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Info:
Lors d'une campagne militaire ibérique en 1474, le maître d'arme Arioce confisque à Minah, une autre soldate, une arbalète avec laquelle elle s'amusait à terroriser ses pairs. La situation s'envenime, jusqu'à ce que la manchote cannibale décide de profiter que l'homme revienne blessé d'une chasse à l'ours pour tenter de l'assassiner.

[RP] L'ours et la vermine

Minah
Les jours avaient passé, mais la rancune de Minah envers Arioce était restée tenace. Le souvenir de la confiscation de son arbalète, le choc qui lui avait fait perdre conscience, puis celui qui l’avait réduite à l’état de bête continuait de la faire bouillir. Au fil des ans, elle s’était endurcie jusqu’à ce que la violence soit davantage qu’une option pour son esprit malade, mais la seule solution. Se retrouver en tel état de vulnérabilité, ses fêlures mises à nu, totalement impuissante, l’avait trop ébranlée pour qu’elle puisse pardonner. Ajoutez à cela des émois mal assumés envers l’homme qui partageait sa vie et des pulsions cannibales en roue libre, et vous aviez une Bestiole aux nerfs à fleur de peau.

N’a-qu’une-patte ruminait son ressentiment et sa frustration quand elle apprit que le maître d’arme revenait blessé d’une chasse à l’ours. Quand elle les pressa de questions à ce sujet, ses amis se montrèrent évasifs et rassurants quant à l’état de santé du chasseur. «
Plus de peur que de mal », « à peine égratigné », lui assura-t-on. Menteurs. Sales menteurs. Encore une fois lui semblait-il, ceux qu’elle considérait comme des proches choisissaient de protéger son agresseur. Parce que croisant l’homme au hasard d’un feu de camp, elle ne put que constater qu’il était en réalité bien diminué. Sa manière de se mouvoir, de porter son poids sur sa jambe intacte, cette légère crispation de qui supporte la douleur. Minah avait assez souvent vécu la guerre et ses conséquences pour reconnaître les signes d’une blessure plus grave qu’on ne le lui avait laissé entendre.

Par deux fois, Minah avait confronté Arioce frontalement et par deux fois elle avait échoué. Il était temps de profiter de la faiblesse de celui qu’elle considérait comme un danger pour s’en débarrasser. Définitivement. Elle ne laisserait pas de place à l’erreur cette fois-ci, ni à l’honneur. L’erreur finirait par la tuer et l’honneur n’était qu’un vain mirage agité par ceux pour qui gagner était un trophée et non une nécessité.

La Manchorgne profita de terreurs nocturnes qui la réveillèrent juste avant l’aube pour mettre son plan à exécution sans témoins qui s’interposeraient. Surtout pas Juste qui risquerait d’être blessé. Essuyant les larmes dues à ses cauchemars, Minah s’extirpa avec une pointe de regret de la chaleur du lit conjugal, faisant de son mieux pour ne pas réveiller son époux au passage. Elle cala William sous le bras de celui-ci en espérant qu’il ne se rende pas compte de la supercherie avant de se réveiller à son tour, de préférence le plus tard possible. Elle s’habilla à tâtons dans l’obscurité, enfilant des vêtements pratiques, braies, tunique lourdes bottes, tabard de cuir et sa cape noire. Georges le gourdin phallique et une dague glissés à la ceinture, une seconde lame cachée dans sa botte. Sa prothèse de bras, les articulations de ses doigts en bois serrés en un poing. Pas de Philémon, qui risquerait de la faire repérer trop vite.

La Hiboutée avait assez voyagé avec le patriarche Horn désormais pour découvrir qu’il se levait aux aurores, généralement pour s’entraîner. Une habitude martiale qu’elle-même connaissait bien. Elle espéra que même blessé, il ait gardé cette coutume. Elle rôda aux alentours de sa tente, se cachant derrière celles de ses camarades. Elle n’eut pas longtemps à attendre.

Ah ! Jackpot !

L’ours matinal avait quitté sa tanière et clopinait vers les bois qui entouraient le camp de guerre. Sa traqueuse se coula à sa suite, petite silhouette sombre dans l’aube grise. La discrétion n’était pas son fort mais elle avait assez évolué parmi les ombres pour apprendre un truc ou deux. Elle s’efforçait de conserver une certaine distance entre elle et le maître d’arme, d’avoir le pas léger et de caler sa foulée dans les grandes empreintes d’Arioce, tentant de prendre avantage du terrain pour se dissimuler derrière chaque arbre, chaque butte qu’elle le pouvait.

Le chasseur devenait proie.

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Modo au Challenge RP !
Arioce
Nouveau matin en ces terres arides.
Je m’extirpais de ma couchette – un tapis de plusieurs peaux – et entrepris d’enfiler mes bottes. Depuis plusieurs jours maintenant, ces gestes simples étaient un vrai combat. Ma chair était encore très sensible, sans oublier mes côtes et tout le reste. Je soufflais, me redressant, ne me retenant pas de mugir de douleur dans ma barbe. Je me passais les mains sur le visage puis allais vers ma vasque pour une rapide toilette. Je finis par m’éclaircir la voix d'une bonne rasade d’eau.
J’attrapais ma cape chaude, ma gourde, un paquet de viande séchée et de petits fruits à coque secs et, après un dernier regard circulaire dans ma spacieuse tente, je la quittais, rabattant la toile pour garder une ouverture d’aération.
Le froid était bien moins mordant dans ces contrées du Sud – surtout en comparaison avec les Pyrénées – mais le soleil levant, encore timide, n’avait pas fait son œuvre et il était donc plutôt conseillé de sortir un poil couvert. Oh, je n’étais que peu sensible au froid, mais je me devais de faire attention au vu de mon état affaibli. Il n’était pas l’heure de donner plus de travail à mon corps avec une maladie ou deux…

Je ne pouvais certes plus m’entraîner, mais j’aimais à garder mes habitudes. Puis… à vrai dire, je continuais à enseigner à Alienore et Valentina – lorsqu’elle le voulait bien – restant, moi, assis ou debout, à donner les instructions et à encourager à ma manière.
M’enfin, j’avais une ou deux heures devant moi avant de me soucier de cela, et je comptais bien en profiter pour marcher un peu, me trouver un bel endroit et manger.
D’un pas clopinant, je m’éloignais donc tranquillement du campement. Il allait bientôt commencer à s’agiter et je voulais m’éviter le bruit qui en découlerait.
Oh, je n’irais pas bien loin ; au vu de mon état, ça n’était pas très raisonnable. Mais assez pour être paisible. Je marchais donc à la recherche du lieu parfait pour mes méditations matinales. Je traversais un bosquet d’arbustes secs et entrepris de grimper une hauteur afin d’avoir vue sur le fleuve et les alentours. Je redescendais quelque peu sur le versant, histoire de profiter de la pente pour, plus tard, m’allonger. Quelques rochers massifs, un peu de végétation, de la bonne herbe. Trouvant l’endroit à mon goût, j’y déposais ma besace.
Le paysage était plutôt beau et calme. Les rayons de lumière venaient doucement le caresser, y ajoutant un éclat particulier. Parfait.
Je déboutonnais le devant de mes braies et, là, face à la majesté du moment, je me vidais du liquide en trop qui me pesait depuis mon réveil.

    - Aaaah…

Y a-t-il meilleure sensation ?
Chose faite, je remballai tout le bazar, pris place sur un rocher plat, sortis mon premier repas et enfournai viande et noix dans ma gueule, les yeux fixés sur l'horizon et l'esprit ailleurs.
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Minah
Minah était tendue comme la corde d’une arbalète au mécanisme trop chatouilleux. Il lui fallait attaquer au bon moment, sans se précipiter ni manquer le moment parfait. Toute Sainte qu’elle se considérait, elle savait qu’elle n’aurait pas droit à une énième chance. Elle y avait déjà assez perdu les fois précédentes. Si la mort lui apporterait enfin la paix dont elle rêvait et la rapprocherait des disparus qui la hantaient, elle couperait court à un « peut-être » que Juste et elle s’étaient promis. Alors la traqueuse retenait sa respiration, priant pour ne pas tout faire foirer.

N’a-qu’une-patte grimaça en avisant le maître d’arme se soulager.
Eurk. Une vision dont elle se serait bien passée ! Heureusement qu’elle ne s’était pas planquée face à lui ou elle aurait eu du mal à effacer l’image de son esprit. L’occasion aurait été idéale pour le surprendre cela dit, mais Bestiole n’était pas assez près pour frapper. Elle en profita cependant pour se rapprocher.

Un pas.
Deux pas.

C’était le bon moment. Occupé à son petit déjeuner, l’ours semblait distrait.

Trois pas.
Quatre pas…

Minah était presque à une longueur de bras d’Arioce. Elle empoigna la lame à sa ceinture. Un coup de dague dans les reins et…


Crac.

Trop focalisée sur sa cible, elle en avait oublié de regarder où elle mettait le pied et une brindille avait cédé sous son poids.

Merde.

Elle se ramassa sur elle-même, prête à bondir.
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Modo au Challenge RP !
Arioce
Perdu dans ma méditation de l’instant, entre prières et réflexions passagères, un craquement percuta mes oreilles.
Ma tête se tourna et mes yeux sur fixèrent sur celle qui me faisait face.

    - Qu’… ?

Un éclair me frappa de plein fouet à la vue des doigts refermés sur le manche d’une lame. Et alors que mon esprit et mon visage – yeux écarquillés – se demandaient encore ce qu’il se passait, ce que pouvait bien faire Minah là si proche de moi et en silence, avec son couteau. Mon corps, lui, me propulsa en arrière mes mains venant se mettre devant moi dans un geste de protection alors que mes jambes tentaient de prendre appui sur le sol rocher.
Et si sur l’instant, mes pieds tinrent bon, le choc et le poids de la jeune femme firent flancher mon mollet blessé. Je me sentis alors basculer sur le côté dans une grimace de douleur. Lourde chute à venir, mon bras droit essaya de l’amortir comme il pouvait, alors que le gauche se mettait entre mon assaillante et moi.
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Minah
Pourquoi les choses ne se passaient jamais comme il le fallait ? C'est vrai, bordel, est-ce que ça tuerait quelqu'un que ses plans de meurtres se déroulent correctement pour une fois ? Quel Saint fallait-il sucer pour pouvoir assassiner tranquillement son prochain ? Maintenant qu'elle avait été repérée, il n'y avait plus qu'à assumer. Se laisser aller au ressentiment qui la rongeait depuis des jours.
Minah hurla, la trogne déformée par la haine tandis qu'elle tentait de profiter de son élan et de son poids pour faire complètement chuter Arioce. Elle s'efforça de ne pas se laisser surprendre tandis qu'elle basculait avec lui, assurant sa prise en enroulant ses jambes de part et d'autre de la massive silhouette. Sa lame tout juste sortie du fourreau, elle l'abattait déjà en direction du bras que son adversaire levait pour se protéger.


Vol en éclats du reste de mon repas, pupilles braquées sur la haine de Minah, la douleur me quitta pour laisser à la survie toute la place.
Mon souffle fut coupé alors que mon dos percuta le sol vert d'herbe, une giclée de sang prouvant que mon bras m'avait très certainement sauvé la vie. Mes oreilles bourdonnèrent et ma vue se rétrécit. J'entendais mon cœur battre, résonnant dans mon crâne. Et le feu de l'instinct rugir en mon Être.
De mon bras blessé, je tentai d'empoigner celui armé de la jeune sauvage, tandis que mon autre main s'élançait pour saisir son cou. Mes gestes, bien que plus que déterminés, manquaient cruellement de force, encore sous le choc de la chute.

Minah cessa de réfléchir dès l’instant où elle sentit sa lame s’enfoncer dans la chair et revenir souillée de sang. Elle n’était plus que pulsions à assouvir et la Faim battait à ses tempes. Mais déjà, la grande pogne de l’ours ralentissait le second coup qu’elle tentait de porter et tandis qu’elle essayait de s’en dégager, elle ne parvint pas à empêcher les doigts de se refermer sur sa gorge.

Des souvenirs bien trop vivaces se superposèrent à l’instant présent, comme lorsque Arioce l’avait clouée au sol pour la rouer de coups en taverne. Le bras de Satine qui lui écrasait la trachée alors qu’elles étaient toutes deux entraînées dans les eaux sombres et glaciales de la Moselle. La main gantée de noir de Rael qui lui susurrait des insanités à l’oreille le jour où leur entraînement avait mal tourné et qu’elle lui avait arraché la joue.

La sidération dans laquelle le geste la plongea ne dura que quelques secondes, mais c’était un temps précieux. Un temps qu’elle ne pouvait pas se permettre si elle voulait survivre. Flanquant un grand coup de son poing en bois dans le poignet qui la retenait prisonnière, elle poussa sur ses pieds pour se propulser en arrière afin de s’arracher à l’étau, se retrouvant debout au-dessus de son adversaire.


Durant un court instant, je crus qu'elle avait compris son erreur et qu'elle avait cessé de vouloir me… me tuer ? Temps que je mis à profit pour reprendre un peu mes esprits et me redresser, cherchant une position plus favorable. Le tiraillement dans mes côtes me fit comprendre que la chute avait potentiellement anéanti tous les efforts de repos que j'avais endurés… Bordel !
Et alors qu'un gargouillis de tourment s'échappait entre mes dents serrées, la bête se réanima et, d'un coup de poing – en bois ? –, s'extirpa de ma prise.
Sans attendre, j'en profitai pour ramper sur les coudes, mettre un peu de distance entre nous, et cherchai à me relever ; mon bras valide me servant de béquille, l'autre revenant me protéger d'un potentiel nouvel assaut.
    - Qu’est-ce qui te prend, bordel ?!

J'avais été persuadé que notre différend s'était clos avec le retour de sa précieuse – et mortelle – arbalète. Que les choses avaient été éclaircies ! Je m'étais gravement trompé…
À grands renforts de grognements et tentant d'oublier la douleur, je parvins à me hisser – incertain – sur mes deux bottes. Voûté, tout mon poids sur ma jambe droite, le corps souffrant, je devais avoir perdu toute ma superbe.

Alors qu’Arioce se relevait, Minah haletait, déglutissant pour tenter de faire passer la sensation de la poigne qui l'avait étranglée. L’adrénaline avait anesthésié la douleur pour l’heure, mais le choc et les souvenirs qui s’entremêlaient lui faisaient bourdonner les tempes. Elle commença à décrire un lent arc de cercle autour de lui, à distance raisonnable. L’ours était toujours plus fort qu’elle et avait davantage d’allonge, mais les instincts charognards minahesques le devinaient mal en point, ralenti et fragile sur ses appuis. Feintant de temps en temps pour tester ses réflexes, elle croassa un rire sans joie.

T’croyais vraiment… j’allais t’pardonner…! T’as pô idée… de c’que t’m’as fait… Ta faute, c’ta faute…!

Ou comment balancer des années de souffrances et de traumas sur les épaules d’un seul homme, qui avait eu pour tort d’être le dernier à les avoir ravivés.
Soudain elle s’élança, portant un violent coup de pied en direction de la jambe gauche d’Arioce.


Je ne la lâchais pas des yeux, suivant le moindre de ses mouvements.
J'étais assailli. Assailli par les deux facettes de ma conscience. J'étais diminué, mais si je venais à sortir ma dague, il était certain que ça finirait dans un bain de sang où j'avais – peut-être – des chances de ne pas mourir sur le coup. Cependant, il y avait aussi ma parole, celle que j'avais donnée. Elle tambourinait sans cesse, tandis que je tentais de garder mes distances avec Minah. « Je ne lèverai plus jamais la main sur toi, Minah. Tu as ma parole. » C'était une parole d'honneur, pas de simples mots en l'air. Bordel…
Je grimaçai en me redressant du mieux que je pouvais, pour regagner en posture et me montrer plus dangereux que je n'en avais l'air à cet instant.
Bordel ! Cette histoire était allée loin, beaucoup trop loin. Je n'avais fait qu'assurer la sécurité de tous… Bordel de merde ! Pourquoi ne comprenait-elle pas cela ? Pourquoi m'en voulait-elle à ce point ?!
J'étais atterré. Ne sachant quoi faire. Et à quoi bon – elle repartait déjà à l'assaut.

Je reculai vivement pour éviter son coup de pied, gardant l'ensemble de mon poids sur la jambe droite. En somme, c'était presque comme si j'étais à cloche-pied…
Il fallait que je me tire de là. Et courir n'était absolument pas une solution, vu mon état.
    - Minah… reprends-toi. Je ne veux pas me battre contre toi.

J'essayais. Tenter de l'apaiser, de la faire hésiter et peut-être même changer d'avis.
    - Range ton couteau…

Je portai mes deux mains en avant, prêt à la saisir et la projeter au sol à sa prochaine tentative. Du moins, si j'y parvenais sans me faire encore plus planter.

En guise de réponse à sa requête de lâcher son arme, Minah aboya un « ah ! » narquois. Arioce espérait-il vraiment qu’elle se désarme face à quelqu’un qui lui avait fait tant de mal ? Alors qu’il était enfin si vulnérable ? Qu’elle allait tourner le dos comme si rien ne s’était passé et que tout irait au mieux dans le meilleur des mondes ? Vaines suppliques alors que la manchote goûtait enfin de posséder un peu de pouvoir sur l’ours.

Il fallait qu’elle reste hors de portée de ses grosses pattes pour s’assurer de garder son avantage, mais colosse aux pieds d’argile, il était fragile sur ses appuis. Un coup n’avait pas suffit à l’ébranler suffisamment pour le faire choir, mais peut-être qu’en insistant… N’a-qu’une-patte plongea derechef pour faucher son adversaire aux jambes, faisant de son mieux pour esquiver les mains qui se tendaient pour la saisir.


Écrit à quatre mimines avec JD Arioce.

Minah : Pensées / Paroles
Arioce : Pensées / Paroles

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Modo au Challenge RP !
Arioce
Rien ne semblait traverser sa bulle… Elle était résolue. Et par ce fait, moi, j'étais dans le pétrin.
Je ne la quittais pas des yeux, reculant quand elle avançait, pivotant quand elle pivotait. Si le lieu avait été choisi pour méditer et passer du bon temps, je regrettais sa pente assez aiguë par endroits, qui me causait bien du souci maintenant. Aucun de mes pas n'était sûr et je craignais d'en faire un faux et de glisser.
J'étais pris au piège. Je ne pourrais pas m'en sortir sans contre-attaquer, sans lui faire du mal.
L'hésitation me tiraillait alors que ma main valide prenait la direction de la dague à ma ceinture. J'étais à mi-chemin lorsqu'elle se jeta sur mes jambes. J'abandonnai toute velléité de saisir ma lame pour l'intercepter – trop lent, trop incertain. Le choc m'arracha une grogne de douleur tandis que mes jambes cédèrent et que je m'écroulai tête en avant. J'oubliai d'amortir ma chute, m'écrasant lourdement contre le sol, cherchant désespérément à localiser son couteau pour tout faire afin de lui bloquer le bras armé. Dans le foutoir, je cognai, me débattis, donnant coups de genoux et de coudes contre cette masse sauvage et meurtrière ; une seule obsession : retenir sa lame, coûte que coûte.


Enfin à sa merci ! Les lèvres minahesques se crispèrent en un rictus sauvage tandis qu’elle se jetait sur l’homme à terre, tirant parti sans attendre cette fois-ci de son avantage sur lui. La lame sifflait alors que sa propriétaire la levait et l’abaissait en gestes erratiques pour tenter d’atteindre sa cible malgré ses débattements. Succès mitigé, c’est à peine si elle devait l’égratigner dans leur lutte.

Mais ! Tu ! Vas ! Te ! Laisser… Tuer ! BORDEL ?!

Aussi inutile que les suppliques, soit.
D’exaspération, Minah leva haut l’une de ses bottes crottées et l’abattit brutalement en direction d’une des jambes d’Arioce.



Rien d'autre n'avait d'importance que la localisation de sa lame. Tous mes efforts, toute ma lutte étaient concentrés là-dessus : éloigner le plus possible ce tranchant du reste de mon corps. Alors je bataillai, attrapant son poignet, son avant-bras. Tentant de rediriger chacune de ses frappes, de les éloigner de ma chair. Chaque grognement était signe de victoire. Oh, je savais – sentais – qu'à plusieurs reprises, le sang avait dû couler. Néanmoins, mes entrailles étaient encore bien au chaud à l'intérieur. Et lorsqu'enfin je parvins à maîtriser son bras vengeur, l'agrippant fermement à deux mains, l'enfer s'abattit.
La douleur me prit à la gorge, bien qu'elle vînt de ma jambe. La salope ! Je mugis et, dans un réflexe instinctif de souffrance, écrasai mon poing valide contre son visage. Sans attendre, je tentai de prendre l'ascendant, cherchant à me poster au-dessus d'elle. Mon objectif restait aussi clair : lui faire lâcher son couteau, le reste étant secondaire.
Réaffirmant ma prise sur sa main armée, je la frappai durement contre le sol, à plusieurs reprises, espérant que le choc finirait par la faire lâcher.
Du reste… j'offrais l'ensemble de ma défense en pâture.


Le mugissement de douleur de l’ours exacerba la frénésie meurtrière la Bestiole qui s’apprêtait à redoubler d’efforts avant qu’un coup de poing ne la sonne. Elle sentit ses dents riper contre sa joue, s’écraser sur sa langue, la douleur vive, le goût du sang. Elle était désormais bien trop enragée pour que ça ne l’arrête, mais cela la ralentit assez pour que son adversaire tente de reprendre l'avantage. Hors de question de le laisser la dominer encore une fois ! Peine perdue, la masse du maître d'arme étant suffisante pour la retourner comme une crêpe. Minah ne cessa pourtant pas de lutter de toute ses forces, à son tour de se débattre et de ruer, donnant des coups de pieds vers l'entrejambe, tentant de mordre à l'aveuglette. D'abord ferme, sa prise sur le manche de sa dague se fit de plus en plus molle et l'arme commençait à lui glisser des doigts.
Elle retroussa ses lippes sur ses chicots ensanglantés, crachant un mollard vermeil en guise de défi à la face d'Arioce. Puis prenant de l’élan avec son poing en bois, elle l’abattit à son tour autant de fois qu’elle le put en direction du visage barbu.



J'y étais presque ! Je la sentais diminuer sa pression sur la lame. Bientôt, elle tomberait et je pourrais enfin être hors de tout réel danger. J'aviserais alors ce que je ferais d'elle…
Ce fut alors qu'une sourde douleur m'électrisa. Puis une seconde, moins forte mais toujours au même endroit. Bordel de… ! J'en perdis un instant contenance, avant de vite me reprendre et d'abandonner d'une main le couteau pour venir faire barrage au niveau de mon entrejambe, déjà écrasé à deux reprises. Minah était devenue une furie. Ses coups pleuvaient et j'avais de plus en plus de mal à y voir clair. Je devais tout faire pour qu'elle lâche son arme, mais je devenais de moins en moins efficace à la tâche.
Le crachat fut la goutte d'eau… Oh non, pas une seconde fois !
Et alors que j'allais frapper de toutes mes forces, poing fermé, contre la sale trogne de cette petite merdeuse, mon crâne vibra. Une fois, deux fois, trois…
La surprise fit place à la désorientation. Je me sentis perdre pied. Le sang s'accumulait dans ma bouche, dans mon nez. Chaque coup de marteau me rapprochait du trou noir.
Je n'allais sûrement pas me… laisser… faire… ?

Dans un rugissement de rage, délaissant la protection de mon entrejambe, j'écrasai brutalement mon poing dans sa mâchoire puis, sans perdre une seconde, rattrapai sa main armée d'une lame et la tordis violemment dans un angle qui ne laissait que peu de chance à l'absence de brisure, voire de cassure.
Sonné, le visage en feu et assurément en sang, je m'effondrai sur le côté, relâchant totalement la jeune femme. J'oscillais entre conscience et inconscience. Je tanguais, bavant du sang, le souffle court et arraché…
À quatre pattes, haletant, je tentai désespérément de me remettre debout pour m'éloigner, au plus loin de cette folie meurtrière.


Minah ne voyait plus rien sinon le voile rouge qui lui obscurcissait l’esprit, ne sentait plus rien sinon l’écho des chocs assourdis de son bras en bois. Elle se sentait enfin gagner et c’était bon, bon, bon ! Presque autant que la Faim qui hurlait en elle. Bestiole hurlait elle aussi, sans même s’en rendre compte, un aboie rauque mêlé de rire. Un rire brisé net par le poing qui lui percuta la mâchoire, douleur sourde, puis par le poignet qu’on lui tordait brutalement, souffrance aiguë. N’a-qu’une-patte poussa un hululement déchirant de banshee, se recroquevillant sur elle-même tandis qu’elle ramenait contre son giron sa main martyrisée. Ses doigts gourds, incapables, laissèrent échapper la dague qui rebondit sur le sol pierreux.

La Manchorgne haletait, hoquetait, la trogne noyée de larmes, de morve et de sang mêlé – le sien, celui d’Arioce. Elle serait restée prostrée là si un mouvement ne l’avait pas tirée de sa torpeur : le maître d’arme qui tentait de lui échapper. Elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas le laisser vivre. Elle rampa à sa suite, poussant du coude, poussant des pieds, jusqu’à parvenir à sa redresser. Malgré sa main en vrac, elle était toujours plus véloce qu’Arioce sur ses pieds. Assez en tout cas pour le rattraper. Elle se laissa choir sur lui davantage qu’elle ne lui sauta dessus, écrasant la jambe blessée du patriarche Horn au passage, et mordit profondément dans la chair de la cuisse, secouant la tête comme une bête pour tenter d’en arracher une bouchée. Sa mâchoire esquintée protestait, envoyait des éclairs qui explosaient en étoiles derrière ses paupières. Sa Faim, elle, chantait.



Je me sentais sombrer ; ma conscience ne tenant qu'à un fil. Était-ce la douleur qui me maintenait éveillé ? Peut-être. Ainsi que tout l'orchestre qui se jouait dans mon crâne. Debout. Je devais me mettre debout, et partir. Je grognai, du sang dégoulinant de mes lèvres, peut-être une ou deux dents en moins. Je me redressai péniblement. J'y étais ! Je levai une botte, la posai devant moi, prêt à fuir, lorsque quelque chose de lourd s'abattit sur ma jambe, la réduisant en miettes. Je sentis mon genou craquer et, l'instant d'après, une souffrance mêlée à une drôle de sensation m'envahit. Qu'est-ce que… ?
Je tournai le buste juste à temps pour voir Minah accrochée à ma cuisse, mes braies lacérées entre ses crocs, ma chair se déchirant sous la pression de sa mâchoire. Mon visage se figea dans une expression d'horreur. Un violent torrent remonta de ma jambe à mon crâne, foudroyant chaque parcelle de mon corps. Le moindre de mes muscles, de mes nerfs s'embrasa dans un hurlement.
Le reste ne fut qu'étoiles dans les ténèbres. Mon corps – sous son propre poids – s'effondra et bascula, emportant celui de la cannibale avec lui. Et alors qu'on dévalait en roulé-boulé la pente, me revint en mémoire ma culbute face à l'ours. Était-ce une nouvelle leçon à apprendre dans la douleur et le sang ? Ne jamais hésiter face à l'abomination sous forme humaine…
La réponse ne vint jamais. L'abîme m'engloutit.


Occupée à se repaître, tentant de mastiquer la chair coriace gorgée de sang tiède et poisseux, Minah était en extase. La chaleur de l’assouvissement de sa pulsion l’envahissait par vagues, comme une petite mort. Une félicité de courte durée. Elle ne se rendit pas tout de suite compte que sa proie s’effondrait, perdue comme elle l’était dans sa transe cannibale. Quand elle s’aperçut enfin vaguement d’un basculement, il était trop tard. Elle se sentit rebondir contre le sol, ballottée contre le corps massif d’Arioce et bientôt, tout devint noir alors qu'elle plongeait elle aussi dans l'inconscience.


Écrit à quatre mimines avec JD Minah.

Minah : Pensées / Paroles
Arioce : Pensées / Paroles

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Minah
Minah émergea de son inconscience la carcasse raide et frigorifiée. Il lui fallu quelques instants pour parvenir à se remettre en mémoire les événements précédents.

Chuis pô morte, croassa-t-elle tout bas entre ses lèvres enflées et presque scellées par les croûtes de sang séché.

Elle ne savait pas bien s’il s’agissait d’une victoire ou d’une défaite.
N’a-qu’une-patte tenta de bouger, mais son corps protesta, ankylosé par la chute et l’immobilité qui s’était ensuivi. Un simple geste pour se redresser réveilla des douleurs aiguës dans tout son être. Sa mâchoire palpitait et lui semblait si distendue et gonflée qu’elle n’arrivait presque pas à la mouvoir. Impossible d’en savoir davantage pour l’heure. Elle pouvait voir l’état de son poignet en revanche, et ce qu’elle constatait l’inquiétait : enflé jusqu’au double de sa taille habituelle, il prenait un violacé teinté d’écarlate et elle se retint de hurler quand elle essaya de le plier.

Bestiole parvint à se lever après de longs efforts précautionneux. Hormis la mâchoire et le poignet, le reste de ses blessures l’élançaient mais ne semblaient pas si graves. Elle balaya les environs de l’oeil, sans parvenir à déceler la trace d’Arioce. Soit il s’était déjà esquivé, soit il gisait un peu plus loin à l’abri de son regard. Avec un peu de chances, il était mort pour de bon. Elle n’allait pas chercher à vérifier. Il lui fallait absolument rentrer au campement avant de crever de froid. Secouée comme elle l’était, Minah ne rêvait que d’une chose : s’abrutir de boisson jusqu’à ne plus rien ressentir et se blottir au chaud et en sécurité, peut-être dans des bras désormais familiers.

Elle s’éloigna d’un pas chancelant en direction du campement, silhouette voûtée, son bras blessé recroquevillé contre son corps.
La Faim s’était apaisée, ronronnant de contentement.

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Modo au Challenge RP !
Juste_watelse
    ´ssi j’t’aime


Après ces mots tellement espérés, rien ne pourrait plus arrêter le cœur de Juste de prendre racine définitivement dans l’univers affectif de Minah.

Minah et sa singulière manière de mordre la vie à pleine dents… et les gens aussi. Les gens. Peut-être Arioce, ouaille si importante aux yeux de sa mère. Mort peut-être?


    On a glissé, on a roulé et... chais pô combien d'temps ch'restée d'les pommes.
    M'suis réveillée, j'l'ai pô vu.


    Donc si tu ne l’as pas vu, il est sans doute vivant. Agonisant peut être. Et dans ce cas …


S’il était vivant il parlerait. Il clamerait devant tous : « la déMin’iahque m’a dévoré un bout! ». Quel bout? Ça restait à déterminer. Sa tubercule adorée n’avait pas réussi à lui indiquer avec précision par quel bout elle l’avait grignoté. Juste, sur ce point, oscillait entre perplexité et totale incompréhension, lui qui ne demandait qu’à être « dévoré » par son épouse. Pourquoi Arioce?

    Il faudrait l’achever.


Si l’Ours ne parlait finalement pas, ce serait en mettant sa mère à contribution pour l’amadouer. Pour la convaincre, Juste devrait avouer l’inavouable péché de chair fraîche de la bru(te). Sa mère ne s’en remettrait pas et leur relation en serait anéantie durablement. Il ne le supporterait pas.

    La Faim, l'sang, la viande. C'tait mauvais mais bon, bon, bon en même temps !


Si l’ouaille barbue s’avérait morte, il leur faudrait cacher le corps. Le mettre dans le compost de son potager ambulant. Tenter ses recettes de charcuterie sur une chair plus noble de cœur et d’âme qu’un Ones. Il en vomirait ses tripes. Mais à défaut, la troupe étriperait Minah.

Si le campement trouvait le corps avant eux.


    S’il est vivant et s’il cause, il va falloir que tu te sauves. Que tu fuis.

    J'irai chez les ang'vins. Nab' et Effie m'garderont 'vec eux. Edd aussi, j'pense... Et... et t'pourras v'nir toi aussi.

    Je pourrais t y retrouver . Mais voyager à plusieurs ça se remarque plus vite. Plus dangereux pour toi. Et je dois tuer dés Ones pour te faire des réserves.

    T'embêtes pô 'vec ça. C'ma Faim, pô la tienne. Juste, t'la comprends même pô, c'te Faim... T'as pô à la porter 'vec moi.

    Je t’aime. J’ai pas à tout comprendre. Juste à t’accompagner.


Il ne verrait pas son idéal de femme - pétulante, hargneuse et foncièrement sincère - se balancer autour d’une corde.

    Il va falloir aussi faire semblant de ne pas avoir mal. Interdiction d aller voir Valentina. Si on te voit blessée ils auront des soupçons

    J'cach'rai ma main sous ma cape et j'mettrai un truc s'ma tronche. J'dirai j'froid.
    Au pire, 'croiront j'ai la chtouille comme tout l'monde.


    Oui… et au premier combat tu diras qu un Ones t est passé dessus…


Sa tête ne voulait plus fonctionner. Retrouver Arioce. Et ensuite? Il improviserait. Pour le meilleur et pour le pire. Hélant au hasard des bosquets autour de lui:

    Arioceeeee!

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Arioce
Combien de temps exactement restais-je dans les vapes ? Aucune idée. Mais lorsque je revins à moi, le soleil m’avait semblé ne pas avoir énormément bougé. Il était un peu plus haut.
Je n’étais qu’un amas de souffrance. Le moindre de mes petits mouvements me soutiraient un râle de douleur. Lorsque je dus relever la tête et le buste pour constater mon état. Lorsque je tentais de bouger ma jambe qui formait un angle inhabituel. Lorsque je tâtais le reste de mon corps afin d’essayer d’évaluer l’ampleur des dégâts. Et enfin… lorsque mes yeux sur posèrent sur la forme sombre un peu plus loin, qui respirait péniblement et qui semblait encore dans les bras de Morphée.
Un grognement sourd traversa mes lèvres.
Tout ceci n’était que pure folie. Tout ceci était de son fait… Elle ne paierait rien pour attendre…
Cependant, le plus urgent était de rejoindre le campement et d’y avoir les soins. J’étais dans un très sale état. Ma jambe gauche morte, inutilisable.
Je pris le temps d’observer autour de moi et aperçus le sous-bois un peu plus loin, celui que j’avais préverser pour me rendre ici. Je me refis alors le chemin mentalement et un brin de panique me pris. Bordel ! S’il m’avait fallu qu’un petit quart d’heure de marche pour venir ici, le retour, blessé, me prendrait bien une heure, si ce n’est plus… J’avais la pente à grimper…
Je soufflais, reprenant mon calme. Il allait falloir que toutes mes forces et efforts soient de paires et qu’aucun obstacle mentale ne vienne saper mon moral. Je devais être focus et je le savais déjà, il n’y avait que douleur qui m’attendait tout au long du chemin.
Mâchoire serrée, souffle court, je me retournais sur le ventre. Du sang tâchait les manches de ma chemise et mon bras droit me faisait particulièrement mal. Mais qu’importe, je devais avancer. J’enfonçai mes coudes dans la terre et me hissai. L’un après l’autre, je me trainais lamentablement dans l’herbe direction la forêt.
Chaque mètre parcouru était au prix d’un mugissement ou grommellement.

Je pénétrais dans les bois et de suite, je me mis à la recherche de bâton il m’en fallait au moins deux pour ma jambe et un plus grand et solide pour en faire une béquille de fortune.
Le temps fila sans que j’en ai réellement conscience. Mon esprit entier était complétement altéré par toutes les douleurs. Je mis la main sur ce qu’il me fallait ainsi que de longues tiges d’une plante assez fibreuse pour m’en servir comme corde.
Je vins alors m’appuyer contre un arbre et laissai mes yeux tomber sur le prochain grand défi de cette matinée de merde. Il n’allait pas falloir que je perde connaissance. Je devais être rapide, sec, sans hésitation. Un nouveau vent de panique me traversa. Je fermai les paupières et tentai de reprendre le contrôle.

    - Bordel… bordel… Aide moi… S’Il te plait.

Une courte supplique au Très-Haut, un bout de bois entre mes dents, mes mains vinrent se mettre de part et d'autre de mon genou démoli, toujours tourné dans le mauvais sens. Aucune hésitation, Arioce. Aucune.
J’agrippais et d’un coup sec le remis en place.
Le cri s’étouffa dans ma gorge alors que je me sentis partir…

Ce fut le bruit de ma propre respiration qui accueilli mon retour sur terre. J’étais trempé de sueur, tremblotant et les yeux humides. Je recrachais la cale, ma bouche pâteuse et avisais de nouveau ma jambe.
Le plus dur avait été fait. La suite n’était que bagatelle.
Je fixais comme je pouvais trois branches autour de mon genou blessé à l’aide des tiges. Je pris le temps de faire les choses bien car je ne voulais pas que sur le retour ça se détache ou se desserre. Il fallait que ça soit solidement attaché, serré, que ça ne bouge pas et que ça tienne bien ma jambe.
L’opération fut certes douloureuse mais j’étais satisfait du résultat.
Prochaine étape… me mettre debout.
Je soupirai. La grosse branche que j’avais trouvé pour me servir de soutien se tenait à coté de moi et n’attendais plus que je la saisisse. Si seulement cela était chose aisée…
J’inspirais un grand coup puis bloquais ma respiration et fis une première tentative pour me hisser, le dos appuyer contre le tronc. Mes mains contre le sol, je poussais. Ma jambe valide aidant comme elle pouvait.
À mi-chemin, je fis une pause pour reprendre mon souffle et tenter de faire taire la troupe de troubadour qui avait élu domicile dans mon crâne.
Une fois debout – ou presque – j’attrapais vite la grosse branche et la calai sous mon aisselle gauche.
C’était terriblement inconfortable et même plutôt douloureux, pour pas changer.
Mais ça y est, j’allais pouvoir revenir au camp. Et rien que cette idée m’apporta un soulagement qui était le bienvenu.

Chaque pas était une épreuve. Ma jambe valide tirait celle morte qui elle trainait sur le sol ramassant un tas de déchet végétal sur son passage. Je devais faire attention à tout pour ne pas trébucher. Le moindre mouvement me demandait un effort incommensurable. Et j’avançais si lentement…
Je finis par déboucher sur un petit chemin que je reconnus pour l’avoir emprunté à l’aller. Bordel ! Ça y est, j’y étais presque ! Je savais où j’étais et le campement n’était vraiment plus très loin, à moins de 300 mètres.
Mon moral remonta ! Pour une très courte durée…
Une voix s’éleva. Puis de nouveau. L’on m’appelait ! Je tendis l’oreille et alors que j’allais répondre, heureux de pouvoir être secouru, je me ravisai en constatant qu’il s’agissait toujours d’une seule et même voix. Celle de Juste.
Je me stoppai net et écoutai encore. Rien à faire… je n’entendais que la sienne. Alors quelque chose en moi se réveilla et me mit en garde. Pourquoi était-il seul à me chercher ?
La panique me saisit pour la troisième fois. Bordel…
Minah avait essayé de me tuer. Juste ne donnait que mon prénom, c’est qu’il avait déjà trouvé Minah. Et si Minah lui avait retourné la tête ? Lui disant que c’était moi l’auteur de la castagne…
Mes pensées s’embrouillèrent, impossible de démêler le vrai du faux. Mais une chose était certaine, je n’allais prendre aucun risque. J’étais plus très loin du camp, de la tente de médicale, j’avais parcouru tout ce chemin seul, je le finirai seul. Au diable l’aide !
Je posais les yeux sur la dague que j’avais toujours à la ceinture et je repris courage. Je clopinais déterminer à m’éloigner au plus vite de Juste, fonçant – ah ah – droit sur l’armée.
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Minah
Minah chancelait derrière Juste, son bras blessé recroquevillé contre elle. Elle avançait comme un automate, mettant mécaniquement un pied devant l’autre, l’esprit court-circuité par la douleur. Il y avait si peu de temps qu’elle avait quitté les bois que d’y retourner en l’état était une torture. C’était à peine si elle avait pu avaler une gorgée d’eau-de-vie pour se revigorer avant de suivre son mari dans sa quête.

Attention il y a des racines ici… et là.

En baissant l’œil pour regarder son chemin, la Manchorgne manqua trébucher. L’infime secousse l’ébranla toute entière. Elle sentit la tête lui tourner, les élancements de ses muscles endoloris, l’affreuse palpitation de sa mâchoire et de son poignet blessés se répandre par vagues au tranchant d’acier dans tout son corps. S’arrêtant un instant, elle essuya une goutte de sueur froide à son front blême. Elle qui avait rêvé pouvoir s’écrouler dans le temple…

Pourquoi Juste s’obstinait-il autant ?


S’il est mort, faudra déguiser ça en accident. S’il est vivant et qu’il parle avant qu’on le retrouve. Pars sans me prévenir, je saurai te retrouver, d’accord ?
J'reste. J't'abandonn'rai pô. Quoiqu'y s'passe.
Tu risques la pendaison. Et la haine de tes camarades. Valentina te pardonnera jamais. Pas plus que Mag et Alie.
J'm'en fous, ça. C'toi et moi cont' le reste du monde. C'est c'que j'ai promis en m'liant à toi.
Et moi je me suis promis de te protéger. S il faut te laisser te cacher loin de moi, alors pars.


Verminette ne comprenait pas. Elle qui s’était acharnée à refuser toute aide ces dernières années afin de ne pas passer pour vulnérable, ne pas être désignée comme une cible et une victime, voilà que l’être le plus délicat qu’elle connaissait s’était arrogé le rôle de protecteur. Pour les quelques petits mots qu’elle se souvenait à peine avoir soufflé.

« ‘Ssi j’t’aime. »

Comme un mauvais sort qu’elle lui avait gravé à même le cœur. Elle aurait dû fermer sa gueule. Juste, l’Abruti, la chochotte en sucre, l’artiste à la main verte, l’adorateur du vivant se retrouvait prêt à achever un homme. Pour elle. Bordel, ça y était. Elle était en train de le casser, de le rendre comme elle. Minah se sentit envahie d’un élan de tendresse et de tristesse mêlées. Pour lui, elle ferait l’effort de cacher un crime dont elle ne se sentait absolument pas coupable – elle estimait n’avoir fait que se protéger. L’attaque était la meilleure des défenses, voilà tout. Pour lui, elle se tairait, étoufferait sa douleur en silence. Parce qu’il avait peur de la perdre, et qu’elle savait trop bien ce que cela faisait.

Bestiole fouilla les buissons tandis que le jardinier s’égosillait, mais l’épuisement et la souffrance ne tardèrent pas à la submerger. Elle avait besoin avant tout de panser ses plaies, de reprendre des forces, et plus elle restait à découvert, plus quelqu’un pourrait s’apercevoir de ses blessures suspectes. Le spectre d’une possible pendaison était à remettre à plus tard.

Laissant à contrecoeur son époux continuer les recherches, elle clopina en direction du campement.
Plus loin, une autre silhouette esquintée en faisait de même, mais la borgne ne s’en aperçut pas.

Angle mort.
Putain d’angle mort.

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