Linexiv

[Crepi Coronia, 23 janvier fin….]
Se calmer. Se calmer. Ce n’était absolument pas le moment de craquer. Line se baissa pour constater les dégâts et souleva doucement la bannière qui semblait faire office de linceul. Ou d’arme du crime. Au choix. Dans une grimace, Line s’aperçut que dans sa maladresse, la hampe avait légèrement fracassé l’arcade sourcilière du Lieutenant. Achever son suzerain, sûr que c’était de l’inédit ça.
Se concentrer. Vérifier. Attrapant sa dague, elle la disposa devant le visage de Barbe en s’efforçant de ne pas trembler. Pitié. Qu’il soit encore vivant. Un filet de fumée se posa sur la lame. Elle laissa échapper un soupir de soulagement en rangeant sa dague, pas la peine de risquer de le défigurer pour cause de tremblement intempestif. Car si encore la première gaffe pouvait passer pour un coup ennemi ou bien un essai d’anesthésie…
Se bouger. Pas de dégâts apparents au premier abord. Sauf que la boue dans laquelle elle était sensée être agenouillée ne pouvait en aucun cas être chaude. Misère, difficile de faire plus débile. Où était Dono, ou Ella ? Eux ils avaient toujours la tête sur les épaules. Elle fit basculer le corps sur le côté. Bingo. Ou plutôt, le massacre. L’armure avait été transpercée. De l’aide. Elle releva la tête et aperçut Mumbly qui après un regard sur le lieutenant qu’il croyait apparemment mort passa son chemin à la recherche des survivants. Alors qu’elle s’apprêtait à l’appeler, elle le vit se précipiter vers un tas de corps et dégager semble-t-il Robin. Il semblait sérieusement touché mais au moins en vie. Observant Mumbly le transporter, elle croisa le regard d’Ellana qui lui faisait signe. Elle venait d’hisser un corps sur un cheval pour l’évacuer au plus vite. Ses yeux fixèrent la personne machinalement. Encore un de plus qui, peut-être, ne s’en sortirait pas. Elle tressaillit brutalement. Cette silhouette. Dono. Impossible. Lui aussi était tombé ? Son ami, sans doute l’un des meilleurs
soldats de leur compagnie, impossible. De rage, elle serra le poing et l’abattit vers le sol pour l’arrêter à quelques centimètres du Lieutenant. défection. Pleurer, le reste, ça serait pour plus tard. Maintenant, il allait vraiment falloir songer à être efficace.
Défaire l’armure ? Non pas déjà. Elle devait encore appuyer sur la blessure. Par contre, le rembourrage devait être imbibé. Rajouter une couche pour augmenter la compression. Mais avec quoi ? Ses yeux se portèrent sur la bannière. Le duc était tombé. Cela ne pouvait pas être pire. Line rattrapa l’étendard et découpa l’aigle à l’aide de sa dague avant de soulever la plaque et de placer les bouts de tissus comme elle le pouvait. De toute façon, elle ne pouvait pas faire mieux.
Maintenant, il allait falloir l’évacuer, et ça…
Un bruit de pas, métallique. Line se retourna. Le Capitaine. Pierre. Une famille de guerriers, tous en première ligne, tous sur les champs de bataille, dans la gloire au Berry, dans le malheur aujourd’hui. Dire quelque chose.
Il… Il… respire Pierre.
Le laissant constater par lui-même l’état de son frère, Line s’empressa de récupérer un cheval égaré. Le capitaine y installa le blessé et ils allèrent rejoindre les tentes de soin où une autre mauvaise surprise attendait le vicomte de Montlouis : malgré les ordres, le môme s’était joint à l’assaut et paraissait également dans un sale état.
Légèrement dans les vapes, Line s’installa dans un coin et observa Robin contempler sa nouvelle balafre. Et il trouvait le moyen de plaisanter ! Elle sentit ses épaules se mettre à tressauter tandis qu’un rire nerveux s’échappait de ses lèvres. Trop de tension d’un coup.
La voix d’Ellana s’éleva alors, l’appelant. Elle obtempéra par habitude à celle qui avait été si longtemps son sergent-chef et la rejoignit sous une tente. Pas suffisamment de médecins. Il allait falloir improviser et étant donné que Line avait eu la chance de voir son sergent-chef se faire recoudre, elle se retrouvait être celle avec le plus d’expérience des deux. Autrement dit, ce n’était pas gagné et il allait falloir qu’Aristote s’en mêle.
Voyons, Dono était un bon croyant donc ça devrait le faire ? Non ?
Enfin, il était surtout résistant et heureusement inconscient lorsqu’aidée d’Ellana, elle retira la brigandine et passa au travail de couture. Et toujours vivant à la fin de l’opération, inconscient certes mais vivant. La suite dépendait de lui à présent.
Maintenant ne restait qu’à attendre des nouvelles des autres blessés, combien de morts encore ? Et se reposer, jusqu’au prochain assaut, jusqu’au jour où se serait à elle de passer par l’atelier raccommodage ou pire...
Se calmer. Se calmer. Ce n’était absolument pas le moment de craquer. Line se baissa pour constater les dégâts et souleva doucement la bannière qui semblait faire office de linceul. Ou d’arme du crime. Au choix. Dans une grimace, Line s’aperçut que dans sa maladresse, la hampe avait légèrement fracassé l’arcade sourcilière du Lieutenant. Achever son suzerain, sûr que c’était de l’inédit ça.
Se concentrer. Vérifier. Attrapant sa dague, elle la disposa devant le visage de Barbe en s’efforçant de ne pas trembler. Pitié. Qu’il soit encore vivant. Un filet de fumée se posa sur la lame. Elle laissa échapper un soupir de soulagement en rangeant sa dague, pas la peine de risquer de le défigurer pour cause de tremblement intempestif. Car si encore la première gaffe pouvait passer pour un coup ennemi ou bien un essai d’anesthésie…
Se bouger. Pas de dégâts apparents au premier abord. Sauf que la boue dans laquelle elle était sensée être agenouillée ne pouvait en aucun cas être chaude. Misère, difficile de faire plus débile. Où était Dono, ou Ella ? Eux ils avaient toujours la tête sur les épaules. Elle fit basculer le corps sur le côté. Bingo. Ou plutôt, le massacre. L’armure avait été transpercée. De l’aide. Elle releva la tête et aperçut Mumbly qui après un regard sur le lieutenant qu’il croyait apparemment mort passa son chemin à la recherche des survivants. Alors qu’elle s’apprêtait à l’appeler, elle le vit se précipiter vers un tas de corps et dégager semble-t-il Robin. Il semblait sérieusement touché mais au moins en vie. Observant Mumbly le transporter, elle croisa le regard d’Ellana qui lui faisait signe. Elle venait d’hisser un corps sur un cheval pour l’évacuer au plus vite. Ses yeux fixèrent la personne machinalement. Encore un de plus qui, peut-être, ne s’en sortirait pas. Elle tressaillit brutalement. Cette silhouette. Dono. Impossible. Lui aussi était tombé ? Son ami, sans doute l’un des meilleurs
soldats de leur compagnie, impossible. De rage, elle serra le poing et l’abattit vers le sol pour l’arrêter à quelques centimètres du Lieutenant. défection. Pleurer, le reste, ça serait pour plus tard. Maintenant, il allait vraiment falloir songer à être efficace.
Défaire l’armure ? Non pas déjà. Elle devait encore appuyer sur la blessure. Par contre, le rembourrage devait être imbibé. Rajouter une couche pour augmenter la compression. Mais avec quoi ? Ses yeux se portèrent sur la bannière. Le duc était tombé. Cela ne pouvait pas être pire. Line rattrapa l’étendard et découpa l’aigle à l’aide de sa dague avant de soulever la plaque et de placer les bouts de tissus comme elle le pouvait. De toute façon, elle ne pouvait pas faire mieux.
Maintenant, il allait falloir l’évacuer, et ça…
Un bruit de pas, métallique. Line se retourna. Le Capitaine. Pierre. Une famille de guerriers, tous en première ligne, tous sur les champs de bataille, dans la gloire au Berry, dans le malheur aujourd’hui. Dire quelque chose.
Il… Il… respire Pierre.
Le laissant constater par lui-même l’état de son frère, Line s’empressa de récupérer un cheval égaré. Le capitaine y installa le blessé et ils allèrent rejoindre les tentes de soin où une autre mauvaise surprise attendait le vicomte de Montlouis : malgré les ordres, le môme s’était joint à l’assaut et paraissait également dans un sale état.
Légèrement dans les vapes, Line s’installa dans un coin et observa Robin contempler sa nouvelle balafre. Et il trouvait le moyen de plaisanter ! Elle sentit ses épaules se mettre à tressauter tandis qu’un rire nerveux s’échappait de ses lèvres. Trop de tension d’un coup.
La voix d’Ellana s’éleva alors, l’appelant. Elle obtempéra par habitude à celle qui avait été si longtemps son sergent-chef et la rejoignit sous une tente. Pas suffisamment de médecins. Il allait falloir improviser et étant donné que Line avait eu la chance de voir son sergent-chef se faire recoudre, elle se retrouvait être celle avec le plus d’expérience des deux. Autrement dit, ce n’était pas gagné et il allait falloir qu’Aristote s’en mêle.
Voyons, Dono était un bon croyant donc ça devrait le faire ? Non ?
Enfin, il était surtout résistant et heureusement inconscient lorsqu’aidée d’Ellana, elle retira la brigandine et passa au travail de couture. Et toujours vivant à la fin de l’opération, inconscient certes mais vivant. La suite dépendait de lui à présent.
Maintenant ne restait qu’à attendre des nouvelles des autres blessés, combien de morts encore ? Et se reposer, jusqu’au prochain assaut, jusqu’au jour où se serait à elle de passer par l’atelier raccommodage ou pire...