Nuit de veille avant la bataille, quelque chose dans l’atmosphère, marque de nervosité sur des visages tentant en vain de réprimer l’anxiété du lendemain. Des bruits de troupes. Au loin des feux, de la fumée, des cris qui se rapprochent. Sembre avait fuit cette ambiance, se retirant en lui-même mais le paysage et le bruit de son âme étaient plus cahotiques et inquiétants encore que ce qui se passait au-dehors. Alors passé minuit, il sortit prendre un verre … le dernier ?
Taverne obscure, enfumée, fréquentée par des gens en armes. Consignes de la chef de troupe, conversations sourdes … des mots filtrent : épée, Savoie, attaqueront à l’aube, nous résisterons. Nous vaincrons, n ous sommes les plus forts … sommes prêts, … sus aux savoyards .. A mort Armoria et sa maudite moutarde qui nous monte au nez. Sourires vite transformés en rictus. En taverne toujours, une fille, jolie. Mieux même son visage et sa chevelure sont semblables, à l’œil exercé de Sembre à ceux de la mère de son fils. Crainte pour elle … belle … entêtée … le plus dur étant de devoir les lui taire … mal aux tripes soudain … qu’importe … regarder la fille … sourires échangées. La demoiselle est avenante … Frimoden son nom, Sembre croît l’avoir entendu … à vrai dire, il n’a écouté qu’à moitié. Elle et celui qui semblent son compagnon ont d’ailleurs une idée précise de la manière de se préparer au combat. Une idée qui n’est pas dans les manuels militaires qui placent le repos du guerrier après l’affrontement.
Repartir à l’auberge. Amener Léandre endormi chez Dame Felyna … que l’enfant semble apprécier tant et plus. Revenir, boire une gourde d’eau claire comme pour se purifier. Se vêtir, méticuleusement comme pour une noce ou un rendez-vous trop longtemps différé. Tout y est … Epée, bouclier baudrier et papiers, lettre pour le notaire, pour P., son portrait toujours malgré tout. Lettre pour Tatoumi au cas où, le coquin de sort ferait coup double.
Rejoindre la troupe, garder la position coûte que coûte. Nuit presque noire … on se frôle, on est nombreux mais à ce moment chacun est seul … clameurs devant, cris, bruits, métalliques, éclairs de feu du fer contre le fer « Attention. Ils s’y sont mis à quatre. Quatre armée qui nous pressent » crie quelqu’un. Puis soudain, des soldats, en rouge avec la croix pectorale de l’EA débouchent de la nuit. On ne réfléchit plus, on cogne, on frappe, on ahane. On ne sent plus le froid au contraire une brume née des souffles des combattants mélés diffusent sur les prés.
Nuit de bataille, histoire de bruit et de fureur (Que personne ne rajoute "contée par un idiot"

)
Le premier vise Sembre, le touche. Miracle, c’est du plat de l’épée sur la tempe et le front. Pas fort le coup. On se relève. En voilà un qui passe. Ne pas le rater … c’est fait … il tombe …
Un autre arrive, pas de temps à perdre … celui là, est un noble, il en a l’armure … Un coup d’estoc paré … on le désarme et on se rue sur lui, le bousculant à terre … Poignard sortie … sauvagerie … Vive la République … on lui ouvre la gorge … le sang jaillit jusqu’à cinq pas et en saccade … Pas le temps de s’attarder … Merdre … le premier assailli rampe … on ne l’a que blessé …
Un autre se présente …. On porte un coup d’épée d’Estoc encore … touché mais pas coulé …
Soudain un cri de femme assailli qui s’étrangle en un râle …. Coup d’œil sur le coté … Elle est vêtue de noir … les cheveux de Phonya …. De Frimo aussi … Le temps de voir … trop noir
Un temps d’arrêt bien bref mais pourtant bien trop long un choc sourd sur l’Epée qui casse en deux … Le bouclier qui pare mais qui éclate soudain … métal tordu s’enfonçant dans la hanche et l’abdomen … Douleur … cri … de rage … de peur … de colère …. Le tueur ou plutôt la tueuse est à son tour agressée et se détourne …
Se replier sur soi, mains crispées sur le ventre, … liquide chaud visqueux … mon sang … Macarel … Pute borgne … jurons de Montauban qui étaient oubliés et s’échappent de soi, tel le vital liquide …
Se replier autrement … ramper … s’éloigner en essayant de ne pas trop faire frotter le ventre. Les cris sont toujours là. On ne les entend plus. On distingue des ombres jusqu’à la rencontre … un bâton … porte-enseigne transformée en béquille. On s’éloigne courbé comme atteint d’un seul coup par le temps en plus que par l’épée. On manque défaillir … on se mord les lèvres … ça y est. Les premières rues d’Annecy. Pas de panique, j’ai reconnu le Temple du Hel, j'y suis entré. La boîte était pleine comme un œuf. Deux ou trois violeux faisaient le bœuf. Je brûlais de fièvre, je voyais les murs, les bouteilles qui tournaient.
Une chambre et des flasque d’alcool … du Oasky m’a dit l’aubergiste empochant mes derniers Ecus.
Un lit, de l’eau, couper ses vêtements … cris de bête chaque mouvement … plus rauques et douloureux que ceux d’un enfantement …. La plaie à vif … du sang … Pas de tripaille … ouf … ça guérira… Le Oasky partagé en frère moitié sur l’extérieur appliqué sur la plaie, moitié à l’intérieur dans le gosier en pente … brûlant des deux cotés … brulûre salutaire … Au matin pas de fièvre … apaisement du corps … c’est plutôt propre. Mais l’âme est dévastée … mortellement inquiète … désabusée …
On peut s’asseoir reprendre sa viole. Léandre est là, tout babillant. Sa douleur à lui vient des dents et passera bien vite. Sourire … cordes pincées et esprit libre. Un chant venu du fond de soi.
Adieu la vie, adieu l'amour
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Annecy, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés. (La chanson de Craonne)
Goût amer comme une défaite pourtant Genève a bien gagné. Regard à Léandre qui vit tranquille sa vie de bébé sans savoir ses parents grièvement blessés.
T’iras pas à la guerre mon gars. Je te le jure.