. Entendre ta voix au moins une fois.
Tes éclats de rire.
Au loin il devine les côtes dOuessant.
Il na plus remis les pieds dans sa bâtisse sur le port depuis longtemps. Lîle lui manque parfois.
Pas pour ce quelle est devenue.
Pour ce quelle a été.
Eusa nest que souvenirs.
Les iliens continuent de faire vivre lîle avec courage, affrontant les intempéries, les vents, ce temps pas toujours clément sur ce bout de terre où la vie est rude.
Eusa dort.
Il tourne les talons pour reprendre la sente qui mène à sa bâtisse. Le pigeon espagnol allait encore avoir du travail.
Brest le 11 juin 1474
Ola Kachi,
Oui il est beau ce mot javance. Il symbolise à lui seul une vie.
Tomber.
Se relever.
Avancer et prouver aux autres quon est toujours vivant, malgré les embûches.
Vous m'avez fait rire en évoquant Tani. Je crois que vous l'auriez aimée. Son humour, sa droiture, sa passion presque déraisonnable pour les navires.
Excepté quelle avait peur lorsque nous naviguions en nave.
Pas assez de canons disait-elle et je me moquais gentiment. Aujourd'hui encore ça me fait sourire.
J'aime les falaises de la Bretagne, les vagues qui viennent mourir sur la côte, les forêts, les légendes même. Les marins sont superstitieux. Je ne le croyais pas, mais je le suis pourtant.
Mais je nai pas trouvé ma place en Bretagne.
En vérité, je crois que je me suis toujours senti davantage chez moi sur le pont d'un navire.
C'est étrange à dire. Pourtant c'est là que j'ai souvent eu le sentiment d'être exactement à ma place.
Jai ri encore à votre 2eme mariage et jai imaginé la scène qui devait être assez cocasse en taverne.
Mon mariage a été un mélange de votre 1er et 3eme.
Je me suis marié de façon druidique, avec juste avant le mariage mon baptême druidique également. Jaime cette façon de baptiser, et dunir. Ces rubans, ces liens qui nous unissent à la Mère. Cest la magie.
Jai reçu mon nom celtique, Kregan, qui veut dire coquillage. La Druidesse Olivia me connaît bien.
Et ce mariage précédé de mon baptême a été célébré sur une caraque de guerre que je venais dacquérir et qui aujourdhui porte ce nom celtique.
Vous voyez. Je suis très attaché à la mer mais aussi à notre Mère nature.
Sans elle comment pourrions nous respirer.
Cest vrai que la magie est partout lorsquon sait regarder.
Moi ce sont les papillons. Ils me font penser à ma mère. Je ne sais pas pourquoi. Enfin si. Elle me manque et pourtant je ne lai pas connue. Mais je sais quelle était belle et emplie damour et dhonneur.
Alors lorsque je vois un papillon, je reste là.
Immobile. Un peu comme un idiot.
Tout le reste disparaît. Le Corsaire aussi. Il ne reste quun fils regardant battre deux ailes si fragiles.
Je crois que cest le côté humain que jai gardé.
Vous savez Kachi, en vous écrivant je repars dans ces choses qui sont derrière moi ou enfouies tout au fond de moi, nichées dans des recoins, presque oubliés. Et souvent ça mapaise.
Je me sens alors prêt à affronter la prochaine tempête qui malmènera ma coque.
Rien que pour ça, je vous dis merci.
Je vais vous laisser rejoindre vos amis, vos flèches, vos concours et cette cascade qui semble veiller sur vous.
Quant à moi, je vais retourner à ma forge, à mes navires et à mes mauvaises chansons.
Notre pigeon espagnol trouvera bien le chemin.
Il finit toujours par le trouver.
Je suis heureux.
Je ne laisse plus personne décider de mon bonheur et javance.
Prenez soin de vous Kachi.
A vous lire.
Maritimement
Flo
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