Minah

Les jours avaient passé, mais la rancune de Minah envers Arioce était restée tenace. Le souvenir de la confiscation de son arbalète, le choc qui lui avait fait perdre conscience, puis celui qui lavait réduite à létat de bête continuait de la faire bouillir. Au fil des ans, elle sétait endurcie jusquà ce que la violence soit davantage quune option pour son esprit malade, mais la seule solution. Se retrouver en tel état de vulnérabilité, ses fêlures mises à nu, totalement impuissante, lavait trop ébranlée pour quelle puisse pardonner. Ajoutez à cela des émois mal assumés envers lhomme qui partageait sa vie et des pulsions cannibales en roue libre, et vous aviez une Bestiole aux nerfs à fleur de peau.
Na-quune-patte ruminait son ressentiment et sa frustration quand elle apprit que le maître darme revenait blessé dune chasse à lours. Quand elle les pressa de questions à ce sujet, ses amis se montrèrent évasifs et rassurants quant à létat de santé du chasseur. « Plus de peur que de mal », « à peine égratigné », lui assura-t-on. Menteurs. Sales menteurs. Encore une fois lui semblait-il, ceux quelle considérait comme des proches choisissaient de protéger son agresseur. Parce que croisant lhomme au hasard dun feu de camp, elle ne put que constater quil était en réalité bien diminué. Sa manière de se mouvoir, de porter son poids sur sa jambe intacte, cette légère crispation de qui supporte la douleur. Minah avait assez souvent vécu la guerre et ses conséquences pour reconnaître les signes dune blessure plus grave quon ne le lui avait laissé entendre.
Par deux fois, Minah avait confronté Arioce frontalement et par deux fois elle avait échoué. Il était temps de profiter de la faiblesse de celui quelle considérait comme un danger pour sen débarrasser. Définitivement. Elle ne laisserait pas de place à lerreur cette fois-ci, ni à lhonneur. Lerreur finirait par la tuer et lhonneur nétait quun vain mirage agité par ceux pour qui gagner était un trophée et non une nécessité.
La Manchorgne profita de terreurs nocturnes qui la réveillèrent juste avant laube pour mettre son plan à exécution sans témoins qui sinterposeraient. Surtout pas Juste qui risquerait dêtre blessé. Essuyant les larmes dues à ses cauchemars, Minah sextirpa avec une pointe de regret de la chaleur du lit conjugal, faisant de son mieux pour ne pas réveiller son époux au passage. Elle cala William sous le bras de celui-ci en espérant quil ne se rende pas compte de la supercherie avant de se réveiller à son tour, de préférence le plus tard possible. Elle shabilla à tâtons dans lobscurité, enfilant des vêtements pratiques, braies, tunique lourdes bottes, tabard de cuir et sa cape noire. Georges le gourdin phallique et une dague glissés à la ceinture, une seconde lame cachée dans sa botte. Sa prothèse de bras, les articulations de ses doigts en bois serrés en un poing. Pas de Philémon, qui risquerait de la faire repérer trop vite.
La Hiboutée avait assez voyagé avec le patriarche Horn désormais pour découvrir quil se levait aux aurores, généralement pour sentraîner. Une habitude martiale quelle-même connaissait bien. Elle espéra que même blessé, il ait gardé cette coutume. Elle rôda aux alentours de sa tente, se cachant derrière celles de ses camarades. Elle neut pas longtemps à attendre.
Ah ! Jackpot !
Lours matinal avait quitté sa tanière et clopinait vers les bois qui entouraient le camp de guerre. Sa traqueuse se coula à sa suite, petite silhouette sombre dans laube grise. La discrétion nétait pas son fort mais elle avait assez évolué parmi les ombres pour apprendre un truc ou deux. Elle sefforçait de conserver une certaine distance entre elle et le maître darme, davoir le pas léger et de caler sa foulée dans les grandes empreintes dArioce, tentant de prendre avantage du terrain pour se dissimuler derrière chaque arbre, chaque butte quelle le pouvait.
Le chasseur devenait proie.
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Na-quune-patte ruminait son ressentiment et sa frustration quand elle apprit que le maître darme revenait blessé dune chasse à lours. Quand elle les pressa de questions à ce sujet, ses amis se montrèrent évasifs et rassurants quant à létat de santé du chasseur. « Plus de peur que de mal », « à peine égratigné », lui assura-t-on. Menteurs. Sales menteurs. Encore une fois lui semblait-il, ceux quelle considérait comme des proches choisissaient de protéger son agresseur. Parce que croisant lhomme au hasard dun feu de camp, elle ne put que constater quil était en réalité bien diminué. Sa manière de se mouvoir, de porter son poids sur sa jambe intacte, cette légère crispation de qui supporte la douleur. Minah avait assez souvent vécu la guerre et ses conséquences pour reconnaître les signes dune blessure plus grave quon ne le lui avait laissé entendre.
Par deux fois, Minah avait confronté Arioce frontalement et par deux fois elle avait échoué. Il était temps de profiter de la faiblesse de celui quelle considérait comme un danger pour sen débarrasser. Définitivement. Elle ne laisserait pas de place à lerreur cette fois-ci, ni à lhonneur. Lerreur finirait par la tuer et lhonneur nétait quun vain mirage agité par ceux pour qui gagner était un trophée et non une nécessité.
La Manchorgne profita de terreurs nocturnes qui la réveillèrent juste avant laube pour mettre son plan à exécution sans témoins qui sinterposeraient. Surtout pas Juste qui risquerait dêtre blessé. Essuyant les larmes dues à ses cauchemars, Minah sextirpa avec une pointe de regret de la chaleur du lit conjugal, faisant de son mieux pour ne pas réveiller son époux au passage. Elle cala William sous le bras de celui-ci en espérant quil ne se rende pas compte de la supercherie avant de se réveiller à son tour, de préférence le plus tard possible. Elle shabilla à tâtons dans lobscurité, enfilant des vêtements pratiques, braies, tunique lourdes bottes, tabard de cuir et sa cape noire. Georges le gourdin phallique et une dague glissés à la ceinture, une seconde lame cachée dans sa botte. Sa prothèse de bras, les articulations de ses doigts en bois serrés en un poing. Pas de Philémon, qui risquerait de la faire repérer trop vite.
La Hiboutée avait assez voyagé avec le patriarche Horn désormais pour découvrir quil se levait aux aurores, généralement pour sentraîner. Une habitude martiale quelle-même connaissait bien. Elle espéra que même blessé, il ait gardé cette coutume. Elle rôda aux alentours de sa tente, se cachant derrière celles de ses camarades. Elle neut pas longtemps à attendre.
Ah ! Jackpot !
Lours matinal avait quitté sa tanière et clopinait vers les bois qui entouraient le camp de guerre. Sa traqueuse se coula à sa suite, petite silhouette sombre dans laube grise. La discrétion nétait pas son fort mais elle avait assez évolué parmi les ombres pour apprendre un truc ou deux. Elle sefforçait de conserver une certaine distance entre elle et le maître darme, davoir le pas léger et de caler sa foulée dans les grandes empreintes dArioce, tentant de prendre avantage du terrain pour se dissimuler derrière chaque arbre, chaque butte quelle le pouvait.
Le chasseur devenait proie.
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